D'ACRE
^ dura
du 19
mars au 20 mai 1799.
LITH. nE MOTTE. (BIBL. NAT., ESTAMPES.)
BONAPARTE EN COSTUME TURC, en Egypte. Il tient la main sur le Coran.
[CtH.r.. LIE M. BROUWET.)
FRONTISPICE de Napoléon en Egypte, poème de Barthélémy et Méry (1828).
LlTH. DE RAFFET. (BIBL. NAT., ESTAMPES.)
BONAPARTE EN EGYPTE
nemi. Le l'*' juillet 1798, quarante-quatre jours après le départ de Toulon, les soldats de l'armée d'Orient mettaient le pied sur la terre d'Egypte.
Alexandrie fut occupée le 2 juillet, presque sans coup férir. En route tout de suite pour le Caire. Dès le 7 juillet, l'armée quittait l'escadre ; elle ne devait plus la revoir.
LES PYRAMIDES, v^ Le chemin le plus court d'Alexandrie au Caire est le désert de Damanhour. L'armée s'y engagea ; car Bonaparte avait appris qu'une escadre ennemie pouvait être dans ces parages, et il avait renoncé à prendre la voie du Nil. La solitude, l'ardeur du soleil, le manque d'eau rendaient cette marche extrêmement pénible : il y eut des désertions, des suicides, presque des actes de mutinerie. Un jour, Bonaparte fait arrêter une division où le mécontentement ne cessait de se manifester ; il la forme en carré et, s'étant placé au milieu, il lui dit ; >i Le coiirage sur le champ de bataille ne suffit pas pour faire un bon soldat ; il faut aussi le courage des fatigues et des privations. On me suppose l'intention de parcourir l'Asie après la conquête de l'Egypte. Pour marcher sur les traces d'Alexandre, il faudrait avoir ses soldats, v La division reprit la marche sans souffler mot ; le général avait su réveiller chez ses hommes le sentiment de l'honneur et du devoir. Alors les mécontents de la veille se consolèrent par des plaisanteries. Ils se montraient le général Caffarelli, qui avait une jambe de bois, a II est bien heureux celui-là, disaient-ils ; il a toujours un pied en France, b
Le 20 juillet, l'armée arriva en vue des Pyramides. Le lendemain, en face de ces géants de pierre, elle rencontra toutes les forces des Mameluks, sous la conduite de Mourad- Bey. « Soldats, dit Bonaparte en leur montrant les Pyramides, quarante siècles vous regardent. » Aux charges furieuses de la cavalerie ennemie, les Français commencèrent par opposer une passivité héro'ïque ; ils formaient cinq carrés avec Desaix et Reynier à driote, Dugua au centre, Bon et Menou à gauche ; puis ils s'élancèrent en avant. En quelques heures, l'armée des Mameluks, disloquée, détruite, avait abandonné le terrain.
Le 24 juillet, le vainqueur des Pyramides faisait au Caire une entrée triomphale. Il devait dire à Sainte-Hélène que la haute ambition s'était tout à fait déclarée en lui après les Pyramides et l'entrée au Caire.
Quelques jours plus tard, il recevait la nouvelle d'un affreux désastre.
1798. ABOUKIR. kJ0 Brueys avait débarqué l'armée et le matériel dans la rade d'Alexandrie. Il n'avait pas mouillé son escadre dans le port de cette ville, dont les passes ne lui semblaient pas suffisamment profondes ; il était allé jeter l'ancre un peu à l'Est, dans la rade d'Aboukir. Le mouillage était dangereux, à cause de la mauvaise tenue des fonds. L'amiral eut le tort d'y rester trop longtemps, malgré les instructions de Bonaparte qui lui disaient de gagner Malte ou Corfou; il eut le tort aussi de ne pas y prendre les mesures de protection nécessaires. Le 1^' août, vers la fin de la journée, les vigies signa-
lérent l'arrivée d'une escadre. C'étaient les Anglais. Enfin, Nelson avait découvert sa proie. Depuis deux mois il l'avait cherchée à travers la Méditerranée, à Naples, en Sicile, à Alexandrie même, où il avait devancé les Français de deux jours, sur les côtes de l'Asie Mineure, de nouveau en Sicile. De Syracuse, où il avait renouvelé sa provision d'eau, à la fontaine d'Aréthuse, il avait écrit à ses amis de Naples, sir William et lady Hamilton, la femme qui devait tenir une si grande place dans sa vie privée : « Faire de l'eau à la fontaine d'Aréthuse, c'est pour nous un présage de victoire. Nous comptons reprendre la mer au premier vent, et soyez sûrs que je veux revenir couronné de lauriers ou couvert de. cyprès. J> A son chef, lord Saint- Vincent, il écrivait qu'il saurait bien découvrir les Français, fussent-ils partis pour les antipodes, s'ils étaient « n'importe où, au-dessus de • l'eau ». Il avait repris la mer à Syracuse le 25 juillet, le lendemain de l'entrée de Bonaparte au Caire. Il longeait les côtes de Morée, à la recherche de l'escadre invisible, quand il apprit que les vaisseaux de Brueys devaient être, depuis un mois environ, aux embouchures du Nil.
A peine arrivé (l^' août, au soir), il avait signalé, du vaisseau amiral le Vanguard, d'engager immédiatement la bataille ; il avait quatorze vaisseaux et un brick contre treize vaisseaux et quatre frégates. Par une manœuvre audacieuse, sept de ses vaisseaux, le Goliath en tête, se glissent entre l'îlot d'Aboukir et l'aile gauche des Français; les autres, moins le Culloden qui s'était échoué à l'entrée de la baie, longent, du côté du large, l'escadre française. Celle-ci est prise entre deux feux ; immobile, toutes les ancres mouillées, des grelins tendus entre les vaisseaux, elle ne pouvait guère que recevoir des coups, à tribord et à bâbord. Le combat est terrible autour de l'Orient, qui a trois ennemis accrochés à ses flancs. Brueys, qui avait la cuisse gauche emportée, refuse de se laisser porter au poste des blessés. « Un amiral, dit-il, doit mourir sur le pont », et il mourut avec un courage héroïque. Détruit par une explosion formidable, l'Orient, vers dix heures du soir, s'abîme dans les flots. Le lendemain après-midi, 2 août, le combat durait encore ; le Tonnant, du brave commandant Dupetit-Thouars, luttait toujours, le