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main. » (3 frimaire, 24 novembre). On voit comme nn ministre est bien venu à donner des avis. Qu'estce alors en pays conquis ?
Murai, d'ailleurs, a son siège fait : le commandement des troupes, même avec les agréments qu'il comporte, n'est point assez pour lui : ce qu'il lui faut c'est une vice-royauté en Italie, mieux peut-être : « Vous ne parviendrez à faire quelque chose de ce pays qu'en le réunissant à la France, écrit-il au Premier Consul le 22 frimaire (IS décembre); vous ne trouveriez aucun obstacle. Ceux qui veulent l'indépendance ne la veulent que par amour-propre... Les hommes, en Italie plus qu'ailleurs peut-être, sont conduits par l'intérêt parce qu'ils sont tous égoïstes et voilà pourquoi déjà les militaires en général nous sont dévoués ; voilà pourquoi tous les généraux et conseillera d'Etat et consultanls veulent être et généraux français et conseillers d'État et sénateurs français. »
Le Premier Consul fait la sourde oreille, mais, obstinément, Murât revient à la charge, et, à Milan, il prononce sa conduite de façon à ne laisser aucun doute sur le mépris que lui inspirent l'administration italienne et ceux qui la composent. Il entre en lutte directe avec Melzi, soulève des incidents, prend sous sa protection les officiers français qui se mêlent de contrebande, prétend contraindre Melzi à tolérer l'ouverture d'une maison de jeu dont certains officiers de son état-major ont fourni les fonds et, sachant combien les pamphlets et les pamphlétaires
sont odieux au Consul, il imagine de grossir à l'absurde une histoire de vers satiriques qu'a faits un oflicier italien ; de lui-même, il fait arrêter cet officier pour outrage à l'armée française.
Napoléon, pris pour juge par Melzi, est obligé d'intervenir : « Je désire, écrit-il à Murât le 20 ventôse (H mars d 803), que, quelque chose qui arrive, vous restiez uni avec le gouvernement et ne prêtiez pas l'oreille aux insinuations des ennemis de la France qui excitent par toute espèce de moyens les esprits contre l'administration » ; sur tous les points, il lui donne tort et donne raison à Melzi. Mais pendant l'allée et le retour du courrier, Murât a si bien manœuvré que la situation est devenue critique et qu'on ne peut en sortir que par un éclat.
Il a, avec ses entours, imaginé que ces vers ne sont qu'un symptôme d'une grande conspiratien tramée à Milan contre lui-même et contre la France, et, là-dessus, perquisitions, arrestations, emprisonnements ; il ne ménage personne, et les autorités, les ministres, le Vice- président même sont menacés. Cette fois, c'en est trop, et c'est un acte d'accusation contre Murât que Melzi adresse au Consul. « Du jour, lui dit-il, que j'ai refusé mon consentement à la forme générale des finances qui avait de grands protecteurs, je me suis fait de grands ennemis qui, plus ou moins ouvertement, n'ont cessé de chercher tous les moyens pour culbuter le système actuel. » Melzi expose ensuite comment « le parti d'opposition protégé par le général Murât » a accrédité cette fausse
conspiralion et il ajoute : « Le général Murât a corvert de son nom cette trame odieuse et, quel que soit son but, il s'est mis en hostilité ouverte contre moi, puisque, sans faire cas de tout le reste, il est clair qu'il a soigneusement cherché dans cette occasion à me placer dans l'alternative d'être jugé incapable de mes devoirs ou complice de l'attentat que l'on impute d'une manière aussi légère que solennelle à toute la nation. Il n'en faut pas davantage pour me convaincre que je ne puis rester à ma place. J'avais pu sacrifier mon existence et mon repos au bonheur de la Patrie, mais je n'ai ni le courage ni l'envie de sacrifier mon honneur à de viles intrigues : cette lutte est trop inégale et je ne dois pas absolument m'y engager. »
Napoléon reçoit cette lettre au moment de la crise avec l'Angleterre : il écrit seulement à Melzi : « Les nombreuses occupations que j'ai ici ne me permettent pas de répondre en détail à vos différentes lettres. Je m'en réfère à ce que vous écrira Marescalchi. 11 vous dira que vous avez tort de penser que j'aie jamais varié d'opinion sur vous; que j'espère, si vous avez un peu d'amitié pour moi, que toutes ces tracasseries finiront, que vous tirerez un peu les rênes et que vous vivrez en bonne intelligence avec les agents français et spécialement le général en chef. » (12 germinal, 2 avril.)
A Murât le même jour, il écrit : « J'exige que vous fassiez tout ce qui est convenable pour bien vivre avec Melzi et la Consulte... Je vous écris ce peu de mots par un courrier que vous garderez et par
lequel vous me répondrez que vous êtes bien avec Melzi, que toutes les querelles sont finies et que tout va bien dans la Républicjue italienne. » Celte fois, l'avertissement est assez sévère pour qu'il porte fruit. Par le courrier suivant, le Premier Consul peut écrire à Murât : w Je vois avec plaisir la bonne intelligence rétablie entre vous et le Vice-président »; mais, en même temps, il lui réitère l'ordre le plus formel « d'investir de considération les principaux fonctionnaires de la République », et à Melzi pour le rassurer définitivement, il écrit : « Tant que j'existerai, la République ne peut essuyer aucun tort ; tout ce qui a été fait à Lyon sera maintenu et des craintes chimériques et des bruits insensés, enfants de la malveillance, ne doivent trouver aucune espèce de croyance. »
En toute cette campagne que mène Murât et sur laquelle ont tant glosé les diplomates en résidence à Paris, Caroline, toute jeune qu'elle est, a montré bien autrement de réserve et d'à-propos que son mari. « Je ne puis m'empêcher, écrit Melzi en particulier à Marescalchi, de rendre cette justice à ]yjme ]\im.at quBîdans cette occasion comme en toutes les autres, elle s'est conduite toujours avec le plus de jugement, de prudence et de sagesse. » Comme elle a tout fait pour prévenir la lutte entre Melzi et Murât, elle trouve, sans doute d'elle-même, le moyen d'affirmer la réconciliation et d'établir publiquement la bonne harmonie. Etant de nouveau enceinte et devant prochainement accoucher à Milan, elle lait insinuer à Melzi qui est déjà sur un pied de confî-
dence avec elle, qu'elle l'acceptera volontiers comme parrain. « Dès ma première sortie, écrit Melzi au Premier Consul, je me suis rendu chez le Général en chef et j'ai demandé à M™'' Murât de vouloir bien m'accorder de tenir son enfant sur les fonts baptismaux. J'ai voulu me replacer par là dans la juste mesure de concorde et d'intimité qu'il importe de nourrir et que je me ferai le plus grand plaisir de cultiver. » Le 26 floréal (16 mai), M"' Murât accouche d'un fils dont Napoléon salue la naissance en écrivant à son beaufrère : « J'ai appris avec plaisir les couches de M""® Murât, elle a bien fait de faire un beau garçon. J'espère que aous m'apprendrez qu'elle est bientôt rétablie. » Le baptême a lieu au commencement de messidor (fin juin), et l'enfant qui reçoit les prénoms de Lucien-Napoléon-Gharles-François a ce dernier en l'honneur de Melzi.
Ce ne fut point cette fois seulement que Caroline eut celte bonne influence. Si justement fière qu'elle fût du rang oii son frère l'avait placée, elle était trop fine pour chercher des querelles inutiles et, après les avertissements sévères que Napoléon avait donnés à Murât, pour l'engager dans des luttes où il n'aurait point eu l'avantage. Si, dans une fête, il arriva qu'elle fut un peu délaissée par les dames italiennes, elle se contenta fort bien des excuses de Melzi et ne fut point assez sotte pour s'en plaindre. Murât n'y manqua point, et il s'attira cette verte réponse du Consul : « Il est tout simple qu'on témoigne de l'attachement à Melzi qui administre bien et qui d'ailleurs repré-
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sente aux Italiens un gouvernement national. Vivez bien avec lui. » Bon gré, mal gré, Murât dut comprendre qu'il ne serait point le plus fort, que ses |>rojets sur l'Italie n'avaient aucune chance de rencontrer l'aveu du Consul, et il ne se croyait point encore assez armé pour marcher directement contre ses volontés. Toutefois, dès ce moment, il forma à tout risque, avec certains généraux de l'armée italienne, avec certains hommes qui, après avoir joué un rôle dans la Cisalpine, avaient été mis à l'écart par le nouveau gouvernement, des liaisons, dont sans doute il s'exagéra l'importance, mais qui ne furent point d'une médiocre influence sur ses destinées.
Ce travail ne pouvait plus avoir de résultat immédiat, et l'Italie n'était plus pour Murât qu'un champ oîi il y avait tout juste à glaner ; aussi pensa-t-il à changer de théâtre et à revenir en France. Tandis qu'il faisait ses tournées d'inspection, prisant fort encore les reçiali qu'on s'empressait de lui otTrir dans toute ville civilisée, sa femme, aussitôt après les fêtes du baptême, avait pris la route de Paris (milieu de thermidor, commencement d'août). Elle aA^ait charge d'y moyenner le rappel de son mari et son élévation à un grand poste sur lequel il avait jeté son dévolu. Le terrain préparé, après des réceptions royales à Gênes et surtout à Livourne — voiture à six chevaux suivie de deux voitures à quatre, escorte de sa garde et d'un régiment de hussards, feu d'artifice avec Victoire gravant en traits de feu sur son bouclier le
nom de Murât — lui-même la rejoignit. Il arriva le 9 fructidor (27 août) et, nommé un mois après président du Collège électoral de Lot, il fît en triomphateur sa rentrée dans son pays natal. Il y retrouva avec joie sa vieille mère, pour laquelle il s'était toujours montré plein d'attentions et de tfndrossp, et l'accueil qu'il reçut de ses concitoyens fut tel, par sa cordialité et son enthousiasme, que l'exagération des louanges disparaît presque devant leur bonhomie. Il y eut arcs de triomphe, garde d'honneur, banquets, bals et couplets :
0 toi que la reconnaissance A fait le dieu de ce séjour.
Vois tous les cœurs d'intelligence, T'adresser un hymne d'amour...
Murât prononça là son premier discours du trône, et, sans concurrent possible, se fît élire député au Corps législatif en même temps qu'il faisait présenter comme candidat au Sénat, son oncle, le cardinal Fesch (18-20 brumaire an XII, 10-12 novembre 1803).
Il revint à Paris le 23 (IS novembre), mais, malgré tous les titres qu'il réunissait sans doute, il dut attendre près de deux mois encore pour que le Premier Consul créât en sa faveur la place qu'il enviait. Enfin, les folies de Junot, les scandales qu'il ne cessait de donner depuis qu'il avait joint le commandement de la l""® division militaire à l'emploi de commandant d'armes de la place, déterminèrent sa disgrâce et son renvoi dans une division active ; et, le 24 nivôse (15 janvier 1804), Murât fut nommé gouverneur de