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CHAPITRE X

LE CAMP DE BOULOGNE

RUPTURE DE LA PAIX D'AMIENS 0 CAUSES DE LA RUPTURE, a GUERRE PURK- Ï4ENT MARITIME, a CONSTRUCTION D'UNE .< FLOTTILLE NATIONALE ... a L'ARMÉE DE DÉBARQUEMENT, a CONCOURS DES ESCADRES, a LATOUCHE-TRÉVILLE. a NOXJVELLES COMBINAISONS STRATÉGIQUES, a LETTRE DE NAPOLÉON A GEORGE m. 0 PREMIÈRE SORTIE DE VILLENEUVE, a L'ESCADRE DE BREST, a VILLENEUVE AUX ANTILLES, a COMBAT DU CAP FINISTERRE. a VILLENEUVE A CADIX. 0 LEVÉE DU CAMP DE BOULOGNE, a 1805. BATAILLE DE TRAFALGAR. ^ « SI PAVAIS ÉTÉ MAITRE DE LA MER I »

'? E dimanche 13 mars 1803, aux Tuileries, il y avait réception du corps diplomatique. Ces audiences, qui revenaient tous les mois, se donnaient rj avec beaucoup d éclat. Les ambassadeurs et leurs femmes prenaient «k place dans un salon ; le Premier Consul, accompagné de sa femme, parj-»-»-»î».».».»« com^tles groupes ; il causait pendant un certain temps, puis il se retirait.

RUPTURE DE LA PAIX D'AMIENS, v^ Ce jour-là, dans la matinée, Bonaparte avait paru d'une humeur charmante. Il assistait à la toilette de Joséphine, en donnant son avis sur des détails de sa parure ; il s'amusait à terre avec le petit Napoléon, fils de son frère Louis. On vint l'avertir que le cercle des ambassadeurs était formé. Aussitôt sa physionomie changea d'aspect ; les traits se contractèrent, ils prirent un caractère de dureté, le teint parut pâlir à sa volonté. « Allons, mesdames, > dit-il, du ton d'un sergent qui aurait donné des ordres à des recrues, et d'un trait il pénétra dans le salon de réception. Sans saluer personne, il marcha droit sur l'ambassadeur d'Angleterre, lord WTiitworth, comme s'il avait foncé sur sa proie. Il commença par se plaindre amèrement des procédés du gouvernement britannique ; il parlait assez haut pour être entendu des deux cents personnes de l'assistance. Sa voix s'élevait à mesure que sa colère augmentait. <r Les paroles les plus dures, dit un témoin, les menaces les plus violentes sortaient entre-choquées de ses lèvres tremblantes. On ji'osait faire un mouvement. » Cette scène inouïe se termina par ces mots : « Les Anglais veulent la guerre ; mais s'ils sont les premiers à tirer l'épée, je serai le dernier à la remettre aa fourreau.... Il faut respecter les traités. Malheur à ceux qui les violent I »

Le flegme de l'ambassadeur en fut déconcerté ; à peine trouva-t-il quelques mots pour répondre. Deux mois plus tard, le 13 mai 1803, lord Whitworth demandait ses passeports. Le même jour l'ambassadeur de la République Française auprès de George III, le général Andréossy, quittait Londres, La rupture était consommée. Les relations entre la France et l'Angleterre ne devaient être rétablies que onze ans plus tard, après la campagne de 1814.

CAUSES DE LA RUPTURE, v.^ Le régime de la paix d'Amiens dura donc en tout quatorze mois. C'est qu'en réalité cette paix avait eu moins le caractère d'un traité que d'une trêve, imposée par la lassitude. Chacun des deux adversaires l'avait signée avec des réserves mentales. La paix du 25 mars 1802 n'avait été qu'un mensonge de la diplomatie : « C'est une épreuve, disait Nelson, et cette épreuve nous aura bientôt désabusés. »

L'Angleterre ne pouvait se résigner à voir, en lace d'elle, la France établie sur les côtes de la mer du Nord et maîtresse des embouchures de l'Escaut ; ce cauchemar qui l'avait obsédée pendant la guerre de Cent ans, ou à l'époque de ses luttes contre Louis XIV et contre Louis XV, était devenu une réalité ; une guerre nouvelle parviendrait peut-être à l'en débarrasser. D'autre part, deux conditions delà paix de 1802 lui étaient très pénibles, l'évacuation du Cap et l'évacuation de Malte. Par l'occupation du Cap, elle s'était saisie de la route des Indes ; par l'occupation de Malte, elle s'était établie au cœvir de la Méditerranée.

Quant au Premier Consul, il estimait que son triomphe de 1802 n'avait pas été assez complet. L'Egypte et Malte étaient deux souvenirs qui se présentaient à son esprit avec amertimie ; U lui était cruel d'abandonner cette conception de l'empire de la Méditerranée qu'il avait réalisée à un moment, au début de la campagne de 1798. Renoncer à une idée qui s'était présentée à son esprit et qui avait commencé à prendre corps, n'était point dans son tempérament II avait un besoin d'aller, d'agir, de faire parler de lui dans le présent et dans l'avenir, qui n'avait d'égal que l'impossibilité de jouir d'un résultat acquis. Jamais le « Plus oultre » de Charles-Quint ne convint mieux, à prendre le mot au pied de la lettre, qu'à celui qui demeurera l'empereur errant de l'histoire. 4 Mon pouvoir, a-t-il dit, tient à ma gloire, et ma gloire aux victoires que j'ai remportées. Ma puissance tomberait, si je ne lui donnais pour base encore de la gloire et des victoires nouvelles. La conquête m'a fait ce que je suis, la conquête seule peut me maintenir. Un gouvernement nouveau-né a besoin d'éblouir et d'étonner ; dès qu'il ne jette plus d'éclats, il tombe. »

Le Premier Consul avait continué à occuper l'attention de l'Europe. Il avait ouvert l'année 1802, avant la signature de la paix d'Amiens, en se faisant proclamer président de la République italienne par une consulta de Cisalpins réunis à Lyon. U avait annexé l'île d'Elbe, réuni le Piémont au territoire français, en le divisant en six départements, occupé le duché de Parme. Puis, soiis le titre de Médiateur, il avait donné im&

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constitution aux cantons suisses, qui devenaient à l'Est une dépendance de la France, comme la République Batave l'était déjà au Nord.

Ces agissements ne regardaient point le régime de la paix d'Amiens, mais ils servirent de prétextes à l'Angleterre pour différer l'évacuation de Malte. Le 28 février 1803, le commandeur de Bussy, représentant le nouveau grand maître de l'ordre de Saint -Jean, débarquait à la Valette et demandait au commandant anglais à être mis en possession de l'île ; il lui fut réjwndu par un refus formel. L'Angleterre était à Malte, elle restait à Malte. Alors les événements s'étaient précipités. Le 8 mars, George III informait le parlement anglais qu'il convoquait les milices a pour la défense et la sûreté de ses Etats i>. La réponse de Napoléon avait été sa terrible algarade à lord "Whit-worth. Enfin, les ambassadeurs avaient été rappelés. La rupture comblait les désirs secrets des deux gouvernements. L'Angleterre y vit un moyen de se saisir de tout l'empire des mers ; le Premier Consul, l'occasion de franchir, grâce à d'éclatantes victoires, le dernier échelon qui le séparait du pouvoir suprême.

GUERRE PUREMENT MARITIME, y^ La sitiiation politique au lendemain de la rupture de la paix d'Amiens était d'ime netteté parfaite. La France et l'Angleterre étaient en guerre, et seules elles étaient en guerre ; les peuples de l'Europe restaient simples spectateurs du duel qui allait s'engager entre les deux puissances. Puisque l'Europe continentale restait en dehors du conflit, rien n'empêchait Bonaparte d'exécuter la grande pensée militaire qui avait été celle de Louis XIV et de Hoche, qui avait été la sienne après la campagne d'Italie, descendre sur ces rivages où César et Guillaume le Conquérant l'avaient précédé, et frapper l'ennemi droit au cœur. En im mot, il s'agissait de franchir un bras de mer de 32 kilomètres à peine. C'était, semblait-il, l'affaire de quelques heures. Dès que l'armée française aurait pris pied de l'autre côté du détroit, la route de Londres lui serait ouverte ; elle irait dans la capitale même de l'ennemi dicter une paix triomphale.

Ordre fut donné aux journaux de ne rien épargner pour exciter les imaginations contre « la perfide Albion ». Une circulaire officielle, de forme toute royale, qui avait un peu le caractère d'un manifeste au début d'une croisade, fut envoyée par le Premier Consul aux archevêques et aux évêques de France : « Je vous fais cette lettre pour vous dire que je souhaite que vous ordonniez des prières pour attirer la bénédiction du Ciel sur nos entreprises. » Le mandement de l'archevêque de Paris parut le premier ; il donna le signal du concert de louanges que l'auteur du Concordat inspirait au clergé. On remarqua les termes dont s'était servi l'archevêque de Rouen, Cambacérès, frère du Second Consul : <r Demandons à Dieu, disait- il, que l'homme de sa droite, cet homme qui, sous la direction de ses ordres, a tout fait pour le rétabUssement de son culte, qui se propose de faire encore davantage, continue d'être, comme Cyrus, le christ de la Providence. » L'évêque d'Arras avait la note nettement belliqueuse : « Choisissez des gens de cœur, 4isait-il, et allez combattre Amalec. »

CONSTRUCTION D'UNE a FLOTTILLE NATIONALE ». v^ De quelles force» disposait le chef d'Israël pour faire la guerre à la peuplade haïe des Amalécites? Il s'agit des forces maritimes ; pour les forces de terre, l'Angleterre ne pourrait rien opposer de comparable à la Grande Armée. La question résidait à peu près en entier dans l'opération du passage, et seule la marine pouvait résoudre cette opération.

Or, à cet égard, la France était dans un état d'infériorité manifeste. En 1801, quand il avait déjà été question d'une descente en Angleterre, le Premier Consul avait fait construire une flottille légère; mais les bâtiments qui la composaient avaient été abandonnés ou désarmés, tout était à refaire à cet égard. La marine de haut bord n'offrait pas beaucoup plus de ressources. La majeure partie des unités disponibles avait été engagée dans l'expédition de Saint-Domingue ; à présent que la guerre était déclarée siir l'Océan, il ne fallait pas compter sur le retour de ces forces navales. Treize vaisseaux de ligne pouvaient s'employer pour le moment ; encore ces vaisseaux avaient-ils l'inconvénient d'être dispersés dans plusieurs ports.

En présence de cette pénurie de moyens maritimes, la puissance navale de l'Angleterre paraissait d'autant plus formidable. Tout de suite l'amirauté anglaise avait armé des escadres, non pour les garder dans les ports en attendant l'offensive des Français, mais pour les envoyer au large dans les diverses mers d'Europe et rendre ainsi cette offensive à peu près impossible. Une escadre sous les ordres de Sidney Smith fut placée en croisière dans la mer du Nord ; elle surveillait à la fois l'embouchure de l'Escaut et les côtes de la Hollande, car on savait que le Premier Consul comptait faire entrer dans son dessein les forces navales de la République Batave. L'escadre de lord Keilh s'établit dans les parages des Dunes, en face des côtes de France, pour garder les embouchtires de la Tamise. Une division commandée par Comwallis prit position dans les eaux d'Ouessant ; elle commençait le blocus de Brest, Collingwood eut pour mission de croiser dans le golfe de Gascogne, de manière à couper les communications entre la France et l'Espagne, son alliée. Enfin Nelson, qui commandait l'escadre de la Méditerranée, avait son quartier général dans les eaux de la Maddalena ; de loin avec ses frégates, il surveillait tout ce qui sepassait à Toulon, La France se trouv ait ainsi entourée d'une ceinture à peu prés continue d'escadres ennemies, avant même que les hostilités fussent engagées.

La première question à résoudre était celle du transport de l'armée. On ne pouvait l'embarquer sur des bâtiments de ligne, puisque ces bâtiments manquaient pour le moment et que, d'autre part, il semblait impossible de faire pénétrer une escadre dans la Manche ; il fallait disposer d'un matériel spécial. Des arrêtés furent pris pour la construction immédiate d'xme «: flottille nationale ». Elle devait comprendre divers types de bâtiments : 50 préimes, qui étaient les plus grands bateaux, longs d'une trentaine de mètres ; 300 chaloupes canonnières ; 300 bateaux canonniers ; 50 caïques ; 10 bombardes ; 700 péniches ; 1 000 chasse-marée, bateaux de pêche de toute espèce. Tout le.

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CAMP DE BOULOGNE. -- Napoléon visita les travaux du camp de Boulogne le 30 juin 1803 pour la première fois : la dernière revue qu'il y passa est du i*'"' septembre 1805. La colonne

Napoleone, dite de la Grande Armée, rappelle ces travaux gigantesques, uessin dadam. (bibl. xai., estampe

NAPOLEON, AU CAMP DE BOULOGNE, DISTRIBUE LES CROIX DE LA LEGION D'HONNEUR, 16 août 1804. — Cette cérémonie solennelle eut lieu à une demi-lieue au nord de Boulogne, entre le Moulin-Hubert et Terlincthun. par heskequis. (musée de Versailles)

LA THILORIERE. — Le projet de descente en Angleterre mit en éveil le génie des inventeurs. Thilorier, avocat à l'ancien parlement de Paris, imagina de construire — sur le papier — des montgolfières géantes, capables de transporter sur leurs rebords des hommes, des chevaux, des canons; tout cet attirail était « un camp portatif ». La Thilorière eut un grand succès de curiosité et de rire.

(BIBL. NAT., tSlAMl'ES.)

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