DE VIENNE
5^^ "^^.^^XT"!^ ^^^^*°^^®' suivant le mot qu'on attribue à Frédéric II, est la science des ¥ Mj^^n^i^ faits qui ont une postérité, U y a dans l'histoire de Napoléon un fait «■^^^^BfeJM* qu'il faut connaître avec précision, car toute l'histoire postérieure de à'.J^^^t^^^.-W l'Empire en fut la conséquence. Il s'agit du décret que Napoléon ■l».s.».B.a.»-»é rendit à Berlin, dans la capitale de ses ennemis vaincus, le 21 novembre 1806 ; par ce décret il mettait l'Angleterre au ban du monde.
NAPOLEON ET LA « PERFIDE ALBION. » ^É» Jamais, on peut le dire, Napoléon ne cessa de penser à cet ennemi qu'il avait songé à atteindre lors de la grande machination de Boulogne et qu'il n'avait pu saisir, faute de posséder la maîtrise de la mer. Pris dans l'engrenage des affaires continentales, quand il poursuivait les Autrichiens, les Russes, les Prussiens, U songeait toujours à la <r perfide Albion; p les intrigues, les subsides de l'Angleterre alimentaient les coalitions qui naissaient les unes des autres. A Ulm et à Austerlitz il s'était débarrassé de l'Autriche ; à léna, de la Prusse; bientôt il allait mettre hors de combat la Russie. Dès à présent, de Berlin même, il pouvait régler ses comptes avec les Anglais. Après la rupture de la paix d'Amiens, l'Angleterre avait eu recours à l'arme du blocus fictif, contre laquelle la Ligue des neutres avait déjà protesté. Elle prétendait interdire aux
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neutres l'accès de telle portion des côtes de l'Empire français, sous le prétexte que ces côtes étaient bloquées ; or, elles n'étaient bloquées que par décret, sans l'être en réalité. Au mois de mai 1806, le ministère anglais avait déclaré en état de blocus les côtes, les rivières et les ports entre l'Elbe et Brest. Napoléon avait répondu par la déclaration du 25 juillet 1806, où il disait qu'il n'épargnerait rien pour parvenir à l'affranchissement des mers. Quatre mois plus tard, il mettait sa menace à exécution.
LE DÉCRET DU 21 NOVEMBRE 1806. ^^ Après léna, il semblait que la majeure partie de l'Europe appartînt à Napoléon. Son frère Joseph régnait à Naples et son frère Louis à la Haye. En Espagne, le roi Charles IV et son ministre Godoï n'avaient d'autre politique que celle qu'il leur dictait. Jetant les yeux sur cette énorme étendue de côtes, de Stettin à Tarente, où il n'apercevait à peu près que ses drapeaiix et les drapeaux de ses alliés, il se décida à rendre à l'Angleterre coup pour coup. Mais il eut grand soin d'établir que les mesures extraordinaires qu'il était réduit à prendre n'étaient que des mesures de représailles. Les considérants du décret de Berlin se ramènent à cette idée « qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il se sert et de le combattre de la manière qu'il combat. » En vertu du droit de légitime défense. Napoléon appliquait à l'Angleterre la législation maritime anglaise.
En conséquence, les Iles Britanniques étaient déclarées en état de blocus. Ordre de saisir aux postes toutes les correspondances d'Angleterre, de faire prisonnier de guerre tout Anglais trouvé sur le territoire de l'Empire ou d'un État allié, de confisquer toutes les marchandises anglaises, d'interdire l'accès de tous les ports à un bâtiment quelconque venant de l'Angleterre ou de ses colonies. En un mot, le décret avait pour but, smvant les expressions mêmes de Napoléon, de mettre les Anglais, « ces ennemis des nations, hors du droit commun. » Pour cela, il fallait « empêcher toute communication de l'Angleterre avec le continent. »
1807. LES ANGLAIS A COPENHAGUE, v^ L'Angleterre se souciait peu de menaces qui semblaient d'une application impossible; elle continuait à exploiter la maîtrise des mers. Au mois de février 1807, au moment même de la campagne d'Eylau, une escadre anglaise, commandée par lord Duckworth, forçait les Dardanelles et manquait de s'emparer de Constantinople. Le sultan ne dut son salut qu'à l'énergie avec laquelle le général Sébastian!, ambassadeur de Napoléon, mit eu état de défense l'entrée du Bosphore.
En apprenant la signature de la paix de Tilsit, l'Angleterre devina qu'une nouvelle Ligue des neutres se préparait ; son parti fut pris de l'écraser avant qu'elle fût formée. Dès le milieu du mois d'août 1807, une escadre anglaise, commandée par l'amiral Gambier, venait mouiller dans les eaux du Cattégat. L'Angleterre offrait au Danemark de le protéger contre une invasion des troupes françaises ; pour prix de ce service, elle exigeait la remise de toute la flotte danoise et de son matérieL
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Le prince régent de Danemark, qui n'était point un belligérant, refusa de se soumettre à cette insolente demande. Alors Gambier fit franchir le Sund à son escadre et vint mouiller devant Copenhague. La ville fut soumise, du 1^"" au 5 septembre, à un bombardement d'une incroyable violence. Copenhague se rendit; Gambier saisit seize vaisseaux danois et enleva dans l'arsenal tout ce qui pouvait se prendre, jusqu'aux réserves d'agrès et de cordages. L'occupation de l'île d'Helgoland fut le couronnement de cet abus révoltjmt de la force contre la faiblesse.
1807. LE DÉCRET DE MILAN, v^ Pour parer aux conséquences commerciales du décret de Berlin, le gouvernement anglais avait décidé, le 11 novembre 1807, d'accorder la libre circulation à tout bâtiment neutre qui aurait payé des droits de douane dans im port anglais ; en échange, était déclaré de bonne prise tout bâtiment qui aurait des certificats d'origine française et n'aurait point acquitté de droits en Angleterre. La réplique de Napoléon ne se fit pas attendre ; elle est contenue dans le décret de Milan, du 17 décembre 1807. Tout bâtiment qui aurait souffert la visite d'un vaisseau anglais, qui aurait touché à un port anglais, qui aurait payé une taxe quelconque au gouvernement anglais, était dénationalisé et déclaré de bonne prise ; le tiers du produit de la vente du navire et de la cargaison était promis à quiconque pourrait établir qu'un navire entré dans un port français avait touché à un port anglais.
CONSÉQUENCES POLITIQUES DU BLOCUS CONTINENTAL, v^ Napoléon savait très bien que le blocus qu'il avait ordonné n'existait et ne pouvait exister que dans le texte du décret de Berlin ; il lui était impossible, en effet, de mettre des escadres sur mer et d'essayer d'enfermer l'Angleterre chez elle. Il crut du moins qu'il pourrait lui interdire d'ime manière absolue l'accès des côtes continentales et qu'il arriverait ainsi à suspendre tout commerce maritime. C'était en réalité, suivant l'expression de son frère Louis, < le système de se nuire à soi-même et aux siens, dans l'attente de produire un plus grand mal à l'ennemi. » N apoléon ne recula pas devant cette extrémité, a C'est une guerre à mort, » disait-il. Toute la question était de savoir lequel des deux États, France ou Angleterre, serait tué le premier à la fin de cette politique de casse-cou.
Ce fut là l'erreur capitale de Napoléon, elle vicia toute sa politique étrangère. Il n'y avait qu'im moyen d'atteindre l'Angleterre, c'était de conquérir la mer et de descendre aux embouchures de la Tamise. Le camp de Boulogne avait été la véritable conception ; en dehors de ce projet, il n'y avait guère que de vaines chimères à saisir et les pires dangers à redouter.
Napoléon voulait, suivant son expression énergique, <i faire mourir l'Angleterre de pléthore, i> comme ime personne de tempérament sanguin meixrt d'im coup de Seing. Pour que l'Angleterre fût étouffée par la surabondance de ses produits, ii
■ fallait l'empêcher d'en écouler la moindre quantité sur le continent. L'auteur du décret de Berlin se condamnait ainsi à faire entrer l'Europe, de gré ou de force, dans ce qu'il appelait son système continental. Quand elle lui appartiendrait toute, une sorte de muraille continue, qui serait gardée sur toutes les mers par ses gendarmes et par ses douaniers, empêcherait l'Angleterre de communiquer avec le continent -. courant le risque de « mourir de pléthore, » elle serait bien obligée de demander la paix. Alors, pour réaliser ce plan fantastique. Napoléon se condamna à annexer ou à conquérir les Etats européens. De là, d'ime part, de 1807 à 1809, les adhésions, plus ou moins volontaires, de la Russie, de la Prusse, de l'Espagne, de l'Autriche, de la Suède, au système napoléonien. De là, d'autre part, les coups de force, dont quelques-uns eurent le caractère de véritables guets-apens ou d'odieux attentats au droit des gens, comme les annexions du Portugal, de l'Espagne, des États de l'Eglise, de la Hollande, des villes hanséatiques. Enfin, la rupture avec la Russie en 1812 et le cortège de maux irréparables qu'elle entraîna, jusqu'à la ruine de Napoléon et de la France, furent les dernières conséquences de tant d'erreurs et de tant d'obstination.
CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES, v.^ n est certain que l'application des décrets de Berlin et de Milan amena, pour quelques années, une grande détresse dans le commerce anglais. Si la contrebande était ingénieuse, la douane était vigilante et, de temps à autre, elle brûlait les marchandises confisquées ; mais l'Angleterre avait toujours le libre accès de tous les pays en dehors d'Europe, et elle pouvait alimenter son commerce colonial.
Il est certain aussi que le commerce européen bénéficia, dans une certaine mesure, de ce régime de proscription ; on a déjà parlé de l'essor qui fut donné à quelques industries, comme les industries textiles et la fabrication du sucre de betterave. Napoléon vantait encore à Sainte-Hélène les avantages du décret de Berlin. « Si je n'eusse succombé, j'aurais changé la face du commerce, aussi bien que la route de l'industrie. J'avais naturalisé au milieu de nous le sucre, l'indigo; j'aurais naturcilisé le coton et bien d'autres choses encore ; on m'eût vu déplacer des colonies.... L'impulsion chez nous était immense ; la prospérité, les progrès croissaient sans mesure.... »
DESCENTES DES ANGLAIS SUR LES CÔTES DE L'EMPIRE, v^ Depuis qu'ils avaient occupé Helgoland, les Anglais avaient fait de cette île le grand entrepôt de la contrebande ; de là Us pouvaient descendre aux embouchures du Weser et de l'Elbe. Ils manquèrent même d'occuper Cuxhaven, l'avant-port de Hambourg. Au mois de juillet 1809, une douzaine de petits bâtiments de guerre débarquèrent à cet endroit un corps de cinq cents hommes, qui se saisit de l'agent consulaire de la France ; mais l'occupation de Cuxhaven ne dura que quelques jours.
Autre part, la marine anglaise avait porté à l'Empire français des coups plus
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A FAMILLE ROYALE D'ESPAGNE, en 1800 : Charles IV, Marie-Louise de Parme, leurs quatre filles, leurs trois fils (Ferdinand VII, Don Carlos, François de Paule). par gova. (>.. dcprado.) cl. hachette.
LA CHARGE DES POLONAIS A SOMO-SIERRA. — Le 30 novembre 1808, l'armée française «ravissait le col de Somo-Sierra, qui commande la route de Madrid. Napoléon lança sur les batteries espagnoles le 3" escadron des chevau-légers polonais. par le général leiei.ne. (musée de Versailles.)
VNOT (Andoche), 1771-1813. —
Ion de volontaires, il fut remarqué par Bonaparte au siège de Toulon quand il était sergent : aide de camp du général en chef dans la campagne d'Italie, colonel en 1797, il fit partie de l'expédition d'Egypte. Gé/iéral de division, colonel général des hussards, il se distingua à Austerlitz. Il fut chargé, en 1807, de la conquête du Portugal; il y gagna très vaillamment son titre de duc d'Abrantès.
Mais, en 1808, il dut abandonner sa conquête à l'armée anglaise de Wellington. La suite de sa carrière militaire en Allemagne, en Espagne, en Iiussie,fut peu heureuse. En 1813, il était gouverneur général des Provinces illyriennes, quand il fut frappé d'aliénation mentale et se donna la mort. — Sa femme, Laure Permon, duchesse d'Abrantès, est l'auteur de Mémoires connus, (bibl. nat., estampes.)
SIEGE DE LERIDA. — La place de Lérida, en Catalogne, devant laquelle avait échoué Condé en 1647, fut assiégée dans la campagne de 1810 par Suchet ; complètement investie et violemment bombardée, elle se rendit aux Français le 14 mai 1810. par rémond. (musée de Versailles )
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redoutables. L'amiral Gambier, à la tête de treize vaisseaux et d'un grand nombre de bâtiments inférieurs, était apparu, au mois de mars 1809, sur la côte de l'Aunis, où mouillait l'escadre française de l'amiral Allemand, forte de onze vaisseaux et de quatre frégates. Pendant vingt jours, il prépara à loisir son attaque, arma une trentaine de brûlots, tandis que l'escadre française s'abritait derrière deux estacades qui s'étendaient de l'île d'Oléron à l'Ue d'Aix. Dans la nuit du 11 au 12 avril, les Anglais brisèrent cette défense ; leurs brûlots pénétrèrent par les brèches comme autant de machines infernales ; l'escadre d'Allemand, dans ime confusion inexprimable, se jeta à la côte, et quatre vaisseaux furent détruits par l'ennemi.
C'était au moment de la campagne de Ratisbonne ; quelques semaines plus tard, au lendemain de Wagram, ce fut un autre malheur maritime, dont les conséquences auraient pu être désastreuses. Anvers et Flessingue étaient pour l'Angleterre des sujets d'alarmes continuelles, depuis que Napoléon avait commencé à bâtir un grand port de guerre aux embouchures de l'Escaut. L'Angleterre résolut de briser cette épée de Damoclès. L'amiral Strachan traversa la mer du Nord avec un convoi de quarantequatre mille hommes, commandés par lord Chatham ; le 31 juillet 1809, il débarquait dans l'île de "Walcheren. Flessingue capitulait le 16 août. A l'arrivée des Anglais, l'amiral Missiessy, qui commandait l'escadre française de l'Escaut, s'était empressé de barrer le fleuve en aval d'Anvers. Les Anglais n'osèrent s'aventurer dans l'estuaire. Une épidémie s'était abattue sur leur armée ; ils évacuèrent Flessingue le 24 décembre, après une occupation de quatre mois. Mais l'émotion avait été très vive en France ; Napoléon, qtii était alors à Schœnbrunn, avait senti toute la gravité de ce danger.
INTRANSIGEANCE DE NAPOLÉON, v^ La suspension de la vie maritime sur toutes les côtes de l'Empire avait amené bien vite de cruelles misères et, par suite, de nombreuses protestations; à Marseille, les navires immobiles pourrissaient le long des quais. En 1811, une députation de négociants français vint apporter à l'Empereur les doléances du commerce ; sa réponse fut d'une intransigeance absolue.
a Les décrets de Berlin et de Milan, dit -il, sont les lois fondamentales de mon Empire.... Le continent restera fermé aux importations d'Angleterre. Je resterai armé de pied en cap pour faire exécuter mes décrets et pour résister aux tentatives des Anglais dans la Baltique. Il existe encore quelque fraude, mais elle sera entièrement anéantie.... Ceiix qui réxissiraient à se soustraire à mes douanes, mon épée saurait les atteindre tôt ou tard, dans trois, quatre, cinq ou six mois, et ils n'auront pas le droit de se plaindre.
« J'ai une oreille dans les salons des négociants ; je sais qu'on blâme hautement mes mesures, qu'on dit que je suis mal conseillé. Je ne saurais leur en vouloir de leur opinion, parce qu'ils ne sont pas placés pour voir et calculer comme moi. Cependant, ceux qui sont arrivés dernièrement d'Angleterre et qui ont vu l'effet que commence à y produire l'interruption du commerce avec le continent ne peuvent se dispenser de dire :
« Il est possible qu'il ait raison; il pourra peut-être venir à bout de ses desseins.... » « Je ne dis pas que je ne veux ni commerce maritime ni colonies ; mais il faudra y renoncer pour le moment, et jusqu'à ce que l'Angleterre revienne de sa politique à des principes plus raisonnables et plus justes, ou que je puisse lui dicter la paix. Si j'étais l'héritier du trône de Louis XIV ou de Louis XVI, je serais forcé de demander à genoux la paix aux Anglais. Mais j'ai succédé aux empereurs de France ; j'ai réuni à mon Empire les bouches des plus grandes rivières de l'Europe et de l'Adriatique ; rien ne pourra plus m'empêcher de faire construire une flotte de deux cents vaisseaux de haut bord et de les armer. Je sais que les Anglais auront de meilleurs amiraux, et c'est un grand avantage. Mais, à force de combattre, nous apprendrons à vaincre. Nous perdrons une, deux, trois batailles, et nous gagnerons la quatrième. » En attendant cette « quatrième » bataille, qui n'est jamais venue, û fallait que l'Europe tout entière travaillât à construire, à entretenir, à défendre ime gigantesque muraille de Chine, qui commençait à Arkhangelsk, suivait toutes les sinuosités de la mer du Nord, de la Baltique, de la Manche, de l'Atlantique, de la Méditerranée, et venait se terminer vers les bouches de Cattaro, peut-être même vers Coustantinople. Tant pis pour l'Europe si elle étouffait derrière ce rempart de canons et de douaniers qui lui cachait la vue de la mer ; tant pis si le mécontentement était général. « Il est des peuples, disait le Moniteur, en parlant des Hollandais, qui ne savent que se plaindre ; il faut savoir souffrir avec courage- »
« L'EMPEREUR EST FOU. » v.^ Il n'y a qu'un mot pour caractériser l'état d'esprit de Napoléon, quand il en est arrivé à cette conception insensée de la guerre contre l'Angleterre et qu'il s'y est obstinément tenu comme à une des « lois fondamentales » de son Empire. C'est le mot que Decrès, le ministre de la Marine, disait à Marmont, en 1809, au lendemain de la journée triomphante de Wagram, quand l'astre impérial n'avait jamais brillé d'un éclat plus vif et plus prolongé sur l'Europe continentale. Voici ce que le duc de Raguse raconte, dans ses Mémoires :
« Eh bien, Marmont, me dit Decrès, vous voilà bien content, parce que vous <r venez d'être fait maréchal. Vous voyez tout en beau. Voulez-vous que, moi, je vous « dise la vérité, que je vous dévoile l'avenir? L'Empereiir est fou, tout à fait fou, et « nous jettera tous, tant que nous sommes, cul par-dessus tête, et tout cela finira par « une épouvantable catastrophe. » Je reculai deux pas, et lui répondis : i Etes- vous € fou vous-même de parler ainsi, et est-ce une épreuve que vous voulez me faire « subir ? — Ni l'un ni l'autre, mon cher ami ; je ne vous dis que la vérité. Je ne « la proclamerai pas sur les toits ; mais notre ancienne amitié et la confiance qm « existe entre nous m'autorisent à vous parler sans réserve. Ce que je vous dis « n'est que trop vrai, et je vous prends à témoin de ma prédiction. » Et làdessus, il me développa ses idées, en me parlant de la bizarrerie des projets de l'Empereur, de leur mobilité et de leur contradiction, de leur étendue gigantesque,
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que sais-je ? Il me présenta un tableau que les événements n'ont que trop jxistifié. Plus d'une fois, depuis la Restauration, j'ai rappelé à Decrès notre conversation et son étonnante, mais bien triste prédiction, s
1807. CONQUÊTE DU PORTUGAL, v^ De Dresde, le 19 juUlet 1807, quand il rentrait à Paris, Napoléon écrivait au ministre des Affaires étrangères : « Monsieur le prince de Bénévent, il faut s'occuper sans retard de faire fermer tous les ports du Portugal à l'Angleterre. Le lendemain de votre arrivée à Paris, vous ferez connaître au ministre de Portugal qu'il faut que le 1^' septembre les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre ; à défaut de quoi je déclare la guerre au Portugal. *
Quatre mois et demi plus tard, ces menaces étaient suivies d'effet.
Napoléon, qui traitait le roi d'Espagne en vassal, lui avait imposé le traité de Fontainebleau, du 27 octobre 1807, pour le partage du Portugal. Un corps de soldats français, conduit par Junot, entra dans la péninsule. Le choix de Junot fut peut-être inspiré par des raisons singviliéres. On disait que l'Empereur était las de la mauvaise conduite, des folies, des prodigalités incroyables de l'ancien sergent du siège de Toulon, qu'il avait fait gouverneur de Paris, et que l'expédition fut un prétexte à lui enlever ce gouvernement.
Junot accomplit un véritable tour de force. Le 30 novembre il entra à Lisbonne. Les Portugais, rapporte le général Foy, s'attendaient « à voir des héros d'une espèce supérieure, des colosses, des demi-dieux. Les Français n'étaient que des hommes. Dix-huit jours de marche forcée, la famine, les torrents, les vallons inondés, la pluie battante avaient débilité leurs corps et ruiné leurs vêtements. Il leur restait à peine la force nécessaire pour marcher en cadence au bruit du tambour. Une longue file de soldats maigres, éclopés, et la plupart imberbes, suivait à pas lents les masses peu épaisses des bataillons. Les officiers, les chefs eux-mêmes étaient délabrés et comme défigurés par de longues et excessives fatigues. Les troupes n'avaient pour attaquer et se défendre que des fusils roiiillés et des cartouches imprégnées d'eau. » Les Français étaient arrivés trop tard pour se saisir de la famille royale, qui s'était enfuie au Brésil ; mais, en quelques jours, Junot avait achevé l'occupation du Portugal : il avait bien mérité son titre de duc d'Abrantès.
LES DISCORDES DE LA COUR D'ESPAGNE, v.^ Napoléon en vint à se demander pourquoi il n'occuperait pas aussi le reste de la péninsule. La cour d'Espagne offrait alors ua triste spectacle. Un homme fatal, Godoï, qui portait le titre ironique de prince de la Paix, parce qu'il avait négocié l'humiliant traité de Bâle, était le premier ministre du faible roi Charles IV ; il le gouvernait complètement par l'empire sans limites qu'il avait pris sur la reine Marie-Louise. L'héritier de la couronne, Ferdinand, prince des Asturies, — plus tard Ferdinand VII, — s'était maintes fois révolté contre le rôle d'un favori sans pudeur, qui ruinait l'Espagne et déshonorait la famille royale.
11 en résiiltait entre le roi et son fils des querelles continuelles, qui finirent par aboutir à une sorte de guerre civile. Une émeute avait éclaté à Aranjuez en faveur du prince des Asturies ; ses partisans l'avaient salué du nom de Ferdinand VII ; Godoï, jeté en prison, avait manqué d'être massacré; le roi lui-même avait abdiqué en faveur de son fils, le 16 mars 1808.
A ce moment, Murât entrait en Espagne, sous le prétexte de soutenir l'armée de Junot qm occupait le Portugal. Les vainqueurs et les vaincus du pronunciamiento d'Aranjuez se tournèrent vers lui, comme vers un protecteur et un arbitre. Celui-ci, qui voyait dans ces misérables intrigues l'occasion de gagner une couronne, se hâta de marcher sur Madrid. Pour Napoléon, il n'avait pas besoin d'être tenté par une proie qui s'offrait à lui; son parti était pris : annexer l'Espagne. Talleyrand approuvait alors pleinement cette politique; il suggérait même à son maître un singulier argument historique : « La couronne d'Espagne a appartenu depuis Louis XIV à la famille qui régnait siu- la France. C'est une des plus belles portions de l'héritage du Grand Roi, et cet héritage, l'Empereur doit le recueillir; il n'en doit, il n'en peut abandonner aucune partie. »
LE « DOS DE MAYO » (2 MAI 1808). vJJ> Napoléon avait quitté Paris le 2 avril, pour faire un voyage dans le Midi et dans l'Ouest; c'était en réalité poiir surveiller de près les événements d'Espagne. Le 15, il arrivait à Bayonne et se fixait dans le voisinage, au château de Marrac. En même temps, il envoyait le duc de Rovigo auprès du prince des Asturies pour le convaincre de son intérêt à venir soutenir en personne sa cause devant Napoléon. Ferdinand céda à ce conseil perfide ; il avait appris que ses parents se rendaient auprès de l'Empereur, il ne voulut pas les laisser tout seuls défendre leurs intérêts. Chemin faisant, à Vitoria, il eut le sentiment qu'il allait se livrer lui-même, il songea à revenir sur ses pas; mais une lettre de Napoléon le décida à franchir la frontière. Tous les membres de la famille royale et Godoï se trouvaient à Bayonne ; chacun attendait son sort de la décision du grand juge.
Un événement se produisit alors, qui vint compliquer le drame. Le 2 mai, une insurrection éclata à Madrid contre les soldats français ; Murât la noya dans le sang, mais il n'était plus maître de Madrid que par la terreur. Le 2 mai 1808, « Dos de Mayo », est ime des grandes dates de l'histoire de l'Empire. C'est le jour où la colère patriotique d'un peuple, d'un peuple fier, joué par l'étranger, trahi par ses propres souverains, venait de faire explosion; elle avait alliuné un incendie qui, de proche en proche, allait embraser l'Espagne, puis l'Europe, et détruire le colosse napoléonien.
L'ENTREVUE DE BAYONNE. y^ Le résultat de toutes ces intrigues et de l'insurrection de Madrid, ce fut la scène dramatique du 5 mai, qui eut lieu au château de Marrac et qu'on appelle l'Entrevue de Bayonne. Elle se passa entre quati-e acteurs : Napoléon, Charles IV, la reine Marie-Louise, le prince des Asturies.
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