‹ Napoleon et sa familleChapitre 145 sur 168 · LOUIS. — SAINT-LEU · texte numérisé non relu

LOUIS. — SAINT-LEU

600.000 francs que l'Empereur lui adonnés le 3 messidor (22 juin), non pas une, mais deux propriétés contiguës.

La première, des Montmorency à l'origine, est passée aux Condé, puis à M. Leclerc de Lesseville (1673), à Pierre Vézin, avocat en parlement (1713), à Nicolas Baille, avocat au grand conseil, puis à Dufort (1739), ce Dufort qui s'intitula comte de Dufort et de Gheverny et dont on a de si curieux mémoires; de lui (1763) à M. Henri Droin, ci-devant conseiller du Roi, président-juge des traites foraines à Joinville qui en est encore propriétaire en l'an XII, et elle est avec ses 128 arpents 66 perches, vendue à Louis moyennant 264.000 francs.

L'autre propriété, de 77 arpents, payée par Louis 200.000 francs du sieur Hombergelde la dame Scliabracq, son épouse, était connue sous le nom de maison Oursin, bien que, depuis ce receveur de la généralité de Gaen, elle eût eu de bien plus illustres possesseurs. Laborde d'abord qui, en trois ans, y fit des dépenses immenses : dix appartements de maîtres au premier étage, chapelle, salle de spectacle, écuries pour cinquante-cinq chevaux ; puis (1777), le non moins célèbre Beaujon ; puis (1780), le duc de Chartres, qui y établit M"® de Genlis avec les princes et princesses dont il l'avait nommée gouverneur ; puis (27 avril 1792), M. Martial de Giac, surintendant de la Maison de la Reine, qui partit de là pour la guillotine. C'était de sa veuve que les Ilomberg avaient acheté en l'an III.

Donc un ensemble de soixante-neuf hectares , avec deux châteaux, dont un fort beau, des communs splendides et des arbres admirables : à la vérité, pour réunir les deux parcs et donner de l'unité au dessin, il y avait à faire, mais c'était peu d'argent pour une telle étendue et à cette distance de Paris.

Aussitôt en possession, Louis, avec cette minutie qui est un des traits caractéristiques de son état, parcourt ses maisons de la cave au grenier et, de sa main, en double exemplaire, il note les réparations urgentes. C'est ici un document révélateur ; dans ses lettres à ses plus intimes il s'observe à présent au point de ne plus donner la moindre notion sur lui-même. Ici, c'est un mémorandum qu'il prend, oii, côte à côte, il témoigne deson indiiïérence prodigue pour les grandes choses et, pour les petites, de sa parcimonie tatillonne. Il s'abîme dans le détail, s'y complaît, s'y passionne et il se désintéresse de l'ensemble '. Il essaye toutes les clefs, il reconnaît

Page 1