‹ NapoléonChapitre 6 sur 132 · DE BONNÉTABLE. (BIBL · texte numérisé non relu

DE BONNÉTABLE. (BIBL

NAT., ESTAMPES

AUGEREAU, né à Paris, le 21 oct. 1757, mort à la Houssaye (Seine-et-Marne), le

12 juin 1816. IAR THÉVENIN. {musée de VERSAILLES.)

BERTHIKR, né à Versailles, le 20 nov. 1753, mort à Bamberg (Bavière), en juin 1815.

d'après gros (bibl, nat., estampes.)

Il yr ONGE,

né à Beaune,

en

mort à Paris,

m le28j

iiillet 1818.

PAR MAUZAISSE

(musée de VERSAILLES.)

BONAPARTE EN ITALIE

misère noire. Bonaparte, à son départ de Paris, avait emporté en tout deux mille louis en espèces, quarante mille francs.

Le poète Alfieri, qui vit cette armée d'Italie, a dit que c'était « toute la ladrerie de Provence et de Languedoc, conduite par un capitaine gueux >■. Mais ces hommes étaient jeunes, d'une extrême bravoure ; méridionaux pour la plupart, ils avaient l'entrain et la gaieté de leurs provinces ensoleillées. Dans le jeune général qu'on leur envoyait de Paris, ils avaient reconnu leur dieu ; ils étaient prêts à le suivre partout. Ils avaient la foi, ces soldats obscurs qui allaient être la pépinière de la Grande Armée, la foi en la Révolution et au messie qui l'incarnait. Ils furent vainqueurs, parce qu'en eux ils portaient deux forces qui brisenttout : l'énergie de la volonté, l'impétuosité de l'enthousiasme. La campagne d'Italie fut ainsi, suivant le mot d'Albert Sorel, et le courant le plus véhément et le plus riche de puissance humaine que jamais l'histoire ait vu se déchaîner ». A ces hommes que le souffle de la Révolution emportait, le dieu fit un signe, et la marche triomphale commença. Elle allait se dérouler, pendant près de vingt ans, à travers les plaines du Pô, du Danube et de l'Elbe, à travers les sables de l'Egypte, les sierras de l'Espagne, les neiges de la Russie, les coteaux de la Brie et de Mont-Saint-Jean.

CAMPAGNE CONTRE LES PIÉMONTAIS. v^ Vingt-deux mille Piémontais avec Colli, trente mille Autrichiens avec Beaulieu, barraient aux Français les routes qui mènent des bords de la Méditerranée dans la haute vallée du Tanaro. Le plan de Bonaparte, simple et clair, fut de frapper les ennemis au centre de lem- position pour les séparer, de les attaquer ensuite isolément, de les poursuivre jusqu'à leur destruction complète. Ce n'est plus le vieux jeu de barres classique, qui consiste à prendit et à échanger quelques prisonniers. C'est l'offensive foudroyante et sans répit, a Soldat, frappe au visage ! Soldat, droit au cœur ! »

Le 12 avril, Masséna, Augereau, Laharpe forcent les positions des Autrichiens à Montenotte. En débouchant dans les gorges de la Bormida, Bonaparte lance à sa gauche Augereau sur les Piémontais, à sa droite Laharpe et Masséna sur les Autrichiens. Colli est battu à Millesimo le 13 avril, Beaulieu à Dego le 14. Alors Bonaparte se porte avec toutes ses forces contre l'armée piémontaise de Colli ; il l'écrase à Mondovi le 21 avril.

La cour de Tiirin était aux abois; le roi de Sardaigne Victor- Amédée s'empressa d'envoyer au quartier général des Français le général de La Tour et le colonel marquis Costa pour négocier un armistice. Bonaparte les reçut à Cherasco. Ils se plaignaient de la dureté des conditions, a Messieurs, je vous préviens que l'attaque générale est ordonnée pour deux heures — il était alors une heure du matin — et aue cette attaque ne sera pas différée d'un moment. Il pourra m'arriver de perdre des batailles, mais on ne me verra jamais perdre des minutes par confiance ou par paresse. » A deux heures du matin, le 28 avril, l'armistice de Cherasco était signé. Il terminait cette campagne de Piémont, qui avait été rapide comme la foudre ; elle avait duré en tout dix-huit jours.

Les places d'Alexandrie, de Coni, de Tortone étaient remises aux Français jusqu'à la

signature de la paix avec Victor- Amédée de Savoie. ((. C'est un roi, écrivait Bonaparte au Directoire, qui se met absolument à ma discrétion. Si vous me continuez votre confiance et que vous approuviez ces projets, l'Italie est à vous. »

LE PONT DE LODI. v^ La campagne du Piémont n'était, pour Bonaparte, que le premier pas de sa course. Il fallait à présent enlever la Lombardie aux Autrichiens. « Peuples de l'Italie, disait une proclamation du 26 avril, l'armée française vient pour rompre vos chaînes. » Beaulieu s'était retranché derrière le Tessin, dont le cours marécageux formait la fronetièr entre le Piémont et le Milanais. Une manœuvre hardie de Bonaparte fit tomber cette ligne de défense. Il descend le Pô à droite. Arrivé à Plaisance, il y franchit le fleuve le 7 mai. Il débouchait ainsi en plein Milanais Beaulieu voyait sa position tournée; il alla se retrancher derrière l'Adda. Le 10 mai, Bonaparte arrive devant Lodi. Il veut donner à son armée la gloire d'une action qui retentira dans toute l'Europe, avec d'autant plus d'éclat qu'il n'était pas militairement nécessaire de forcer le passage de l'Adda pour entrer à Milan. Il connaît son armée, il sait ce qu'il peut en attendre. Il résout de passer le pont de Lodi de vive force. Il range ses grenadiers en colonnes serrées : le pont est franchi au pas de charge. Les a. vieilles moustaches » saluèrent le vainqueur du titre de « Petit Caporal », et l'Europe militaire applaudit à cet acte d'extrême audace.

Pour lui, dès ce jour, il se sentit appelé à je ne sais quoi d'extraordinaire. « Vendémiaire et Montenotte, dit-il, ne me portèrent pas encore à me croire un homme supérieur ; ce n'est qu'après Lodi qu'il me vint dans l'idée que je pourrais bien devenir, après tout, un acteur décisif sur notre scène politique. »

ENTRÉE A MILAN. ^J0 Le 15 mai, le jeune général faisait son entrée à Milan par l'arc de triomphe de la Porta Romana, « à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles. César et Alexandre avaient un successeur.... Ces soldats français, ajoute Stendhal, riaient et chantaient toute la journée ; ils avaient moins de vingt-cinq ans, et leur général en chef, qui en avait vingt-sept, passait pour l'homme le plus âgé de son armée. »

Quel étonnant dimanche, quelle journée de Pentecôte, ce 15 mai 1796, où le général de vingt-six ans et demi — vingt-six ans et demi ! — a rayonnant de bonheur et d'orgueil B, entra dans Milan, sur un petit cheval blanc, au milieu d'un peuple en délire, qui l'acclamait, le couvrait de fleurs, se jetait dans ses bras! Comment ne pas envier ces générations, heureuses entre toutes, qui assistèrent à cette marche triomphale comme on n'en vit jamais, comme on n'en verra plus peut-être?

« Eh bien ! disait le maître de Milan à Marmont, le soir, au moment de se mettre au lit; que croyez- vous qu'on dise de nous à Paris? Est-on content? — L'admiration^doit être à son comble. — • Ils n'ont encore rien vu, reprit Bonaparte, et l'avenir nous réserve des succès bien supérieurs à ce que nous avons déjà fait. La fortune ne m'a pas souri

BONAPARTE EN ITALIE

aujourd'hui pour que je dédaigne ses faveurs : elle est femme, et plus elle lait pour moi, plus j'exigerai d'elle. De nos jours, personne n'a rien conçu de grand ; c'est à moi d'en donner l'exemple. »

A ses soldats, ivres de gloire et de plaisir, « à ses frères d'armes », il adresse la proclamation la plus belle peut-être qu'il ait jamais écrite (Milan, 20 mai) :

4 Soldats ! Vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Apennin ; vous avez culbuté, dispersé, tout ce qui s'opposait à votre marche. Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s'est livré à ses sentiments naturels de paix et d'amitié pour la France. Milan est à vous et le pavillon républicain flotte dans toute la Lombardie.... Le Pô, le Tessin, l'Adda n'ont pu vous arrêter un seul jour ; ces boulevards vantés de l'Italie ont été insuffisants, vous les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin. Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie ; vos représentants ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la République. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes, se réjouissent de vos succès et se vantent avec orgueil de vous appartenir.

a Oui, soldats, vous avez beaucoup fait, mais ne vous reste-t-il donc plus rien à faire? Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre, mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire? La postérité nous reprochera-t-elle d'avoir trouvé Capoue dans la Lombardie ? Mais je vous vois déjà courir aux armes : un lâche repos vous fatigue ; les journées perdues pour la gloire le sont pour votre bonheur. Eh bien, partons ! Nous avons encore des marches forcées à faire, des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir, des injures à venger.... Mais que les peuples soient sans inquiétude ; nous sommes amis de tous les peuples, et plus particulièrement des descendants des Brutus, des Scipion et des grands hommes que nous avons pris pour modèles. Rétablir le Capitole, y placer avec honneur les statues des héros qui se rendirent célèbres, réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d'esclavage, tel sera le fruit de vos victoires. Elles feront époque dans la postérité. Vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l'Europe.

a Le peuple français, libre, respecté du monde entier, donnera à l'Europe une paix glorieuse qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous montrant : a II était de l'année d'Italie. »

A ce moment même, le Directoire envoyait à Bonaparte l'ordre de couper son armée en deux. Il y aurait une armée d'Italie, au nord delà péninsule, avec Kellermann, une armée du Midi, au centre, avec lui-même. Voici sa réponse :

« J'ai fait la campagne sans consulter personne. (Ses plans, en effet, n'étaient ni du Directoire, ni de Carnot, ni de son chef d'état-major Berthier; ils étaient de lui seul.) Je n'eusse rien fait de bon, s'il eût fallu me concilier avec la manière de voir d'un autre. J'ai remporté quelques avantages sur des forces supérieures et dans un dénuement absolu de tout, parce que, persuadé que votre

confiance se reposait sur moi, ma marche a été aussi prompte que ma pensée.... Chacun a sa manière de faire la guerre. Le général Kellermann a plus d'expérience et la fera mieux que moi ; mais tous les deux ensemble, nous la ferons fort mal. » Le Directoire ne répliqua point ; il avait trouvé son maître.

CASTIGLIONE. v^ Bonaparte ne resta que huit jours à Milan ; la belle capitale de la Lombardie, avec ses séductions, aurait pu facilement devenir une autre Capoue pour les soldats du nouvel Annibal. Vaincue, mais non détruite, l'armée autrichienne s'était repliée derrière le Mincio, entre le lac de Garde et le Pô. Avant de courir à elle, Bonaparte s'était rendu, le 26 mai, à Pavie, où une insurrection venait d'éclater ; la ville fut traitée avec une grande dureté. Puis il reprit l'offensive contre les Autrichiens. Le 30 mai, à Borghetto, il surprit le passage du Mincio ; les vaincus sont dispersés ou enfermés dans Mantoue. La citadelle du Mincio allait devenir une souricière, où il allait faire entrer, l'une après l'autre, trois armées autrichiennes.

L'Italie était aux pieds du jeune vainqueur. Fort de la terreur qu'il inspire, il lève des contributions de guerre ; il signe à Brescia, le 5 juin, un armistice avec le roi de Naples, à Bologne, le 23, un autre armistice avec le Saint-Siège ; il se fait donner des manuscrits, des statues, des œuvres d'art ; il envoie des millions au Directoire et à l'armée du Rhin ; il entretient son armée, ses collègues, le gouvernement. Ses soldats, gorgés de victoires et de richesses, ont pour lui un dévouement de fanatiques.

Le blocus de Mantoue venait de commencer. Bonaparte voit fondre sur lui, venant du Nord, une armée autrichienne de soixante-dix mille hommes, que commandaient Wurmser et son lieutenant Quasdanovich. En un instant son parti est pris : il lève le siège pour courir aux ennemis. Ce sont les combats de Salo et de Lonato, le 31 juillet et le 3 août, qui rejettent Quasdanovich dans le Tyrol par la vallée de la Chiese, puis la belle victoire de Castiglione, le 5 août.

Wurmser était arrivé à Castiglione, au sud du lac de Garde ; dans l'espoir de rejoindre son lieutenant, dont il ignorait la défaite, il avait démesurément étendu sa droite vers le Nord. Bonaparte, pour encourager cette manœuvre, cède le terrain ; en même temps il fait passer la division Sérurier sur les derrières de l'ennemi. Puis il fait une brusque volte-face, il lance Augereau sur les Autrichiens. Ils sont coupés au centre, leur gauche est prise, leur droite est rejetée sur le lac.

Dans cette campagne de six jours, l'Autriche avait perdu trois batailles.

Wurmser s'était enfui par le TyroL Bonaparte se lance à sa poursuite, après avoir renvoyé devant Mantoue la division Sérurier. C'est une course folle, d'abord sur l'Adige, puis à travers les Alpes Cadoriques, puis sur la Brenta, les Autrichiens en tête, les Français derrière. Primolano et Bassano virent de nouvelles victoires, le 7 et le 8 septembre. Enfin, le 15 septembre, la bataille de Saint-Georges, aux portes mêmes de Mantoue, y enfermait Wurmser.

Cette manière de faire la guerre, cette terrible furia franoese déroutait toutes les

BONAPARTE EN ITALIE

BONAPARTE EN 1798, à 28 ans et demi. — •■ Regardez ce corps maigre, a dit Tairie à propos de ce portrait, ce coït enveloppé par la haute cravate tortillée, ces tempes dissimulées par de longs cheveux plats et retombants, ces traits durs, ce menton massif et proéminent, ces grands yeux clairs profondément enchâssés dans de larges arcades sourcilières, ce regard fixe, oblique, perçant comme une épée. »

l'AK CUÉRIN. (niRL. NAT., ESTAMPES.

BONAPARTE AU PONT DARCOLE. J'" journée, 15 nov. 1796. - C'est le moment tragique où, les troupes d'Augereau refusant d'avancer, Bonaparte, un drapeau à la moin, s'élance sur le pont que balayait la mitraille autrichienne.

PAR BELLANGÉ. (BIBL. NAl.. ESFAMPEî^.)

Page 1