‹ NapoléonChapitre 24 sur 132 · NI · texte numérisé non relu

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GÉNÉRAL LECLERC, mort dans l'île de la Tortue (Saint-Domingue), le 2 déc. 1802, à

30 anS.PARAPPIANI. (COLL. DUCHESSE D'ALBUFERA.) CL. HACHETTE.

AMIRAL LE VASSOR DE LA TOUCHE- TRÉVILLE. mort à Toulon, le 30 août 1804, à 59 ans.

TAK ROLGET. (Ml'SLE DE VERSAILLES.)

LA PAIX D'AMIENS fut signée le 27 mars 1802. Dès que la nouvelle en fut connue, sa proclamation donna lieu, dans toutes les villes, à de grandes manifestations d'etttftousiasme. La France était alors aux jours heureux du ■■i grand soleil de messidor ■>. par hoillv (i.-l.). (coll. fréderic masson )

LA PAIX D'AMIENS

était perdue pour la France. Bonaparte, peu avant sa rupture avec l'Angleterre, vendit la Louisiane aux Etats-Unis, le 30 avril 1803, pour quinze millions de dollars. Il ne restait plus rien de ses projets d'un empire colonial franco-américain.

LA QUESTION D'EGYPTE EN 1800-1801. vtf» Si la paix de Lunéville avait rétabli de bons rapports entre la France et l'Autriche, la situation restait toujours très tendue entre la France et l'Angleterre. Les Anglais continuaient à exploiter dans la Méditerranée les conséquences de leur victoire d'Aboukir ; ils avaient mis le blocus devant Malte. Malgré sa défense énergique, Vaubois, que Bonaparte y avait laissé lors de la prise de l'île, était obligé de se rendre. Depuis ce jour, 5 septembre 1801, le drapeau britannique flotte au centre de la Méditerranée.

Le Premier Consul avait songé à faire sortir de l'Egypte l'armée qu'il y avait abandonnée. L'amiral Ganteaume était parti de Brest, le 23 mai 1801, avec une division de sept vaisseaux et de deux frégates. Il put traverser le goUe de Gascogne, le détroit de Gibraltar et la Méditerranée sans rencontre fâcheuse. Il arrivait le 7 juin en vue d'Alexandrie ; mais la terre d'Egypte fut pour lui une autre terre promise ; il l'entrevit de loin et ne put y descendre. L'escadre anglaise de lord Keith était là, qui surveillait la côte avec le plus grand soin ; Ganteaume dut regagner la haute mer. Le pavillon français venait d'apparaître pour la dernière fois en vue des côtes d'Egypte.

A cette croisière stérile se rattache, d'une manière indirecte, un glorieux souvenir de notre histoire maritime. Le contre-amiral Linois avait été chargé de conduire de Toulon à Cadix des bâtiments détachés de la division de Ganteaume. Arrivé dans les eaux de Gibraltar, il apprit que l'amiral anglais Saumarez croisait devant Cadix ; alors il se décida à mouiller dans la baie d'Algésiras. Avec ses quatre bâtiments, il établit très sohdementune ligne d'embossage. Saumarez se présenta bientôt, le 6 juillet 1801, avec six vaisseaux ; ce fut en vain qu'il tenta de percer notre ligne : l'un de ses vaisseaux, VHannibal, fut pris et les cinq autres furent très maltraités. Affaire glorieuse pour Linois, mais qui ne changea rien à la situation générale : les Anglais, qui occupaient Port-Mahon et Malte, restaient maîtres de la Méditerranée.

Une armée anglaise de vingt mille hommes, commandée par Abercomby, avait débarqué à Alexandrie le 8 mars 1801. Dès lors, les débris de 1 armée d'Egypte furent divisés en deux tronçons, l'un au Caire avec Belliard, l'autre à Alexandrie avec Menou. Belhard dut capituler le 25 juin ; Menou, le 2 septembre. Après Vaubois, ils étaient les dernières victimes de la journée d'Aboukir ; l'Egypte était perdue pour la France.

AFFAIRES DU NORD. yj9 Depuis quelques mois, le Premier Consul avait noué avec le tsar Paul l^^ des relations d'amitié qui pouvaient aboutir à une action commune contre l'Angleterre. Tout à coup, on apprit que Paul P"" avait été assassiné, dans la nuit du 23 au 24 mars 1801. Il s'agissait d'une tragédie de palais qui était préparée depuis plusieiirs mois, en vue de hâter l'avènement du tsarévitch Alexandre Le gouverne-

ment anglais était entièrement étranger a ce drame, mais il pouvait espérer que les conséquences en seraient avantageuses à sa politique. Bonaparte, qui tenait à accréditer dans l'opinion la culpabilité de l'Angleterre, fit insérer cette note au Moniteur ; « C'est à l'histoire à éclaircir le mystère de cette mort tragique et à dire quelle est dans le monde la politique intéressée à provoquer une telle catastrophe. Paul 1^' est mort dans la nuit du 23 au 24 mars ; l'escadre anglaise a passé le Sund le 30. L'histoire nous apprendra les rapports qui peuvent exister entre ces deux événements. »

Le cabinet anglais avait décidé, en 1801, de frapper sur la ligue des Neutres un coup terrible. Une puissante escadre de cinquante-trois voiles fut envoyée dans la Baltique, sous les ordres de sir Hyde Parker et de Nelson. A l'entrée des détroits danois, de grands préparatifs de défense avaient été faits ; cependant, le 2 avril, les Anglais mouillaient devant Copenhague. L'audace de Nelson valut ce jour-là à la marine anglaise une de ses plus belles victoires. Effrayé de la témérité avec laquelle son lieutenant s'engageait an milieu de l'escadre danoise, Parker lui signala de cesser le combat. Nelson, mettant sa longue-vue sur l'œil qu'il avait perdu à Calvi : « Sur mon honneur, dit-il, je ne vois pas le signal de Parker. Conservez mon signal de serrer l'ennemi au feu et clouezle, s'il le faut, au grand mât du vaisseau. » Une victoire complète fut le fruit de cette audacieuse désobéissance. La journée de Copenhague donnait à l'Angleterre libre accès dans la Baltique.

1801. LA FLOTTILLE DE BOULOGNE, v^ Bonaparte songeait toujours à son idée maîtresse, attaquer les Anglais chez eux. On peut dater du 4 mars 1801 le premier essai de l'œuvre qui devait être un jour réalisée dans la formation du camp de Boulogne. Ce jour-là, en effet, le Premier Consul demandait au ministre de la Marine, Forfait, un ensemble de rapports sur l'organisation d'une flottille.

« Je vous prie, citoyen ministre, de me faire connaître combien de temps il vous faudrait pour réunir cent bateaux et chaloupes canonnières?... combien il a été reconnu dans le temps que la côte depuis le Havre jusqu'à Ostende pouvait fournir de chassemarées ? Combien ces cent bateaux ou chaloupes canonnières pouvaient porter d'hommes? Combien de bateaux pouvaient sortir en une marée de Boulogne? Combien a-t-il été reconnu que ce port pouvait en contenir ? J'avais, dans le temps, ordonné des travaux ; qu'a-t-on fait et que faudrait-il faire? Je désirerais que vous puissiez me remettre demain, à deux heures, ces différents états. »

Ou pouvait croire que le projet allait entrer tout de suite dans la phase d'exécution : car, dès le 7 mars, l'amiral Latouche-Tréville était nommé commandant en chef de la flottille qu'on allait organiser. Le choix était heureux. Latouche-Tréville était un chef d'énergie et d'audace, il avait toutes les qualités pour faire réussir un projet de descente. Il remit un mémoire au ministre pour dire comment il comprenait l'opération projetée. Il s'engageait à être prêt dans quatre mois environ, vers la fin d'août. Ses inst ructions lui disaient d'établir à Boulogne le centre des douze divi sions de la flottille légère ; il

LA PAIX D'AMIENS

devait dresser les soldats et les matelots à « tomber à l'improviste sur l'ennemi, le canonner, l'aborder et l'enlever, seul genre de guerre auquel il faut s'attacher avec les bâtiments qui composent la flottille de la Manche :r>. A raison de trois chaloupes canonnières et de dix-huit bateaux canonniers par division, la flottille comprenait en tout trente-six chaloupes et cinq cent cinquante-six bateaux, avec des équipages d'environ six mille quatre cents hommes. Ce n'était pas avec cette flottille de « coquilles de noix > que Bonaparte pouvait encore prétendre à la conquête de l'Angleterre.

LATOUCHE-TRÉVILLE ET NELSON. vj> Cependant l'activité de Latouche- Tréville causait en Angleterre une vive inquiétude ; l'Amirauté donna l'ordre de ne pas le perdre de vue et de détruire ses préparatifs. Il y avait eu, à propos des opérations de la flottille, divers engagements le long des côtes françaises, dont les bâtiments de Latouche-Tréville étaient sortis presque toujours à leur avantage. Nelson fut chargé de délivrer son pays de ce cauchemar. Il avait préparé une attaque de nuit, grâce à laquelle il croyait bien surprendre et détruire la flottille. Vers minuit trois quarts, dans la nuit du 16 au 17 août 1801, il tenta de forcer l'entrée de Boulogne ; il fut découvert et accueilli sur terre et sur mer par un feu terrible. Huit bâtiments anglais furent coulés, quatre péniches anglaises furent prises. Nelson, de fort mauvaise humeur, se retira à Deal, sur les côtes de l'Angleterre. Cet échec retentissant n'avait fait qu'augmenter l'énervement où le peuple anglais vivait depuis quelques mois, car il sentait qu'il était sous la menace continue d'une invasion française. Pour conjurer ce danger, qui paraissait à présent réalisable, le plus sage n'était-il pas de s'entendre avec la France?

Ainsi, la flottille de Boulogne, pendant cette courte campagne de l'année 1801, avait été l'instrument véritable de la pacification. Comment avait-elle pu jouer ce rôle ? C'est que Latouche-Tréville était un homme de mer dans la pleine acception du mot. Vigilant, gardant sa flottille comme une place forte, énergique, prompt à l'offensive, excellent entraîneur d'hommes, il réunisséiit ces parties si rares qui font le chef d'escadre accompli.

1802. LA PAIX D'AMIENS, v*» La lassitude était générale. Le ministre anglais qui incarnait la guerre à outrance contre la France, William Pitt, avait quitté la présidence du Conseil au mois de mars 1801 ; son successeur, Addington, n'était pas tenu à la même attitude intransigeante. Aussi, des ouvertures pour la paix avaient-elles chance de réussir. Le 1®' octobre 1801, des préliminaires étaient signés à Londres en vue de conférences qui devaient prochainement s'ouvrir entre les deux États. Les négociations eurent lieu à Amiens, et la paix fut signée dans cette ville, le 27 mars 1802.

La France, l'Espagne et la République Batave, d'une part, l'Angleterre, d'autre part, convenaient que l'Angleterre restituerait à la France et à ses alliés toutes leurs colonies, moins l'île espagnole de la Trinité et l'île hollandaise de Ceylan ; que l'archipel de Malte serait évacué par l'Angleterre et rendu à l'ordre de Saint-Jean de Jérusa-

lem ; que les îles Ioniennes, ancien territoire vénitien, formeraient la République des Sept-Iles.

a Le Premier Consul, rapporte Mme de Rémusat, attendait avec impatience le courrier. Il arrive et apporte au ministre des Affaires étrangères la signature tant désirée. Talleyrand la met dans sa poche et se rend auprès du Consul. Il paraît devant lui avec ce visage impassible qu'il conserve dans toute occasion. Il demeure une heure entière, faisant passer en revue à Bonaparte un grand nombre d'affaires importantes, et, quand le travail fut fini : a A présent, dit-il, en souriant, je vais vous faire un a grand plaisir. Le traité est signé, et le voilà. » Bonaparte demeura stupéfait de cette manière de l'annoncer. « Et comment, demanda-t-il, ne me l'avez-vous pas dit tout « de suite ? — Ah ! lui répondit M. de Talleyrand, parce que vous ne m'auriez plus « écouté sur tout le reste. Quand vous êtes heureux, vous n'êtes pas abordable. »

Bonaparte, en effet, pouvait être heureux. Il y avait bien quelques ombres au tableau, comme l'abandon définitif de l'Egypte, de Malte et des îles Ioniennes ; mais l'ensemble avait de quoi satisfaire la plus légitime ambition. La paix d'Amiens semblait avoir terminé la guerre entre la France révolutionnaire et l'Europe, et, de ce fait, la France révolutionnaire conservait toutes ses conquêtes sur le continent. Jamais encore, même à l'époque des victoires de Louis XIV, notre pays n'avait connu une époque aussi glorieuse.

O Corse à cheveux plats! que ta France était belle Au grand soleil de messidor I

Une caricature de l'Anglais Gillray se rapporte à la paix d'Amiens ; elle est intitulée : le Premier Baiser depuis dix ans ou l'Entrevue de Britannia et du Citoyen Français. Le citoyen, orné de moustaches énormes et d'une ceinture tricolore, embrasse avec vigueur une bonne grosse femme, qui se laisse faire en rougissant. a Madame, permettez-moi de sceller sur vos lèvres divines mon éternel attachement. — « Monsieur, répond Britannia, vous êtes un parfait gentleman. Vous m'embrassez si « délicatement que je ne puis refuser, bien que je sois sûre que vous me trompiez « encore. » Dans le fond, les portraits du roi George et de Bonaparte se regardent avec des mines peu fraternelles. La caricature était intitulée le Premier Baiser. Elle aurait pu tout aussi bien s'appeler le Premier et le Dernier Baiser.

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