‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 7 sur 213 · LA QUATRIÈME DYNASTIE · texte numérisé non relu

LA QUATRIÈME DYNASTIE

la Maison impériale, son œuvre. Dès lors, car il vit conslamiiient dans l'avenir, il n'a plus l'air de se soucier de son entreprise familiale, il n'y porte plus intérêt, il en semble dégoûté. Si, par faiblesse pour un des siens, il se laisse aller à en soutenir quelque partie, c'est avec toutes les apparences de la contrainte qu'il s'y résout. Pour lui, rien de cela n'existe plus. Il est tout à l'œuvre nouvelle. Encore un effort qui ne saurait être vain, car l'Europe entière, rangée sous ses aigles, va y être employée, et le but sera touché. Le jour où il aura, en une campagne, délivré la Pologne et rejeté les Russes en Asie, le Blocus continental deviendra une réalité; l'Angleterre s'inclinera devant lui ou elle sera livrée aux vaisseaux qui, s'élançant au même instant de tous les ports, de toutes les criques où ils sont construits, formeront soudain l'innom brable armada devant qui s'effacera la puissance britannique.

Telle est sa confiance dans son étoile, qu'il semble affronter sans inquiétude, sans cette appréhension qui l'étreignait à la veille dUlm et à la veille d'Iéna, la lutte sans précédent où il va conduire l'Europe presque entière qui le subit comme chef, contre la puissance presque asiatique qui seule ose lui tenir tète, et qui, par une suite de provocations raisonnées, l'a amené à paraître encore l'agresseur. Au premier regard, par la disproportion des forces misesen présence, lavictoirede la France est certaine. La Russie isolée, flanquée seulement de l'Angleterre qui, dans une guerre continentale ne lui est d'aucun secours, et de la Suède, où Bernadette

se ménage encore des sorties, ne semble point en état de lutter contre une coalition où, pour la première fois, toutes les nations d'Europe emploient leurs contingents. Mais la Russie est assurée de la complaisance, au moins morale, des g-ouvernements qui, après avoir été si longtemps ses alliés, ne cèdent qu'à la contrainte en marchant contre elle et n'attendent que de voir jour à se libérer du joug pour se retourner contre la France. En France même, elle a poussé si avant ses reconnaissances qu'elle a séduit ou acheté des auxiliaires parmi les grands dignitaires de l'Empire, les grands officiers de la Couronne, les agents diplomatiques, les employés des ministères. De ceuxci quelques-uns, des moindres, ont été pris en flagrant délit, poursuivis, exécutés, mais jusqu'où la trahison s'étend-elle?

L'inquiétude de la guerre nouvelle est partout. Chacun la sait proche, certaine, inévitable, nul ne met en doute qu'elle ne se termine, comme les autres, par des Te Deum et des feux d'artifice, mais à quel prix, moyennant quels sacrifices, et à quoi bon ? Celte guerre est quelque chose de si lointain, de si démesuré, de si uniquement polili(jue — par là de si peu intéressant — que nul ne se passionne pour elle. Il n'y a pas, dans la nation enlière, le moindre symptôme d'un mouvement d'opinion contre la Russie. Comment en serait-il autrement quand, depuis 1807, l'Empereur présente l'empereur Alexandre comme l'allié le plus désirable et l'ami le plus fidèle? Ceux-là — et ils sont rares — qui réalisent l'existence d'un peuple russe.

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