PAR HII\-5IU5. (CL. ALFRED FORTIER
OSÉPHINE. — Ce portrait passe pour le dernier qui ait été fait de l'Impératrice.
PAR QIAGLL». (COLL. BERSARP FRANCK,)
^o;:^:^;^^::^Jo^^ZE::çz;rcoNDU^^n^L^^ÉpATRiCE Joséphine a la mal-
ZIoNVaprès-midi du IS décembre 1809, quand elle quitta définitivement les Tuaer.e.
If (ml-sée de la malmai^on.)
vingt-quatre heures après l'annulation de son mariage
l'auteur ou l'inspirateur du divorce ; il savait en outre que, dans le voismage unmédiat de l'Empereur, la reine de Naples, qui depuis longtemps poursuivait Joséphine de sa haine, soutenait la même cause par des arguments de toute nature.
LES HÉSITATIONS DE NAPOLÉON, v^ Talleyrand, par jalousie de Fouché, paraissait assez disposé à défendre les intérêts de Joséphine ; en réalité, il voulait que le divorce eût lieu au moment que lui-même estimait opportun pour un futur mariage auquel il songeait déjà. L'Empereur lui confiait ses hésitations; mais la raison d'État de jour en jour devenait plus forte que les souvenirs de l'ancienne affection.
Mme de Rémusat rapporte une scène singulière, qxii se place sans doute au mois de mars 1808 ; elle en tenait le récit de Joséphine elle-même. Napoléon avait fait venir l'Impératrice pour dîner ; le repéis avait été triste et silencieux. Elle s'était retirée ensuite pour mettre sa toilette de soirée ; mais on était venu la chercher, en lui disant que l'Empereur souffrait de violentes crises d'estomac. En la voyant il n'avait pu retenir ses larmes ; il l'avait attirée sur son lit où il s'était jeté et, sans égard pour son élégante toilette, il la pressait dans ses bras. « Ma pauvre Joséphine, je ne pourrai point te quitter ! » Son excitation nerveuse était de plus en plus grande. Joséphine lui conseillait de ne péis se montrer ainsi en public et de se coucher. Il y consentit, mais à condition qu'elle se dépouillât elle-même de sa parure de soirée et qu'elle se mît au lit avec lui ; il répétait sans cesse, les larmes aux yeux : « Ils m'environnent, ils me tourmentent, ils me rendent malheureiix ! d Toute la nuit, ce fut un mélange d'agitations et de tendresses. Le lendemain matin, l'Empereur semblait maître de lui.
NAPOLÉON DÉCIDE LE DIVORCE, v^ Le parti de Napoléon fut bientôt arrêté. Puisque l'Impératrice n'avait point l'air de comprendre l'initiative qu'on s'efforçait de lui suggérer, il n'y avait plus qu'à lui signifier ime volonté sans appel. Après la sape, ce fut l'attaque bnisquée ; elle se fit le 30 novembre 1809. aux Tuileries. M. de Bausset assista, comme préfet du palais, à cette scène dramatique.
« Le café fut présenté, et Napoléon prit lui-même sa tasse que tenait le page de service, en faisant signe qu'il voulait être seiil. Tout à coup j'entends partir du salon de l'Empereur des cris violents poussés par l'Impératrice Joséphine. L'huissier de la chambre, pensant qu'elle se trouvait mal, fut au moment d'ouvrir la porte ; je l'en empêchai, en lui observant que l'Empereur appellerait du secours s'il le jugeait convenable. J'étais debout près de la porte, lorsque Napoléon l'ouvrit lui-même et, m'apercevant, me dit vivement : « Entrez, Bausset, et fermez la porte. » J'entre dans le salon, et j'aperçois l'Impératrice étendue sur le tapis, poussant des cris et des plaintes déchirantes, c Non, je n'y survivrai point », disait l'inforttmée. Napoléon me dit :
t Étcà-vous assez fort potir enlever Joséphine et la porter chez elle, par T escalier « intérieur qui communique à son appartement, afin de lui faire donner les soins et les « secours que son état exige? » Avec l'aide de Napoléon, je l'enlevai dans mes bras et lui-même, prenant im flambeau sur la table, m'éclaira et m'ouvrit la porte du salon. Parvenujà la première marche de l'escalier, j'observai à Napoléon qu'il était trop étroit pour qu'il me fût possible de descendre sans danger de tomber. Ayant appelé le garçon du portefeuille, il lui remit le flambeau. Napoléon prit lui-même les deux jambes de Joséphine pour m'aider à descendre avec plus de ménagement. Lorsqu'elle sentit les efforts que je faisais pour l'empêcher de tomber, l'Impératrice me dit tout bas : « Vous me serrez trop fort. » Je vis alors que je n'avais rien à craindre pour sa santé, et qu'elle n'avait pas perdu connaissance un seul instant. L'agitation, l'inquiétude de l'Empereur étaient extrêmes. Dans le trouble qu'il éprouvait, il m'apprit la cause de tout ce qui venait de se passer. Les mots s'échappaient avec peine et sans suite, sa voix était émue, oppressée, et des larmes mouillaient ses yeux. Il fallait réellement qu'il fût hors de lui pour me donner tant de détails, à moi, placé si loin de ses conseils et de sa confiance. Toute cette scène ne dura pas plus de sept à hait minutes. Napoléon envoya de smte chercher Corvisart, la reine Hortense, Cambacérès, Fouché et, avant de remonter dans son appartement, il alla s'assurer par lui-même de l'état de Joséphine, qu'il trouva plus calme et résignée. » Cependant, le dimanche 3 décembre, l'Impératrice assistait, dans une tribune de Notre-Dame, à im Te Deum qui fut chanté en l'honneizr d'Austerhtz et du trafté de Vienne. Le lendemain, elle figurait encore à un bal magnifique qui se donnait à l'Hôtel de VUle de Paris ; assise sur un trône à côté de l'Empereur, elle présida pendant quelquetemps à la réception, puis elle fit avec lui le tour des salons. Tous les regards étaient dirigés sur elle, elle avait toujours sa même bonne grâce souriante. Ce fut la dernière fois qu'elle parut officiellement en public.
1809. LE DIVORCE. k0 Tout avait été arrêté ; il ne s'agissait plus que de formalités officielles. L'Impératrice avait accepté elle-même l'idée du divorce dans cette lettre, datée du 15 décembre, et dont tous les termes lui avaient été dictés :
« Avec la permission de notre auguste et cher époux, je dois déclarer que ne conservant aucun espoir d'avoir des enfans qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l'intérêt de la France, je me plais à lui donner la plus grande preuve d'attachement et de dévouement qui ait jamais été donnée sur la terre. Je tiens tout de ses bontés ; c'est sa main qui m'a couronnée, et du haut de ce trône je n'ai reçu que des témoignages d'affection et d'amour du peuple français.
« Je crois reconnaître tous ces sentimens en consentant à la dissolution d'im mariage qui désormais est un obstacle au bien de la France, qui la prive du bonheur d'être un jour gouvernée par les descendants d'un grand homme si évidemment suscité par la Providence pour effacer les menaces d'une terrible révolution et réta-
blir l'autel, le trône et l'ordre social. Mais la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentimens de mon cœur : l'Empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte commandé par la politique et par de si grands intérêts a froissé son cœur ; mais l'un et l'autre nous sommes gloriexix du sacrifice qua nous faisons au bien de la patrie. — Joséphine. »
La cassation du mariage civil n'était point malaisée, puisque le Sénat était chargé de « régler tout ce qui n'avait pas été prévu par la Constitution et qui était nécessaire à sa marche. j> L'Empereur voulut, par une singulière exigence
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et pour bien montrer que tout se passait sans violence, qu'Eugène de Beauhamais informât lui-même le Sénat de la décision de sa mère ; il le fit, à titre d'archichancelier d'État. « Il importe, dit-il, au bonheur de la France que le fondateur de cette quatrième dynastie vieillisse environné d'une descendance directe qui soit notre garantie à tous. Les larmes qu'a coûtées cette résolution à l'Empereur suffisent à la gloire de ma mère. »
Il paiaissait plus difficile d'obtenir la cassation du mariage religieux ; mais l'officialité pansienne était tout à la dévotion de l'Empereur ; elle découvrit que le mariage du 30 novembre 1804 était irrégulier. Il n'avait pas été précédé de la publication des bans exigée par le droit canon ; il n'avait pas été fait en présence du curé de la paroisse ou de son vicaire ; puis, et cela peut paraître le plus singulier de tout dans cette singulière histoire, il n'y avait pas eu consentement de l'Empereur. Donc le mariage religieux était un acte sans valeur.
Le 14 décembre 1809, le conseil privé s'assemblait à dix heures du soir, en l'absence de l'Empereur, pour arrêter le texte des actes du divorce. Peu après, devant toute la famille impériale réunie. Napoléon et Joséphine signaient l'atte qui annulait leur mariage. Le lendemain, après avoir passé dans la matinée la revue d'une division de la Garde, l'Empereur assistait, à deux heures, au départ de Joséphine. Elle quittait les Tuileries et se retirait pour toujoiirs à la Malmaison.
LES DERNIÈRES ANNÉES A LA MALMAISON, v*» Napoléon avait conservé à Joséphine le titre et le rang d'Impératrice-Reine. Il lui avait assuré une liste civile de deux millions de francs, qui fut plus tard portée à trois. Il lui donna à plusieurs reprises des cadeaux ; cent mille francs en 1810 pour l'extraordinaire de la Malmaison, plusieurs centaines de mille francs pour des parures de rubis, de l'argenterie, hors linge, un service de porcelaine, etc. Il lui fit d'assez fréquentes visites. Il lui écrivait en lui parlant de la Malmaison : « Ce lieu est tout plein de nos sentiments qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du moins de mon côté. J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es forte et non faible ; je le suis aussi un peu, et cela me fait im mal affreux.... Ne doute jamais de mes sentiments pour toi : ils dureront autant que moi ; tu serais fort injuste si tu en doutais. » Joséphine ne quitta plus ce domaine, où elle avîiit multiplié les embellissements, et dont le parc, planté par elle d'essences rares, était devenu comme un jardin d'acclimatation. L'Empereur lui amena un jour le petit roi de Rome ; en laissant ses doigts se jouer dans les boucles blondes de cet enfant, des larmes lui vinrent aux yeux. Elle passa à la Malmaison ces tristes années 1812, 1813, 1814, si différentes des années où elle avait été la femme du Premier Consul et de l'Empereur triomphant. « Il me semble quelquefois, disait-elle, que je suis morte et qu'il ne me reste qu'une sorte de faculté vague de sentir que je ne suis plus. »
Napoléon était parti pour l'île d'Elbe sans l'avoir revue. Les souverains étrangers vinrent lui rendre visite ; Alexandre, en particiilier, lui promit sa protection. Elle n'eut point à en profiter ; elle mourut peu de jours après, le 29 mai 1814, à la veiUe d'avoir cinquante et un ans accomplis. Ses enfants, Eugène et Hortense, avaient assisté à ses derniers moments. Quelques années plus tard, ils firent construire pour elle un beau tombeau de marbre dans l'église voisine de Rueil. Ainsi semble-t-il que le souvenir de cette femme, un peu légère peut-être et prodigue, mais qui fut comme le bon génie de l'Empereur, continue à errer parmi les ombrages de la Malmaison.
GÉRARD
MARlK-LOUiSK
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