‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 8 sur 213 · L'EXPÉDITION DE RUSSIE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION DE RUSSIE

ne conçoivent ni où, ni pourquoi l'on va se battre contre lui. Tout à l'heure, lorsque, par des livres et des brochures, Napoléon essaiera de créer un courant d'opinion, il échouera dans l'indifférence, et il eût sans inconvénient épargné les frais qu'occasionnera l'impression des livres de M. Lesur : Des progrès de la puissance russe et Des Cosaques. Il le sent si bien qu'il renonce à publier, comme il a fait toujours jusque-là, les pièces de la nég-ocialion.

A celle guerre aux confins de l'Asie, la guerre en Espagne fait pendant. Celle-ci, quoique dévorant chaque mois les hommes par milliers et les francs par millions, laisse le peuple imlifférent et las. On ne croit plus aux victoires trop souvent décisives ; on ne croit plus à une pacification toujours annoncée dans les journaux, toujours démenlie dans les faits ; malgré les alrocilés commises par les guérillas, on n'a point de haine contre les Espagnols. Les prisonniers, internés dans les départements du Midi, y sont trop bien accueillis au gré de l'Empereur. Rien dans cette guerre n'est nalional. Nul ne prend au sérieux Joseph et sa royauté, nul ne porte un intérêt à les soutenir. La rareté des nouvelles, Tinterruplion et la saisie des correspondances, l'impossibilité, même pour les gens du métier, de suivre le détail de campagnes dont les mystérieuses opérations restent inintelligibles, tout fait qu'on s'en occupe à peine et qu'on y pense le moins qu^on peut. Les officiers qu'on envoie au delà des Pyrénées y vont comme à la plaine de Grenelle, les soldats comme en enfer. Nul n'en revient pour en

raconter les misères ou les horreurs. Par celle plaie gangrenée, le meilleur de la France s'écoule, mais on en souffre à peine, on l'ignore presque et l'on n'en parle pas.

La masse du peuple — hormis ceux que touche directement la conscription et qui y sont réfractaires — est arrivée à un degré de lassitude oîi elle subirait tel maîlre qui se présenterait à elle. Rien là de bien nouveau. En France, les éléments qui agissent, soit pourdéfendre un régime existant, soit pour le détruire, sont, malgré les apparences parfois contraires, en extrême minorité. La majorité subit lesformes que la minorité lui impose, et comme la majorité n'est point organisée, lors même qu'elle prétend secouer le joug, elle y brise ses efTorts disséminés, à moins que, par fortune, elle ne rencontre le César entre les mains de qui elle s'abandonne. Des deux partis d'action, l'un, qui a soutenu l'ancien régime, s'est trouvé, par les mesures révolutionnaires et les guerres civiles, diminué de ses agents les plus actifs et les plus mordants, mais il a formé des néophytes ; s'il n'a point de soldats, il a des cadres, et il s'efforce de contracter avec l'Église catholique des alliances qui lui apporteront une force incalculable.

L'Emigration au delà du Rhin n'avait été nullement croyante, pratiquante, religieuse ; elle était restée voltairienne. Seuls, les gentilshommes, qui s'étaient mêlés aux guerres de l'Ouest, avaient adopté — certains simulé — les passions qui avaient entraîné leurs hommes. Ceux-ci avaient été satisfaits et pacifiés

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