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LA FÊTE DU LUXEMBOURG

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NE femme d'esprit, qui vit plusieurs fois Bonaparte à Paris pen- ^ JËp : /^^ > dant l'année 1795, en a tracé le portrait suivant que Stendhal a ir*||i| ; /^ • inséré dans sa Vie de Napoléon :

'\^S^m^M--* '^ C'était bien l'être le plus maigre et le plus singulier que de ma 6;»»^.a.i.»-*-à vie j'eusse rencontré. Suivant la mode du temps, il portait des a oreilles de chien » immenses et qui descendaient jusque sur les épaules. Le regard singulier et souvent un peu sombre des Italiens ne va point avec cette prodigalité de chevelure. Au lieu d'avoir l'idée d'un homme d'esprit rempli de feu, on pense trop souvent à celle d'un homme qu'il ne ferait pas bon de rencontrer le soir auprès d'un bois. La mise du général Bonaparte n'était pas faite pour rassurer. La redingote qu'il portait était tellement râpée, il avait l'air si minable, que j'eus peine à croire d'abord que cet homme fût un général....

« Le jeune Bonaparte avait un très beau regard, et qui s'animait en parlant. S'il n'eût pas été maigre jusqu'au point d'avoir l'air maladif et de faire de la peine, on eût remarqué des traits remplis de finesse. Sa bouche, surtout, avait un contour plein de grâce, »

AU LENDEMAIN DE VENDÉMIAIRE, v^ « Après la révolution de Vendémiaire, lit-on encore dans la Vie de Napoléon, nous sûmes que le général avait été présenté à Mme Tallien, alors la reine de la mode, et qu'elle avait été frappée de son regard. Nous n'en fûmes point étonnés. Le fait est qu'il ne lui manquait pour êtra jugé favorablement que d'être vêtu d'une façon moins misérable.

4 Je me rappelle encore que le général parlait du siège de Toulon fort bien ou, du

moins, il nous intéressait en nous en entretenant. Il parlait beaucoup et s'animait en racontant ; mais il y avait des jours aussi où il ne sortait pas d'un morne silence. On le disait très pauvre et fier comme un Ecossais ; il refusa d'aller être général dans la Vendée et de quitter l'artillerie. « C'est mon arme », répétait-il souvent ; ce qui nous faisait beaucoup rire. Nous ne comprenions pas, nous autres jeunes filles, comment l'artillerie, des cauons pouvaient servir d'épée à quelqu'un.... r

MARIAGE DE BONAPARTE, v^ Avec la journée de Vendémiaire le jeune général de vingt-six ans était devenu le dieu du jour. Il connut alors la veuve d'un général, Joséphine de Beauhamais, à laquelle il avait fait rendre l'épée de son mari, mort sur l'échafaud ; il la retrouva dans le salon de Mme Tallien, où se réunissait la société élégante et corrompue du Directoire. Restée veuve avec deux enfants, un hit de quatorze ans, une fille de donze, elle avait à cette époque trente-deux ans. Grande, de taille élancée, élégante, la démarche d'une nonchalance et d'une grâce de créole, la citoyenne Beauhamais fit une profonde impression sur le vainqueur de Vendémiaire, qui avait six ans de moins qu'elle. Il l'épousa le 9 mars 1796. Quarantehuit heures plus tard, le 11 mars au soir, il partait pour aller rejoindre l'armée d'Italie.

Sept jours, en effet, avant son mariage, le 2 mars, Bonaparte avait été nommé commandant en chef de l'armée d'Italie. Ce commandement, qu'il devait à l'appui des Directeurs Barras et Carnot, on l'appela, non sans quelque méchanceté, la dot de la citoyenne Beauhamais.

BONAPARTE, GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMEE D'ITALIE. vi0 Après Toulon, qui l'avait révélé pour ainsi dire à lui-même, après Vendémiaire, qui avait fait de lui un général de guerre civile, voici que tout à coup, à vingt-six ans et demi à peine, il entrait dans la pleine lumière de l'histoire, à une époque où les armées de la République comptaient les Jourdan, les Pichegru, les Moreau, les Masséna.

Pour lui, il se sentait à la hauteiur de la tâche prodigieuse qui s'ouvrait devant son ambition. « J'étais né pour cela », a-t-il dit. Mais il fallait que les autres eussent foi en lui.' Alors, avec ce merveilleux talent d'acteur qui lui a permis de jouer tant de rôles, il mit sur sa figure le masque dur et impénétrable du général en chef, de Vimperator, beaucoup moins soucieux de se faire aimer que de se faire respecter, de se faire craindre au besoin, avant tout de se faire obéir. Il s'était arrêté vingt-quatre heures à Marseille pour y voir sa mère et ses trois sœurs. Amault rapporte, dans ses Souvenirs d'un Sexagénaire, l'impression étrange qu'il éprouva devant le jeune général , qu'il rencontra dans cette ville.

« On ne peut rien imaginer de plus grave, de plus sévère, de plus glacial que cette figure de vingt-sept ans, que ce front déjà rempli de tant de projets, déjà sillonné par tant de méditations. Il ne parla pas plus pendant le dîner que lui donna le proconsul

BONAPARTE EN ITALIE

— Fréron — qu'il ne parlait dans ceux qu'il donna quand lui-même fut consul ; et, comme on ne l'interpellait guère plus qu'on ne l'a fait depuis, tant il en imposait à tous, le dîner fut aussi sérieux qu'aucun de ceux qui ont été faits aux Tuileries ; il n'y figura pas moins en maître qu'à ceux-là, quoiqu'il n'affectât pas de l'être. Il passa en revue la garnison de Marseille. En le voyant, les vieux soldats se demandaient si on se moquait d'eux de leur envoyer un enfant pour les commander.... Un enfant ! D

Quelques jours après, le général traversait Toulon. Son âme aurait dû être tout à la joie, car Toulon avait été le marchepied de son étonnante fortune. Decrès, son futur ministre de la Marine, était alors officier de vaisseau dans ce port ; il avait beaucoup connu Bonaparte à Paris. Aussi n'eut-il rien de plus pressé que de s'offrir à ses camarades pour les présenter, en se faisant fort de ses relations. « Je cours, dit-il, plein d'empressement, de joie ; le salon s'ouvre, je vais m'élancer, quand l'attitude, le regard, le son de sa voix suffisent pour m'arrêter. Il n'y avait pourtant en lui rien d'injurieux, mais c'en fut assez. A partir de là, je n'ai jamais tenté de franchir la distance qui m'avait été imposée. »

LA PREMIERE ENTREVUE AVEC L'ETAT-MAJOR. ^ Le 11 avril, à Albenga, dans le pays de Gênes, Bonaparte entrait en contact avec son état-major. Les anciens, comme Sérurier, Laharpe, Masséna, Augereau, étaient disposés à lui montrer un accueil peu empressé. Augereau en particulier, ce Parisien fils d'un domestique, cet ancien maître d'armes, qui avait douze ans de plus que Bonaparte et de brillants états de service, était à l'avance insubordonné et injurieux ; im favori de Barras, un général de rue et de ruelle, il ne craindrait pas de dire ses vérités à Vendémiaire ! L'état-rnajor est introduit ; Bonaparte se fait attendre. Le voici enfin, l'épée au côté, en tenue de général, le chapeau sur la tête. Il prend la parole. De sa voix métallique à l'accent corse, de son ton de maître, sec, net, précis, tranchant, qui ne souffre pas une réplique, arec ses regards impérieux et fascinateurs, — « ces regards, comme le dira Cambacérès, qui traversent la tête, » — il donne des ordres, il explique ce qu'il fera et, d'un geste, il congédie les assistants. Augereau est resté muet. C'est seulement dehors qu'il recouvre la parole ; avec force jurons, il déclare à Masséna que « ce petit bout d'homme de général lui a fait peur : il ne peut pas comprendre l'ascendant dont il s'est senti écrasé au premier coup d'œil ».

LA PREMIERE PROCLAMATION DE BONAPARTE, vi* Ici commence le récit d'opérations admirables. « C'est l'art, suivant le mot de Marmont, mis en action dans ce qu'il a de plus sublime. > Chaque bataille de la campagne d'Italie, c'est comme un chant de l'Iliade. Dans ce poème militaire, l'un des plus beaux, le plus beau peut-être qui ait jamais été écrit par l'épée, y a-t-il quelque chose de plus grandiose et de plus significatif à la fois que la proclamation militaire qui lui sert de

préface? Arrivé à Nice, Bonaparte s'adresse directement aux trente-six mille hommes, sans souliers, sans pain, sans discipline, qu'on appelait l'armée d'Italie.

Quartier général, Nice, 7 germinal an IV. (27 mars 1796.)

« Soldats, vous êtes nus, mal nourris ; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces rochers sont admirables ; mais ils ne vous procurent aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir ; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage ou de constance? »

Une voix nouvelle vient de se faire entendre dans les armées de la République, avec quel accent, quel verbe d'autorité! Les hommes de l'armée d'Italie ne sont plus des « citoyens » , comme les héros des armées du Rhin ou de Sambre-et-Meuse ; ce sont des « soldats ». Du sommet des Apennins, le tentateur leur montre la terre promise ; c'est lui qui les y conduira. Il le leur disait encore quelques jours plus tard : « Amis, je vous la promets, cette conquête ! » Il leur donnera la gloire, cette fumée enivrante pour laquelle les Gaulois de tous les temps ont accompli tant d'exploits. Puis, dès la première parole, c'est ce moi prodigieux, ce moi colossal qui va tout absorber : « Le Gouvernement ne peut rien vous donner.... Je veux vous conduire. » C'est aussi cette fascination électrique, irrésistible, du général qui entre en contact, en communion avec ses hommes ; il sait parler le langage qui convient à leur imagination, à leur ambition, à leur soif de jouissances. Un mot d'ordre inconnu est passé dans les rangs de son armée : à lui-même la puissance, à ses soldats la richesse.

L'ARMÉE D'ITALIE, v^ Cette misère matérielle de l'armée d'Italie, cette nudité, ce n'étaient point de vaines expressions, mais la vérité même : l'armée était en loques et en guenilles. Stendhal a raconté l'histoire d'un lieutenant de ses amis, un des plus beaux officiers de l'armée, qui fut invité à dîner à Milan chez une marquise, pour le palais de laquelle il avait reçu un billet de logement. Il avait pour toutes chaussures des empeignes, d'ailleurs bien cirées ; il les avait attachées soigneusement avec de petites cordes, mais il y avait « absence complète de semelles ». Pour se faire bien venir des laquais, car la marquise était très belle, il leur donna un écu de six francs ; c'était tout ce qu'il possédait au monde. Deux officiers, l'un chef de bataillon et l'autre lieutenant, rapporte encore l'auteur de la Vie de Napoléon, n'avaient à eux deux, lors de l'entrée à Milan, qu'un pantalon, de Casimir noisette, et trois chemises. Celui qui ne portait pas le pantalon prenait une redingote d'uniforme croisée sur la poitrine ; avec un habit rapiécé à dix endroits, c'était toute leur garde-robe. Les riches de cette armée avaient des assignats, et les assignats n'avaient aucune valeur en Italie. Pour tous, c était la

BONAPARTE EN ITALIE

BONAPARTE, à 28 ans et demi. — Esquisse faite en trois heures, décembre 1797.

PAR DAVID, (coll. de m"»* la DUCHESSE DE BASSANO.)

JOSEPHINE BONAPARTE. Esquisse

datée de 1798. Joséphine avait 35 ans.

PAR ISABEY. (COLL. DE M"' DE lAIC.VY.) CL.BRAl'X, CLÉMENT ET C".

LES JARDINS DU PALAIS-ROYAL. — Ouverts depuis peu, les jardins et les galeries voisines étaient la promenade à la mode. Bonaparte les fréquentait, quand il habitait, en 1787, à l'hôtel de Cherbourg, rue de Vauvilliers, dans le voisinage. par deb^coi rt. (bibl. xai., estampes.)

ç^ÉRURIER, né à Laon

le 8

sept.

^3 mort à Paris

7e 21 déc.

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