I-AR DAVID, (coll. DE M "' l' LA DfCHESSE DE BASSANO
E CORTÈGE IMPÉRIAL traverse le Pont -Neuf et tourne sur le quai des Orfèvres pour se rendre à Notre-Dame, le jour du sacre, 2 décembre 1804. iau fiertaix. (coll. bernard fkanck )
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Rue S' Honoré, N°248, en face celle de l'Echelle, D«pôl Je Dent^Ues.deH.do Reus Je Bruxelles
Marie-Antoinette. C'était deux cent cinquante mille francs à trouver. Elle les trouva, grâce à la complaisance du ministre de la Guerre Berthier, dans la liquidation des comptes des hôpitaux d'Italie. Mais comment porter sur elle ces perles magnifiques, puisque Bonaparte n'avait pas su le premier mot de cette folie ? Bref, à une grande soirée, elle se décida, a Eh bien !
qu'est-ce que tu as donc là ? lui dit Bonaparte. Comme te voilà belle aujourd'hui ! Qu'est-ce que c'est donc que ces perles ? Il me semble que je ne les cormais pas. — Eh !
mon Dieu ! sL Tu les a vues dix fois ; c'est le collier que m'a donné la République Cisalpine, que j'ai mis dans mes cheveux. — Il me semble pourtant.... — Tiens, demande à Bourrienne, il te le dira.
— Eh bien, Bourrienne, que ditesvous de cela ? Vous rappelez-vous?
— Oui, général, je me rappelle très bien les avoir déjà vues. )> Il ne mentait pas, puisque Joséphine, qui l'avait prévenu à l'avance de son mensonge, les lui avait déjà montrées.
Elle avait pour les châles une véritable passion. Sa garde-robe en contenait de trois cents à quatre cents ; elle en faisait des robes, des couvertures pour son lit, des coussins pour son chien. Elle achetait de toutes mains sans demander les prix. Aussi ses dépenses arrivaient
à des sommes effrayantes ; dans le désordre où elle vivait, des mémoires restaient impayés. Quand Napoléon était à l'île d'Elbe, des mémoires de fournisseurs de Joséphine, morte à cette époque, vinrent fondre sur lui de toutes les parties de l'Italie, Il disait qu'avec tout l'argent qu'elle avait eu, elle aurait pu, avec im peu d'ordre et de régularité, laisser de cinquante à soixante mUlions.
SON CARACTÈRE, v^ C'était là le grand grief que T Empereur pouvait lui reprocher. Qu'elle fût d'un esprit médiocrement cultivé, qu'elle n'eût jamais ouvert im
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FACTURE d'un FOCRNISSEUR DE l'iMP^RATRICE J0S8PHII»H.
(HU8ÉK DE LA UALMAISON.)
livre ni tenu une plume : cela ne comptait pas aux yeux d'un époux très peu féministe. Pour le reste, elle était parfaite ; ne l'avait-il pas toujours trouvée de l'humeur la plus égale et de l'obéissance la plus empressée ? « Montais-je en voiture, au milieu de la nuit, pour la course la plus lointaine, à ma grande surprise j'y trouvais Joséphine tout établie, bien qu'elle n'eût pas dû être du voyage. « Mais il vous est impos- « sible de venir ; je vais trop loin ; vous auriez trop à souffrir. — Pas le moindrement, « répondait Joséphine. — Et puis, il faut que je parte à l'instant. — Aussi, me voilà <i toute prête. — Mais il vous faut un grand attirail. — Aucim, tout est préparé. » Et la plupart du temps il fallait bien que je cédasse. »
Napoléon a dit encore de Joséphine qu'elle était « les grâces et tous leurs chcirmes j> ; qu'elle professait « à tout moment et en toute occasion la soumission, le dévouement, la complaisance la plus absolue. » Aussi lui avait-il toujours conservé les plus tendres souvenirs et la plus vive reconnaissance.
L'IDEE DU DIVORCE, v^ Mais que d'ennemis autour de cette femme ! La jalousie des frères et des sœurs de son mari, en particiilier de Lucien et de Caroline, n'avait jamais désarmé à son égard. Elle sentait bien d'autre part qu'elle était un obstacle à la fortune de Napoléon, depuis que son pouvoir était devenu héréditaire. Elle ne lui avait pas donné d'enfant, elle ne pouvait plus lui en donner : alors à quoi servait-elle ? Elle se rendait compte que l'égoïsme féroce de son mari ou, si l'on veut que la raison d'Etat finirait par l'emporter sur les dernières traces d'vme passion qui avait été très vive, qui se rallumait encore de temps en temps, mais qui, malgré tout, n'était plus ql'un feu expirant. Napoléon avait été sur le point de congédier brutalement Joséphine quelques jours à peine avant le sacre ; elle avait acquis la preuve qu'il avait à Saint-Cloud même une liaison, il le sut. Irrité de se voir découvert, il lui avait fait une scène terrible : il était décidé à secouer le joug, à écouter les conseils de la politique qui voulait qu'il eût une femme capable de lui donner des enfants ; il avait dit à Eugène de venir à Saint-Cloud pour régler les conditions du départ de sa mère. Puis cette colère s'était apaisée ; la douceur et les larmes de Joséphine avaient repris leur empire. Tout paraissait oublié, puisqu'elle avait obtenu de faire bénir son mariage par l'Eglise l'avant- veille du couronnement. Elle avait demandé au cardinal Fesch, qui l'avait mariée, une attestation par écrit de la cérémonie ; il paraît qu'elle la conserva toujours avec soin et que, malgré les instances de l'Empereirr, elle ne consentit jamais à s'en dessaisir. Alors, se croyant plus assurée de l'avenir, elle s'était résignée au rôle d'épouse docile et indulgente : elle acceptait de la part de Napoléon de singulières confidences, elle l'aidait même parfois à dénouer des chaînes qui lui devenaient incommodes.
Cela n'empêchait pas l'idée du divorce, qui était entrée depuis longtemps dans l'esprit de Napoléon, de devenir de jour en jour plus obsédante. « Si, du moins, disait-il à Bourrienne en 1805, si du moins j'avais un enfant d'elle! C'est le tourment
de ma vie que de n'avoir pas d'enfant ; je comprends bien que ma position ne sera assurée que quand j'en aurai un. Si je venais à manquer, aucun de mes frères n'est capable de me remplacer ; tout est commencé ; rien n'est achevé. Dieu sait ce qui arrivera. > Peu après le couronnement, Napoléon fit à Joséphine une proposition extraordinaire : consectirait-elle à feindre une grossesse avec assez d'habileté pour que tout le monde s'y trompât et à présenter un héritier qui serait son fils à lui et dont elle ne serait pas la mère? Il paraît qu'elle accepta l'idée de cette extravagance. Il n'y avait plus qu'à la faire accepter par Corvisart, le premier médecin. « Si je parviens, lui dit l'Empereur, à m'assurer de la naissance d'un garçon, qui sera mon fils à moi, je voudrais que, témoin d'une feinte d'accouchement de l'Impératrice, vous fissiez tout ce qui sera nécessaire pour donner à cette ruse toutes les apparences d'une réalité. » Corvisart eut l'honnêteté de se refuser à cette machination. Fouché avait une solution de ce problème délicat ; elle était d'une simplicité radicale. Il l'exprimait ainsi dès l'année 1805 : d II serait à souhaiter que l'Impératrice vînt à mourir, cela lèverait bien des difficultés. Tôt ou tard il faudra bien qu'il prenne une femme qui fasse des enfants ; car, tant qu'il n'aura pas d'héritier direct, il y aura à craindre que sa mort ne soit le signal de dissolution. Ses frères sont d'une incapacité révoltante, et l'on verréiit surgir un nouveau parti en faveur des Bourbons, et c'est ce qu'avant tout il faut prévenir. >
NAPOLEON ABORDE LA QUESTION DU DIVORCE, v^ Napoléon avait eu l'idée d'adopter un fils de son frère Louis ; mais, outre qu'il lui eût été beaucoup plus agréable de transmettre ses couronnes à un fils né de lui-même et non à un fils adoptif, la santé de cet enfant lui inspirait des inquiétudes. Il se servit de ce prétexte pour entretenir un jour Joséphine d'un projet de divorce, fondé sur la nécessité où il pourrait se trouver de prendre une femme qui lui donnât des enfants. « Si pareille chose arrivait, Joséphine, alors ce serait à toi de m'aider à tm tel sacrifice. Je compterais sur ton amitié pour me sauver de tout l'odieux de cette ruptiire forcée. Tu prendrais l'initiative, n'est-ce pas? et, entrant dans ma position, tu aurais le courage de décider toi-même de ta retraite ?» La réponse de Joséphine fut pleine de dignité. Elle eut la force de rester maîtresse d'elle-même ; sans toucher xm mot de l'abandon cruel auquel Napoléon la condamnait si facilement, elle se borna à dire, avec un ton de tristesse cérémonieuse : a Sire, vous êtes le maître, et vous déciderez de mon sort. Quand vous m'ordonnerez de quitter les Tuileries, j'obéirai à l'instant ; mais c'est bien le moins que vous l'ordonniez d'une manière positive. Je suis votre femme, j'ai été couronnée par vous en présence du pape; de tels honneurs valent bien qu on ne les quitte pas volontairement. Si vous divorcez, la France entière saura que c'est vous qui me chassez, et elle n'ignorera ni mon obéissance, ni ma profonde douleur. > Cependant une campagne s'organisait pour amener la malheureuse, de gré ou de force, à subir la rupture de son mariage.
LES MANŒUVRES DE FOUCHÉ. v^ Fouché, qui était ministre de la Police générale et qui avait à ce moment toute la faveur de l'Empereur, avîiit eu un jour avec lui, au mois d'octobre 1807, pendant im séjour à Fontainebleau, im long entretien dans son cabinet et il avait dîné à sa table. L'Empereur avait été très gai. Le soir du même jour, vers minuit, un valet de chambre de l'Impératrice vint brusquement demander, de la part de sa maîtresse, Mme de Rémusat ou M. de Rémusat, qui était premier chambellan. Celui-ci accourut tout de suite. Il trouva l'Impératrice échevelée, à demi déshabillée, le visage renversé. EUle lui tendit, avec la plus vive émotion, une grande lettre, signée de Fouché. Le ministre disait lui écrire de sa propre initiative et tout à fait à l'insu de l'Empereur ; il sollicitait l'Impératrice de garder pour elle seule, dans le plus profond secret, une démarche qu'il croyait devoir faire par intérêt pour l'Empereur. Napoléon était le maître souverain de la France, mais on devait compter avec l'avenir que la France lui avait confié, a II ne faut pas, disait-ilj se le dissimuler. Madame : l'avenir politique de la France est compromis par la privation d'un héritier de l'Empereur. Comme ministre de la Police, je suis à portée de connaître l'opinion publique, et je sais qu'on s'inquiète sur la succession d'un tel Empire. Représentez-vous quel degré de force aurait aujourd'hui le trône de Sa Majesté s'il était appuyé par l'existence d'un fils ! » Convaincu que l'Empereur ne se déciderait jamais à prendre l'initiative d'un si douloureux sacrifice, Fouché se permettait de conseiller à l'Impératrice de faire ce courageux effort et de s'immoler à la France. Le lendemain matin, Joséphine alla trouver Napoléon et lui montra cette lettre. L'Empereur affecta autant de surprise que de colère. Si le ministre n'était point déjà parti pour Paris, il l'aurait fortement tancé ; il était prêt, si Joséphine le désirait, à le punir et même à lui enlever le ministère de la Police. Beaucoup de caresses accompagnèrent cette protestation ; mais elles dissimulaient mal, paraît-il, l'embarras où était l'Empereur.
Quelques jours après, Fouché était de retour à Fontainebleau. Napoléon le reçut sèchement. Il lui écrivit, le 5 novembre 1807, cette lettre, qui a bien tm ton de colère : « Monsieur Fouché, depuis quinze jours il me revient de votre part des folies ; il est temps enfin que vous y mettiez un terme, et que vous cessiez de vous mêler, directement ou indirectement, d'une chose qui ne saurait vous regarder d'aucune manière; telle est ma volonté, j) Mais, en même temps, il disait à sa femme, en lui prodiguant de plus en plus des marques de sa tendresse : « C'est un excès de zèle ; il ne faut pas lui en savoir mauvais gré, au fond. Il suffit que nous soyons déterminés à repousser ses avis, et que tu croies que je ne pourrais pas vivre sans toi. i>
Cependant Fouché continuait à faire travailler l'opinion publique ; la police répandait de tous les côtés l'idée qu'il était nécessaire, povir l'avenir du régime impérial, que l'Empereur eût un héritier de son propre sang. Le propos se répétait dans les cafés, et Napoléon pouvait croire que l'opinion lui était favorable sur cette question délicate. Fouché voulait enlever à son rival, le prince de Bénévent, le mérite d'être
■IMPÉRATRICE JOSEPHINE. - Busle de marbre, avec les attributs impériaux.