LITH. DE RAFFET. (BIBL. NAT., ESTAMPES
£5 PRISONNIERS RUSSES DEFILANT SUR LE BOULEVARD SAINT-MARTIN, après
la bataille de Montmirail. iak e. delùclize. (misée i.e Versailles.)
LA CAMPAGNE DE FRANCE
que je viole le dépôt qui m'a été remis avec tant de confiance ; que, pour prix de tant 'd'efforts, de sang et de victoires, je laisse la France plus petite que je l'ai trouvée : jamais! Le pourrais-je sans trahison ou sans lâcheté?... La France a besoin de la paix ; mais celle qu'on veut l\ii imposer entraînera plus de malheurs que la guerre la plus acharnée 1 songez-y. Que serai -je pour les Français quand j'aurai signé leur humiliation? Que pourrai-je répondre aux républicains du Sénat, quand ils viendront me redemander leur barrière du Rhin ? Dieu me préserve de tels affronts ! Répondez à Caulaincourt, puisque vous le voulez ; mais dites-lui que je regrette ce traité. Je préfère courir les chances les plus rigoureuses de la guerre. i>
Cependant Maret avait fini par obtenir la permission d'adresser à Caulaincourt une dépêche qui ne rompait pas les négociations. Quelques heures plus tard, il se présentait pour féiire approuver un projet d'instruction. Napoléon, étendu sur ses cartes, le compas à la main, mesurait les distances qui séparent, à travers le plateau de Brie, la Seine où il se trouvait et la Marne que descendaient les Prussiens, a Ah ! vous voilà, lui dit-il, sans s'interrompre dans ses calculs. Il s'agit à présent de bien d'autres choses. Je suis en ce moment à battre Blûcher de l'œil. Il s'avance par la route de Montmirail. Je pars ; je le battrai demain, je le battrai après-demain. Si ce mouvement a le succès qu'il doit avoir, l'état des affaires va entièrement changer, et nous verrons alors ! »
Rarement l'histoire a offert im revirement aussi soudain et aussi complet. La veille, Napoléon était vaincu et paraissait à la merci de ses ennemis. Le lendemain, par un bond prodigieux, il saisissait la fortune, il la maîtrisait, il semblait sur le point de dicter les conditions de la paix.
OFFENSIVE CONTRE BLÛCHER. v^ Napoléon avait laissé à Nogent un rideau de troupes ; avec le gros de ses forces, il avait quitté cette viUe le 9 février, en direction du Nord ; Marmont était à l'avant-garde. Le 10, dans l'après-midi, il arrivait au village de Champaubert, dans le voisinage des marais de Saint-Gond que la bataille de la Marne devait immortaliser cent ans plus tard. Il tombe sur le flanc d'un corps prussien, il le coupe en deux; les uns s'enfuient vers Montmirail, les autres vers Châlons. Le 11, en sortant de Montmirail, les Français rencontrent les Prussiens d'Yorck et les Russes de Sacken ; ces deux corps, qui étaient arrivés jusqu'auprès de Meaux, revenaient en toute hâte sur leurs pas, à présent qu'ils se savaient coupés du gros de l'armée de Silésie. Le combat de Montmirail fut très violent ; Napoléon, dont certains corps étaient en arrière, ne put dessiner une attaque générale qu'à la fin de l'après-midi. L'ennemi, en plein désordre, se replia sur Château-Thierry. Sans une minute de répit, Napoléon se jette à sa poursuite. Le lendemain 12, il l'atteint aux portes mêmes de Château-Thierry. Nouveau combat qui se continue jusque dans les rues de la ville; nouvelle victoire. Quelques fuyards à peine peuvent s'échapper par la rive droite de la Marne.
Restait le gros de l'armée de Blûcher. Marmont, qui avait eu la mission, après la journée de Champaubert, de le tenir en respect, était sur le point d'être débordé. Napoléon avait quitté Château-Thierry dans la nuit du 13 au 14; le 14 au matin, ses soldats prenaient contact avec ceux de Marmont dans la plaine de Vauchamps. La bataille s'engage aussitôt. L'armée prussienne est mise hors de combat, elle perd six mille hommes, sa retraite prend le caractère d'une fuite.
On venait à peine d'apprendre à Paris le départ de Napoléon de Nogent qu'on pouvait constater les résultats de ces prodiges de rapidité. Les Parisiens virent défiler pendant plusieurs jours, sur les boulevards, de longs convois de prisonniers russes et de prisonniers prussiens qui avaient été ramassés au cours de ces quatre batailles, du 10 au 14 février. La confiance était revenue dans les cœurs.
OFFENSIVE CONTRE SCHWARZENBERG. v^ Depuis que Napoléon avait quitté Nogent, le 9 février, Schwarzenberg, qui avait la route libre, s'était mis à descendre la Seine. L'Empereur ne lui en laisse pas le loisir. Il prend avec lui la Garde et le corps de Macdonald. Le quartier impérial était arrivé à Meaux le 15 février au soir; il y resta à peine une nuit. Le 16 au matin, l'Empereur quittait Meaux. Il traversait la Brie avec une diligence extrême. Il était temps qu'il arrivât. Victor et Oudinot étaient sur le point d'être enveloppés à Guignes, presque aux portes de Melun, quand Napoléon les rejoignit le soir du même jour où il avait quitté Meaux. Sa présence exerce on ne sait quelle vertu magique; il n'avait point tort de dire : a Cinquante mille hommes et moi, cela fait cent cinquante mille hommes. » L'offensive reprend le 17; rien ne résiste à la poussée des Frajiçais. De Mormant à Provins, les Autrichiens sèment leurs fuyards et leurs bagages. Ils sont culbutés à Nangis, ils sont culbutés à Valjouan; leur armée n'est plus qu'une masse en décomposition.
L'armée de Napoléon arrive sur les bords de la Seine, en face de Montereau, le 18 février ; cUe occupe le plateau de Surville, qui domine le confluent de l'Yonne. Napoléon se rappelle qu'il a été officier d'artillerie ; il met lui-même les pièces en batterie, il les pointe, il accable de son feu les "Wurtembergeois. Ceux-ci ripostent; la position de Surville est couverte de projectiles. < Allez, mes amis, dit l'Empereur aux canonniers, ne craignez rien ; le boulet qui me tuera n'est pas encore fondu. » Une charge violente de cavéderie, conduite par le général Pajol, enlève le double pont qui traverse la Seine et l'Yoïme. Le soir, Montereau était aux Français.
Napoléon s'arrête un jour au château de Survillc ; il donne l'ordre de poursuivre sans répit les vaincus de la veille ; U envoie des instructions à Augereau povir hâter les mouvements de l'armée de Lyon, au prince Eugène pour retirer l'ordre d'évacuer l'Italie. Plein d'un légitime orgueil, il écrivait à son fils adoptif : <i J'ai retrouvé et remis mes bottes de la campagne d'Italie. >
Le 20 février, l'Empereur reprenait sa marche en avant ; le soir, il arrivait à
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Nogent. Schwarzenberg se dérobait au plus vite. Voici les Français aux portes de Troyes. La ville est reprise dans une attaque de nuit. Napoléon y rentre le 24 au matin, au milieu de l'enthousiasme des habitants. Toute la ville l'escorte ; elle acclame le vainqueur de Champaubert, de Montmirail, de Château-Thierry, de Vauchamps, de Guignes, de Mormant, de Nangis, de Montereau. L'ennemi se précipitait en désordre sur les routes des Vosges. Les maux de l'invasion allaient être finis, la paix allait être signée.
Napoléon partageait cette ivresse générale. « Les Alliés ne savent pas, disait-il, que je suis à présent plus près de Munich et de Vienne qu'ils ne le sont de Paris. » Dès le 17, des instructions nouvelles avaient été envoyées à Caulaincourt.
c Je vous ai donné carte blanche pour sauver Paris et éviter une bataille qui était la dernière espérance de la nation, La bataille a eu lieu, la Providence a béni nos armes. J'ai fait trente à quarante mille prisonniers ; j'ai pris deux cents pièces de canon, un grand nombre de généraux, et détruit plusieurs armées sans presque coup férir. J'ai entamé hier l'armée du prince de Schwarzenberg.... Je veux la paix, mais ce n'en serait pas une que celle qui imposerait à la France des conditions plus humiliantes que les bases de Francfort. Ma position est certainement plus avantageuse qu'à l'époque où les Alliés étaient à Francfort.... J'ai eu d'immenses avantages sur eux, et des avantages tels qu'une carrière militaire de vingt années et de quelque illustration n'en présente pas de pareils. t>
Des conférences en vue d'xm armistice s'étaient ouvertes le 25 à Lusigny, auprès de Troyes ; Napoléon s'y fit représenter par son aide de camp le général Flahaut. L'Autriche était disposée à traiter ; mais les commissaires des autres puissances soulevaient difficultés sur difficultés. On reçut alors des nouvelles de Blûcher. De part et d'autre, elles coupèrent court aux pourparlers. Le mois de mars allait voir encore ces prodiges de vitesse qui donnaient à la marche ou plutôt à la course, au vol de l'Empereur le caractère de la foudre éclatant de tous les côtés à la fois.
NOUVELLE POURSUITE DE BLÛCHER. vJ» Quand U s'était porté de la Marne sur la Seine, l'Ejnpereur avait chargé Marmont et Mortier d'achever la défaite de Blûcher ; mais le général prussien avait pu échapper à la poursuite des maréchaux et il avait reconstitué son armée dans la région de Châlons. Il avait même songé à prendre à son tour Napoléon de flanc, quand celui-ci refoulait l'armée de Bohême. Il y avait eu à Méry -sur-Seine, le 22 février, un combat qui avait étonné les Français par l'opiniâtre résistance de l'ennemi ; ils avaient appris seulement au milieu de l'action qu'il était conduit par Blûcher. L'offensive de Napoléon n'en avait pas été arrêtée ; il étcdt rentré à Troyes le siirlendemain.
Blûcher prit alors un parti d'une extrême hardiesse. La route de la Marne était à peu près libre ; Marmont et Mortier ne pourraient pas tenir devant son armée qui venait d'être renforcée ; et, au bout de la Marne, il y avait Paris, Paris sans défense.
Napoléon apprend la nouvelle offensive des Prussiens. Il charge Oudinot et Macdonald de contenir les troupes de Schwarzenberg, et il quitte Troyes dans la matinée du 27 février. Il passe par Arcis-sur-Aube ; il va coucher à quelque distance de Fère-Champenoise, au presbytère d'Herbisse. Le curé de ce pauvre village ne savait comment loger l'Empereur et les officiers de sa suite, avec l'unique chambre et le fournil qui composaient tout son logement. On arrive à Sézanne le 28 ; on apprend que Mortier et Marmont se replient sur la basse Marne : Meaux peut-être va se trouver en danger. L'Emj>ereur accourt à marches forcées : Blûcher, arrêté en avant, attaqué par derrière, est à la veille d'être accablé du coup. Le 1®' mars. Napoléon traverse la Ferté-Gaucher et arrive à Jouarre. L'ennemi a passé avec toutes ses forces sur la rive droite de la Marne, après avoir coupé les ponts derrière lui ; il se dérobe dans la direction du Nord.
Il faut s'arrêter im jotir, en attendant que le pont de la Ferté-sous-Jouarre soit rétabli. Le 3 mars, à la première heure. Napoléon franchit la Marne. Il semble qu'il ait déjà la main sur l'ennemi qui s'enfuit en désordre ; car Blûcher va se heurter à l'Aisne et à Soissons, qui en commande le passage. Quelques heures encore, et il va être écrasé sous les murs de cette place. Après tant de péripéties, c'est la péripétie décisive ; le drame touche à son dénouement. Or, quelques heures plus tard, dans la matinée du 4, Napoléon apprenait que Soissons était pris ; Blûcher venait de mettre l'Aisne entre son armée et l'armée de l'Empereur.
SOISSONS, CRAONNE, LAON. v^ La prise de Soissons n'était point l'œuvre de Blûcher, mais du Prussien Bûlow et du Russe Wintzingerode, qui étaient arrivés sous cette place par l'autre rive de l'Aisne, le 2 mars au matin. Le général Moreau, qui commandait à Soissons, avait bien pris des dispositions défensives et ouvert le feu contre l'ennemi. Mais un parlementaire se présente ; il parle d'une capitulation avec les honneurs de la guerre, qui laisserait axoc. défenseurs la liberté de rejoindre l'armée impériale. Moreau tombe dans le piège, il accepte d'ouvrir des pourparlers ; bref, il capitule. Le 3 mars, à quatre heures de l'après-midi, il évacue la place dans la direction de Compiègne. Blûcher arrivait dans la soirée ; son armée était à bout de forces ; mais, à l'abri de ces remparts, elle allait se refaire ; elle était sauvée.
Napoléon se raidit contre ce malheur. Il se porte au Nord-Est, par Fère-en- Tardenois et Fismes, D franchit l'Aisne le 6 mîirs par le pont de Berry-au-Bac, et il s'avance sur la route de Laon. Un ressaut de terrain forme le plateau de Craonne, qui barre le chemin ; Russes et Prussiens en occupaient déjà les positions maîtresses. Le 7 au matin, la bataille de Craonne s'engage. Ney, Victor, Grouchy y déploient l'ardeur la plus généreuse ; on s'acharne au défilé d'Hurtebise, qui est la clef de la position. Napoléon peut mettre en batterie soixante-douze pièces ; elles foudroient les Russes. Le champ de bataille finit par rester aux Français, mais les vaincus peuvent se retirer ; journée meurtrière, non décisive.
LA CAMPAGNE DE FRANCE
^ALLEYRAND-PÉRIGORD (CHARLES-MAURICE DE), 1754-1838. - Depuis la scène de
1 janvier 1809, le prince de Bénévent, malgré quelques retours de fortune, était tombé en disgrâce.
Il eut sa vengeance en 1814, comme président du Gouvernement provisoire. tk^. gérard. (b. n., est.)