‹ Napoleon et sa familleChapitre 63 sur 168 · MURAT- — SES QUERELLES AVEC MELZI · texte numérisé non relu

MURAT- — SES QUERELLES AVEC MELZI

Murat arrive à Milan pour installer les nouvelles autorités de la république et c'est alors un échange de compliments, de discours et d'acclamations (23 pluviôse an X, 9 février 1802). Il reste à Milan un mois à peine ; on l'attend à Rome d'où il doit passer à Naples pour préparer, conformément aux stipulations du Traité d'Amiens, l'évacuation du royaume par les troupes françaises : courriers sur courriers arrivent, commandant des vingt chevaux à chaque relai, annonçant la venue imminente du général : pour le recevoir magnifiquement tout est préparé par ordre du Pape au Palais Scarra — et, pendant qu'on l'attend aussi, il est sur la route de Paris qu'il franchit en cinq jours (18-23 mars, 27 ventôse -2 germinal). C'est dit-on, pour faire visite à sa femme, très proche de ses couches. Ce n'est point cela, dit Gonsalvi : M On a fait des rapports au Premier Consul sur diverses largesses (largizioni) qui ont été faites à Milan pour la nomination aux charges de la nouvelle constitution. Le général Murat n'a pas été épargné par ses ennemis. Il est accusé de n'avoir voulu faire le voyage de Rome et de Naples que pour faire une récolte de présents. Le Premier Consul est entré dans une grande colère et le général a envoyé à Rome et à Naples le général Reille et son secrétaire Aimé. » Ceux-ci profitent « dans la mesure convenable » des préparatifs faits pour leur chef et, durant ce temps, Murat arrange si bien ses affaires avec le Premier Consul, auquel Caroline, malgré sa grossesse offre une fêle superbe pour inaugurer Neuilly, qu'il

reçoit, avec une amnistie pour le passé, la permission d'aller à Naples. La place est décidément bonne, car le roi d'Etrurie vient de lui envoyer son portrait enrichi d'un entourage et d'un nœud de diamants du plus grand prix, et il ne peut manquer d'être bien régalé par le Pape et par les Siciliens. Reparti de Paris le 16 germinal (6 avril), il arrive inopinément à Rome le 28 (18), et il y est reçu avec tous les honneurs imaginables : garde de cinquante hommes à sa porte, grand dîner chez Gonsalvi, longue conférence avec le Pape, dîner à la villa Borghese avec les plus grands de Rome, concert chez Cacault et, pour le moment, un beau camée, entouré, de la valeur de trois mille piastres. Il y aura d'autres et de plus riches présents préparés pour son retour, mais il est pressé. Le 30 germinal (20 avril) il part pour Naples où il doit traiter avec le régent le rappel des troupes françaises. A Naples « de grands présents, mais aucune cordialité, ni visite ni attentions, tous craignant le gouvernement ». Emportant ses cadeaux — entre autres, un sabre à la poignée enrichie de diamants — il repasse par Rome sans presque s'y arrêter et le 5 prairial (25 mai), il est de retour à Paris 011 il trouve Caroline accouchée depuis juste un mois (5 floréal, 25 avril) d'une fille à laquelle ont été donnés les prénoms de Marie-Letizia-Joséphine-Annunziade et dont Joséphine doit être la marraine avec Napoléon ; — mais on oublia de célébrer le baptême. Murât passe cinq mois à Paris, organisant les splendeurs de l'hôtel ïhélusson et achevant de les

meubler avec un luxe inusité même dans la famille consulaire. Il ne paraît nullement pressé de repartir. Au commencement de messidor (fin juin), il a, il est vrai, annoncé sa prochaine arrivée à Melzi qui, en réponse, s'est excusé de ne pouvoir lui offrir à Milan les « agréments multipliés qui embellissent son séjour à Paris ». Mais, en thermidor (24 juillet), il y est encore, bien que, dans les journaux, par ordre sans doute, on passe une nouvelle de son départ. C'est tout juste si, au commencement de vendémiaire an XI, (octobre), il s'y dispose sérieusement.

Melzi sait à quoi s'en tenir : il faudra qualche regalo de temps en temps, il faudra beaucoup d'attentions, surtout pour M™® Murât qui accompagne son mari : Melzi y est tout disposé et, d'abord, grâce aux inspections que le Premier Consul a commandées, les choses ont l'air d'aller à peu près entre le commandant en chef des troupes françaises et les autorités de la République italienne. C'est avec le directeur français de l'Administration de la guerre que Murât est entré en lutte. Il n'admet point les reproches qu'on lui a adressés en l'invitant à montrer plus d'ordre et d'économie, à ne point s'intéresser trop ouvertement à une compagnie de fournisseurs : et voici comme il termine sa lettre : « Ne me dites donc pas que j'improuve des mesures d'économie, d'ordre, ma conduite a détruit d'avance tout ce que vous vous efforcez d'insinuer à cet égard... J'aurais peine à croire que l'avant dernier paragraphe de votre lettre fût l'ouvrage d'un général si je ne le voyais écrit do votre

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