‹ NapoléonChapitre 22 sur 132 · BONAPARTE, PREMIER CONSUL · texte numérisé non relu

BONAPARTE, PREMIER CONSUL

— La branche d'olivier que le Premier Consul tient à la main permet de dater ce beau portrait de l'année 1802, qui vit la signature de la paix avec l'Angleterre, à Amiens le 27 mars. Il semblait que ce fût la fin des guerres qui faisaient rage depuis dix ans.

PAR Al'l'IAM. ((-tILL. UERNARD FRANCK.)

MORT DE DESAIX, A MARENGO, 14 juin 1800. — Frappé d'une balle en plein cœur, au moment où son arrivée avait fait recommencer la bataille, Desaix fui tué, sans avoir pu proférer une parole. (Kléber était tué au Caire le même jour.) La douleur de Bonaparte fut profonde. Il le fit enterrer dans la chapelle de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. Des cérémonies solennelles furent célébrées en son honneur ; des monuments lui furent élevés à Paris sur la place Dauphine et sur la place des Victoires.

PASSAGE DU GRAND-SAINT-BERNARD. — L'armée française s'engagea dans le col du Grand-Saint-Bernard, de Martigny à Aoste, à partir du 14 //îfl! C7S00>. uth. d'adam.(bibl.nat., estampes.)

OSPICE DU GRAND-SAINT-BERNARD, à 2 472 mètres d'altitude. — Le chejnin pavé, très incliné, est l'ancienne route. A droite, la route nouvelle, en lacets. (cl. simpion lai sanne )

LA PAIX D'AMIENS

t5 matin, Bonaparte arriva a l'hosp.ce a 5 h., avec /e ^"' J égaipa^e gu7î

GÉNÉRAL DESAIX DE VEYGOUX, né à Ayat (Puy-de-Dôme) en 1768, tué à J\^arengO îe 14 Juin ISOO, par steuben. (mus. Versailles.)

GÉNÉRAL MORE A U, né à Morlaix (Finistère) en 1763, mort à Lahn (Bohême)

le 2 sept. 1813. I-AK DAUUlER-WALLinNNL. (MLS.\'liRSAaLES )

LE GÉNÉRAL BESSIÈRES entraîne la Garde consulaire à Marengo (14 juin 1800). — Ancien perruquier, chasseur à cheval en 1792, capitaine en 1794, chef de brigade en 1798, le futur duc d'Istrie commandait en second, à Marengo, la garde à cheval des consuls. tarlalauze. (cl.neirdein.)

LA PAIX D'AMIENS

Tous ces événements s'étaient passés avec une rapidité prodigieuse. Le 2 juin, Bonaparte était entré à Milan. Le 14, il gagnait la victoire de Marengo. Le 15, la convention d'Alexandrie rendait à la France Gênes, la Ligurie, le Piémont, la Lombardie; toute l'Italie du Nord était évacuée par l'Autriche jusqu'au Mincio. Le 18 juin, l'heureux vainqueur, de retour à Milan, assistait à un Te Deum chanté dans la cathédrale.

AU LENDEMAIN DE MARENGO, v^ Bonaparte avait fait part aux Consuls de <;es événements par une courte lettre qui se terminait ainsi :

4 J'espère que le peuple français sera content de son armée. »

A l'armée même, le 24 juin, il adressait cet ordre du jour :

4 La journée de Marengo sera célèbre dans l'histoire. Treize places fortes, contenant mille pièces de canon de gros calibre, sont en notre pouvoir, et nous nous trouvons en possession de conclure une paix solide, ou, si l'aveuglement de nos ennemis s'y oppose, de commencer une campagne brillante et décisive pour le repos de l'Europe et la gloire de la nation. »

Le Premier Consul quittait Milan le 25 juin, pour rentrer à Paris par Turin et par le mont Cenis. Les acclamations ne cessaient pas tout le long de la route. Il s'arrêta à Lyon, le 29, pour inaugurer les façades de la place Bellecour. Le 30 il était à Dijon. « Arrivés dans cette ville, dit Bourrienne, la joie des habitants tenait réellement du délire. J'ai peu vu de coup d'oeil plus gracieux et plus séduisant que celui que nous offrit une réimion de jeimes femmes, d'une beauté, d'une élégance remarquables, coiffées avec des fleurs, et qui, accompagnant la voiture de Bonaparte, rappelaient à cette époque, où la Révolution avait exhumé tous les souvenirs républicains de la Grèce et de Rome, ces belles théories grecques et ces chœurs de femmes dansant autour du vainqueur des jeux olympiques. »

Le 2 juillet, le Premier Consul était de retour à Paris. L'enthousiasme était devenu du délire. Le futur chancelier Pasquier en fut témoin. « J'ai vu revenir Bonaparte à Paris, après la bataille de Marengo. J'étais dans les Tuileries, une heure après son arrivée, au moment où il se présenta à la fenêtre de son cabinet pour répondre aux acclamations C'était par un des beaux jours du commencement de l'été. L'enthousiasme était à son comble et c'était justice. Le résultat obtenu était si grand! Il semblait assurer notre avenir. Nous pouvions espérer voir l'achèvement de tout le bien commencé depuis le 18 Brumaire. »

Bonaparte lui-même ne cachait pas sa joie. Un jour, en remontant de la parade : « Bourrienne, dit-il, entendez-vous le bruit de ces acclamations qui continuent encore? Il est aussi doux pour moi que le son de voix de Joséphine. Que je suis heureux et fier d'être aimé d'im tel peuple ! »

C'était ce qu'il avait déjà dit, en traversant la Bourgogne : a Allons, allons, encore quelques grands événements comme cette campagne, et je pourrai aller à la postérité. B

RÉJOUISSANCES A PARIS, v^ Dès le sxirlendemain de son arrivée à Paris, il avait multiplié les récompenses aux combattants de la journée de Marengo. Kellennann, qui avait dirigé la charge fameuse, était promu général de division ; Lannes recevait, ainsi que les généraux Victor, Watrin, Gardanne et Murât, im sabre d 'honneur avec cette inscription : Bataille de Marengo, commandée en personne par le Premier Consul. — Donné par le Gouvernement de la République au général Lannes. Des sabres moins riches, des fusils, des baguettes d'honneur étaient décernés à des officiers, à de simples soldats, à des tambours qui s'étaient distingués à Marengo ou à l'armée du Rhin ; car il entendait ne pas oublier ceux qui servîiient sous les ordres de Moreau.

Sa générosité s'était même étendue aux vaincus. Il avait dit un jour à Bourrienne, à propos du général Zach, le chef d'état-major de Mêlas, qui avait signé la convention d'Alexandrie : « Écrivez au ministre de la Guerre ; vous lui direz de faire choisir à la manufacture d'armes de Versailles une très belle paire de pistolets, et de l'envoyer de ma part au général Zach. Il a dîné chez moi aujourd'hui, il a beaucoup vanté notre manufacture d'armes ; je veux qu'il en ait un souvenir ; et puis, cela ne peut que bien faire; on en parlera, et il y aura peut-être des échos à Vienne, Écrivez. »

Le 14 juillet, le Premier Consul présidait la fête de la Concorde, où l'on célébrait les nouvelles victoires de la France ; elle se donnait au Champ de Mars et au temple de Mars, c'était le nom que portait alors l'église des Invalides. En présence d'une foule immense, Lucien Bonaparte, qui était ministre de l'Intérieur, prononça un discours; en comparant la situation présente aux temps tragiques de la Terreur, aux temps honteux du Directoire, il lui fut facile d'exalter la grandeur du Consulat. Lannes présenta ensuite au Gouvernement, avec quelques paroles d'un accent viril, les drapeaux qui avaient été pris à Marengo. On entendit aussi un aide de camp de Masséna et un aide de camp de Lecourbe. Des médailles furent distribuées en grande cérémonie à cinq invalides, que leurs camarades avaient désignés comme les plus dignes. Enfin le Premier Consul prit la parole :

« Les drapeaux présentés au Gouvernement devant le peuple de cette immense capitale attestent le génie des généraux en chef Moreau, Masséna et Berthier, les talents militaires des généraux leurs lieutenants et la bravoure du soldat français.

a De retour dans les camps, dites aux soldats que, pour l'époque du 1®' vendémiaire, oii nous célébrerons l'anniversaire de la République, le peuple français attend ou la paix, ou, si l'ennemi y mettait des obstacles invincibles, de nouveaux drapeaux, fruits de nouvelles victoires. »

Les voûtes du temple de Mars avaient alors retenti d'un hymne de Fontanes, que Méhul avait mis en musique ; mais l'admirable metteur en scène avait préparé pour la fin de la cérémonie un spectacle unique, l'arrivée au Champ de Mars de la Garde des Consuls, qui revenait de Marengo. a J'étais, dit un témoin, à une fenêtre de l'École militaire, et je ne saurais oublier la commotion, pour ainsi dire électrique, qui fit retentir

LA PAIX D'AMIENS

les airs de cris d'enthousiasme, à son apparition. Ces soldats défilèrent devant le Premier Consul, non pas revêtus de beaux uniformes, comme au jour d'une parade ; partis du champ de bataille à l'extinction des feux du lendemain, ils avaient traversé la Lombardie, le Piémont, le mont Cenis, la Savoie et la France, dans l'espace de vingt-neuf jours ; ils se montraient parés de la fatigue d'une longue route, d'un teint basané par le soleil de juin en Italie, et de ce délabrement d'armes et d'habits qui attestent des combats meurtriers. »

Le l^' vendémiaire, 23 septembre, en présence des Consuls et des ministres, fut posée, place des Victoires, la première pierre du monument élevé aux généraux Desaix et Kléber, « morts le même jour, dans le même quart d'heure », l'un à Marengo d'une balle autrichienne, l'autre au Caire sous le poignard dun fanatique. Il y eut ensuite une cérémonie officielle au temple de Mars. Le corps de Turenne, enlevé des caveaux de Saint- Denis au moment de la Terreur, avait été transporté au Muséum. Bonaparte l'avait fait mettre aux Invalides et avait fait reconstruire à cet endroit le monument funéraire de Saint-Denis. La cérémonie d'inauguration eut lieu ce jour-là avec un grand éclat Carnot, ministre de la Guerre, fut chargé de prononcer, en présence des soldats de la République, l'éloge du maréchal de la Monarchie.

1800. HOHENLINDEN. v^ Des offres de paix avaient été faites à l'Autriche ; elle les refusa sous l'influence de l'Angleterre. La guerre allait recommencer.

Moreau était établi à Munich ; il avait devant lui l'armée autrichienne de l'archiduc Jean, qui s'appuyait sur l'Inn ; la droite ennemie était dans la région de Ratisbonne, la gauche dans le Tyrol. Le général français montrait la plus grande tranquillité. « On m'apprend, disait-il, les mouvements que fait l'archiduc Jean. C'est tout ce que je pouvais désirer. Demain, nous lui prenons dix mille hommes. »

L'armée française reprit sa marche en avant le 28 novembre. La forêt de Hohenlinden, qui s'étend sur un terrain accidenté entre l'Isar et l'Inn, la séparait des ennemis. L'archiduc Jean venait d'y pénétrer, par la seule route qui la traversait de l'Est à l'Ouest. Moreau, avec les divisions Grenier, Ney, Grouchy, l'attendait, tandis que les divisions Richepanse et Decaen s'étaient portées au Sud, avec l'ordre de se rabattre par derrière sur l'armée autrichienne. Le 3 décembre 1800, au milieu de la neige, l'archiduc Jean s'engagea dans la forêt Sur la chaussée étroite, en une immense file, son armée s'avançait. Elle se heurtait de front à la résistance de Ney et de Grouchy, quand tout à coup, par derrière, elle subit la violente attaque de Richepanse. Ce fut un désordre sans nom ; en quelques instants, les Français avaient mis vingt mille hommes hors de combat Les vainqueurs continuèrent vigoureusement l'offensive. L'Inn est franchi, Salzbourg est occupé. Richepanse, à l'avant-garde, se couvre de gloire ; il arrive à Steier, à quelques lieues de Vienne. L'Autriche terrifiée s'empressa de signer un armistice : elle laissait la France occuper les places du Tyrol et de la Bavière.

1801. LA PAIX DE LUNÉVILLE. v^ Le Premier Consul, qui était à Paris, apprit la nouvelle de la victoire de Hohenlinden avec la plus grande satisfaction ; une dépêche la lui avait apportée un soir, en rentrant du spectacle. « Sa joie, dit Bourrienne, f u telle qu'il sauta et tomba sur moi, ce qui l'empêcha de tomber par terre. »

Les négociations pour la paix avaient été reprises aussitôt ; elles aboutirent à un traité entre la France et l'Autriche, qui fut signé à Lunéville le 9 février 1801. C'était, dans ses grandes lignes, la reproduction du traité de Campo-Formio, c'est-à-dire la conservation pcir la France des Pays-Bas autrichiens.

1802. SAINT-DOMINGUE, vig» Il y eut un revers à cette brillante médaille, et ici, comme partout dans l'histoire de Napoléon, ce fut l'échec complet des projets coloniaux et maritimes.

De son empire des Antilles, la France avait conservé sa belle colonie de Saint- Dommgue, qui avait été augmentée, en 1795, lors du traité de Bâle, de l'ancienne partie espagnole et qui comprenait l'île tout entière. Mais la guerre civile, provoquée par le malaise économique et surtout par la question de l'esclavage, faisait rage dans cette malheureuse colonie. Un noir, Toussaint-Louverture, avait organisé une manière de gouvernement, qui avait mis l'île dans une indépendance à peu près complète à l'égard de la métropole. Bonaparte songeait alors à constituer en Amérique un grand empire colonial, avec Saint-Domingue et avec la Louisiane, dont il avait obtenu la restitution par l'Espagne ; mais il fallait commencer par rétablir à Saint-Domingue l'autorité de la France.

Le capitaine-général envoyé par le Premier Consul à Saint-Domingue fut le général Leclerc, marié à sa sœur Pauline. En le chargeant de cette mission, il lui tint ce singulier langage : a Tenez, voilà vos instructions ; vous avez une belle occasion de vous enrichir. Allez, et ne me fatiguez plus de vos éternelles demandes d'argent. »

Le 3 février 1802, l'armée de Leclerc, amenée de Brest par l'escadre de Villaret de Joyeuse, débarquait au Cap français. Les noirs opposèrent une vive résistance ; mais, en trois mois environ, ils étaient obligés de se soumettre. Leclerc songea alors à organiser sa conquête ; une terrible épidémie de fièvre jaune ruina ses projets. En huit semaines, quinze mille hommes succombèrent. Les noirs reprirent les armes, Leclerc ne vit qu'un moyen, attirer Toussaint-Louverture dans un guet-apens et s'emparer de sa personne. Envoyé en France, le malheureux chef des noirs fut emprisonné au fort de Joux ; il n'allait pas tarder à y mourir de froid et de misère. Saint-Domingue n'était plus tenable pour les Français ; Leclerc se retira dans l'île voisine de la Tortue ; il y mourait le 2 décembre, victime de l'épidémie. La dernière poignée de l'armée française s'était enfermée au Cap avec Rochambeau ; mais, comme la rupture de la paix d'Amiens avait rendu impossibles les relations entre la France et ses colonies, Rochambeau ne fut jamais secouru : il dut se rendre au mois de novembre 1803.

Bien que son collègue Ferrand ait pu tenir à Santo-Domingo jusqu'en 1808, l'île

LA. PAIX D'AMIENS

^^m^^ ^'\. tnii^

^as^^ ^3^=^=

Page 1