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DE PRUSSE

et un mois plus tard, au mois de mars 1814, sur les bords de la Seine. Talleyrand avait été bon prophète, s'il est vrai qu'il ait dit dès le début de la campagne : « C'est le commencement de la fin. »

L'ARMÉE FRANÇAISE EN 1812. vj^ Les Russes ont donné deux noms à l'armée de Napoléon dans la campagne de 1812. Ce fut « l'armée des vingt nations ; » elle comprenait en effet des soldats de toute l'Europe, Français, Italiens, Allemands, Autrichiens, Polonais — ceux-ci au nombre de 60000, — Espagnols même, avec un effectif total de 356000 Français proprement dits et de 322000 étrangers, soit la masse énorme de 678 000 hommes. Ce fut aussi «. l'armée sans pardon ; » car la maraude ou plutôt le brigandage y devint un fléau épouvantable. Les services d'intendance n'avaient plus les moyens d'assurer, à pareille distance et avec de pareils effectifs, l'entretien régulier des corps d'armée. Alors les hommes volaient et pillaient.

Devant cette invasion terrible qui se ruait à la conquête de la Russie, le tsar

LA CAMPAGNE DE RUSSIE

proclama la guerre sainte. « Levez-vous tous, disait une proclamation d'Alexandre. Avec la croix dans le cœur et des armes dans les mains, nulle force humaine ne pourra prévaloir contre vous. » Aux yeux des orthodoxes, Napoléon devint l'Antéclirist ; à l'autre bout de l'Europe, les Espagnols l'avaient déjà baptisé de ce nom de malédiction.

« QUEL EST LE MEILLEUR CHEMIN POUR ARRIVER A MOSCOU ? )- ^^ Parti de Kœnigsberg le 17 juin, Napoléon arrivait le 23 sur la rive gauche du

MOSCOl

Osiî'^^*' ^^abinovitcbi

MaJoïarosIavets,

o^ Smolensk

CAMPAGNE DE RUSSIE

200 Km

Echelle

Niémen ; il traversait le fleuve le lendemain. Du quartier impérial de "WylkowyszH, le 22 juin, il avait adressé à la Grande Armée cette proclamation :

a Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s'est terminée à Friedland et à Tilsit. \ Tilsit la Russie a juré étemelle alliance à la France et guerre à l'Angleterre. Elle viole aujourd'hui ses serments. Elle ne veut donner aucune explication de son étrange conduite que les aigles françaises n'aient repassé le Rhin, laissant par là nos alliés à sa discrétion. La Russie est entraînée par la fatalité ; ses destins doivent s'accomplir. Nous croirait-elle donc dégénérés ? Ne serions-nous donc plus les soldats d'Austerlitz ? Elle nous place entre le déshonneur et la guerre : le choix ne saurait être douteux. Marchons donc en avant, passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armes françaises, comme la première. Mais la paix que nous conclurons portera avec elle sa garantie et mettra un terme à la funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe. »

Le passage du Niémen avait commencé à Kovno le 24 juin. Un officier de cosaques, commandant une patrouille, vient au-devant des sapeurs du génie qui construisaient un pont : k Qui vive ? — Français. — Pourquoi venez- vous en Russie ? — Pour vous faire la guerre. » Le cosaque disparaît dans les profondeurs de la forêt. Les Français tirent des coups de fusil. On ne leur répond pas. Dès la première heure, la Russie se recueillait dans un silence formidable.

Napoléon entrait à Vilna, l'ancienne capitale de la Lithuanie polonaise, le 28 juin. Il y resta dix-huit jours, jiisqu'au 16 juillet. C'est que tout de suite la difficulté des approvisionnements et de la concentration lui imposait ime lenteur hors de ses habitudes. Il reçut à Vilna le ministre de la Police, Balachof, qui venait de la part d'Alexandre pour ouvrir des négociations : la condition première était que l'armée française repassât la frontière. Napoléon ne prit pas cette offre au sérieux. Son parti était arrêté : il voulait percer droit au cœur en marchant sur Moscou, Moscou la Sainte, dont la prise aurait un effet moral autrement retentissant que la prise de Saint-Pétersbourg. Il se borna à causer avec Balachof. « Il paraît, dit-il, qu'il y a beaucoup d'églises à Moscou. — Trois cent quarante. — C'est beaucoup ; on n'est plus dévot aujourd'hui. — Pardon, Sire ; on est encore dévot en Russie comme en Espagne. — Quel est le meilleur chemin pour arriver à Moscou ? — Il y en a beaucoup. Il y a un proverbe chez nous qui affirme que tous les chemins vont à Moscou. Charles XII avait pris par Poltava. »

La marche en avant recommença le 16 juillet. Devant les Français, deux armées russes, que commandaient le prince Bagration et le ministre Barclay de Tolly, ne cessaient de se dérober; elles faisaient le vide partout où elles passaient. Impossible de les atteindre et impossible de s'approvisionner. Le 25 et le 26 juillet, les deux combats d'Ostrovno furent des affaires sans conséquences. On finit cependant par arriver à Vitebsk, la ville de la Dima qui commande la route de Smolensk et de Moscou. Là, nouvel arrêt, de seize jours encore, du 28 juillet au 13 août, toujours pour les mêmes raisons. L'offensive reprend le 13 août. On approche assez vite de Smolensk; l'Empereur y entre le 18 août. Le lendemain, aux portes de Smolensk, à Valoutina, un combat assez violent se livrait ; il coûtait la vie à l'un des meilleurs soldats de la Grande Armée, le général Gudin. Les deux armées russes avaient encore réussi à se dérober.

KOUTOUSOV GÉNÉRALISSIME. viB» Napoléon avait quitté Smolensk le 24 août ; il marchait à présent droit sur Moscou.

Depms quelques jours un revirement profond s'était fait dans l'esprit d'Alexandre. Il avait accepté la guerre; il avait même dit : « Si Napoléon fait la guerre et que la fortune lui sourie en dépit du but légitime poursuivi par les Russes, il faudra qu'il signe la paix sur le détroit de Bering. » Mais, en acceptant la guerre, il s'était borné jusqu'ici à la tactique défensive de Barclay de Tolly et de Bagration; les

LA CAMPAGNE DE RUSSIE

BAGRATION (PRINCE), 1765-1812. — En 1812, il commanda la 2^ armée de l'Ouest. Blessé mortellement à la Moskowa. ib n.. est.)

BARCLAY DE TOLLY (COMTE), d'origine écossaise, 1761-1818. — En 1812, il commanda la 1"^ armée de l'Oaest.

{B. S., EST.l

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