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ATTAQUE D'UN CONVOI FRANÇAIS EN ESPAGNE

TAR LE GÉXÉRAL LEJEUSE. (COLL. BARON LEJEINE.)

ARMÉE FRANÇAISE traverse la Cuadarrama, décembre 180S.

PAR TAVNAV. (mUSÉE DE Vfc

Sierra \

ÏSAILLES.)

SIÈGE DE SARAGOSSE. — Le siège, conduit tour à tour par Moncey, Junot etLannes, dura du 19 décembre 1808 au 21 février 1809, où la ville fut prise. La défense de Saragosse par Palafox est un des plus glorieux épisodes de la guerre de l'Indépendance. lith. de v. adam. (bibl. xat., estampes )

MURAT (JOACHIM). — Brigadier en 1792, chef d'escadron en 1793, général de division en 1799, maréchal en 1804, roi des Deux-Siciles en 1808, Mural commanda en chef la cavalerie de la Grande Armée en 1805 et en 1812. Il est représenté ici en colonel de hussards. (khl. c" p. le marois.)

PREMIÈRES RÉSISTANCES

JOSEPH /'''■ NAPOLÉON, roi de Naples de 1806 à 1808, roi des Espagnes et empereur des Indes J de 1808 à 1814. Il tient à la main le plan d'un édifice; un règne aussi agité et aussi misérable que le sien ne convenait guère à de pacifiques travaux d'architecture. par wicar. (musée de Versailles.)

NAPOLÉON reçoit à Erfurt le baron de Vincent, ambassadeur d'Autriche, le

28 septembre 1808. par gosse, (m ^E Versailles.)

BIVAC de Napoléon avant Wagram, nuit du 5 au 6 juillet 1809. Auprès de lui, ses généraux et le duc de Bassano. PARROEHN. (M.DEVERSAILIFS )

f^i ,/, /.rP/^uje. •,.,,■ f^ iul^icH^

POIGNARD saisi à Schœiibrunn, le 12 (non le 13) octobre 1809, par le général Rapp sur l'étudiant allemand Stapps, qui voulait assassiner Napoléon. fcoix. bernard franck )

ATTAQUE ET PRISE DE RATISBONNE, 23 avril 1809. — Les troupes de Lannes pénétrèrent dans la ville au moyen d'échelles, après un combat violent. Napoléon, en examinant

l'AR CH. THL\'EMN. (mUSI-E DE VERSAILLES,)

les remparts, fut blessé au pied droit.

PREMIÈRES RÉSISTANCES

Charles IV annonça à son fils les événements du 2 mai. a Crois-tu me persuader que tu n'as eu aucune part à ce saccage, toi ou les misérables qui te dirigent? Etait-ce pour faire égorger mes sujets que tu t'es empressé de me faire descendre du trône? Dis-moi : crois-tu régner longtemps par de tels moyens? Qui est celui qui t'a conseillé cette monstruosité? N'as-tu de gloire à acquérir que celle d'un assassin? Parle donc. » Ferdinand ne répondait rien. « Eh bien, s'écria la reine, parleras-tu? Voilà comme tH faisais à chacune de tes sottises ; tu n'en savais jamais rien, b Et elle leva la main comme pour lui donner un soufflet. Ferdinand se taisait toujours ; sa position était affreuse, entre ses parents et l'Empereur. A son tour, Napoléon prit la parole : a Prince, jusqu'à ce moment, je ne m'étais arrêté à aucun pai-ti sur les événements qui vous ont amené ici ; mais le sang répandu à Madrid fixe mes irrésolutions. Ce massacre ne peut être que l'œuvre d'un parti que vous ne pouvez pas désavouer, et je ne reconnaîtrai jamais pour roi d'Espagne celui qui le premier a rompu l'alliance qui depuis si longtemps l'unissait à la France. Voilà le résultat des mauvais conseils auxquels vous avez été entraîné; vous ne devez vous en prendre qu'à eux.' Je n'ai d'engagements qu'avec le roi votre père; c'est lui que je reconnais et je vais le reconduire à Madrid, s'il le désire. » a Moi, s'écria Charles IV, je ne veux pas. Eh! qu'irais-je faire dans un pays où il a armé toutes les passions contre moi. Je ne trouverais partout que des sujets soulevés ; et, après avoir été assez heureux pour traverser sans perte un bouleversement de toute l'Europe, irais-je déshonorer ma vieillesse en faisant la guerre aux provinces que j'ai eu le bonheur de conserver? Non, je ne le veux pas; il s'en chargera mieux que moi.... Tu crois donc qu'il n'en coûte rien de régner? Vois les maux que tu prépares à l'Espagne, tu as suivi de mauvais conseils, je n'y peux rien. Tu t'en tireras comme tu pourras. Je ne veux pas m'en mêler. Va-t'en. » Ferdinand, impassible et muet, sortit. Peu après, il était interné en France, à Valençay, dans le château même de Talleyrand. Charles IV, qtii avait déjà abdiqué, se retira à Compiègne, puis à Rome. Il n'y avait plus de Bourbons d'Espagne.

« QUAND MON GRAND CHAR POLITIQUE EST LANCÉ, IL FAUT QU'IL PASSE, j v^ A Sainte-Hélène, Napoléon a prononcé sur les affaires d'Espagne le verdict de l'histoire. « J'embarquai fort mal toute cette affaire, je le confesse; l'immoralité dut se montrer par trop patente, l'injustice par trop cynique, et le tout demeure fort vilain, puisque j'ai succombé; car l'attentat ne se présente plus dès lors que dans sa hideuse nudité, privé de tout le grandiose et des nombreux bienfaits qui remplissaient mon intention.... Cette malheureuse guerre m'a perdu; elle a divisé mes forces, multiplié mes efforts, détruit ma moralité en Europe, compliqué mes embarras, ouvert une école aux soldats anglais.... Cette malheureuse guerre d'Espagne a été une véritable plaie, la cause première des malheurs de la France. » Ce fut. dit-il encore, < le chancre qui me rongea. » Mais alors comment aurait-il pu croire que quelqu'un ou quelque chose fût capable de lui résister? « J'avais le nœud gordien devant moi,

je le coupai. » Il disait en 1808 : « Si ceci devait me coûter quatre-vingt mille hommes, je ne le ferais pas ; mais il ne m'en faudra pas douze mille ; c'est un enfantillage. Ces gens-ci ne savent pas ce que c'est qu'une troupe française. Les Prussiens étaient comme eux, et on a vu comment ils s'en sont trouvés. Croyez-moi, ceci finira vite. Je ne voudrais faire de mal à personne ; mais quand mon grand char politique est lancé, il faut qu'il passe. Malheur à qui se trouve sous les roues ! »

1808. JOSEPH !«', ROI DES ESPAGNES. vtf» Napoléon réunit à Bayonne cent cinquante notables espagnols ; il leur fit proclamer roi des E^pagnes et empereur des Indes (6 juin) son frère Joseph, au défaut de Louis à qui il avait d'abord songé. Murât, par contre-coup, devint roi de Naples. « Entre Joseph, son frère, et Joachim, son beau-frère, il plut à Napoléon, dit Chateaubriand, d'opérer une transmutation : il prit la couronne de Naples sur la tête du premier et la posa sur la tête du second ; il enfonça d'un coup de main ces coiffures sur le front des nouveaux rois, et ils s'en allèrent chacun de son côté, comme deux conscrits qui ont changé de chapeau, d

Joseph était donc roi des Espagnes, mais roi sans roya-ome et sans capitale ; toute la péninsule était en feu. Le fanatisme religieux et patriotique armait les bras de tous les Espagnols. Dans une proclamation en date du 24 mai, Napoléon avait dit aux Espagnols : a Votre nation périssait. J'ai vu vos maux, je vais y porter remède, je veux que vos derniers neveux conservent mon souvenir et disent : Il fut le régénérateur de ma patrie. » Et au régénérateur, qui donnait au roi Joseph une constitution animée de l'esprit de 89, voici la réponse d'un catéchisme patriotique : « De qui dérive Napoléon? — Du péché. — Est-ce un péché de mettre un Français à mort ? — Non, mon père, on gagne le ciel en tuant un de ces chiens d'hérétiques ! »

CAPITULATION DE BAYLEN. v.^ Bessières fut chargé de conduire Joseph à Madrid. Il lui ouvrit la route de sa capitale par la victoire de Médina del Rio Seco. « C'est un autre Villaviciosa ! » s'était écrié Napoléon ; il se trompait étrangement. Madrid occupé, il fallait conquérir l'Espagne méridionale. Le comte Dupont, qui avait rendu d'éclatants services dans les campagnes d'Austerlitz et d'Iéna, reçut cette mission très difficile. Il s'avança jusqu'à Cordoue. Comme il se sentait isolé, il revint sur ses pas. Au pied de la Sierra-Morena, à Baylen, il rencontra les bandes espagnoles du général Castanos. Une série de fausses manœuvres le mit dans une situation de plus en plus critique. Il avait déjà perdu beaucoup d'hommes dans divers engagements ; il ne vit d'autre moyen de sauver ce qm restait de son armée que de signer une capitulation, le 22 jmllet. La junte ou assemblée de Séville, qui représentait le gouvernement insurrectionnel, refusa d'en approuver les conditions ; elle déclara tous les soldats français prisonniers de guerre. Les malheureux furent soumis aux traitements les plus indignes ; enfermés dans les pontons de Cadix ou transportés dans l'îlot désert de Cabrera, la plupart périrent de froid et de faim.

PREMIÈRES RÉSISTANCES

Ce désastre militaire eut en Espagne et dans toute l'Europe un retentissement immense. Les soldats invincibles, les héros de Marengo, d'Austerlitz, d'Iéna avaient capitulé. Pendant trois heures Napoléon garda entre ses mains la fatale dépêche ; des cris involontaires s'échappaient de sa poitrine. En plein Conseil d'Etat, quand il parla de Baylen, des larmes montèrent à ses yeux.

Les malheurs s'accvmiulent. Joseph est chassé de Madrid ; les Anglais, commandés par Wellesley, qui sera un jour le duc de Wellington, débarquent auprès de Lisbonne, le 31 juillet 1808; le 30 août, le duc d'Abrantès capitule à Cintra. Cependant, le Sénat impérial déclarait que la guerre d'Espagne était «politique, juste, nécessaire. »

1808. ENTREVUE D'ERFURT. Kg» La présence de Napoléon dans la péninsule devenait nécessaire ; mais comment s'y rendre sans risquer de voir l'Autriche et la Prusse courir aux armes ? Qui lui répondra de la tranquillité du continent ? C'était à Alexandre, l'allié de Tilsit, à jouer ce rôle de gendarme. Pour le séduire mieux encore que sur les bords du Niémen, pour étaler devant toute l'Europe l'appareil de sa puissance, l'Empereur donna rendez-vous au tsar dans une petite ville de la Saxe prussienne, à Erfurt. L'entrevue d'Erfurt dura du 27 septembre au 14 octobre. Ce fut peut-être la plus brillante représentation de la gloire de Napoléon. Au lieu du rendez-vous, on voyait les rois de Westphalie, de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, la foule des grands-ducs, des ducs, des princes allemands. La Prusse était représentée par le prince Guillaume, frère du roi Frédéric-Guillaitme IIL On avait négligé d'inviter l'empereur d'Autriche. « Talma, roi de la scène, joua devant im parterre de rois, d Sur ce vers de l'Œdipe de Voltaire,

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux.

Napoléon et Alexandre se donnèrent l'accolade. « Je ne l'ai jamais mieux senti, » dit le tsar en serrant la main de son ami.

Pour régler l'étiquette dans cette cohue de potentats, il avait été décidé que le tambour roulerait trois fois pour les empereurs, une fois pour les rois. Comme un tambour avait roulé trois fois pour le roi de "Wurtemberg : a Tais-toi donc, imbécile, s'écria im officier en colère ; tu vois bien que ce n'est qu'un roi ! j>

L'Empereur eut des soins attentifs pour les hommes célèbres de l'Allemagne, poiir Gœthe et pour Wieland ; il voulait les séduire, il y réussit pleinement.

Goethe, l'Olympien, fut ébloui par les rayons du soleil impérial. « L'Empereur me fait signe d'approcher. Je reste debout devant lui à la distance convenable. Il me regarde avec attention, pms il me dit : « Vous êtes vm homme ! » La conversation s'engagea en particulier sur Werther, a J'ai étudié à fond votre Werther et toujours avec un charme nouveau.... Venez à Paris, j'exige absolument cela de vous. Là, le spectacle du monde est plus grand ; là, vous trouverez des matières immenses pour vos créations poétiques. J' L'auteur de Werther reçut la croix de la Légion

d'honneur. Bien des années après, Gœthe écrivait: «Napoléon, c'était là un homme. On peut dire que pour lui la lumière qui illumine l'esprit ne s'est pas éteinte un instant ; voilà pourquoi sa destinée a eu cette splendeur que le monde n'avait pas vue avant lui et qu'il ne reverra peut-être pas après lui. Oui, oui, c'était là un gaillard, que nous ne pouvons pas imiter en cela ! »

Au milieu des fêtes, des représentations, des parties de chasse. Napoléon et Alexandre traitaient les affaires sérieuses. Le premier était convaincu de la niaiserie du second, le second restait sur ses gardes contre les mensonges du premier ; Talleyrand, qui jouait un jeu équivoque, fort voisin de la trahison, desservait son maître auprès du tsar. Cependant de grandes protestations s'échangeaient entre les deux amis ; le 12 octobre, dans une convention secrète, ils renouvelaient solennellement leur alliance et s'engageaient à faire en commun soit la paix, soit la guerre. A l'égard de l'Angleterre et de l'Espagne, Napoléon obtint toutes les promesses qu'il voulut, d'autant mieux qu'il laissait carte blanche à son complice pour la réunion de la Finlande et des provinces danubiennes. Le 14 octobre, ils se quittèrent avec de vives démonstrations d'amitié ; ils ne devaient plus se revoir.

De retour à Paris, le 18 octobre, Napoléon faisait au Corps législatif cette déclaration: a L'empereur de Russie et moi, nous nous sommes vus à Erfurt ; nous sommes d'accord et invariablement unis pour la paix comme pour la guerre.... Lorsque je paraîtrai au delà des Pyrénées, le léopard épouvanté cherchera l'Océan pour éviter la honte, la défaite ou la mort. »

1808. NAPOLÉON EN ESPAGNE, v.^ Napoléon entra en Espagne le 4 novembre. Il lui fallut s'ouvrir la route de Madrid à grands coups d'épée. Ce fut, le 10 novembre, la bataille de Burgos, où les Espagnols firent preuve d'un acharnement extrême ; la ville prise fut pillée d'une manière épouvantable. Ce fut, le 30 novembre, la terrible affaire de Somo-Sierra. L'Empereur avait donné l'ordre de faire charger les chevaulégers de la légion polonaise. « Il y avait bien là, dit Ségur, quarante mille coups de fusils et plus de vingt coups de mitraille à recevoir par minute ; mais l'ordre avait été trop impératif, il n'y avait plus à reoiler.... Nous chargeâmes ventre à terre. J'étais à dix pas en avant d'eux, tête baissée, répondant par notre cri de guerre, dont j'avais besoin de m'étourdir, au bruit des feux ennemis éclatant tout à la fois, et à l'infernal sifflement de leurs balles et de leur mitraille. Je comptais sur la rapidité d'une attaque impétueuse ; mais ils ne tirèrent que trop juste.... L'escadron presque tout entier était abattu. Sur tout le terrain de notre charge, je ne vis debout qu'un seul trompette. Immobile au milieu des feux qui continuaient, le pauvre enfant pleurait son escadron et l'un de ses officiers étendu à terre. »

L'armée finit cependant par passer, elle était à présent aiix portes de Madrid. Des députés venus de Madrid parlaient de négocier. « Si dans une heure à cette montre, leur dit Napoléon, vous ne m'apportez pas la soumission du peuple, vous

PREMIÈRES RÉSISTANCES

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FRANÇOIS DE HABSBOURG- LORRAINE, le dernier empereur élu d'Allemagne sous le nom de François II, 1792-1806, le premier empereur héréditaire d'Autriche sous le nom de François I^', 1804-1835. Marié quatre fois, il n'eut d'enfants que de sa deuxième femme, Marie-Thérèse, de la famille des Bourbons de Naples. — Son frère cadet, l'archiduc Charles, fut l'adversaire de Napoléon. i*ar stembucchi.

(communiqué par wellagen et klessing.)

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POURSUITE de l'armée angloportugaise par l'armée française, épisode de la campagne de 1812. — En défendant un passage du Tage, une poignée de Français durent se Jeter dans le fleuve.

Parvenus sur la rive opposée, ils combattirent tout nus, enlevèrent la tour et firent onze prisonniers.

LITH. DE G, MOTTl. (bIBL. NAT., ESTAMPES.)

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serez tous passés par les armes. > Le même joiir, 4 décembre, les Français entraient dans la capitale de l'Espagne. L'Empereur y fit lui-même son entrée le 9. Le 22 décembre, il se mettait en campagne contre les Anglais, qui occupaient l'Ouest de la péninsule. Le passage de la sierra de Guadarrama se fit dans les conditions les plus pénibles, par une épouvantable tempête de neige. Napoléon et les maréchaux n'eurent d'autre moyen d'avancer que de se faire tirer à califourchon sur les pièces de canon. Au bout de quelques jours, l'Empereur renonçait à la poursuite des Anglais. Il laissa Soult leur donner la chasse et les rejeter jusqu'au port de la Corogne, où ils se rembarquèrent. Lui-même avîiit pris le parti de rentrer en France. La nouvelle des armements de l'Autriche, des intrigues de Talleyrand et de Fouché, avait motivé son retour. Il arrivait à Paris le 23 janvier.

Cinq jours plus tard, aux Tuileries, dans la salle du Trône, en présence de l'archichancelier Cambacérès, des ministres et des principaiix personnages de la Cour, Napoléon faisait au prince de Bénévent une scène d'une terrible violence. Il avait appris que Talleyrand et Fouché colportaient contre lui des propos calomnieux ; Talleyrand, en particulier, qui avait poussé à la guerre d'Espagne, en exploitait à présent les difficultés contre son maître. « Vous êtes, lui dit-il, un voleur, mi lâche, un homme sans foi.... Vous mériteriez que je vous brisasse comme verre, j'en ai le pouvoir, mais je vous méprise trop pour en prendre la peine. » Il lui jeta à la figure une injure ordurière. Talleyrand, on l'a déjà vu, ne broncha pas; il se borna pour le moment à dire que le grand homme était bien mal élevé ; mais il n'avait pas oublié : en 1814, il eut sa vengeance.

LA FIN DE LA GUERRE D'ESPAGNE, v^ La guerre d'Espagne devait durer jusqu'à la fin de l'Empire. Loin de s'éteindre, l'incendie ne fit qu'augmenter de jour en jour. Bien des causes l'expliquent : d'une part, la nature de l'Espagne faite de compartiments isolés, l'acharnement indomptable des habitants, le concours des Anglais qui, maîtres de la mer, purent débcirquer sur divers points de la péninsule ; d'autre part, le manque absolu d'autorité de Joseph sur les généraux de Napoléon, la faiblesse numérique de l'armée française dont les effectifs diminuèrent d'année en année, la jalousie de ses chefs les uns envers les autres. Suchet en Catalogne et dans la province de Valence, Soult en Andalousie, Masséna en Portugal et les autres travaillèrent isolément pour eux-mêmes. Pendant la retraite de Portugal, quand les relations étaient très tendues entre Masséna et Ney, le commandant Marbot vint apporter un ordre au maréchal Ney. Il se borna à hausser les épaules : « Allez dire à votre bourgeois que je ne puis faire ce qu'il ordonne. » Marbot répondit avec assurance : « Je suis le chef d'escadron Marbot, aide de camp ae Son Excellence le maréchal duc de Rivoli et prince d'Essling, commandant en chef l'armée de Portugal, et j'ai été chargé par lui de porter ses ordres à Son Excellence le maréchal duc d'Elchingen, commandant le VP corps d'armée. » Ney

se borna à sourire : « Tu es un bon bougre ! » Mais il ne changea rien à sa manière de faire.

La prise de Saragosse par Lannes après un siège épouvantable, les campagnes de Soult en Estrémadure, de Masséna en Portugal, de Suchet en Catalogne, parurent d'abord assurer l'avantage aux Français dans les années 1809-1810. Mais Masséna fut battu à Torres-Vedras, aux portes de Lisbonne, Marmont aux Arapiles, Jourdan à Vitoria, Soult enfin à Toulouse le 10 avril 1814, dix jours après l'entrée des AUiés à Paris. Le général qui avait fait reculer l'armée française pendant trois ans, des embouchures du Tage aux bords de la Garonne, c'était "Wellington, le futur vainqueur de "Waterloo.

1809. NOUVELLE GUERRE CONTRE L'AUTRICHE, v^ Dès le miUeu de l'année 1808, à la nouvelle des événements d'Espagne, l'Autriche avait commencé des préparatifs militaires. Au moment de l'entrevue d'Erfurt, François I®'' d'Autriche avait adressé à Napoléon une lettre entortillée, à laquelle celui-ci avait répondu par des menaces à peine dissimulées. L'Autriche continua ses armements. L'archiduc Charles, qui voulait donner à la guerre prochaine le caractère d'une guerre patriotique, lançait un appel à la nation allemande et, le 9 avril 1809, il envoyait une déclaration de guerre au général en chef de l'armée française en Bavière. Napoléon reçut cette nouvelle à Saint-Cloud le 11 avril ; deux heures après, il était sur la route de l'Allemagne ; le 17, il était arrivé à Donauwerth, en Bavière. « Soldats, dit-il à ses troupes, j'arrive au milieu de vous avec la rapidité

de l'aigle Nos succès passés nous sont un sûr garant de la victoire qui nous

attend. Marchons donc, et qu'à notre aspect l'ennemi reconnaisse ses vainqueurs! » La guerre de la cinquième coalition commençait.

En prenant le commandement, Napoléon avait envoyé à Masséna ces simples mots, où l'on pourrait trouver toute la formule de son génie militaire : « Activité, activité, vitesse. » La campagne dite des Cinq Jours fut marquée en effet par une rapidité foudroyante. L'Empereur recommença la manœuvre enveloppante d'Ulm, mais avec un succès incomplet. Ce furent les combats de Tengen, d'Abensberg,de Landshut, d'Eckmûhl, du 19 au 22 avril ; à Eckmûhl, le 22, Davout, opposant aux Autrichiens sa ténacité indomptable, les contint jusqu'à l'arrivée de Napoléon, de Lannes et de Masséna. L'année de l'archiduc fut rejetée sur Ratisbonne. Les Français donnèrent l'assaut à la ville ; Napoléon y fut blessé au pied droit Ratisbonne fut prise le 23 avril, mais la majeure partie de l'armée autrichienne s'était échappée par la rive gauche du Danube.

L'armée française descendit le Danube à droite, avec les corps de Masséna et de Lannes. A Ebersberg, sur la Traun, le 3 mai, Masséna se heurta à des retranchements formidables élevés par le général autrichien Hiller. Il y eut une bataille acharnée; on passa. Le 8, Napoléon était arrivé à l'abbaye de Saint-Pœlten. Le

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lendemain, il couchait au château de Schœnbrunn, atix portes de Vienne. L'archiduc Maximilien, qui occupait la ville, fit mine de se défendre. Vienne fut bombardée. On raconta plus tard que Napoléon, ayant appris qu'une archiduchesse était restée dans la ville, avait fait cesser le feu : cette archiduchesse était sa future femme. Le 13 mai, une capitulation était signée : Napoléon entrait dans Vienne avec la Garde et les corps d'armée de Lannes et de Masséna.

Il restait à franchir le Danube pour aller détruire l'armée de l'archiduc Charles, qui s'était concentrée dans la plaine de la March. Napoléon fit choix à cet effet de l'île Lobau, im peu en aval de Vienne. Le 21 et le 22 mai eurent lieu les deux journées de la bataille d'Essling. Notre armée était passée sur la rive gauche, à Essling et à Aspem ; elle se trouva à im moment dans une situation très critique, car le pont de bateaux qui la reliait à l'île Lobau s'était rompu. Le sang-froid héroïque de Masséna conjura tout désastre; il put ramener l'armée dans l'île, a Ceux qui n'ont pas vu Masséna à Aspem, disait Napoléon, n'ont rien vu. k Lannes, l'Ajax français, succomba dans ces journées cruelles; la mort du duc de Montebello inspira à Napoléon de sincères regrets : « Quelle perte pour la France et pour moi ! L'esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage; il était devenu un géant, »

WAGRAM. v^ Après les journées d'Essling, Napoléon se cantonna dans l'île Lobau comme dans une vaste citadelle. Il fit venir d'Italie, de Dalmatie et de la Haute- Autriche les corps d'armée d'Eugène, de Marmont et de Bemadotte. Fendant six semaines il resta immobile. Puis brusquement, dans la nuit du 4 au 5 juillet, l'armée passa sur la rive gauche, au milieu d'im orage affreux, et déboucha vers Enzersdorf ; elle formait, le 5 juillet, à la hauteur de Wagram, trois masses compactes, avec Masséna, Bernadotte, Davout. Le lendemain, 6 juillet 1809, eut lieu la grande bataille. L'archiduc ne put couper notre gauche du Danube ; à notre centre, l'artillerie de la Garde, commandée par Lauriston, fit merveille; à notre droite, Davout prit une vigoureuse offensive. Après dix heures de bataille, les Autrichiens avaient trente mille hommes hors de combat. Quand la victoire fut acquise, Napoléon prit quelques instants de sommeil sur une peau d'ours, à l'ombre d'une pyramide de tambours.

Trois généraux durent à cette journée triomphale le bâton de maréchal : MacdonaJd, Oudinot, Marmont ; on les appela la monnaie de Lannes. Davout fut créé prince d'Eckmûhl, Masséna prince d'Essling, Berthier prince de Wagram.

LE PATRIOTISME ALLEMAND. ^^ Ce qui donne à la campagne de 1809 son caractère propre, c'est moins la science des combinaisons stratégiques de Napoléon et de l'archiduc Charles, que les diverses manifestations du patriotisme allemand.

Au Nord de l' Allemagne, le major prussien Schill avait levé des bandes ; U périt dans xme tentative sur Stralsund. Le duc de Brunswick, le fUs du vaincu d'Auerstaedt, avait levé la Légion noire de la Vengeance : il tint la campagne pendant plusieurs

semaines. Le plias grave de ces symptômes, ce fut la jacquerie ou la Vendée organisée dans les montagnes du Tyrol par l'aubergiste André Hofer. Pour le réduire, il fallut l'armée de Lefebvre et une campagne de près de neuf mois ; Hofer fut fusillé à Mantoue. Ces révoltes étaient comme les premiers craquements de l'édifice. « Si cela continue, disait le roi de Bavière, il faudra y renoncer et mettre la clef sous la porte. > L'Allemagne ne se soulevait pas seulement contre le régime, mais contre l'homme même qui le lui imposait. Le 12 octobre, à Schœnbrunn, pendant une parade, un jeime Allemand, Frédéric Stapps, qui avait paru suspect au général Rapp, aide de camp de l'Empereur, fut arrêté. Il fut trouvé porteur d'un grîind couteau ; il déclara qu'il votilait s'en servir contre Napoléon. L'Empereur l'interrogea lui-même. « Pourquoi vouliez-vous m'assassiner ? — Parce qu'il n'y aura jamais de paix pour l'Allemagne tant que vous serez au monde. — Qui votis a inspiré ce projet? — L'amour de mon pays. — Que feriez-vous si je vous mettais en liberté ? — Je vous tuerais. » Stapps subit bravement le dernier supplice. Son dernier cri fut : a Vive la liberté ! Vive l'Allemagne ! Mort à son tyran ! »

LA PAIX DE VIENNE. v.tf» La paix fut signée à Vienne le 14 octobre 1809. L'Autriche était complètement exclue de l'Adriatique ; les provinces qu'elle y perdait, la majeure partie de la Croatie, l'Istrie, la Dcdmatie, Raguse, constituaient le gouvernement français des Provinces illyriennes. Le reste des dépouilles de l'Autriche enrichissait la Bavière avec le duché de Salzboiirg, le duché de Varsovie avec la Galicie, la Russie avec le cercle de Tarnopol dans l'ancienne Pologne. L'empereur d'Autriche avait perdu cent dix mille kilomètres carrés et trois millions et demi de sujets ; il dut cruellement regretter les idées de revanche qui lui avaient valu ces nouveaux désastres.

Napoléon, revenu en France, alla s'installer à Fontainebleau ; U y tint ime cour très brillante jusqu'au milieu de novembre. Il était de retour à Paris le 14 novembre. On rapporte qu'en rentrant de Fontainebleau, il fit le trajet à cheval avec tant de rapidité que seul un chasseur de son escorte put le suivre ; U n'avait avec lui que ce garde imique quand il mit pied à terre dans la cour des Tuileries.

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