‹ NapoléonChapitre 10 sur 132 · I.ITH. l>r MOTTE. (BIHl.. NAT.. ESTAMPK^I · texte numérisé non relu

I.ITH. l>r MOTTE. (BIHl.. NAT.. ESTAMPK^I

LE GÉNÉRAL BONAPARTE donne un sabre au chef militaire d'Alexandrie, qui jure sur sa tète de ne s'en servir que pour la cause des Français. Bonaparte resta à Alexandrie du 2 au

7 juillet 1798. ''AK mi lard. (MI-SÉE de VERSAILLES.)

BATAILLE DES PYRAMIDES. — Dans l'après-midi du 21 juillet 1798, après une marche de douze heures, l'armée arriva auprès d'Embabeh, où elle découvrit le camp et la cavalerie des Mamelucks. Là fut livrée la bataille dite des Pyramides. tar lejeune. (misée de Versailles.)

ŒDIPE ou BONAPARTE qui vient pour arracher au Sphinx l'énigme de l'avenir. — La visite du général à Gizeh et aux Pyramides est du 18 et du 19 septembre 1798. Il retourna à Gizeh

le IS et le 16 juillet 1799. par CÉROME. (reproduction autorisée par MAXZI, in-iANT ET (''.)

BONAPARTE EN EGYPTE

route pour y arriver, y combattre les satellites du gouvernement anglais et y tarir les sources de ses richesses corruptrices ;

« Arrête ce qui suit : Le général en chef de l'armée d'Orient dirigera sur l'Egypte les forces de terre et de mer dont le commandement lui est confié et il s'emparera de ce pays. — Il chassera les Anglais de toutes les possessions de l'Orient où il pourra arriver, et notamment il détruira tous leurs comptoirs sur la mer Rouge. — Il fera couper l'isthme de Suez, et il prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer la libre et exclusive possession de la mer Rouge à la République française. ■ — Il améliorera, par tous les moyens qui seront en son pouvoir, le sort des naturels de l'Egypte. — Il maintiendra, autant qu'il dépendra de lui, une bonne intelligence avec le Grand Seigneur et ses sujets immédiats.... i>

Quand on sut, ou quand on devina que le général de l'armée d'Italie allait porter à présent le drapeau de la France au fond delà Méditerranée, et même jusqu'aux Indes, tous ses compagnons d'armes sollicitèrent l'honneur de prendre part à cette grande aventure. « C'était une folie épidémique, dit Arnault, semblable à celle qui s'était saisie de nos éueux à l'époque des croisades. » Officiers, savants, artistes, poètes, négociants rêvaient d'accompagner Bonaparte, a J'étais né pour être Egyptien, n disait à Parseval- Grandmaison, un épicier qui enviait son bonheur. Parseval est le poète, bien oublié aujourd'hui, dans lequel on voyait à l'avance le Lope de Vega de la nouvelle a Invincible Armada». BerthoUet, Monge, Arnault avaient été chargés par le général en chef de recruter un état-major scientifique et littéraire pour régénérer la terre des Pharaons et la conquérir à la civilisation française.

BONAPARTE A TOULON, v^ Bonaparte arriva à Toulon le 9 mai. Grâce à l'activité extraordinaire qu'il avait, de Paris, imprimée à tous les services, les préparatifs d'embarquement étaient presque terminés. Et il y avait à peine deux mois que le gouvernement avait adopté l'idée; il n'y avait pas même un mois que les arrêtés d'exécution avaient été pris. Le général passa la revue des troupes qui allaient s'embarquer et il leur adressa ces admirables paroles (10 mai) :

(( Soldats! Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de sièges : il vous reste à faire la guerre maritime.

« Les légions romaines que vous avez quelquefois imitées, mais pas encore égalées, combattaient Carthagetour à tour sur cette même mer et aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent braves, patientes à supporter les fatigues, disciplinées et unies entre elles. Soldats, l'Europe a les yeux sur vous. Vous avez de grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre. Vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité delà patrie, le bonheur des hommes et votre propre gloire.

4 Soldats-matelots, fantassins, canonniers ou cavaliers, soyez unis; souvenez-vous que, le jour d'une bataille, vous avez besoin les uns des autres. Soldats-matelots, vous

avez été jusqu'ici négligés. Aujourd'hui, la plus grande soUi citude de la République est pour vous. Vous serez dignes de l'armée dont vous faites partie.

a Le génie de la liberté, qui a rendu la République, dès sa naissance, l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des contrées les plus lointaines. »

L'escadre qui allait prendre la mer comprenait 48 voiles, dont 13 vaisseaux de haut bord ; elle était sous les ordres du vice-amiral Brueys, officier de l'ancien étatmajor. Son pavillon flottait à bord de l'Orient, vaisseau de 120 canons. A côté de l'escadre de guerre, la flotte de transport se composait de 280 bâtiments, qui avaient été armés à Toulon, à Marseille, en Corse, à Gênes, à Cività-Vecchia. Le convoi de Marseille s'était joint à celui de Toulon ; les autres devaient rallier en cours de route. L'armée de terre, répartie sur les vaisseaux de l'escadre et les bâtiments de la flotte, comprenait 38000 hommes. Dans l'armée navale, il y avait 13 000 marins et canonniers, et 3 000 marins du commerce. Bonaparte emmenait avec lui un ensemble de 54 000 hommes.

Que cette armée dût conquérir l'Egypte, une fois qu'elle serait arrivée aux embouchures du Nil : cela paraissait comme certain, avec le génie du général en chef et la supériorité de ses forces sur les bandes des Mameluks. Que l'Egypte soit le vestibule de l'Inde : les événements actuels ne l'ont que trop montré. Mais la première condition était d'arriver en Egypte. Pour tenter ainsi, avec cet attirail de 328 voiles, la traversée de la Méditerranée, qui allait prendre plusieurs semaines, il fallait que Bonaparte eût dans son étoile une confiance imperturbable. « Quel est donc le secret de cet homme extraordinaire? se demandait Kléber. C'est l'audace. » Bonaparte eut raison : son étoile lui permit de passer sain et sauf ; il était « l'homme du destin » , comme Mêlas le dira plus tard à Marengo. Mais cette heureuse traversée, servie par une chance inespérée, fut, il n'y a pas d'autre mot, une manière de miracle ; ce sont de ces coups de bonheur qui ne se renouvellent pas deux fois dans l'histoire.

LE DÉPART DE TOULON. '<0 Le départ avait été fixé au 19 mai. Une violente bourrasque du Nord-Ouest servit Bonaparte à son insu, en éloignant des côtes de Provence la division anglaise de Nelson. L'ordre de marche fut donné dans la direction de Nice et de la côte génoise. « C'était un admirable spectacle, dit un passager, que celui de cette innombrable réunion de bâtiments de toutes grandeurs, ville flottante au-dessus de laquelle les vaisseaux de haut bord s'élevaient comme les églises de la capitale au-dessus de ses plus hautes maisons, et que l'Orient, comme une cathédrale, dominait de toute la hauteur de son colosse. Le jour, cette force éparpillée occupait une surface de deux lieues de diamètre à peu près. Mais, quand le soir approchait, se resserrant au signal donné, elle venait se grouper autour des vaisseaux de guerre, comme des écoliers autour de leurs surveillants, comme des moutons autour du berger, comme des poussins autour de leur mère. »

Les Français longèrent avec lenteur la côte orientale de la Corse et de la Sardaigne.

BONAPARTE EN EGYPTE

Nelson, qui les cherchait, se trouvait alors au mouillage de l'He San-Pietro, sur la côte Sud-Ouest de laSardaigne. Passant à l'Ouest de la Sicile, puis en longeant la côte méridionale, l'armée navale arriva devant Malte le 9 juin. Là, on eut un moment d'émotion : les vigies venaient de signaler des voiles dans la direction du Sud. Aussitôt toutes les dispositions furent prises pour un combat à l'abordage ; mais, en approchant, on vit que c'était le convoi de Cività-Vecchia, arrivé seul de son côté.

BONAPARTE A MALTE, v.^ L armée était arrivée devant le port de la Valette, s Malte était debout, dit Vigny, avec ses forts, ses canons à fleur d'eau, ses longues murailles luisantes au soleil comme des marbres nouvellement polis, et sa fourmilière de galères toutes minces courant sur de longues rames rouges. t> La Valette était la capitale des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ; après avoir été le rempart plusieurs fois séculaire de la chrétienté, l'ordre de Malte n'était plus que le souvenir et l'ombre d'un grand nom. Le grand-maître fit mine d'interdire à Bonaparte l'entrée du port ; mais les Français débarquèrent sans coup férir, le 10 juin, à la pointe du jour. Dans la nuit du 11 au 12, une capitulation était signée à bord de Y Orient. Les îles de Malte et de Gozzo, avec leurs forts, étaient remises aux Français. L'ordre de Malte avait vécu ; le dernier souvenir des croisades venait d'être détruit par des Français.

L'occupation de Malte était certes une belle préface à la conquête de l'Egypte ; mais, dans ce très habile coup de main, il y avait beaucoup de bonheur. Bonaparte n'avait pas rencontré une escadre pour lui disputer les approches de l'île ; des murailles, qui semblaient imprenables, s'étaient ouvertes d'elles-mêmes. « Il est heureux, disait le général du génie Caffarelli du Falga, en visitant ces remparts formidables et inutiles, il est heureux qu'il y ait eu là dedans quelqu'un pour nous ouvrir les portes. »

Bonaparte laissa à Malte une garnison d'un peu plus de trois mille hommes, sous les ordres du général Vaubois. Le 19 juin, après huit jours de relâche, l'escadre française faisait route de nouveau vers le Sud-Est.

ENTRE MALTE ET ALEXANDRIE, v^ Le soir, par ces nuits d'été si beUes, en pleine Méditerranée, sur le pont de l Orient, ou autour de la table du conseil, le général en chef rassemblait ce qu'il appelait son Institut : savants, artistes, médecins, poètes, officiers, disputaient, causaient. Usaient, comme des académiciens en séance. Bonaparte avait conservé sa passion pour la lecture. Dans la bibliothèque qu'il avait emportée il y avait Ossian, Werther, la Nouvelle Héloïse, le Vieux Testament, indication, dit Chateaubriand, du chaos de sa tête. Une fois, il voulut savoir ce qu'on lisait à bord. Bessières lisait un roman, Eugène de Beauharnais aussi, Bourrienne de même, — Paul et Virginie, qu'il trouvait détestable, — et encore Berthier, qui avait voulu avoir un livre bien sentimental et s'était endormi sur les Souffrances du jeune Werther. <i Lectures de femmes de chambre, dit Bonaparte d'assez méchante humeur ; les hommes ne doivent pas lire autre chose que des livres d'histoire. »

Un jour il appelle Arnault, l'auteur de Marins à Minturnes. « N'avez-vous rien à <f faire ? me dit-il. — Rien, général. — Ni moi non plus. (C'est peut-être la première et la « dernière fois de sa vie qu'il ait dit cela.) Lisons quelque chose; cela nous occupera tous « les deux. — Que voulez-vous lire ? de la philosophie ? de la politique ? de la poésie ? — « De la poésie. — Mais de quel poète? — De celui que vous voudrez. - Homère vous conte viendrait-il? C'est le père à tous. — Lisons Homère. ~ U Iliade, l'Odyssée ou la Batra- « chomyornachiel — Comment dites- vous? — Le Combat des Rats et des Grenouilles, « ou la Guerre des Grecs et des Troyens, ou les Voyages d'Ulysse? Parlez, général. d — Pas de guerre pour le moment. Nous voyageons; lisons des voyages. D'ailleurs, je « connais peu l'Odyssée ; lisons l'Odyssée. — Par où commencerons-nous, général ? a — Par le commencement. » Me voilà donc lisant tout haut comme quoi les poursuivants de Pénélope mangeaient, tout en lui faisant la cour, l'héritage du prudent Ulysse, le patrimoine du jeune Télémaque et son douaire à elle, égorgeant les bœufs, les écorchant, les dépeçant, les faisant rôtir ou bouillir, et s'en régalant ainsi que de son vin. Je ne puis dire à quel point cette peinture naïve des mœurs antiques égayait mon auditeur. « Et vous nous donnez cela poixr beau ! me disait-il. Ces héros-là ne sont que « des maraudeurs, des marmitons, des fricoteurs ! Si nos cuisiniers se conduisaient « comme eux en campagne, je les ferais fusiller. Voilà de singuhers rois.... Et vous « appelez cela du sublime ! vous autres poètes, répétait-il en riant. Quelle différence î de votre Homère à mon Ossian ! Lisons un peu d'Ossian. )^

L'ARRIVÉE A ALEXANDRIE, v^ Brueys et ses officiers n'étaient point sans inquiétudes sur le sort de l'expédition. Avec ce convoi immense, si peu homogène, une bataille navale livrée en pleine mer eût vite dégénéré en un affreux désastre. <( Pendant la traversée, dit Bourrienne, je causais fréquemment avec l'amiral. Les renseignements qui nous parvenaient de temps en temps augmentaient ses inquiétudes. Il m'assiu"a qu'il fallait bien du courage pour se charger de la conduite d'une flotte si mal équipée, et il me déclara plusieurs fois que, dans le cas d'une rencontre avec l'ennemi, il ne répondrait de rien. Les mouvements à bord seraient d'une exécution difficile ; l'encombrement des bâtiments et l'immense quantité d'effets que l'on emportait et que chacun voudrait sauver ralentiraient et gêneraient les manœuvres. En cas d'attaque, même par une escadre inférieure, le trouble et le désordre amèneraient une catastrophe ; il ne pouvait garantir aucune chance heureuse. Il regardait une victoire comme une chose impossible et, même avec une victoire, il ne savait ce que deviendrait l'expédition. »

Pour Bonaparte, rien ne troublait sa confiance. Dans une proclamation à l'armée de terre, écrite à bord de l'Orient (22 juin), il disait : « Nous réussirons dans toutes nos entreprises ; les destins sont pour nous. » Jusqu'ici, en effet, les destins étaient pour lui. -« Je me vouai dès lors au fatalisme, dit l'un des savants de l'expédition, et me recommandai à l'étoile de Bonaparte. » L'étoile du général en chef conduisit les Français sains et saufs jusqu'au terme de leur voyage, sans avoir jamais aperçu l'en-

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AMIRAL BRUEYS. tué à Aboukir. le i^ août 1798, à 45 ans.

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