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INCENDIE DE LA FLOTTE ANGLAISE. — Plus d'un siècle avant les zeppelins et les gothas, les ennemis de l'Angleterre avaient imaginé de l'attaquer par les airs. Estampe de fantaisie, des ballons qui font pleuvoir le « feu grégeois >- sur les vaisseaux d'Albion, et des ~ tours flottantes », hérissées de batteries, qui vomissent le feu sur la flotte

ennemie.

(bIBL, NAT,, ESTAMPES )

LE CAMP DE BOULOGNE

personnel combattant devait prendre place sur ces divers bateaux ; d'autres bateaax devaient servir à l'artillerie, aux chevaux, à l'ensemble du matériel.

Le Premier Consul avait choisi la région du Boulonnais comme la base militaire de la grande opération qu'il projetait. Elle a, en effet, l'avantage d'être la partie des côtes françaises la plus voisine de l'Angleterre; mais elle ne se prêtait que bien mal à l'usage qu'on voulait en faire. Pas d'abri naturel contre les vents du large ou les poursuites de l'ennemi ; quelques estuaires en partie ensablés, dont un setil, celui de la Liane, offrait le caractère de port. Pour abriter les nombreuses unités de la flottille nationale, il fallait commencer par vaincre la nature, en multipliant les refuges sur une côte qui n'en avait pas. De gigantesques travaux de terrassement furent entrepris, à Étaples, à Ambleteuse, à Boulogne, qui devaient être les trois ports principaux de la flottille, et aussi dans les régions voisines A mesure que les bassins se creusaient, il fallait les mettre à l'abri des insultes de l'ennemi par des ouvrages militaires ; alors c'étaient des travaux de fortification qui exigeaient bien des semaines, sans parler des sommes énormes qui s'engloutissaient dans tous ces remuements de terrains. Constructeurs de bateaux, ingénieurs des ponts et chaussées, officiers du génie et de l'artillerie, avaient de <juoi s'occuper ; les marins semblaient les moins employés dans ce projet essentiellement maritime.

L'ARMÉE DE DÉBARQUEMENT, v* Du côté de la mer, l'opération projetée était destinée à s'avancer avec beaucoup de lenteur ; mais du côté de la terre, tout fut prêt, pour ainsi dire, dès la première heure. C'est que le Premier Consul avait sous la main les admirables soldats qui composaient les armées répubhcaines ; il n'y avait plus qu'à les fondre dans un organisme unique dont il serait le chef. Le camp de Boulogne fut ainsi appelé, parce que cette ville fut comme la capitale de l'expédition ; en fait, l'armée de débarquement s'organisait aussi dans les camps de Bruges, de Saint-Omer, de Montreuil. De tous les coins de la République, les régiments venaient prendre place sur cet échiquier gigantesque, pour constituer la Grande Armée.

Rien n'était épargné pour entretenir dans les troupes de l'armée de débarquement l'esprit de confiance et d'enthousiasme. Le Moniteur rapportait qu'en creusant à Boulogne les fondations du campement du Premier Consul, on avait trouvé une hache d'armes : elle paraissait avoir appartenu à l'armée romaine qui envahit l'Angleterre. A Ambleteuse, autre présage de victoire. En travaillant aussi à la tente du Premier Consul, on avait exhumé des médailles de Guillaume le Conquérant

Premier Consul ou Empereur, Napoléon visita à plusieurs reprises les travaux axxxquels tant d'espérances étaient attachées. Ces voyages contribuaient à entretenir dans le pays et dans l'armée une véritable fièvre patriotique. Dans les villes qu'il traversait, sa présence était l'occasion de manifestations belliqueuses. A Amiens, un arc de triomphe avait été élevé avec cette inscription : « Chemin de l'Angleterre. » Potu* animer l'esprit public, les théâtres jouaient des pièces de circonstance, dont le thème le plus fréquent était la conquête de l'Angleterre par les Normands. La nation regardait alors Bonaparte

comme un magicien à qui rien n'était impossible. Comment douter du succès à la vue des grandes choses qui se préparaient? Toute une partie de la France se transformait en an immense chantier maritime ; dans les ports de mer, aux embouchures des cours d'eau, partout où une voie navigable pouvait conduire à la mer, on construisait bâtiments sur bâtiments. L'opinion nationale voyait déjà le vainqueur de Marengo prenant le commandement de cette flottille gigantesque et jetant d'un seul coup 150000 hommes sur les côtes delà Grande-Bretagne.

L'enthousiasme national se traduisit par un élan patriotique qui rappelait les beaux jours du ministère de Choiseul ou de la guerre d'Amérique. Le département de la Seine- Inférieure avait offert de se charger de la construction d'un vaisseau de 74 canons. Cet exemple fut suivi à l'envi par les départements et les municipalités ; en quelques semaines, la valeur de ces dons patrioticpies dépassa 12 millions. En offrant 1200000 francs pour la construction de navires de guerre, le conseil général de Seineet-Oise s'exprimait ainsi : « Nos légions ont franchi les Ali>es, un détroit ne peut les arrêter pour vaincre AU>ton. Un jour suffit pour les porter sur ses rivages consternés. »

CONCOURS DES ESCADRES, vrf» La première idée de Napoléon avait été de tenter le passage de la flottille par surprise, sans livrer de combat ; il pensait qu'une longue nuit d'hiver permettrait d'exécuter l'opération avec succès. Mais, au bout de quelques mois, l'idée avait été abandonnée. Les gros temps d'hiver rendaient très difficile le maniement de cette flottille, faite de tant d'unités diverses. L'expérience, d'autre part, avait permis de constater qu'on ne pouvait pas faire sortir du port de Boulogne plus de 100 bateaux par marée, soit 200 par jour ; en supposant que l'on employât environ un millier de bateaux à l'expédition future, il fallait compter sur un laps de cinq jours, simplement pour faire la concentration en rade de toute la flottille. Aurait-on cinq jours de temps propice? Ne serait-il pas loisible à l'ennemi de détruire ou de disperser les divisions de la flottille, à mesure qu'elles se formeraient ?

Napoléon en arriva ainsi à modifier sa conception première ; il comprit qu'il était téméraire, sinon impossible, de demander à la flottille seule le succès de l'opération du passage ; il fallait employer des escadres pour tenir à l'écart les vaisseaux de l'ennemi. Le 23 novembre 1803, le Premier Consul adressait à Ganteaume, alors préfet maritime à Toulon, une lettre, qui est la première trace de l'évolution stratégique pai laquelle passait son esprit : « Je viens de Boulogne, où il règne aujourd'hui une grande activité et où j'espère avoir, vers le milieu de nivôse (premiers jours de janvier 1804), 300 chaloupes canonnières, 500 bateaux canonniers et 500 péniches réunis. Faites-moi connaître vos idées sur cette flottille. Croyez- vous qu'elle nous mènera sur les bords d'Albion? Elle peut porter 100000 hommes. Huit heures de nuit qui seraient favorables décideraient du sort de l'univers. »

La réponse de Ganteaume fut que la réussite de la flottille, réduite à elle-même, lui apparaissait comme extrêmement chanceiise. Le concours d'une escadre était nécessaire

LE CAMP DE BOULOGNE

pour déloger les croiseurs qui stationnaient devant Boulogne et assurer le succès du passage. Dès lors, le projet de descente se scinda dans l'esprit de Napoléon : d'une part, conquérir la liberté du passage par un coup de surprise ou par un éoup de force, qui devait être l'œuvre des vaisseaux de ligne ; d'autre part, faire passer l'armée sur la flottille, réduite au r61e d'instrument de transport.

LATOUCHE-TRÉ VILLE, v^ Une première difficulté était de se servir des bâtiments qui étaient à Brest ; comment les faire sortir à date fixe, avec la surveillance continue dont Us étaient l'objet de la part des Anglais ? On en vint ainsi à parler, pour l'opération de Boulogne, de l'escadre de Toulon.

Cette escadre était commandée par l'amiral Latouche-Tréville, qui avait son pavillon SOT le Bucentaare depuis le mois de janvier 1804. C'était un officier général d'ime rare énergie ; il avait formé ses équipages par une série d'appareillages et de sorties, et il était arrivé à donner à peu près le caractère d'une armée navale à l'ensemble des vaisseaux de Toulon. Nelson tenait alors le mouillage de la Maddalena, dans l'idée que l'escadre française ne pouvait viser d'autre objectif que Malte et l'Egypte. L'activité de son adversaire n'était pas sans lui causer quelques soucis ; un incident de croisière avait mis en lumière l'activité et l'audace de l'amiral français. Un jour que des bâtiments anglais croisaient dans les eaux des îles d'Hyères, il avait détaché de Toulon deux frégates et un brick pour les en déloger. Puis il avait appuyé cette manœuvre de la sortie de toute son escadre ; en quatorze minutes elle était sous voiles. La division anglaise s'était empressée de disparaître au large.

Tel était le chef à qui Napoléon confiait l'exécution de son grand dessein. De premières instructions, du mois de mai 1804, parlaient de sa sortie de Toulon, de sa jonction avec l'escadre de Rochefort, de sa croisière à l'entrée de la Manche, puis de son apparition dans cette mer, de manière à former comme un écran derrière lequel la flottille passerait en sûreté. Une nouvelle dépêche, du 2 juillet, précisait ces instructions par des dates : l'escadre de Toulon prendrait la mer à la fin de juillet, elle arriverait devant Boulogne dans le courant de septembre. « Que nous soyons maîtres du détroit six heures, et nous serons maîtres du monde ! » Mais des ordres arrivèrent de différer. Napoléon, qui se trouvait à Boulogne à la fin de jtiillet, s'était rendu compte que la flottille était hors d'état d'agir; il lui fit écrire, le 2 août, qu'un retard d'un mois ne pouvait être qu'avantageux, car les nuits seraient plus longues et par suite plus favorables à une opération de surprise.

Cette dépêche, qui dut lui causer une déception profonde, fut sans doute la dernière que Latouche-Tréville ait reçue. Peu de jours après, le 18 août 1804, il mourait à bord du Buceniaure, à l'âge de cinquante-neuf ans. Triste destinée que cellé^de cet officier général sur qui on pouvait fonder de légitimes espérances et qui disparaissait à la veille peut-être de faire de grandes choses. Lui seul, disait Napoléon en parlant des amiraux de son règne, lui avait inspiré l'idée d'un vrai talenL

NOUVELLES COMBINAISONS STRATÉGIQUES, v^ A la mort de Latouche- Tréville, l'amiral Villeneuve avait été nommé à Toulon pour le remplacer. On pouvait s'étonner de ce choix après le rôle que Villeneuve avait eu à Aboutir ; mais le souvenir de cette journée avait été comme effacé par l'énergie de la défense de Malte, dont il avait partagé l'honneur avec Vaubois.

Villeneuve arrivait à Toulon pour exécuter les instructions qui avaient été adressées à son prédécesseur. Mais voici qu'à la même époque des conceptions toutes nouvelles se présentaient à l'esprit de Napoléon ; elles se trouvent dans de longues dépêches qu'il adressait de Mayence, à la fin de septembre, au ministre de la Marine Decrès.

Deux grandes séries d'opérations étaient projetées. Les unes devaient avoir lieu en dehors des mers d'Eiu-ope, dans les eaux des Antilles, de la Guyane et du Sénégal ; elles devaient être exécutées par les escadres de Toulon et de Rochefort, avec les amiraux Villeneuve et Missiessy, et avoir un caractère de diversion, pour détourner l'attention de l'ennemi Les autres seraient confiées à l'escadre de Brest, que commandait Ganteaume ; elle devait conduire en Irlande un corps de débarquement de dix-huit miUe hommes, entrer ensuite dans la Manche et prendre part à l'opération de la descente. Des dates étaient indiquées ; la gigantesque machine commencerait à se mettre en branle vers le milieu d'octobre.

Cette date arriva, et rien ne se fit. Napoléon était alors tout entier aux préparatifs de son couronnement, dont les fêtes avaient été fixées au 2 décembre. Bruix et Ganteaimie, qui commandaient l'un la flottille de Boulogne, l'autre l'escadre de Brest, avaient été désignés pour y assister. C'était dire qu'on différait une fois de plus l'exécution du projet de descente.

Un gros événement diplomatique allait compliquer encore les données du problème maritime. L'Espagne avait avec l'Angleterre des rapports difficiles, à cause de la présence dans son port du Ferrol de la division française du commandant Gourdon, qui y avait cherché un refuge au retour de l'expédition de Saint-Domingue. Un acte brutal coupa court à ces difficultés. Le 5 octobre, le commandant Moore, qui croisait devant Cadix, coulait une frégate espagnole et en capturait trois. Il fut facile à Napoléon d'exploiter l'indignation que cet év^ejnent avait provoquée à la cour de Madrid. Une convention militaire fut signée entre les deux gouvernements. L'Espagne devait être prête dans un délai de trois mois à unir ses escadres à celles de la France.

Flanqué d'un côté de la République Batave, de l'autre côté de l'Espagne, l'Empire français dressait en face de l'Angleterre une machine de guerre de plus en plus formidable ; qu'aUait-il sortir enfin de cette coalition maritime?

LETTRE DE NAPOLÉON A GEORGE III. yJf On put croire pendant quelques jours, au lendemain des fêtes du couronnement, que Napoléon renonçait à son hostilité contre les Anglais. Il adressait au roi d'Angleterre le 12 nivôse an XIII, 2 janvier 1805, une lettre où il lui proposait la paix.

LE CAMP DE BOULOGNE

LA PRAME .- LA FOU- DROYANTE ». Parmi les unités de la flotte de Boulogne, les prames (du hollandais praaiii, bateau plat) jouaient un grand rôle. C'étaient des navires à fond complètement plat, garnis de trois quilles, de construction très solide.

La Foudroyante, qui avait été lancée au Havre, avait 35 mètres de long, 9 mètres de large au niveau du pont, 2 mètres de tirant d'eau. Elle portait en batterie 20 canons de 36 et sur le pont, en avant du f;ranii mât, un mortier de 12 pouces. La cale était aménagée pour 50 chevau.x. Le service des bouches à feu était fait par des cannnniers de l'armée de terre ; le service du bord et le maniement de la voilure par 50 matelots.

(MODULE Df ML"Sl':iL HE l.\ SrAKINK.)

GEORGE III AUX ABOIS. — Des deu.x côtés de la Manche, les caricaturistes firent assaut de dessins comiques. Ici, le coq gaulois contemple le spectacle du roi George, à cheval sur une planche, ehtre une baleine et un panier de vins, quand il va être recueilli à bord. (bibl. nat., estampes.)

« LE REDOUTABL]

LE VAISSEAU -< LE REDOUTABLE », A TRAFALGAR, 21 octobre 1805. — Le Redoutable, de 78 canons, avait pour commandant le capitaine de vaisseau Lacas. Quand la bataille commença, il était séparé du Bucentarue (commandant Magendie ; Villeneuve, vice-amiral) par le Neptune (commandant Maistral) et le San Leandro, espagnol. Ces deux vaisseaux avaient laissé un vide sur l'arrière du Bucentaure; comme le Victory (commun-

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