‹ NapoléonChapitre 75 sur 132 · PAR DAVID. (COLL. DU COMTE XAVIER BRAXICKI.) CL. HACHETTE · texte numérisé non relu

PAR DAVID. (COLL. DU COMTE XAVIER BRAXICKI.) CL. HACHETTE

WALEWSKA (MARIE), née LAC- ZINSKA. — V. Délicieusement jolie, elle réalisait les figures de Creuse. » Mariée à 16 ans à Colonna de Walewice-Walewski, qui en avait 70, elle connut Napoléon à Varsovie dans l'hiver de 1807 ; elleluidonna un fils, né en 1810 (le comte Walewski, qui fut ambassadeur et ministre sous le règne de Napoléon III). Elle alla voir Napoléonà l'iled'Elbe. Veuve en 1816, elle épousa le général comte d'Ornano ; elle mourut à Paris en 1817. par gêrard. (m. de Versailles.)

ENTRÉE DES FRANÇAIS à MOS- COU. — Napoléon arriva à Moscou le 14 septembre dans l'après-midi, le jour même où l'incendie de la ville commençait. Le lendemain matin, il pénétra au Kremlin. On aperçoit ici l'escalier Roizge, où les strélitz furent massacrés sous Pierre le Grand, les coupoles de la cathédrale de l'Assomption et la parle de l'Arsenal.

LA CAMPAGNE DE RUSSIE

résultats semblaient la coadamner, ccir Napoléon avançait toujours. Dans un séjour à Moscou, le tsar prit le parti de remettre les destinées de la Russie entre les mains d'un homme résolu à se battre ; il appela au commandement suprême de l'armée, à la date du 8 août, le feld-maréchal Koutousov. Celui-ci avait perdu la bataille d'Ausierlitz, il n'était pas persona grata auprès d'Alexandre; mais il incarnait pour l'armée le véritable esprit militaire. En fait, Koutousov allait être le héros de la Guerre Patriotique.

, 1812. BORODINO OU LA MOSKOWA, vj# Le 5 septembre, à Borodino, à quelque distance de la Moskowa, la Grande Armée rencontra les Russes, qui l'attendaient. Koutousov avait pris une forte position défensive. Il barrait la route du Nord au Sud ; il avait à sa droite Barclay, à Borodino, à sa gauche Bagration ; lui-même était au centre, à la Montagne-Rouge et au ravin de Séménovskoé. Cent vingt mille hommes et six cents pièces de canons garnissaient ces lignes formidables.

Davout proposait à Napoléon de tourner l'ennemi, a Cela me ferait perdre trop de temps, » répondit l'Empereur. La bataille ne fut point, en effet, du type napoléonien, qui consiste à envelopper l'ennemi et à l'escamoter ; ce fut une trouée brutale, faite à l'intérieur des masses russes. A Barclay était opposée l'armée d'ItaUe avec Eugène ; à Bagration, le V^ corps, commandé par Poniatowski ; en face de la Montagne-Rouge et du ravin de Séménovskoé, une première ligne avec les corps de Davout et de Ney, ime deuxième hgne avec les corps de Murât et de Junot, une troisième hgne avec la Garde, qui était la réserve suprême.

Les Russes se préparèrent à la bataille comme au sacrifice. Koutousov, entouré des popes, porta processionnellement devant ses soldats une icône sainte, sauvée des ruines de Smolensk ; il parla à ses soldats du ciel et de la patrie. Napoléon n'était point sans inquiétude ; il venait de recevoir le portrait du roi de Rome que Marie-Louise lui avait fait adresser. « Retirez-le, dit-il ; il voit de trop bonne heure un champ de bataille. » Le 7 septembre, à deux heures du matin, « au camp impérial, sur les hauteurs de Borodino, b il dictait cette proclamation :

<f Soldats, voilà la bataille que vous avez tant désirée ! Désormais la victoire dépend de vous : elle nous est nécessaire. EUe nous donnera l'abondance, de bons quartiers d'hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, à Vitebsk, à Smolensk, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée. Que l'on dise de vous : Il était à cette grande bataille sous les murs de Moscou ! »

L'Empereur avait passé la nuit dans l'anxiété. « Qu'est-ce que la guerre? disait-il. Un métier de barbarie où tout l'art consiste à être le plus fort sur un point donné. » A cinq heures du matin Ney lui fait demander l'ordre d'attaquer, a Allons, dit Napoléon, allons ouvrir les portes de Moscou. »

La grande bataille se livra le 7 septembre 1812. EUe débuta par une canonnade

formidable. Vers onze heures, notre centre et notre gauche avaient partie gagnée ; mais l'Empereur hésitait à faire donner la Garde, Koutousov put revenir sur nous. Alors, la cavalerie de Murât et les cuirassiers de Caulaincourt, dans un élan irrésistible, balayèrent tous les obstacles, A partir de trois heures, la canonnade recommença, tandis que les Russes évacuaient leurs positions.

Ce fut une victoire, et Ney mérita justement son titre de prince de la Moskowa. Mais à quel prix le succès était-il acquis ! Les Français comptaient trente mille hommes hors de combat, quarante-neuf généraux et trente-sept colonels tués ou blessés. La boucherie avait été affreuse ; im témoin rapporte que les ouvrages des Russes avaient disparu « sous une colline artificielle de morts et de mourants, d'une épaisseur moyenne de six à huit hommes, entassés les uns sur les autres. »

A MOSCOU. v/B? Koutousov s'était replié en bon ordre. Arrivé à Fili, une des collines qui dominent Moscou, il tint un conseil de guerre et il décida d'abandonner la vieille capitale. Le 9 septembre. Napoléon arrivait à Mojaïsk ; il y passait trois jours. Le 12, il couchait à PeteUna, aux portes mêmes de Moscou. Il avait sous les yeux sa nouvelle conquête. « Moscou, dit Chateaubriand, comme une princesse européenne aux confins de son empire, parée de toutes les richesses de l'Asie, semblait amenée là pour épouser Napoléon. *

« Moscou ! Moscou ! » s'écrient les soldats, qui du mont des Moineaux découvrent tout à coup les coupoles d'or des églises et le panorama fantastique de la ville immense. Dans les rangs des divisions polonaises l'enthousiasme devient une ivresse religieuse ; les Polonais tombent à genoux, ils remercient le Dieu des armées de les avoir conduits par la victoire dans la capitale de Catherine II, leur ennemie acharnée.

Le 14 septembre, vers trois heures de l'après-midi, Napoléon entrait à Moscou. Son étonnement fut grand de trouver une cité silencieuse et morte ; pas de députation, personne, a Moscou est déserte! lui dirent ses officiers, — Moscou est déserte? C'est invraisemblable; qu'on m'amène les boyards! » Point de boyards, tout fermé, la ville morte. Le même jour, l'incendie de la ville commençait dans le quartier des marchands. Rostopchine, le gouverneur de Moscou, avait pris le parti de livrer la ville au feu et à la ruine. Il avait à l'avance lancé les proclamations les plus enthousiastes : « Moscou est notre mère ; elle nous a abreuvés, nourris, enrichis. Au nom de la Mère de Dieu, je vous convie à la défense des temples du Seigneur, de Moscou, de la Russie..., Gloire dans le Ciel à ceux qui iront! Paix éternelle à ceux qui mourront! Punition au jugement dernier à ceux qui reculeront! »

La Grande Armée avait fait son entrée solennelle le 14 septembre, au chant de la Marseillaise. Napoléon s'était établi au Kremlin, dans l'antique palais des tsars. Il avait couché dans le lit de Michel Romanof, le grand-père de Pierre le Grand, qu'on conserve comme une relique historique. Devant les ravages du feu qui détruisait tout, il dut quitter le Kremlin dans l'après-midi du 16. « Tout ceci, disait-il, nous présage

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de grands malhexirs. y II rentra au Kremlin le surlendemain. Des commissions militaires condamnèrent à mort des centaines d'incendiaires, vrais ou supposés. Mais les Français n'occupaient plus que des monceaux de cendre et les troupes se mettaient à piller les édifices encore intacts. Le maréchal Mortier, qui avait été nommé gouverneur de Moscou, eut beaucoup de peine à rétablir une apparence d'ordre.

Napoléon affectait un grand calme; il faisait dater de Moscou, le 13 octobre 1812, le fameux décret sur l'organisation du Théâtre- Français, qui en réalité ne fut signé que deux mois après, à Paris. Il avait songé à un moment à ouvrir des négociations avec Alexandre. Une lettre, où il se disculpait d'avoir brûlé Moscou, resta sans réponse, a Napoléon ou moi ! dit le tsar. Moi ou lui ! Mais nous ne pouvons régner ensemble. J'ai appris à le comprendre. Il ne me trompera plus. i> De son côté, Koutousov avait gardé sa confiance : a. L'occupation de Moscou, disait-il, n'est pas la conquête de la Russie, tant s'en faut. i> Et, avec son armée, il demeurait à proximité de la ville.

LE DÉPART DE MOSCOU, v^ Rester à Moscou dans une situation pareille, quand l'armée française risquait d'être séparée par la neige du reste du monde, c'était pure folie : la retraite était devenue une nécessité. L'astre impérial avait atteint la limite de sa course.

Le 19 octobre, à la première heure. Napoléon quittait le Kremlin; il avait occupé Moscou pendant trente-cinq jours. « Sans l'incendie, a-t-il dit plus tard, je passais tout l'hiver à Moscou. La France eût commencé à pouvoir jouir, le système européen était fondé, je devenais l'arche de l'ancienne et de la nouvelle alliance. » Mortier partit le dernier, après avoir commis une barbarie inutile : il fit sauter une partie du Kremlin.

La retraite commençait, elle prit tout de suite le caractère d'une débâcle. A côté de l'armée, il y avait toute une cohue de non-combattants, employés, hommes, femmes, enfants. Depuis la mi-octobre il neigeait. Les routes étaient impraticables. Napoléon ne voulait pas repasser par le même chemin qu'à l'aller. Il s'était porté plus au Sud; mais arrivé à Maloïaroslavets, le 25 octobre, il trouva l'armée de Koutousov, qui lui barrait la route. Bataille d'une extrême violence ; la ville fut prise et perdue sept fois ; en fin de compte, il fut impossible de passer. Force fut de revenir vers le Nord et de reprendre l'ancienne route à Borodino, au milieu des cadavres du 7 septembre qm jonchaient toujours le sol. Les froids devenaient d'une rigueur extrême, 18 à 20° au-dessous de zéro. Les cosaques harcelaient nos régiments sans répit. Nos malheureux soldats ne savaient où s'asseoir, où se coucher. Ils prenaient quelques heures de repos, et « le joiir grandissant éclairait des cercles de fantassins raidis et morts autour des bûchers expirés. »

Toute la région de Smolensk fut le théâtre de combats terribles. Napoléon et la Garde étaient en tête, Ney et Eugène au centre, Davout à l'arrière-garde. Le 3 novembre, à Viazma, à mi-chemin entre Moscou et Smolensk, Ney et Eugène furent coupés à un moment du reste de l'armée ; ils parvinrent à s'ouvrir une route, au prix de cruels sacrifices. Le 12, le gros de l'armée était à Smolensk; mais la ville avait été pillée, impos-

sible de s'y arrêter. Le 15 novembre, après un arrêt de six jours, Napoléon se remit en route. Le froid était atroce; faute de fourrage, plus de trois mille chevaux périssaient en quelques jours ; l'armée se fondait en route. Arrivé à Krasnyi le 15 novembre, Napoléon parvint à dégager Davout, qui était entouré par toute l'armée russe; mais Ney était resté seul à l'arrière-garde. Le prince de la Moskowa se heurta, à Krasnyi, à soixante mille hommes, le 18 novembre; il fut obligé de revenir dans la direction de Smolensk ; il put s'échapper et rejoindre l'Empereur à Orcha, après deux jours d'une marche affreuse. Quand il le vit arriver. Napoléon se jeta duns ses bras en pleurant.

De Smolensk à Krasnyi, Koutousov avait ramassé vingt-six mille traînards et blessés, deux cent huit canons, cinq mille voitures ; il gagnait ainsi son titre de prince de Smolensk. A Orcha, le 20 novembre l'armée française était de nouveau réunie. L'Empereur fit brûler à cet endroit les papiers qu'il avait rassemblés pour écrire son histoire pendant les six mois qu'il avait pensé vivre sur les bords de l'antique Borysthène.

LA BEREZINA. v^ Napoléon avait compté pour se refaire sur la place de Vitebsk, où il était déjà passé à l'aller ; mais Vitebsk avait été occupé par le général russe Wittgenstein, sans que Gouvion-Saint-Cyr, chargé de la défense des bords de la Duna, ait pu le repousser. La route était donc fermée dans la direction du Nord. Au Sud, à notre gauche, c'était Tchitchagof qui brûlait les étapes pour nous barrer la route de Minsk. Par derrière, à quelques verstes à peine, ne lâchant point le contact, c'était Koutousov qui nous harcelait jour et nuit. Partout des forêts immenses, sans routes, ensevelies sous la neige, où les régiments se perdaient.

Un passage était libre encore, le pont de Borisov, sur la Bérézina; mais le 21 novembre, Tchitchagof s'en emparait. La situation était affreuse. Oudinot reprit le pont le 22 ; Tchitchagof eut encore le temps de le faire sauter. La Grande Armée comprenait à peine quarante mille hommes valides. L'énergie de Napoléon se haussa à la grandeur de cette tragédie épouvantable, a. Si lui seul, comme l'a dit le chancelier Pasquier, avait pu concevoir et oser une si folle expédition, lui seul pouvciit n'y pas succomber tout entier. Telle était la puissance qu'il exerçait sur les hommes qui périssaient à sa suite que pas un signe de désobéissance ne s'est manifesté, que pas un murmure ne s'est fait entendre dans cette armée succombant sous le froid et la faim ; un pareil exemple n'a peut-être jamais été donné au monde. Pour ceux qui l'ont vu sur les bords de la Bérézina, parcourant ces rives inconnues un bâton à la main, absorbé dans l'étude des chances qui lui restaient de dérober son passage à l'ennemi, donnant ses ordres avec un imperturbable sang-froid, et triomphant enfin d'une difficulté qui eût paru insiuTnontable à tout autre, il n'a peut-être jamais été plus grand. »

Le général Eblé fut envoyé avec les pontonniers pour construire deux ponts à Studzianka, village situé à trois lieues en amont de Borisov, où l'on venait de reconnaître un gué. Les ponts furent construits, en effet, au milieu de mille obstacles ; mais l'un des deux céda sous la poussée des glaçons, il fallut le reconstruire. Éblé et ses

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ROSTOPCHINE (COMTE), 1763- 1826. — Gouverneur général de Moscou en 1812, il fut chargé, à l'approche des Français, de mettre la ville en état de défense. Pour exciter les courages, il publia de nombreux manifestes ; après Borodino, il affichait encore une proclamation : ^ Njus sommes prêts à sacrifier nos vies pour empêcher le scélérat d'entrer à Moscou. " // fit évacuer sur Vladimir les archives, les trésors des églises et dis palais. Il quitta Moscou au dernier moment, après avoir ouvert aux détenus les portes des prisons et donné l'ordre d'incendier les magasins d'e:iade-vie. Il s'est défendu d'avoir m:s le feu à Moscou, mais son aveu suffit :

« Un événement qu'il a préparé, mais qu'il a été loin d'effectuer. « — Une de ses filles épousa le comte de Ségur, neveu de l'historien. (COLL. V"' DE PITRAVSÉGUK

INCENDIE DE MOSCOU. — Napoléon et son état-major sur la place du Tsar, à l'intérieur dit Kremlin, contemplent l'incendie. L'Empereur dut évacuer le Kremlin dans l'après-midi du 16 septembre ; il y rentra le 18. Au pied du Kremlin, la Moskowa.

ESTAMPE RUSSE, MOSCOr.

SUR LA ROUTE DE MOSCOU A SMOLENSK, par Maloiaroslavets, Borodino, Viazma; 19 octobre-9 novembre 1812. — « Des corbeaux et des meutes de chiens blancs sans maîtres suivaient à distance cette retraite de cadavres. >- (Chateaubriand.) (misùe de larmée >

PASSAGE DE LA BÉRÉZINA. — Napoléon fit jeter deux ponts par les sapeurs du général Éblé sur la Bérézina (la rivière des Bouleaux), à Studzianka, à trois lieues en amont de Borisov, le 26 novembre. Le 28 novembre fut la journée la plus tragique du passage, lith uadam. (bibl. nat., estampes )

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sapeurs, qui n avaient plus leurs équipages de pont, durent pénétrer dans l'eau glacée jusqu'à mi-corps. Oudinot et Ney passèrent les premiers le 26 novembre ; ensuite, le 27, Napoléon avec la Garde, l'armée d'Italie, l'artillerie, au milieu d'accidents sans nombre. Autour de Napoléon, quatre compagnies à cheval, composées de généraux et d'officiers supérieurs, formaient « l'escadron sacré. » A peine avait-on débouché sur la rive droite que Tchitchagof se présentait au travers de la route ; il fallut se battre le 28. Victor, le duc de Bellune, resté en arrière sur la rive gauche, était aux prises un jour et une nuit avec Wittgenstein ; il n'avait plus que cinq mille hommes. Il put cependant s'ouvrir ime trouée, il passa les p)onts et il les brûla le 29 novembre. Douze mille à quinze mille traînards avaient été abandonnés s\ir la live gauche de la Bérézina.

L'Empereur arrivait à Smorgony, sur la route de Vilna, le 5 décembre. Le soir même, à huit heures, il partait brusquement pour la France ; il voyageait sous le nom de Rayneval, ancien secrétaire de légation de Caulaincourt, le duc de Vicence ; û avait avec lui Duroc, Caulaincourt et un capitaine polonais comme interprète. A Kovno, le 7, il monta dans un traîneau qui devait le mener jusqu'à Dresde. Le 10, il était à Varsovie ; le 13, à Glogau ; le 14, à Dresde. Le temps de prendre un bain, de souper, et il repart, dans la voiture de la reine de Saxe montée en traîneau. C'est une course sans répit : le 15 à Leipzig, le 16 à Mayence, le 17 à Verdun, le 18 à Château- Thierry ; le même jour, à onze heures du soir, il était de retour aux Tuileries. Le lendemain il travaillait avec Cambacérès, Savary et Clarke jusqu'à une heure du matin. Lacépède s'était empressé de venir lui apporter, au nom du Sénat, des félicitations officielles a sur l'heureuse arrivée de Sa Majesté au milieu de ses peuples. »

LA CONSPIRATION MALET, v^ Que s'était-il donc passé ? Une aventure extraordinaire avait révélé à Napoléon la fragihté de l'édifice impérial. Le général Malet, mis à la retraite en 1808, puis incarcéré pour avoir déjà organisé des complots, venait de réussir à Paris im coup de main d'une audace invraisemblable. Dans la nuit du 22 au 23 octobre, il s'était emparé de deux casernes, en annonçant la mort de l'Empereiir ; il avait blessé d'un coup de pistolet le général Hulin, commandant la première division militaire, tandis que deux de ses complices, les généraux Lahorie et Guidai, faisaient conduire à la Force le ministre de la Police Savary et le préfet de Police Pasquier. Frochot, le préfet de la Seine, fut de son côté complètement dupe de l'aventure. Mais, le même jour à midi, Malet était arrêté à l'état-major de la place : la conspiration avait avorté. Avec vignt-quatre accusés, il comparut devant ime commission militaire. Quatorze de ses complices et lui-même furent condamnés à mort le 29 octobre et fusUlcs, le même jour, dans la plaine de Grenelle.

Napoléon avait appris ces événements le 6 novembre, comme il quittait Dorogobouge, entre Viazma et Smolensk. a Voilà donc à quoi tient mon pouvoir ! Quoi ? Il est donc bien aventuré, s'il suffit d'im seul homme, d'un détenu, pour le compromettre ! Ma couronne est donc bien peu affermie sur ma tête, si, dans ma capitale même, un

coup de main hardi de trois aventviriers peut la faire chanceler!... Il me faut des hommes et de l'argent ; de grands succès, de grandes victoires répareront tout. Il faut que je parte. »

a LA SANTÉ DE SA MAJESTÉ N'A JAMAIS ÉTÉ MEILLEURE. » vj^ Napoléon parti, tout s'était abîmé. Au milieu d'un froid épouvantable, qui descendit jusqu'à 30 degrés, la malheureuse armée, que conduisait Murât, finit par arriver à Vilna le 18 décembre ; elle se précipita dans la ville comme un troupeau de sauvages affamés. Elle venait à peine d'y entrer que derrière elle arrivaient les trois armées de Wittgenstein, de Tchitchagof et de Koutousov. Il y eut des scènes horribles ; les Juifs de Vilna furent féroces pour ces malheureux ; quinze mille malades, qu'on dut abandonner, furent odieusement massacrés. La cohue des survivants en débâcle se précipita sur la route de Kovno. Les chemins couverts de glace étaient impraticables. On abandonna tout, canons, caissons, vivres ; le trésor de l'armée, dix millions en pièces d'or, fut laissé sur la route ; les cosaques de Platof et les Français eux-mêmes se jetèrent sur les napoléons. Seul, un homme ne perdait pas la tête. Ney, le brave des braves, à l'arrièregarde, un fusil à la main, faisait le coup de feu, comme un simple grenadier. Il défendit encore le pont de Kovno, sur le Niémen, le 30 décembre, et il sortit le dernier de cette terre fatale où la Grande Armée avait laissé cent cinquante mille prisonniers et deux cent cinquante mille cadavres. Mais, suivant la formule du 29® Bulletin de la Grande Armée qui racontait le passage de la Bérézina, « la santé de Sa Majesté n'avait jamais été meilleure. » On connaît le commentaire de Chateaubriand : 4 Familles, séchez vos larmes : Napoléon se porte bien. »

Ces malheurs sans nom n'étaient pas finis. Murât venait d'apprendre que le général prussien Yorck de "Wartenbourg avait conclu avec les Russes à Tauroggen une convention de neutralité; perdant la tête à cette nouvelle, il abandonnait Kœnigsberg, Elbing, Varsovie, Posen, et il s'en allait pour sauver, disait-il, son royaume de Naples. Eugène de Beauhamais commanda alors la retraite ; avec lui, elle prit une allure plus calme. Il se replia des lignes de l'Oder sur les lignes de l'Elbe, et il vint s'établir en Saxe. Magdebourg, Leipzig, Dresde lui servirent à rallier les quelques dizaines de milliers d'hommes qui étaient les seuls survivants de la Grande Armée ; et là, appuyé sur ces trois villes, il attendit. C'était au mois de mars 1813. La retraite était terminée.

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