JOSEPHINE
(mlsiïe de la malmaison.)
CELLULE DE JOSÉPHINE A LA PRISON DES CARMES. — Le 19 avril 1794, un arrêté du Comité de Sûreté générale ordonna l'arrestation de ■.^ la nommée Beauharnais, femme du ci-devant général, rue Dominique, 953 (sic) ".
Joséphine fut conduite le 21 avril à la pri-
son des Carmes, dans les bâtiments actuels de l'Institut catholique, rue de Vaugirard. Elle y retrouva le général son mari, écroué le 14 mars.
Celui-ci périt sur l'échafaud le 23 juillet. Joséphine fut remise en liberté, après les journées de Thermidor, le 6 août.
me TALLIENy plus tard princesse de
Chltnay. par GÉRARU. (musée de VERSAILLES, J
me CAMPAN, sti ri n tendante de la maison d Ecouen. i-ar m'^-' duvidal. (m. de Versailles.)
vite. » Sur l'acte de l'état civil, Bonaparte se dit né le 5 février 1768 ; Joséphine se dit née en 1767. L'un se vieillissait d'un an et demi, l'autre se rajeunissait de quatre ans. Il n'y avait plus que six mois de différence entre les deux époux. Tout cela, cour du soupirant, fiançailles, mariage, fut mené assez rondement et enlevé un peu à la hussarde.
LE DÉPART POUR L'ITALIE. ^Jt Le lendemain du mariage, Joséphine conduisit son mari à Szunt-Germain pour voir ses deux enfants. La petite Hortense, qui avait alors près de treize ans, était fort intimidée ; elle avait déjà vu son futur beau -père à un dîner chez Barras, où sa mère l'avait conduite et où elle avait été placée à côté du général Elle avait confié à ses amies de penaon qu'elle avait bien du chagrin : sa mère allait épouser le général Bonaparte ; il lui faisait peur; elle craignait qu'il ne fût bien sévère pour elle et pour Eugène. Mais ce jour-là, le général, marié depuis moins de vingt-quatre heures, fut charmant. Il fit force complfanents aux élèves et à leur maîtresse. « Il faudra que je vous confie ma petite sœur Caroline, madame Campan ; tâchez de me la rendre aussi savante que la chère Hortense. i Et il pinçait légèrement à celle-ci le bout de l'oreille.
S'il est vrai que Bonaparte sok îiUé ce jour-là à Saint-Germain, il ne dut y faire qu'une courte visite ; car tl était très occupé à préparer son départ et sa future campagne. Le 2 mars, en effet, sept jours avant son mariage, il avait été nommé général en chef de l'armée d'ItaKe. L'influence de Barras n'avait pas été étrangère à cette nomination ; on se rappelle le mot qui courut alors : ce commandement, c'était la dot de la citoyenne Beauhamais.
Le 11 mars, moins de quarante-huit heures après la cérémonie de la rue d'Antin, Bonaparte montait en chaise de poste. Il partait pour la barrière d'Italie, c'est-à-dire pour dix-neuf ans de gloire et de courses foUes à travers l'Europe.
LES LETTRES DE BONAPARTE EN ITALIE. k0 Ah ! quelle impression lui avait donnée cette femme, auprès de laquelle il avait passé quelques heures à peine ! A chaque étape, ce sont des lettres enflammées, telles que femme adorée n'en reçut jamais de plus brûlantes. De Chanceaux, dans la Côte-d'Or, il lui écrivait, le 14 mars :
« Chaque instant m'éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant je trouve moins de force pour sujjporter d'être éloigné de toi. Tu es l'objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s'épuise à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon cœur se déchire et ma douleur s'accroît. Si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d'avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours. Comme tu vois, je ne suis pas facile à contenter. »
Le 4 avril, de Porto-Maurizio, avant d'arriver à Savone, ce nouveau cri de passion :
< Mon unique Joséphine, loin de toi, le monde est un désert où je reste isolé. Tu m'as ôté plus que mon âme; tu es l'unique pensée de ma vie.... Par quel art as-tu su
captiver toutes mes facultés, concentrer en toi mon existence morale ? Vivre pour Joséphine : voilà l'histoire de ma vie ! »
Dans un rapport à Carnot, écrit de Plaisance le 9 mai 1796, après le passage du Pô, il trouve moyen de parler de sa femme ; « Je vous la recommande : elle est patriote sincère, et je l'aime à la folie. » Cependant des sentiments d'inquiétude étaient déjà venus assombrir cet amour qui ne pouvait se maîtriser :
« Ah ! mon adorable femme ! Je ne sais quel sort m'attend ; mais s'il m'éloigne plus longtemps de toi, il me sera insupportable ; mon courage ne va pas jusque-là. L'idée que ma Joséphine peut être mal, et surtout la cruelle, la funeste pensée qu'elle pourrait m'aimer moins flétrit mon âme, arrête mon sang, me rend triste, abattu, ne me laisse pas même le courage de la fureur et du désespoir.... Mourir sans être aimé de toi, c'est le tourment de l'enfer, c'est l'image vive et frappante de l'anéantissement absolu. Il me semble que je me sens étouffer. Mon unique compagne, toi que le sort a destinée pour faire avec moi le voyage pénible de la vie, le jour où je n'aurai plus ton cœur sera celui où la nature sera pour moi sans chaleur et sans végétation, ii
Bonaparte avait culbuté les «irmées de Colli et de Beaulieu. Sur le point de signer l'armistice de Cherasco, U veut à tout prix que Joséphine vienne le rejoindre : « Tu as été bien des jours sans m'écrire. Que fais-tu donc ? Tu vas venir, n'est-ce pas ? Tu vas être ici à côté de moi, sur mon cœur, dans mes bras ? Prends des ailes, viens ! viens ! » Mais elle ne comprenait rien à cette passion violente, qui était de la lave en fusion ; son indolence, sa nonchalance, sa douceur de se laisser vivre n'étaient point fautes pour ces amours dévorantes. Murât, qui était venu à Paris apporter au Directoire les trophées de Montenotte et de Lodi, avait remis à Mme Bonaparte une lettre de son mari. « Cette lettre, qu'elle me fit voir, dit un contemporain, portait, ainsi que toutes celles qu'il lui avait adressées depuis son départ, le caractère de la passion la plus violente. Joséphine s'amusait de ce sentiment, qui n'était pas exempt de jaloiisie. Je l'entends encore lisant un passage dans lequel, semblant repousser des inquiétudes qixi visiblement le tourmentaient, son mari liii disait : « S'il était vrai pourtant ! Crains le poignard d'Othello ! > Je l'entends dire, avec son accent créole, en souriant : « Il est drôle, Bonaparte. » Malgré tout, la lettre était si pressante ou si impérative qu'il lui fallut partir. Mais quitter Paris, sa maison de la rue Chantereine, le palais du Luxembourg, les salons des Directeurs, quelle tristesse !
LA JAtOUSIE DE BONAPARTE, v.* Joséphine était donc venue en Italie ; combien elle était peu à l'unisson de son mari ! « M. Serbelloni vous fera part, écrit-elle à sa tante, de la manière dont j'ai été reçue en Italie, fêtée partout où j'ai passé ; tous les princes d'Italie me donnent des fêtes, même le grand-duc de Toscane, frère de l'empereur. Eh bien, je préfère être simple particulière en France.... Je m'ennuie beaucoup. » Bonaparte souffrait de voir sa femme en proie à cette indifférence, quand lui-même débordait de passion et d'activité ; il le lui disait, avec l'accent d'un dis-
ciple de la Nouvelle Héloîse : « Tes lettres sont froides comme cinquante ans ; elles ressemblent à quinze ans de mariage. On y voit l'amitié et les sentiments de cet hiver de la vie. C'est bien méchant, bien mauvais, bien traître à vous. Que vous reste-t-il pour me rendre bien à plaindre? Ne plus m'aimer? Eh! c'est déjà fait. Me haïr? Eh bien, je le souhaite : tout avilit, hors la haine ; mais l'indifférence au pouls de marbre, à l'œil fixe, à la démarche monotone!... »
La jalousie avait dès lors mordu Bonaparte au cœur, de cette morsure qui laisse des traces impérissables. C'était en 1798, pendant la campagne d'Egypte. Un jour, devant El-Arish, il se promenait seul avec Junot. Celui-ci rapportait au général des bruits fâcheux, qui circulaient sur Joséphine et que des lettres privées avaient fait connaître à l'armée. Bonaparte l'écoute, les yeux égarés, puis il va rejoindre Bourrienne. a Vous ne m'êtes point attaché, lui dit-il brusquement. Ah ! les femmes!... Joséphine !... Si vous m'étiez attaché, vous m'auriez informé de tout ce que je viens d'apprendre par Junot. Voilà un véritable ami ! Joséphine!... Et je suis à six cents lieues.... Vous deviez me le dire. Joséphine !... M'avoir ainsi trompé ! Malheur à eux! J'exterminerai cette race de freluquets et de blondins!... Quant à elle, le divorce. Oui ! le divorce ! Un divorce public, éclatant ! Il faut que j'écrive ! Je sais tout.... C'est votre faute. Vous deviez me le dire. » Sa jalousie était telle qu'il en entretenait le propre fils de Joséphine, Eugène, âgé alors de dix-sept ans, et qui était son aide de camp, a C'est ordinairement le soir, rapporte Eugène, qu'il me faisait ses plaintes et ses confidences, en se promenant à grands pas dans sa tente. J'étais le seul avec lequel il pût librement s'épancher. Je cherchais à adoucir ses ressentiments ; je le consolais de mon mieux et autant que pouvaient me le permettre mon âge et le respect qu'il m'inspirait. i>
LA RÉCONCILIATION DES DEUX ÉPOUX, v^ Quand Bonaparte était rentré brusquement à Paris, le 16 octobre 1799, il n'avait pas trouvé Joséphine dans sa maison de la rue de la Victoire. L'épouse soupçonnée était allée au-devant du vainqueur des Pyramides, en prenant la route de Bourgogne ; comme celui-ci était passé par Nevers, ils ne s'étaient pas rencontrés. Joséphine revint en toute hâte à Paris. La première entrevue des deux époux fut très froide ; mais bien vite Bonaparte retomba sous le charme de cette femme qui l'ensorcelait. Puis, avec ses relations de société, avec son art de maîtresse de maison, elle lui était utile pour un double rôle qu'il songeait à jouer, le rôle de conspirateur préparant un coup d'État, le rôle de vainqueur voulant réconcilier les esprits et tenir une cour.
Les années du Consulat furent pour Joséphine ses années heureuses ; aux Tuileries, surtout à la Malmaison, elle devenait de jour en jour une manière de reine. Elle avait fini par obtenir de son mari im gage d'affection auquel elle tenait beaucoup : le 30 novembre 1804, le cardinal Fesch, oncle de l'Empereur, avait célébré aux Tuileries le mariage religieux des deux époux. Le surlendemain, 2 décembre, José-
phine avait été associée au sacre ; Napoléon l'avait coiironnée loi-mêine à Notre-Dame, et avec quel apparat ! Elle était sa femme devant Dieu ; elle était impératrice, reconnue «t proclamée comme telle à la face du pape, des rois et des peuples.
JOSÉPHINE IMPÉRATRICE, ^^ On pense bien qu'il n'y aurait rien à dire de Joséphine pendant l'époque impériale, si l'on avait l'idée de parler de son rôle politique. Joséphine n'eut jamais la prétention de compter dans l'État ; et si elle en avait eu l'idée, le rôle eût été entièrement impossible à la femme de César. Elle continua à vivre sous l'Empire comme elle avait vécu sous le Consulat. Bonne, compatissante, secourable, elle employait le crédit dont elle pouvait disposer à secourir et à défendre les malheureux. Que d'émigrés lui durent la radiation de leurs noms sur les listes fatales et la restitution de leurs biens !
A plus de quarante ans, Joséphine avait conservé un air de jeunesse et un aspect séduisant. Le regard avait un très grand charme ; la bouche, fort petite, cachait avec adresse de mauvaises dents ; le teint, un peu foncé, se dissimulait habilement à l'aide des fards ; la taille était toujours parfaite ; les membres, souples et délicats ; toute la démarche, aisée et gracieusement nonchalante. Elle était bien la Joséphine qu'a immortalisée le pinceau de Prud'hon. Assise, dans une attitude de rêverie, sur un banc de rochers, au milieu des bois de la Malmaison, vêtue d'ime robe blanche décolletée à broderies d'or, un châle rouge drapé autour d'elle, elle s'offre à l'admiration.
LE LUXE DE JOSEPHINE, v^ La plus grémde passion de Joséphine, la seule peut-être, était la parure, qui l'entraînait à des dépenses excessives. Bourrienne rapporte à ce propos de curieuses confidences que l'Empereur lui faisait sur l'Impératrice au mois de mars 1805. 4 Allez la voir, tâchez encore une fois de lui faire entendre raison sur ses folles dépenses; chaque jour j'en découvre de nouvelles, et cela me met au supplice. Quand je lui en parle, je me fâche, je m'emporte, elle pleure, je lui pardonne, je crie, elle fait de belles promesses ; mais le lendemain, c'est la même chose, -et c'est toujours à recommencer. » Le secrétaire de Napoléon était allé reporter ces paroles à l'Impératrice. « Que voulez-vous, lui répondit-eUe avec une naïveté touchante, est-ce que c'est ma faute ? On m'apporte de belles choses ; on me les montre ; on les vante devant moi ; je les achète ; on ne me demande pas d'argent ; et puis, on réclame le paiement quand je n'en ai pas ; après, cela va à ses oreilles, et il se met en colère. Quand j'ai de l'argent, Bourrienne, vous savez l'emploi que j'en fais ; je le donne en grande partie à des malheureux qui viennent m'en demander, à de pauvres émigrés. Allons, je vais tâcher d'être plus économe ; dites-le-lui si vous le revoyez. »
Les reproches de Napoléon sur les folles dépenses de Joséphine n'étaient que trop fondés ; elle était incapable de se priver d'une fantaisie, même mineuse. Sous le Consulat, elle avait entendu parler d'un collier de perles qui avait appartenu à
LK JEUNE EUGENE DE BEAUHARNAIS CHEZ LE GÉNÉRAL BONAPARTE. — Un arrêté du Comité de Salut public, du 14 octobre 1795, avait ordonné aux habitants de Paris de remettre toutes les armes qu'ils pouvaient avoir; c'était une conséquence de la journée de Vendémiaire. Eugène de Beauharnais, qui avait alors 14 ans, était chez sa mère quand un commissaire vint saisir l'épée de son père, l'ancien commandant en chef de l'armée du Rhin. Il déclara qu'on ne la lui arracherait qu'avec la vie II courut chez le général Bonaparte, qui commandait alors l'armée de l'Inférieur. Celui-ci fut frappé de l'accent de ce tout jeune homme; il lui permit de conserver l'épée de son père. La citoyenne Beauharnais vint remercier le général peu après; ce' fui l'origine de leurs relations. ibibl. nat., estampes.)
JOSÉPHINE AU LAC DE GARDE. — Le 25 juillet 1796, Joséphine avait rejoint Bonaparte en Italie. Près du lac de Garde, elle faillit être prise par les Autrichiens. ^^ Wurmser, lui dit Bonaparte, va me payer cher les larmes qu'il te cause. - iar hipp. iecojite. (musée de versaimes.)
MOBILIER ET OBJETS DE LA MALMAISON ayant appartenu à Joséphine. — Harpe, métier a broder, miroir (de la collection Bernard Franck), bonheur du Jour avec une veilleuse. SALON DE MUSIQUE reconstitué à la Malmaison avec les anciens meubles.