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CHAPITRE XVU

LA CIVILISATION DE L'EMPIRE

LTJNIVERSITÉ IMPÉRIALE, a LES JOURNAUX, g LE THÉÂTRE, a NAPOLÉON ET L'INSTITUT, a NAPOLÉON ET CHATEAUBRIAND, a NAPOLÉON ET MADAME DE STAËL, a MADAME RÉCAMIER. a NAPOLÉON ET LES ARTISTES, a PROGRÈS ÉCO- NOMIQUES, a FAVEURS A L'INDUSTRIE, mi LES EXPOSITIONS INDUSTRIELLES, a LES « TRÉSORS DE NAPOLÉON. . 4» TRANSFORMATION MATÉRIELLE DE LA FRANCE. 0 PARIS SOUS NAPOLÉON.

••JONAPARTE, à l'époque du Consulat, avait fait un jour, à l'impro- J viste, en compagnie de son collègue Lebrun et de Duroc, une visite à > l'ancien collège Louis-le-Grand, qui s'appelait alors le Prytanée fran- ^^^ i çais. c Savez-vous, Bourrienne, que j'ai fait le professeur? — Vous, •a*»»! Général ? — Oui, vraiment, et je ne m'en suis pas mal tiré. J'ai interrogé des élèves de la classe de mathématiques; je me suis assez bien souvenu de mon Bezout (cours de mathématiques) pour leur faire quelques démonstrations au tableau. J'ai été dans les classes, dans les quartiers, au réfectoire. J'ai goûté de leur soupe ; elle vaut mieux, en vérité, que celle que nous avions à Brienne. Il faut que je m'occupe sérieusement de l'instruction publique et de la police des collèges. >

L'UNIVERSITÉ IMPÉRIALE, y^ La loi sur l'instruction publique, du 11 floréal an X — 1^' mai 1802, — établissait des lycées sur toute l'étendue du territoire de la République. En 1815, il y en avait trente-six, dont quatre à Paris. Des boursiers devaient y être entreteniis aux frais de l'État. Napoléon désignait seul les titulaires de ces bourses, de telle manière que la gratuité de l'instruction n'était accordée qu'aux enfants des familles qui lui témoignaient un dévouement absolu. Ces maisons d'instruction furent organisées comme des manières de caserne, avec une règle implacablement invariable, le tambour pour accompagnement, l'uniforme pour tenue, les consignes pour sanction.

Ce qui avait été commencé en 1802 pour les lycées fut complété en 1806 et étendu à toutes les branches d'instruction. Le décret du 10 mai 1806 porte, en effet : « Il sera formé, sous le nom d'Université impériale, un corps chargé exclusivement de

l'enseignement et de l'éducation publics dans tout l'Empire. » Comme l'indique cette phrase très claire, il s'agissait de la création d'un monopole fonctionnant dans toute l'étendue du territoire impérial. Le conseiller d'État Fourcroy, qui était depuis 1801 directeur général de l'Instruction publique, vantait, dans un rapport au Corps législatif, à propos du décret du 10 mai 1806, les beautés d'un enseignement qui aurait l'avantage de couler toutes les intelligences dans le même moule. C'était le parfait commentaire de la pensée de Napoléon : « Dans l'établissement d'im corps enseignant, mon but principal est d'avoir un moyen de diriger les opinions politiques et morales. > De même que l'État est l'unique marchand de tabac, il doit être l'unique marchand d'instruction publique. « Aucune école, dit le décret du 17 mars 1808, aucun établissement quelconque d'instruction ne peut être formé hors de l'Université impériale et sans l'autorisation de son chef. Si quelqu'im enseigne publiquement et tient école sans l'autorisation du Grand Mmtre, il sera poursuivi d'office par nos procureurs impériaux qui feront fermer l'école. »

Le Grand Maître de l'Université, c'est-à-dire le chef suprême de tous les services d'enseignement, fut M. de Fontanes. Poète non sans mérite, membre de l'Institut dès la création de ce corps en 1795, ami de Chateaubriand avec lequel il restaura le Mercure de France, il avait été signalé au Premier Consul par Lucien et par Élisa. Chargé en 1800 de prononcer aux Invalides l'oraison funèbre de Washington, il devint dès lors l'orateur attitré de toutes les cérémonies officielles.

Le décret du 17 mars 1808 portait : « Toutes les écoles de l'Université impériale prendront pour base de leur enseignement : 1° les préceptes de la religion catholique ; 2*^ la fidélité à l'Empereur, à la monarchie impériale, dépositaire du bonheur des peuples, et à la dynastie napoléonienne, conservatrice de l'unité de la France et de toutes les idées libérales proclamées par les constitutions. »

Pour atteindre ce but, il fallait avoir sous la main une corporation enseignante. Un noviciat spécial fut institué pour recruter la congrégation laïque des membres de l'Université : ce fut l'École Normale, instituée en 1808 par le décret sur l'Université, organisée en 1810 et installée a cette date dans les anciens bâtiments du collège du Plessis. Les règlements du « Pensionnat normal » étaient d'une sévérité draconiwme : interdiction des sorties particulières ; sortie en commun et en uniforme sous la direction des maîtres surveillants ; visite des livres des élèves par le directeur des études au moins une fois par mois. Napoléon avait ses idées sur les textes à mettre entre les mains des futurs professeurs. « Que la jeunesse lise les Commentaires de César. Corneille, Bossuet, voilà les maîtres qu'il lui faut; ceux-ci entrent, à pleines voiles d'obéissance, dans l'ordre établi de leur temps ; ils le fortifient, ils le décorent. »

LES JOURNAUX, y^ Il eût été difficUe à Napoléon d'apporter des idées de liberté dans ses rapports avec la presse, quand la littérature était pour Im une affaire de police et d'administration. De Berlin, Ut iour même de la signature

LA CIVILISATION DE L'EMPIRE

du décret du Blocus continental, le 21 novembre 1806, fl écrivait à Cambacérès :

« Si l'armée tâche d'honorer la nation autant qu'elle le peut, il faut avouer que les gens de lettres font tout pour la déshonorer. J'ai lu hier les mauvais vers qui ont été chantés à l'Opéra. En vérité, c'est tout à fait une dérision. Comment souffrez-vous qu'on chante des impromptus à l'Opéra? Cela n'est bon qu'au Vaudeville. On se plaint que nous n'avons pas de littérature, c'est la faute du ministre de l'Intérieur. ï

Premier Consul, il avait eu l'idée d'avoir aux Tuileries des soirées littéraires ; bien vite il y avait renoncé : il ne voyait rien à tirer de tous ces gens de lettres,

A aucune époque, la censure ne fut plus puissamment organisée- « L'imprimerie, disait-il un jour au Conseil d'État, est un arsenal qu'il importe de ue pas mettre à la portée de tout le monde. Il m'importe beaucoup que ceux-là seuls puissent imprimer, qui ont la confiance du gouvernement. > En 1802, au moment de la proclamation du Consulat à vie, un publiciste en vue demandait la liberté de la presse. « Non, sûrement, ils ne l'auront pas ! D vaudrait autant monter tout de suite en voiture et aller vivre dans une ferme à cent lieues de Paris. >

Le régime qui fut appliqué à la presse périodique fut celui du bon plaisir.

Du 22 avril 1805, à Fonché, ministre de la Police générale : <i Réprimez im peu les journaux, faites-y mettre de bons articles ; faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n'est pas éloigné où, m'apercevant qu'ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et n'en conserverai qu'un seul.... Mon intention est donc que vous fassiez appeler les rédacteurs du journal des Débats, du Publiciste, de la Gazette de France, pour leur déclarer que, s'Us continuent à n'être que les truchements des journaux et des bulletins anglais, leur durée ne sera pas longue...; qu'ils pourront faire quelques petits articles où ils pourront mettre un peu de venin, mais qu'un beau matin on leur fermera la bouche. *

Le Journal des Débats, qm prit alors le nom de Journal de l'Empire, ne fut autorisé à continuer de paraître qpi'à la condition de se soumettre à la censure d'im censeur officiel, auquel les propriétaires du journal même devaient servir un traitement de douze mille francs. Etienne, l'auteur des Deux Gendres, exerça ces fonctions, avant d'être censeur général de la police des journaux.

Comme il y avait plusieurs journaux ecclésiastiques et qu'ils étaient rédigés dans un esprit différent les uns des autres, ils durent se fondre en un seul qui fut chargé de servir tous les abonnés. « Ce journal, écrivait l'Empereur à Fouché, devant servir spécialement à l'instruction des ecclésiastiques, s'appellera Journal des Curés. Les rédacteurs en seront nommés par le cardinal-archevêque de Paris. »

Pour les nouvelles de politique étrangère, le monopole en fut réservé au Moniteur. Le ministère des Relations extérieures fournit au Moniteur tous les articles qui touchaient à ce domaine. Défense aux autres journaux de parler politique autrement qu'en copiant les articles du Moniteur.

Voici les résultats de ce régime. Au commencement du Consulat, il y avait

soixante-treize journaux politiques ; soixante furent supprimés. En 1811, nouvelle coupé sombre : les treize furent réduits à quatre, et les rédacteurs en chef de ces quatre feuilles nommés par le ministre de la Police. La presse n'existait plus que dans la mesure où elle était devenue une institution d'Etat.

LE THÉÂTRE, vtf Au théâtre, la censure intervenait à tout propos. En dix ans, cinq pièces de Lemercier, Pinto, Plante, Christophe Colomb, Charlemagne, Camille, furent interdites.

Les Templiers, de Raynouard, avaient été joués en 1805 avec un grand succès. Napoléon, qui était alors à Milan, exprima sa satisfaction à Fouché, Il avait entendu parler d'une tragédie sur Henri IV qui devait paraître prochainement ; il estimait qu'ici la perspective historique manquait de recul. « Cette époque n'est pas assez éloignée pour ne pas réveiller des passions. La scène a besoin d'un peu d'antiquité.... Pourquoi n'engageriez-vous pas M. Raynouard à faire une tragédie du passage de la première à la seconde race ? Au lieu d'être un tyran, celui qui lui succéderait serait le sauveiir de la nation. » On comprend sans peine les intentions de l'auteur du 18 Brumaire de faire applaudir sa propre histoire sous les apparences d'une fable dramatique qui se serait placée environ dix siècles plus tôt. Pour la même raison, il conseillait à Gœthe de refaire la Mort de César a d'une manière beaucoup plus digne et plus grandiose que ne l'a fait Voltaire — Dans cette tragédie, U faudrait montrer au monde comment César aurait pu faire le bonheur de l'himianité, si on lui avait laissé le temps d'exécuter ses vastes plans. »

Pas plus que les pièces du jour, les pièces du répertoire n'échappaient à la censure. En 1804, lors du séjour de Pie VII, une représentation d'Athalie avait été donnée devant la cour, au théâtre de Saint-Cloud. L'Ejnpereur y prit beaucoup de plaisir ; car s'il avait pour Corneille une sorte de passion, qui s'adressait plus au politique qu'au poète, Racine le ravissait ; il y trouvait de vraies délices. Il ordonna de reprendre le chef-d'œuvre de Racine à la Comédie-Française ; mais il fit retrancher quelques vers dont on craignait les applications. Des poètes à gages, surveillés par la censure, étaient là pour faire les coupures, intercaler quelques hémistiches de leur cru et recoller, tant bien que mal, les morceaux cassés.

NAPOLÉON ET L'INSTITUT, v^ Après la campagne d'Italie, Bonaparte avait été élu membre de l'Institut, dans la classe des Sciences physiques et mathématiques. Il conserva toujours ce titre, dont il avait conçu une légitime fierté. En Egypte, il mettait en tête de ses proclamations : « Bonaparte, général en chef, membre de l'Institut. » « J'étais sûr, disait-il, d'être compris par le dernier tambour. » Dans sa liste civUe, rénumération de ses revenus débute par le a traitement de Sa Majesté l'Empereur et Roi comme membre de l'Institut : quinze cents francs. > Il avait, d'une manière sincère, uiie haute idée de la culture scientifique ; mais son génie dominateur n'entendait

LA CIVILISATION DE L'EMPIRE

COSTUMES DU PREMIER EMPIRE. — Les hommes portent la redingote ou l'habit, le plus souvent en drap vert ou bleu, avec des boutons de métal ; le pantalon, descendant jusque sur le cou-de-pied, a remplacé la culotte. Les fourrures et les châles complètent la toilette féminine; les robes longues tombent droit. Chapeaux en forme de capotes oade turbans avec aigrettes, cl. paul lemare

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