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CHAPITRE VU

LE CONSULAT A VIE

1800. LA MACHINE INFERNALE, a SEPTEMBRISEURS ET CHOUANS, a LES VRAIS COUPABLES, a LA COUR CONSULAIRE AUX TUILERIES, a LES RÉCEPTIONS AUX TUILERIES, a L'OPINION PUBLIQUE EN 1802. a TRANSFORMATION DU CONSULAT, a 1802. LE CONSULAT A VIE. a PRÉPARATION DE L'EMPIRE, a VOYAGE AU CAMP DE BOULOGNE. .* RELATIONS AVEC LOUIS XVHI. a LE COMPLOT DE CADOUDAL. 0 1804. ARRESTATION DU DUC D'ENGHIEN. 0SK CONDAMNATION, a SON EXÉCUTION. 0 LA RESPONSABILITÉ DE BONAPARTE, a 1804. PROCLAMATION DE L'EMPIRE.

1"*X*^*?'5^ 3 nivôse an IX, le 24 décembre 1800. on donnait à l'Opéra la J première représentation de l'oratorio de Haydn, la Création du ¥ Monde. En s'y rendant en voiture avec Lannes, Berthier, Lauriston, f le Premier Consul s'était mis à sommeiller. Tout à coup il ouvrit 4.» .».».» .».,.,. if les yeux ; il rêvait, dit-il, qu'il se noyait dans le Tagliamento. La vérité était que la voiture consulaire, qui passait à ce moment rue Saint-Nicaise, à l'empla- -cement actuel de la place du Carrousel, venait d'être soulevée de terre par une explosion épouvantable. Lannes et Berthier voulaient s'arrêter et descendre. Bonaparte se borna à donner l'ordre : A l'Opéra. Arrivé au théâtre quelques instants après, il se plaça, suivant son habitude, sur le devant de sa loge. Tous les regards étaient fixés sur lui ; il affectait le plus grand calme. Bientôt la nouvelle de l'horrible attentat circulait parmi les spectateurs et dans Paris, en provoquant une émotion légitime.

1800. LA MACHINE INFERNALE. ^^ En passant rue Saint-Nicaise, le cocher du Premier Consul — il s'appelait César — avait évité une petite charrette qui embarrassait la chaussée. Presque aussitôt une explosion brisait les glaces de la voiture tuait trois passants, faisait de nombreux blessés, endommageait une quinzaine de maisons du voisinage. La a machine infernale », qui était installée sur la petite charrette, consistait en une espèce de baril rempli de balles, de marrons et de poudre ; elle avait été enflammée à l'aide d'une batterie de fusils. L'explosion s'était produite à quelques pas des Tuileries; aussi avait-elle causé dans tout le palais la plus vive inquiétude. Çu'était devenu le Premier Consul ? On apprit bientôt son retour. Il était resté à

l'Opéra le temps de faire voir qu'il était sain et sauf et de se faire acclamer par la salle, puis il était rentré chez lui. Une foule de fonctionnaires se pressait dans le grand salon du rez-de-chaussée.

A peine cirrivé, Bonaparte s'écria d'une voix forte : « Voilà l'œuvre des Jacobins ! ce sont des Jacobins qui ont voulu m'assassiner!,.. Il n'y a Jà dedans ni noblesse, ni prêtres, ni chouans!... Je sais à quoi m'en tenir, et l'on ne me fera pas prendre le change. Ce sont des septembriseurs, des scélérats couverts de boue qui sont en révolte ouverte, en conspiration permanente, en bataillon carré contre les gouvernements qui se sont succédé. Il n'y a pas trois mois que vous avez vu Ceracchi, Arena, Topino- Lebrun, Demerville tenter de m'assassiner. Eh bien ! c'est la même clique ; ce sont les buveurs de sang de septembre, les assassins de Versailles, les brigands du 31 mai, les conspirateurs de Prairial, les auteurs de tous les crimes commis contre les gouvernements. Si on ne peut les enchaîner, il faut qu'on les écrase; il faut purger la France de cette lie dégoûtante ; point de pitié pour de tels scélérats ! »

Ce fut en vain que quelques conseillers d'État et Fouché cherchèrent à faire entendre au Premier Consul qu'il n'existait encore aucune preuve contre personne ; avant de désigner aussi positivement de coupables, il fallait les connaître, Bonaparte répéta avec la même colère ce qu'il avait déjà dit des Jacobins.

Le lendemain, il y avait aux Tuileries une affluence considérable. Des députations arrivaient avec des adresses, qui n'étaient point alors des manœuvres de police, ni des actes de courtisanerie ; elles étaient l'expression sincère de la reconnaissance nationale pour l'homme qui, depuis un an, avait déjà rendu tant de services à l'ordre public, et de qui l'on attendait tant encore. Les douze maires de Paris, le préfet de la Seine à leur tête, se rendirent à l'audience du Premier Consul et exprimèrent les sentiments d'horreur de tous les bons citoyens. Fidèle à son idée de la veille, Bonaparte leur répondit :

a Tant que cette poignée de brigands m'a attaqué directement, j'ai laissé aux lois le soin de les punir ; mais puisque, par un crime sans exemple, ils ont mis en danger une partie de la population de Paris, le châtiment sera aussi prompt qu'exemplaire. Il faut qu'une centaine de misérables qui ont calomnié la liberté, en commettant des crimes en son nom, soient réduits à l'impossibilité d'en commettre de nouveaux. »

SEPTEMBRISEURS ET CHOUANS, vi* La masse du public et le Gouvernement partageaient les sentiments du Premier Consul : l'attentat venait des Jacobins. Le ministre de la Police générale, Fouché, se trouvait dans une situation difficile ; son passé et ses relations avec le parti révolutionnaire n'étaient un mystère pour personne. « Fouché, disait Bonaparte, a ses raisons pour se taire ; il ménage les siens ; il est tout simple qu'il ménage un tas d'hommes couverts de sang et de forfaits. N'a-t-il pas été un de leurs chefs? » Talleyrand, dit-on, pour faire sa cour au maître, donna l'avis de faire arrêter le ministre de la Police et de le faire fusiller dans les vingt-quatre heures,

Fouché ne vit qu'un moyen de sauver sa place, sinon sa tête : c'était de livrer au

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Premier Consul les victimes qu'il désirait avoir. Sa police, prise d'un beau zèle, arrêta sur-le-champ un assez bon nombre des plus fougueux révolutionnaires. Point de preuves, mais des présomptions ; de même, point de jugement, mais ime loi de salut public. C'était une manière de nouvelle loi des suspects. Un arrêté des Consuls, du 4 janvier 1801, confirmé le lendemain par im sénatus-consulte, frappa de la déportation cent trente personnes. Il y en avait qui étaient simplement qualifiées de cette épithète : Septembriseur. On ne s'était jamais enquis de savoir pour aucune d'elles quel avait pu être leur rôle dans l'attentat de la rue Saint-Nicaise. Bonaparte avait voulu répondre à un crime par tm acte de terreur, a Ce qu'il fallait, disait-il, c'était frapper comme la foudre, déporter deux cents personnes et purger la République de ces scélérats. » Fouché s'était incliné devant cette sommation ; pour se maintenir en faveur, il avait livré un peu au hasard cent trente proscrits choisis parmi ses plus intimes.

Mais, six semaines après l'attentat, le 31 janvier 1801, quand la première colère de Bonaparte était apaisée par cette large hécatombe, il vint lui faire une étrange révélation : la police avait découvert que l'attentat ne venait point des Jacobins, mais des chouans, suivant le nom que l'on donnait aux conspirateurs royalistes.

LES VRAIS COUPABLES, v.*» Georges Cadoudal, le terrible chef de bandes, qui tenait encore dans le Morbihan, voyait que la pacification des esprits faisait des progrès de jour en jour et que les négociations avec le Saint-Siège achevaient de ruiner les dernières chances des royalistes. Résolu à gagner la partie, fût-ce par un crime, il avait envoyé à Paris des complices qui imaginèrent l'emploi de la machine infernale. L'un d'eux, le chef véritable du complot, s'appelait Saint-Régeant ; c'était lui qui avait disposé la charrette. Il avait été maltraité sérieusement par l'explosion de son propre engin ; il songeait cependant à recommencer. La police parvint à intercepter ses lettres et à l'arrêter, lui et son principal complice, Carbon. L'enquête établit pleinement leur culpabilité, elle u'était que trop vraie. Bonaparte avait commencé par être sceptique aux révélations du ministre de la Police générale, mais il dut se rendre à l'évidence. Convaincus de leur crime, les deux coupables furent condamnés à mort et exécutés, le 21 avril 1801.

Cela ne changea rien, d'ailleurs, au sort des révolutionnaires qui avaient déjà été déportés. Par mesure de précaution, le Premier Consul avait frappé les agitateurs jacobins ; par représailles, il frappait les assassins royalistes. L'affaire de la machine infernale fut pour le parti royaliste un coup terrible ; elle lui aliéna la masse même d« la nation. En rendant la personne du Premier Consul encore plus chère à la majorité des Français, elle allait hâter la transformation du pouvoir de Bonaparte.

LA COUR CONSULAIRE AUX TUILERIES. ^^ i Nous voilà donc aux Tuileries ! avait dit Bonaparte à Bourrienne, le jour où il avait pris officiellement possession de l'ancien palais des rois. Maintenant, il faut y rester. » Bien vite, en effet, il y avait pris

ses habitudes, non pas les habitudes d'un locataire qui peut être à la merci d'un congé, mais les habitudes d'un propriétaire qui se sent chez lui et qui s'installe en conséquence. L'expression de Cour est la seule qui convienne au genre de vie que le Premier Consul avait adopté pour lui, mieux encore, qu'il avait imposé aux autres. Il était convaincu qu'on séduit les Français par l'éclat des pompes extérieures et que la personne même du chef de l'État doit être le principal objet de ces manifestations. Le 27 thermidor an X, qui correspondait au 15 août 1802, fut célébré par de grandes fêtes; c'était l'anniversaire de la naissance du Premier Consul, qui avait eu ce jour là trente-trois ans accomplis. Les initiales N. B., « Napoléon Bonaparte », commençaient à apparaître comme motif de décoration. Le général Duroc, le compagnon de l'Italie et de l'Egypte, Duroc, l'économe modèle, qui n'avait pas son pareil pour vérifier les comptes, était gouverneiir du palais. M. de Rémusat, magistrat de l'ancien régime, apparenté par son mariage à l'ancien ministre Vergennes, et représentant à ce double titre la tradition, fut nommé préfet du palais en 1802 ; il le fut en même temps que Bénézech, Didelot, de Luçay. Sa femme, qui avait fréquenté chez Mme d'Houdetot, puis chez Joséphine de Beauharnais, devint elle-même dame d'honneur de Mme Bonaparte ; cette situation lui permit d'observer bien des choses, qu'elle a reproduites dans ses Mémoires. Trois autres dames avaient reçu aussi le titre de dame d'honneur. Chacune d'elles passait à son tour une semaine de service auprès de la femme du Premier Consul. Joséphine faisait ainsi l'apprentissage de son rôle très prochain d'Impératrice.

LES RÉCEPTIONS AUX TUILERIES, v^ Au moment de la signature de la paix d'Amiens et de la proclamation du Concordat, les réceptions des Tuileries eurent un éclat particulier. Une fois par mois, il y avait un dîner de cent couverts dans la galerie de Diane. Pour les étrangers de distinction, le plus grand honneur était de figurer à ces réunions. Le luxe y était extrême. Bonaparte voulait que les femmes fussent très parées ; le luxe des autres, surtout celui des femmes, était, comme sa propre simplicité, un instrument de règne. A cet égard, sa femme et ses soeurs, Mme Baciocchi, Mme Leclerc et Mme Murât, le secondaient à merveille.

Pour les grandes cérémonies, les trois Consuls portaient un habit rouge brodé d'or. Cambacérès et Lebrun, toujours poudrés et bien tenus, des dentelles au jabot et aux poignets, l'épée au côté, portaient cet habit avec la conviction et l'élégance des gentilshommes de l'ancien régime. Le Premier Consul, les cheveux coupés courts, aplat, avec la mèche qui débordait sur le front, préférait l'uniforme de sa garde à ce costume d'apparat, qu'il ne revêtait que dans des circonstances exceptionnelles ; il laissait à ses collègues les satisfactions extérieures de la vanité.

Il était d'ailleurs bien entendu qu'il n'y avait que lui qui comptait. Bien vite, il avait pris l'habitude de ne plus se montrer en public qu'accompagné d'une garde nombreuse, dans l'appareil d'un souverain; à Cambacérès et à Lebrun, il permettait d'avoir pour toute escorte deux grenadiers galopant devant leur voiture. Quand on apprit la mort

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L'ATTENTAT DE LA MACHINE INFERNALE. — Estampes se rapportant à l'explosion de la me Sainl-Nicaise le 24 décembre 1800, à S heures du soir. Laïcisée suivant la mode du temps, la rue Nicaise, s'étendait, au milieu de la place actuelle du Carrousel, du guai des Galeries du Louvre à la rue Saint-Honoré, presque en face de la rue de la Loi (rue de Richelieu). (bibl. nat., estampes.)

LE PREMIER CONSUL fit un voyage dans les départements du Nord et en Belgique, en l'an XI, du 24 juin 1803 au 11 août. Les principales étapes furent Amiens, Boulogne, Dunkerque, Lille, Cand, Anvers, Bruxelles (21-30 Juillet), Maestricht, Liège, Narnur, Sedan, Reims, (bibl. n-at., estampes.)

CHATEAU DE SAINT-CLOUD. — Construit pour Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, complètement incendié en janvier 1871, ce château appartient à l'histoire de Napoléon par le 18 Brumaire, la proclamation de l'Empire, le mariage civil avec Marie-Louise. (bibl. xat , estampes )

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du général Leclerc, qui avait succombé à la fièvre jaune à Saint-Domingue, et quand sa veuve, la belle Pauline, plus séduisante encore sous sts voiles noirs, fut rentrée en France, toutes les personnes du palais reçurent l'ordre de prendre le deuil. Bien plus : les ambassadeurs furent invités à présenter leurs condoléances au Premier Consul et à sa femme ; ils vinrent, en effet, aux Tuileries vêtus de noir et y furent reçus en cérémonie.

L'OPINION PUBLIQUE EN 1802. v^ « De jour en jour, dit Chateaubriand en parlant de l'état des esprits en 1802, de jour en jour s'accomplissait la métamorphose des républicains en impérialistes et de la tyrannie de tous dans le despotisme d'un seul. » Cette évolution se faisait d'une manière naturelle et comme inconsciente.

Bonaparte avait commencé par rétablir l'ordre ; a ce fut là, dit un témoin, ce qui nous attacha tous à lui, nous autres pauvres passagers, froissés par tant d'orages. » Grâce à lui, en effet, les Français avaient recouvré les biens qui leur manquaient depuis 1789 : la paix intérieure, la tranquillité publique, la régularité administrative, la sécurité des consciences, la grandeur de la patrie. A ces générations si longtemps malheureuses, le Consulat apparut comme une oasis bienfaisante de lumière et de paix. Elles étaient portées à croire que la nation, en proie à la désolation, avait été reconstituée en quelques mois, dans ses lois, dans sa morale, dans sa religion, par la baguette enchantée d'un magicien. Aussi ce vers de Cinna provoquait de longs applaudissements :

Rome tient des consuls sa gloire et sa puissance.

Le Tribunat se fit l'écho des sentiments du pays ; il demanda par la voix de l'un de ses membres, Chabot de l'Allier, qu'il fût donné au général Bonaparte, Premier Consul, « un gage éclatant de la reconnaissance nationale s . Ces expressions et ces sentiments étaient sincères. Us étaient justifiés parles services incomparables que Bonaparte avait rendus au pays; mais la transformation politique qui en fut le résultat fut amenée par une très habile comédie, dans laquelle le principal acteur joua àmerveille le rôle de la modération et du désintéressement.

TRANSFORMATION DU CONSULAT, v^ Depuis le mois de mars 1802, on ne parlait plus que d'hérédité et de dynastie. Lucien Bonaparte propageait ces idées avec sa fougue ordinaire et les faisait répandre par les intimes du Premier Consul, Rœderer, Regnault de Saint-Jean-d'Angély, Fontanes ; il y voyait le gage de la fortune des Bonaparte, de la sienne en particulier. Joséphine, au contraire, qui n'avait pas donné de fils à son mari, n'envisageait ces mêmes idées qu'avec une sorte de terreur; l'établissement du régime héréditaire, c'était sa propre condamnation et sa déchéance à bref délai. Aussi combattait-elle les desseins de Lucien, n'aimant pas plus l'homme que ses projets. C'était peine perdue ; pour les affaires politiques, Bonaparte la traitait avec une profonde indifférence. <t Qu'elle file, disait-il, et qu'elle tricote. »

Le vœu du Tribuuat comblait ses plus ardents désirs ; mais, quand il lui fut transmis, il parla le langage le plus modéré. Il répondit à la députation du Tribunat : « Je ne désire d'autre gloire que celle d'avoir rempli tout entière la tâche qui m'est imposée. Je n'ambitionne d'autre récompense que l'affection de mes concitoyens. i> La députation partie, et seul dans son cabinet, il ne songea pas à dissimuler sa joie. « Bourrienne, ditil à son secrétaire, c'est une nomination en blanc que le Tribunat vient de m'offrir; je saurai la remplir, c'est moi que cela regarde! »

Les choses ne marchèrent cependant pas tout de suite comme il l'avait pensé. La proposition du Tribunat avait été transmise au Sénat ; mais quel serait ce témoignage important de la reconnaissance nationale? Cambacérès, très empressé pour son collègue, parlait du Consulat à vie; la majorité du Sénat, chez qui un reste d'indépendance palpitait encore, s'en tint à une prorogation pour dix ans des pouvoirs du Premier Consul. En apprenant ce vote, Bonaparte confiait à Boumenne : <t La décennalité ne me suffit pas ; je la regarde comme destinée à susciter des troubles sans interruption. » Cependant, il sut dissimuler ses déceptions. Tronchet vint lui apporter le message du Sénat; il y répondit par des paroles de modestie :

«L'intérêt de ma gloire et celui de mon bonheur sembleraient avoir marqué le terme de ma vie publique au moment où la paix du monde est proclamée. Mais la gloire et le bonheur du citoyen doivent se taire, quand l'intérêt de l'Etat et la bienveillance publique l'appellent. Vous jugez que je dois au peuple un nouveau sacrifice; je le ferai, si le vœu du peuple me commande ce que votre suffrage autorise. ï

Il s'agissait de connaître le vœu du peuple. Le plus simple était de trouver une formule qui pût l'exprimer d'une manière parfaite. Le Conseil d'État, stimulé par Rœderer et Regnault de Saiut-Jean-d'Angély, trouva la formule idéale : a Le peuple français sera consulté sur cette question : Napoléon Bonaparte sera-t-U Consul à vie? ï

Ainsi le Sénat était joué ; il n'avait plus qu'à faire oublier son manque de zèle par un empressement digne de l'empressement du Tribunat et du Corps législatif. Un membre du Corps législatif, chargé du rapport sur cette question, Vaublanc, vint lire une adresse où le maître le plus exigeant ne pouvait rien trouver à redire. Une fois de plus, Bonaparte protesta de son désintéressement et de son indifférence. « Que les citoyens, dit-il, manifestent lexir volonté dans toute sa franchise, dans toute son indépendance : elle sera obéie. Quelle que soit ma destinée. Consul ou citoyen, je n'existerai que pour la gréindeur et la félicité de la France. t>

1802. LE CONSULAT A VIE. v^ Par 3 368185 suffrages, sur 3 577 259 qui avaient été exprimés, la France déclara que le Premier Consul serait nommé à vie. Le Sénat rendit, le 16 thermidor an X, 4 août 1802, un sénatus-consulte conforme, qui fut une revision delà Constitution de 1 an VIII; il complétait et il élargissait le plébiscite.

« Les Consuls sont à vie. — Le Second et le Troisième Consul sont nommés

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par le Sénat sur la présentation du Premier. — Lorsque le Premier Consul le juge convenable, il présente un citoyen pour lui succéder après sa mort. — Le Sénat règle par un sénatus-consulte organique tout ce qui n'a pas été prévu par la Constitution et qui est nécessaire à sa marche. Il explique les articles de la Constitution qui donnent lieu à différentes interprétations. »

Dans cet empressement vers le pouvoir personnel, on avait remarqué l'opposition de deiix Français. Camot, au Tribunat, La Fayette, dans une lettre au Premier Consul rendue publique, avaient déclaré qu'ils votaient contre la nouvelle magistrature.

La proclamation du Consulat à vie se fit aux Tuileries avec beaucoup d'éclat. Barthélémy, président du Sénat, vint, le 3 août, apporter au Premier Consul « l'expression de la confiance, de l'amour et de l'admiration du peuple français ». Bonaparte répondit :

« Sénateurs, la vie d'un citoyen est à sa patrie. Le peuple français veut que la mienne tout entière lui soit consacrée.... J'obéis à sa volonté....

« En me donnant un nouveau gage, un gage permanent de sa confiance, il m'impose le devoir d'étayer le système de ses lois sur des institutions prévoyantes. Par mes efforts, par votre concours. Citoyens Sénateurs, par le concours de toutes les autorités, par la confiance et par la volonté de cet immense peuple, la liberté, l'égalité, la prospérité des Français seront à l'abri des caprices du sort et des incertitudes de l'avenir.... Le meilleur des peuples sera le plus heureux, comme il est le plus digne de l'être, et sa félicité contribuera à celle de l'Europe entière.

<c Content alors d'avoir été appelé, par l'ordre de Celui de qui tout émane, à ramener sur la terre la justice, l'ordre et l'égalité, j'entendrai sonner la dernière heure sans regret, et sans inquiétudes sur l'opinion des générations futures.

(S. Sénateurs, recevez mes remerciements d'une démarche aussi solennelle. Le Sénat a désiré ce que le peuple français a voulu, et par là il s'est plus étroitement associé à tout ce qui reste à faire pour le bonheur de la patrie. »

PRÉPARATION DE L'EMPIRE. vjg^Tandis quedans les appartements deréception des Tuileries, il y avait un concours prodigieux de généraux, d'ambassadeurs, de membres de tous les corps constitués, Joséphine, triste, dévorée d'inquiétudes, entendait de loin l'écho de cette fête qu'elle envisageait comme un malheur domestique. Le soir, en grande toilette et le sourire aux lèvres, il lui fallut faire les honneurs de la réception au milieu de laquelle trônait son mari ; elle s'en acquitta avec sa grâce accoutumée.

Elle n'était pas au bout de ses tourments. Un jour, s'approchant familièrement de Bonaparte, comme au début de son mariage, elle lui dit dans une expression de tendresse : « Je t'en prie, ne te fais pas roi. C'est ce vilain Lucien qui te pousse : ne l'écoute pas. b Et Bonaparte, de bonne humeur, lui répondit en riant : « Tu es

folle, ma pauvre Joséphine. Ce sont toutes tes vieilles douairières du faubourg Saint-Germain qui te font tous ces contes-là.... Tu m'ennuies, laisse-moi tranquille. »

Comme elle prenait pour confident le secrétaire de son mari, celui-ci lui dit : « Il n'y avait pas deux ans que vous étiez mariée, quand, en revenant d'Italie, voire mari me dit qu'il aspirait à la royauté,... Il a ramené l'opinion à la royauté, mais par degrés; il a commencé par être Consul avec deux hommes nuls ; puis est venue la prorogation du Consulat pour dix ans; aujourd'hui, le Consulat à vie. Ah ! s'il pouvait s'en tenir là! Il ne lui manque plus qu'un vain titre ; aucun souverain en Europe n'a autant de pouvoir que luL J'en suis fâché. Madame ; mais je crois, ma foi, qu'en dépit de vous vous serez reine ou impératrice. »

Il n'était pas nécessaire d'être grand prophète pour le deviner : il n'y avait qu'à ouvrir les yeux et qu'à regarder ;

Et du Premier Consul, déjà par maint endroit, Le front de l'empereur brisait le masque étroit.

Bonaparte ne s'en cachait pas ; ce n'était plus qu'une question de temps, de quelques» mois tout au plus. « Tout cela viendra, disait-il. Le plus difficile est fait ; il n'y a plus personne à tromper, tout le monde voit clair comme le jour qu'il n'y a qu'un pas qui sépare le trône du Consulat à vie ; il faut encore quelques ménagements. »

Ces ménagements ne furent ni longs ni difficiles. Après la proclamation du Consulat à vie, Bonaparte se mit à fréquenter le palais de Saint-Cloud. C'était au même endroit, il y avait deux ans et demi à peine, que sa fortune publique avait commencé ; il s'y sentait plus libre qu'aux Tuileries, qu'il considérait un peu comme une prison royale, car il y était en perpétuelle représentation. A Saint-Cloud, il avait plus de liberté d'aller, de venir, de se promener à sa guise. Mais, de la part des hôtes admis à l'honneur très envié de ce Versailles consulaire, il exigeait de jour en jour une étiquette plus solennelle, un cérémonial plus compliqué. Et, quand il pensait au passé politique de ceux qui s'empressaient à peupler sa cour : a Que les hommes, disait-il, sont bien dignes du mépris qu'ils m'inspirent ! Tous mes vertueux républicains, je n'ai qu'à dorer leur habit, et ce sont des gens à moi. »

VOYAGE AU CAMP DE BOULOGNE, v^ En 1803, quand on venait de commencer les travaixx du camp de Boulogne, Bonaparte fit avec Joséphine un voyage sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord, qui eut tout le temps le caractère d'un triomphe. « Bien que près d'une année, dit Bourrienne, dût encore s'écouler avant qu'il posât sur son front la couronne impériale, tout fut impérial dans son voyage... » « Tu n'as rien vu de pareil au voyage que nous venons de faire, lui rapportait Duroc ; bien certainement, l'enthousiasme qu'excite la présence du Premier Consul est plus grand encore dans les pays que nous avons parcourus qu'il ne l'est à Paris. » Partout se dressaient des arcs de tri omphe ; les habitants accouraient sur

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DEBARQUEMENT DE GEORGES CA- DOUDAL à la falaise de Biville, près de Dieppe, le 21 août i*03.PABr.,RARDFT.(c...Di-posr.)

ORT DE PICHEGRU. - Enfermé au Temple le 28 février 1804, il y fut trouvé

étranglé le 5 avril.

rVR MOPEAl- DE TOIRS ('I.. SEIR DÏIV.)

A RRESTATION DE GEORGES CADOUDAL. - Le chef chouan fut arrêtJ^a;^^ r\ stances très dramatiques à Paris, carrefour de Buci, le 9 mars 1804.

circon-

iB\m. KAT.. ESTAMPES.)

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