‹ NapoléonChapitre 58 sur 132 · CL N E U R I > I-: I N · texte numérisé non relu

CL N E U R I > I-: I N

SALLE DU TRONE, à Fontainebleau. — Draperie du dais, en velours violet, semé d'abeilles d'or, doublé de satin blanc. Deux trophées à la romaine.

Table où Ton prêtait serment. cl. neurdein.

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avec lui la besogne de la journée. Il recevait pêle-mêle les préfets, les princes. les ministres, sans paroles inutiles, allant toujours droit au fait. Il prétend qu'il écoutait volontiers, que l'interlocuteur qui lui rappelait un souvenir de ses premières années était comme assuré de réussir. « Ceux qui avaient la clef de mon caractère savaient bien cela ; ils savaient qu'avec moi, dans quelque disposition que je fusse contre eux, c'était comme au jeu de barres : la partie était gagnée aussitôt qu'on avait pu toucher le but. Aussi n'avais-je d'autre moyen, si je voulais résister, que de refuser de les voir. »

Les heures de beaucoup les plus nombreuses de la journée étaient celles qui étaient consacrées au travail, travail avec les secrétaires, avec les ministres, avec les divers chefs de service, dans les séances du Conseil d'État. « Le travail est mon élément, disait-il ; je suis ué et construit pour le travail. J'ai connu les limites de mes jambes, j'ai connu les limites de mes yeux ; je n'ai jamais pu connaître celles de mon travail. » La capacité de sa tête était immense ; elle n'avait d'égale que l'ordre admirable qui y régnait. Il disait lui-même que les divers objets et les diverses affaires étaient Ccisés dans sa tête comme dans une armoire. « Quand je veux interrompre une affaire, ajoutait-il, je ferme son tiroir et j'ouvre celui d'une autre. Elles ne se mêlent pas l'une avec l'autre et jamais ne me gênent ni me fatiguent. Veux -je dormir : je ferme tous les tiroirs et me voilà au sommeil. )> Ce qu'il appelait son coup d'œil d'aigle se portait au même moment sur les affaires les plus diverses. Rien de plus curieux à cet égard que les pièces innombrables de sa correspondance. On le voit s'occuper de tout à la fois, dans une même dépêche : affaires militaires et politiques, questions de théâtres et de manufactures, gratifications à des artistes, etc. Le 25 octobre 1806, de Potsdam, l'avant-veille de son entrée à Berlin, il réglait la mise en scène d'un ballet qu'on préparait à Paris, comme à Moscou, au milieu des préoccupations les plus tragiques, il signait le décret sur la réorganisation de la Comédie-Française.

Ce cerveau prodigieux est sans cesse en travail, classant, comparant, décidant, par suite toujours prêt à faire face à tout, à répondre sur tout. « Je travaille toujours, en dînant, au théâtre. La nuit, je me réveille pour travailler. La nuit dernière, je me suis levé à deux heures, je me suis mis dans une chaise longue, devant mon feu, pour examiner les états de situation que m'avait remis hier soir le ministre de la Guerre ; j'y ai relevé vingt fautes dont j'ai envoyé ce matin les notes au ministre, qui maintenant est occupé, avec ses bureaux, à les rectifier. » « Je prends plus de plaisir à cette lecture, écrivait-il à son frère le roi de Naples, qu une jeune fille n'en prend à lire un roman. »

Avec ce besoin toujours en éveil de connaître tout par soi-même, de lire les rapports dans tous leurs détails, de prendre un parti sur une affaire en cours, Napoléon se mettait à table quand il y songeait ou quand il en avait le temps. Cependant les repas avaient été annoncés pour ime certaine heure, et ils devaient être prêts à l'heure dite. Aussi, l'heure arrivée, on mettait pour lui des poulets à la broche

de demi-heure en demi-heure ; il arriva parfois qu'on en rôtît des douzaines avant celui qui était présenté. Cela explique que sa table personnelle, toute sobre qu'elle fût, revenait à ime centaine de francs par jour. Il mangeait en général avec sa femme. Le repas était servi tout à la fois sur la table, de manière qu'il prît aussitôt ce qui était à sa fantaisie ; il lui arrivait ainsi de manger des confitxrres ou de la crème avant d'avoir touché aux entrées. Le tout se terminait, le matin, par une tasse de café pur. S'il invitait du monde à sa table, il ne s'en gênait pas davémtage. Douze à quinze convives étaient réunis; U mangeait précipitamment de deux ou trois plats, puis il se levait de table, sans se soucier des invités qui n'avaient pas encore pris le potage.

Au coucher, tout en causant avec ses valets de chambre, — Constant, l'un d'eux, excellait à lui raconter les commérages de la ville et les cancans du palais, — il se déshabillait à la diable : son habit sur un meuble, son grand cordon sur le tapis, son chapeau dans im coin. Personne ne couchait dans sa chambre. Son fidèle mameluk Roustam prenait place dans la pièce voisine ; le chien de garde veillait pendant quelques courtes heures sur le repos de son maître.

LE CÉRÉMONIAL A LA COUR. ^~0 La cour se modèle toujours sur le chef de l'Etat ; celle de Napoléon empruntait à sa personne quelque chose de militaire, de sec et de raide comme une consigne. La princesse Dolgorouki, qui avait fréquenté les Tuileries sous le Considat, disait que ce n'était pas précisément une cour, mais que ce n'était pas non plus un camp. Ce caractère hybride continua pendant tout le régime, mais la note militaire s'accentua avec les années, à mesure que l'Empire devint une machine militaire de plus en plus gigantesque. Pas plus aux Tuileries qu'à l'armée, il n'y avait place pour l'imprévu et pour la fantaisie ; là aussi régnait une discipline immuable et qui avait tout prévu. La cour, suivant Chaptal, était « une vraie galère où chacun ramait selon l'ordonnance. » a L'Empereur, ajoute Mme de Rémusat, ordonne l'étiquette avec la sévérité de la discipline militéiire. Le cérémonial s'exécutait comme s'il était dirigé par un roulement de tambour ; tout se faisait, en quelque sorte, au pas de charge ; et cette espèce de précipitation, cette crainte continuelle qu'il inspirait, jointes au peu d'habitude des formes d'une bonne moitié de ses courtisans, donna à sa cour un aspect plutôt triste que digne. »

Le jeudi et le dimanche après la messe, il y avait dans la salle du Trône im grand lever, après lequel l'Empereur recevait les députations des villes et des départements, les titulaires des hautes fonctions nationales, les étrangers de distinction admis à cette faveur, les femmes des grands fonctioimaires. Chaque jour, dès qu'il était habillé, il passait dans le salon voisin de sa chambre; c'était le premier lever, avec l'entrée qu'on appelait le service: grands officiers de la maison de l'Empereur, maître de la garde-robe, généraux de la Garde, Nul ne pouvait y manquer sans excuse valable. Un jour, le grand maître des cérémonies Ségur se fit attendre. L'Empereur le reçut fort mal à son arrivée. Le coupable s'en tira avec esprit, a Sire, répondit-il,

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j'ai un million d'excuses sans doute à présenter à Votre Majesté ; mais aujourd'hui on n'est pas toujours maître de circuler dans les rues. Je viens d'avoir le malheur de donner dans un embarras de rois, dont je n'ai pu sortir plus tôt ; voilà la cause de ma négligence, b C'était l'époque où cinq ou six rois, comme les rois de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, se trouvaient à Paris pour faire leur cour au maître de l'Europe. Après le service venait le second lever ; îl se composait des chambellans, des généraux de passage, du préfet de Paris, du préfet de police, des princes, des ministres. Pas plus aux réceptions quotidiennes qu'aiix réceptions d'apparat, les salons des Tuileries ne rappelaient l'antichambre de l'Œîl-de-Bœuf, où se pressait, au milieu d'un murmure de conversations, le flot des gens à la mode. C'étaient des escouades de fonctionnaires qui venaient en service commandé, se tenaient raides, en silence, comme au rapport, s'attendant à être congédiés d'un mot ou d'un signe, fort heureux quand la foudre n'avait pas éclaté sur l'un d'eux à propos d'un ordre mal compris.

LE PERSONNEL DE LA COUR. ^^ Le courtisan de VersaiUes était bien mort avec l'ancien régime. Les hôtes des Tuileries n'étaient pas là pour faire assaut de grâce, de séduction, d'esprit ou de frivolité ; ils y étaient pour évoluer en ordre, comme des troupes bien entraînées, quand il plaisait au maître de s'offrir une fête d'apparat dans un décor de luxe. Ils étaient des figurants et en aucxme manière des gens de salon. Ceux qui avaient grandi avec Napoléon avaient pris d'eux-mêmes et conservé à la cour ces attitudes apprises de soldats qui sentent sur eux l'œil du sergent ; mais les seigneurs de l'ancien régime qui étaient admis aux Tuileries commençaient par y être tout à fait dépaysés. A regarder le cadre extérieur, ils pouvaient se croire reveniis à ce passé d'élégance où le rôle de courtisan demandait l'art le plus raffiné. Bien vite ime consigne sévère les avertissait de leur méprise. Alors, tout décontenancés, ne sachant plus où ils se trouvaient, ils ne savaient quel langage tenir. Ils finissaient par comprendre que, s'ils ne voulaient point s'exposer à des rebuffades désobligeantes, le plus simple était de se mettre au ton de tout le monde et de prendre l'attitude passive de la servilité.

Ce fut toujours dans la politique de Napoléon de faire appel pour les fonctions publiques aux Français de tous les partis. Il fit de même pour le personne de la cour impériale, en montrant une sorte de faveur pour les grands noms de l'ancienne France. « Il me fallait une aristocratie, disait-il ; c'est le vrai, le seul soutien d'une monarchie, son modérateur, son levier, son point résistant ; l'État sans eUe est un vaisseau sans gouvernail, un vrai ballon dans les airs. Or, le bon de l'aristocratie, sa magie est dans son ancienneté, dans le temps ; et c'étaient les seules choses que je ne pusse pas créer. »

Son orgueil ne pouvait pas ne pas être satisfait à voir dans sa cour de soldat parvenu tant de noms célèbres du passé. En 1805, dans l'hiver qui suivit le couronnement, quand sa fortune parut définitivement établie, les membres des

plus illustres familles sollicitèrent à l'envi l'honneur d'entrer dans la maison de l'Empereur. L'Impératrice, Talleyrand, M. de Rémusat recevaient les demandes qui formaient des listes considérables. Il souriait en voyant tous ces noms pêle-mêle de jacobins, d'officiers, de gentilshommes, qui demandaient pour eux-mêmes ou pour leurs femmes un emploi quelconque dans la domesticité dorée des Tuileries. Et lui, qui savait que le grand art est de se faire désirer, il faisait quelques choix de loin en loin. Beaucoup d'appelés, peu d'élus ; la cour impériale, c'était vraiment le paradis pour ceux qui avaient le bonheur d'en franchir les portes. A l'armée, les noms plébéiens, les noms d'officiers de fortune abondent, les Masséna, les Ney, les Murât, les Augereau, les Lefebvre, les Lannes et tant d'autres, fils de la Révolution, dont un Saint-Simon aurait dit qu'ils étaient nés de la lie du peuple. Mais à feuilleter VAlmanach Impérial, on croirait parcourir une édition plus récente de VAlmanach Royal, avec les noms des Talleyrand, des Ségur, des La Feuillade, des Noailles, des Narbonne, etc. Dans les premiers temps du Consulat, Sieyès exprimait au Premier Consul son peu de confiance dans les dispositions des Français. « Vous ne croyez donc pas, lui demanda celui-ci, que ce gouvernement tienne ? — Non. — Vous ne croyez donc pas ceci fini ? — Non. — Et quand le regarderez-vous comme fini ? — Quand je verrai dans votre antichambre les anciens ducs, les anciens marquis. » Quelques années plus tard, Sieyès assistait à une audience solennelle aux Tuileries, a Eh bien! lui dit l'Empereur, qui avait la mémoire bonne, vous voici pêle-mêle avec les anciens ducs et les anciens marquis ; regardez- vous le tout comme fini? — Oh ! oui, répondit Sieyès, en s'inclinant. Vous avez accompli des prodiges que rien n'égale et qu'il était au-dessus de mes forces de prévoir. »

Cs rodige, c'était la conquête du faubourg Séiint-Germain, le dernier boulevard de la vieille aristocratie ; U estimait à l'égal de ses plus grandes victoires d'avoir vaincu ce qu'il appelait la ligue germanique, a. Ces noms appartiennent à la France, à l'histoire ; je suis le tuteur de leur gloire, je ne les laisserai pas périr. i> Cependant des « encroûtés j> n'avaient pas compris ses projets. « Mon orgueil et mon plaisir eussent été d'étendre ces belles tiges françaises, si elles eussent été ou si elles se fussent données tout à fait à nous. Ils n'ont pas su me deviner ! » Sans esprit, sans connaissance de la véritable gloire, ils n'avaient pas senti qu'il fallait le « suivre sur la cime du Simplon pour y commander le respect et l'admiration du reste de l'Europe. >

LES FEMMES A LA COUR. v*> Napoléon apporta une attention particulière au recrutement des dames de la cour. Avoir à la cour des hommes porteurs de beaux noms historiques, c'était bien sans doute; avoir ces mêmes noms portés par des femmes, c'était mieux encore. Si les femmes adhéraient au régime nouveau en sollicitant les fonctions qu'elles pouvaient obtenir, l'Empire aurait pour lui un mouvement d'opinion auquel rien ne résiste.

Pour la même raison, les préfets reçurent l'ordre de dresser des hstes de demoiselles

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r->ERVICE:-A THÉ EN, VERMEIL PAP BIENNAIS, AYANT APPARTENU A NAPOLÉON O aiguière avec anse de bois d'ébène en forme de col de cygne, théière, sacrier.'bassin et cuillère, buire.

MLL. rrvi-(M:CAT.|

/-> ALLE DE BAINS DE NAPOLÉON, AU PALAIS DE FONTAINEBLEAU. — Peintures sur ^ glaces représentant des jeux d'enfants, par Barthélémy, qui proviennent de Trianon. il. xei rdeix.

MARIAGE d'Eugène de Beauharnais et d'Amélie de Bavière, dans la grande galerie du palais de Munich, le 13 janvier 1806. Sur l'estrade, Napoléon et Joséphine; le roi et la reine de Bavière. Murât, à la droite de l'Empereur. par mékageot. (musée de versaihe';.)

MARIAGE de Jérôme Bonaparte et de Catherine de Wurtemberg, dans la galerie de Diane, aux Tuileries, le 22 août 1807. Madame Mère, Napoléon, Joséphine, Joseph et la reine de Naples, Louis et la reine de Hollande, Pauline, Caroline. i ak kh.mi i.i (misée de Versailles.)

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à marier appartenant à des familles notables, en vue d'inspirer ou d'imposer leur alliance au gré des combinusons qui convenaient au gouvernement ; la huitième coloaoe de ce formulaire administratif devait indiquer < les agréments physiques ou les difformités, les talents, la conduite et l«s principes religieux de chacune des jeunes demoiselles. »

A la cour, les fonctions que les femmes pouvaient exercer fiirent de plus en plus recherchées par d'anciennes et d'illustres familles. L'Empereur ne manquait presque jamais de leur accorder la préférence. Comme on s'en étonnait : « Bah ! c'est votre faute ; vous n'y entendez rien. D n'y a que les gens de vieille race pour savoir bien servir. j>

Joséphine eut pour dame d'honneur Mme de La Rochefoucauld, jadis fort royaliste, mais qui avait plu à Napoléon parce qu'elle était incapable d'intrigue ; son mari obtint plusiexirs ambassades ; sa fille épousa le prince Aldobrandini, frère du prince Borghèse. La dame d'atour de Joséphine, Mme de La Valette, était fille du marquis de Beauhamais. Dans la liste des dames du palais, on trouve les noms de Mmes de Luçay, de Chevreuse, de Montmorency-Matignon, de Mortemart, deCanisy; ceUe-ci passait pour une des plus belles p>crsonnes de son temps. Au moment de son second mariage. Napoléon fit encore entrer dans la maison de la nouvelle Impératrice beaucoup de noms qui appartenaient à l'ancienne aristocratie ; toutefois, préoccupé de l'idée de ne pas donner à l'ancien parti une préférence exclusive, il fit choix pour la place de dame d'honneur de Mme la duchesse de MontebeUo. FiUe de Guehéneuc, un ancien commissaire des guerres, la duchesse était la veuve du glorieux maréchal qui avait été blessé mortellement à la journée d'Essling.

NAPOLÉON ET LA SOCIÉTÉ DES FEMMES. v<» Suivant le mot de galanterie qu'on attribue à François I*', une cour sans dames est un printemps sans roses. Si Napoléon tint à avoir des dames aux Tuileries, ce n'était pas pour le plaisir délicat de mettre des roses dans son parterre impérial.

« Je n'aime pas beaucoup les femmes, disait-U, ni le jeu, enfin rien ; mais je suis tout à fait im homme politique. ï II aurait dû dire qu'il dédaignait les femmes ou, mieux encore, qu'il les méprisait. La délicatesse à l'égard d'ime femme est im sentiment qui semble lui avoir été inconnu. En parlant des femmes, il s'est presque toujours exprimé d'une manière insultante, a Les femmes sont l'âme de toutes les intrigues. On devrait leur défendre de paraître en public autrement qu'avec la jupe noire. » Les États sont perdus lorsqu'elles gouvernent les affaires; il citait en exemples Marie- Antoinette, la reine d'Espagne, l'impératrice d' Allemagne. Était-ce jalousie de métier? Non. C'est que la femme — exception faite peut-être pour la Française, qui a plus d'esprit que les hommes et qui n'en est que plus dangereuse — est un être inférieur, créé pour le service de l'homme. « La femme est notre propriété, nous ne sommes pas la sienne. Elle est la propriété de l'homme, comme l'arbre à fruit est celle du jardinier. »

C'est le mépris instinctif de l'homme fort ou qui se croit tel à l'égard de l'être qui a pour arme suprême sa faiblesse même. Ce mot lui était ordinaire : a Les femmes ont

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tonjonrs deux moyens de faire effet : le rouge et les larmes. » « Ah ! les larmes I disait-il encore . Les femmes n'ont que cette ressource. C'est comme Joséphine, elle

croit tout gagné, quand elle a QVUi^s^ — y^^ '\-«f«-^ <nAy/'>--o> oe^//-^-^-^»^-...,^ pleuré! N'est-ce pas, monsieur Rémusat, que les larmes, c'est le plus grand ^ ,,4..^<^y\, argument des femmes ? > û ^^■'-^ ^ n'avait pour ainsi dire que -^-•'^'■^«'-^«^wi^-) de mauvais compliments à __>: ^^ leur adresser. « Ah ! mon

^^Lj^^^^I/Ù (^r*^-'-'^ - '^yu^^piAJ' — 9'^^^'^^ Dieu, comme vous avez les

bras rouges ! » « Oh ! la vilaine coiffure ! Qui vous a fagoté les cheveux comme cela? » La duchesse de Chevreuse, spirituelle et très indépendante, sut un jour lui répondre. « Ah, ah ! c'est singulier comme vous avez les cheveux roux. — C'est possible, mais c'est la première fois qu'un homme me le dit. » Puis c'était : <r Quel âge avez- vous ?» ou a Comment vous appelez- vous ? »

A un bal de l'Hôtel de Ville, une femme venait de répondre à cette question, « Ah ! bon Dieu, on m'avait dit que vous étiez jolie. »

Aussi se faisait-il un grand silence quand les femmes le voyaient approcher; il n'y en avait pas une, paraît-il, qui ne fût charmée de le voir s'éloigner.

Jeunes ou vieilles, belles ou laides, instruites ou ignorantes, les femmes ne devaient avoir à sa cour aucun rôle personnel. « Il faut que les femmes ne soient rien à ma cotir; elles ne m'aimeront point, mais j'y gagnerai

K Marie, j'ai reçu votre lettre da 15. Les sentiments qui voas animent me touchent vivement; ils sont dignes de votre belle âme et de la bonté de votre cœur. Lorsque vous aurez arrangé vos affaires, si vous allez aux eaux de Lacques ou de Pise, je vous verrai avec un grand et vif intérêt, ainsi que votre fils, pour qui mes sentiments seront toujours invariables. Portez-vous bien, n'ayez point de chagrin, pensez à moi avec plaisir et ne douiez jamais de moi.

- Le 16 avril [1814, de Fontainebleau}. N. »

LETTRE DE NAPOLl^ON A LA COMTESSE WALEwSKA.

(COLLECnOM DB U. BREHOT.)

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du repos. » L'amour, « c'est toujours le lot des sociétés oisives » ; il n'eut point le temps d'aimer. Quelques fantaisies, quelques passades ; la comtesse Walewska, qui lui donna un fils, lui inspira de sincères sentiments d'affection ; mais jamais de favorite. Les femmes étaient à la cour po\ir l'orner ; à ce titre elles devaient toujours être prêtes à prendre part à toutes les fêtes. Si une femme n'était à peu près rien dans la cour de cet empereur peu féministe, une femme malade était moins que rien.

LA COUR A PARIS. -^ La grande époque de la vie de cour commença avec les fêtes qui furent données au moment du sacre. Une ou deux fois par semaine, une cinquantaine de dames et un bon nombre d'hommes étaient invités aux Tuileries. On entendait des chanteurs italiens, puis on jouait au whist, au loto, aux échecs ; défense de jouer de l'argent. A onze heures on servait un grand souper; les femmes seules étaient assises. C'était alors la mode des coiffures en turban, des étoffes turques et des vêtements à l'orientale. Les victoires de la Grande Armée, les mariages dans la famille impériale furent autant d'occasions de réjouissances soleimelles. Apres Austerlitz, les dames durent savoir faire la révérence ; l'ancien maître de danse de Marie- Antoinette leur apprit à marcher, à plier le corps, à saluer avec grâce.

L'Empereur s'ennuyait de tout ; cette vie de gala, à laquelle il sacrifiait de temps à autre quelques heures, était pour lui une contrainte insupportable. Que faire pour amuser celui que Talleyrand appelait l'Inamusable? Le théâtre était peut-être la distraction qui lui déplaisait le moins ; mais U s'en prenait souvent à Racine, à Corneille, à Talma, au surintendant des spectacles, du plaisir médiocre qu'il avait goûté. Il y avait encore de grands concerts dans la salle des Maréchaux, où assistaient quatre cents à cinq cents invités. Des danseurs et des danseuses de l'Opéra remplaçaient les musiciens. Un souper était servi dans la galerie de Diane. Tout cela magnifique, mais solennel, froid, figé. De grands bals masqués se donnaient aussi aux Tuileries ; les hommes venaient en domino, les femmes en costimie élégant. Les intrigues n'allaient jamais bien loin. L'Empereur, masqué lui-même, mais reconnaissable, se promenait dans les salons, en général au bras de Duroc. Son premier geste était d'arracher leur masque aux personnes qu'il ne reconnaissait pas tout de smte ; le procédé n'était pas pour mettre beaucoup d'aisance parmi les invités.

LA COUR A FONTAINEBLEAU, v^ Les plus belles fêtes de l'Empire ne se donnèrent point aiix Tuileries. Le 1®' décembre 1809, la Malmaison servit de cadre à une fête très brillante, avec dîner, spectacle, bal, en l'honneur des rois de Saxe, de Naples, de "Wurtemberg et de Hollande. Le célèbre ténor Elleviou se fit entendre dans l'opéra-comique de Grétry, Zémire et Azor ; l'Empereur félicita l'artiste et l'au teur : « Voilà, dit-il, la vraie musique française. »

Semblable en cela à Louis XIV, Napoléon avait de plus en plus d'aversion pour les Parisiens. < Ils ne m'ont point encore pardonné, disait-il, d'avoir pointé mes

canons sur eux, au 13 Vendémiaire. » Il lui suffisait d'être à Paris pendant la semaine du Corps législatif ; le reste de l'année, il habiterait Versailles, ou mieux encore Fontainebleau, « la vraie demeure des rois. »

Fontainebleau vit, en 1807, les fêtes magnifiques qui suivirent le mariage de Jérôme et de la princesse Catherine de "Wurtemberg. Le mariage religieux avait été célébré à la chapelle des Tuileries, le 23 août, avec un éclat extraordinaire, La cour s'était ensuite transportée à Fontainebleau; elle y passa deux mois. Le roi et la reine de Westphalic, le grand-duc et la grande-duchesse de Berg, la reine de Hollande, la princesse Psmline, les princes allemands qui venaient en foule en France depuis que Napoléon avait créé la Confédération du Rhin, les grands dignitaires et les grands officiers, les ministres, les maréchaux, les chambellans, les dames d'honneiu-, les dames d'atour, les dames du Palais, formaient une cohue pleine de luxe et de magnificence, mais qui dans le fond s'ennuyait à périr. Suivant les jours et les heures, c'était la chasse, le spectacle, le bal, le cercle. Le programme du théâtre avait été arrêté ; tout à coup une fantaisie du maître demandait une autre pièce ou un autre acteur. « Bah ! avec un peu de peine, vous en viendrez à bout ; je le veux, c'est à vous de trouver le moyen de le faire. » Je le veux ! Le mot magique était obéi. Puis, devant le nouveau spectacle, le maître rêvait ou s'endormait. Comme on ne pouvait applaudir, la représentation restait silencieuse et glaciale. Le bal n'offrait pas plus d'animation et de liberté. Les invités, en cercle, attendaient Leurs Majestés. L'Impératrice arrivait la première ; l'Empereur, retenu par le travail, en général beaucoup plus tard. Les danses commençaient, solennelles et froides. Il adressait quelques paroles insignifiantes, puis il disparaissait.

« C'est chose singulière, disait-il un jour. J'ai rassemblé à Fontainebleau beaucoup de monde, j'ai voulu qu'on s'amusât, j'ai réglé tous les plaisirs, et les visages sont allongés, et chacun a l'air bien fatigué et triste. » Talleyrand lui répondit : « C'est que le plaisir ne se mène point au tambour, et qu'ici, comme à l'armée, vous avez toujours l'air de dire à chacun de nous : « Allons, messieurs et mesdames, en avant, marche ! î

GERARD

MADAME RSCAMIER

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