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CHAPITRE XXI

LA CAMPAGNE DALLEM.AGNE

LA PRUSSE DEPUIS TILSIT. m LES MINISTRES PRUSSIENS, g LE MOUVEMENT NATIONAL EN PRUSSE, a 1813. NAPOLÉON PART POUR L'ALLEMAGNE, g WEISSEN- FELS. a LUTZEN. a BAUTZEN. a ARMISTICE DE PLESWITZ. a NAPOLÉON ET METTERNICH A DRESDE, a CONGRÈS DE PRAGUE, g LES ARMÉES DE LA COA- LITION, a DRESDE. ;* DÉFAITES DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 0 LEIPZIG. 0 LA RETRAITE SUR LE RHIN. 0 LES NOTIFICATIONS DE FRANCFORT. 0 CONVOCATION DU CORPS LÉGISLATIF. 0 SA DISSOLUTION.

A PRUSSE DEPUIS TILSIT. v^ Après le terrible effondrement h d'Iéna et de Tilsit, la Prusse semblait avoir été rayée du rang des

• nations. Les fonctionnaires de Frédéric-Guillaume III avaient dû À prêter et prêtèrent ce serment : « Je jure d'exercer loyalement l'au-

* torité qui m'est conférée par Sa Majesté l'Empereur des Français et Roi, de ne m'en servir que pour le maintien de l'ordre et la tranquillité publique, de concourir de tout mon pouvoir à l'exécution des mesures qui seront ordonnées pour le service de l'armée française. » Les premières signatures apposées en bas de ce texte furent les signatures de cinq ministres de Frédéric-Guillaume III. La Prusse avait tout accepté. Le prince Charles d'Isenbourg, nommé colonel par Napoléon, recrutait des officiers et des soldats prussiens, en leur demandant a de vouer leurs talents militaires et leur activité au service de notre invincible Empereur.... Accourez, vaillants guerriers ; rassemblez-vous sous le drapeau de Napoléon le Grand. Allez avec lui au-devant de la victoire et de la gloire immortelle. i>

Dans cette honte, dans cette platitude de tout im peuple, une femme avait consei"vé sa fierté et sa foi : c'était la reine Louise, que Napoléon avait si durement traitée à Tilsit. Les succès de Napoléon contre les Autrichiens, au début de la campagne de 1809, avaient été pour son espoir de la revanche une déception de plus ; mais elle continuait à espérer en des temps meilleurs, qui luiraient un jour pour son peuple, sinon pour elle. Elle mourut en 1810, à trente-quatre ans à peine. Le second de ses fils devait être un jour l'empereur Guillaume P'.

LES MINISTRES PRUSSIENS, v^ La reine Louise avait fait rentrer aus affaires, au mois de septembre 1807, le ministre Stein, en qui elle avait confiance pour la reconstitution de la Prusse. Stein avait entrepris toute ime œuvre de réformes dans l'administration centrale et dans l'administration municipale ; mais, au bout d'un an, la haine perspicace de Napoléon avait donné l'ordre à Frédéric- Guillaume III de congédier ce ministre, qui avait pris les allures d'un dictateur. Le roi de Prusse avait dû se soumettre. Stein avait quitté les affaires en octobre 1808 ; il s'était réfugié en Autriche, puis en Russie. Il avait eu le temps de jeter les bases d'une vaste association secrète, le Tugendbund, la « Ligue de la vertu, » qui se ramifia dans tous les pays germaniques et d'où devait sortir un jour la Prusse régénérée et libre.

A côté de Stein, la Prusse cite, dans cette œuvre de reconstruction, les noms de Scharnhorst, de Hardenberg, de Guillaume de Humboldt. Le général de Scharnhorst, qui avait combattu à Auerstaîdt et à Eylau, fut directeur du département de la Guerre de 1807 à 1810 ; il organisa les troupes de la Landwehr ou de la réserve ; il est surtout connu pour avoir imaginé le système des Krûmper. Ce système consistait à ne garder les hommes sous les drapeaux que juste le temps nécessaire à leur instruction rudimentaire et à les remplacer au plus tôt par de nouveaux venus. Or le roi de Prusse, « voulant éviter tout ce qui pourrait donner de l'ombrage à la France, » s'était engagé, par la convention de septembre 1808 signée à Paris, à n'entretenir pendant dix ans, à compter du 1^' janvier 1809, qu'une armée de 42000 hommes en tout. Scharnhorst trouva le moyen de sauver les apparences et d'instruire chaque année 150000 hommes. Ainsi fut préparée dans l'ombre la grande armée de 1813. Napoléon avait pu écraser la Prusse ; il n'avait pas pu lui faire tenir sa pzirole.

Le prince de Hardenberg, ministre des Affaires étrangères et chancelier d'État depuis 1810, fut l'un des plus énergiques à conseiller à son roi, après la campagne de 1812, une alHance étroite avec la Russie. Quant à Guillaimie de Humboldt, il fut chargé en 1808 de la direction de l'Instruction publique et des Cultes ; à ce titre, il attacha son nom, deux ans plus tard, à la fondation de l'Université de Berlin.

LE MOUVEMENT NATIONAL EN PRUSSE. vjg> Dès l'année 1807, le phUosophe Fichte prononçait à Berlin, devant des auditoires enthousiastes, ses Discours à la Nation allemande. « Je m'adresse aux Allemands, disait-il, et je ne tiens aucun compte des distinctions qui peuvent nous séparer les uns des autres.... Si vous voulez être des hommes, vous verrez encore fleurir ime génération qui rétablira notre peuple, et ce rétablissement sera la renaissance du monde. » On croirait entendre déjà le programme du pangermanisme. L'Université de Berlin avait été fondée en 1810 pour exalter, au moyen de l'histoire, le sentiment patriotique et pour être l'instrument de la restauration nationale. Amdt, l'auteur du Catéchisme du soldat allemand et des Chants guerriers, Kœmer, qui fut avec Lyrv et Épée le poète par excellence de la guerre, Schenkendorf, Rtickert, adressaient aux Allemands leurs appels enflammés.

A. CKO^

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