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FONTAINEBLEAU

des grenadiers à pied de la Vieille Garde; il se cache la figure pour pleurer), général baron Petit, l'Empereur, Maret duc de Bassano, baron Fain, général Kosakowski, général Corbineau, général Belliard, général Ornano, chef de bataillon Athalin. Ofjiciers et soldats de la Vieille Garde. tar horace vernet. (mvsée de versailles.i

LE SOIR DK CHAMPAUBERT. — Après la bataille de Champaubert (10 février 1814), Napoléon passa la nuit dans une auberge de ce village; la chambre où il coucha est restée dans l'état. Le lendemain 11, il gagnait la victoire de Montmirail. par chahlet. (cou,, comte de chaffai lt )

AT AILLE DE MONTEREAU, 18 février 1814. ~ Du plateau de Surville, qui domine le confluent de l'Yonne, Napoléon pointe lui-même les pièces de canon. lith. de bellaxgé. (b. n., est.)

LA CAMPAGNE DE FRANCE

Napoléon continue la poursuite ; il s'avance sur Laon. Blûcher, qui avait évacué Soissons, avait rallié toutes ses forces à cet endroit, et il venait de prendre contact avec 1 avant-garde de l'armée du Nord, qui pénétrait alors en France. Le 9 mars, Ney et Mortier tentent d'escalader la ville par la route de Soissons ; autre part, du côté d'Athies, à l'Est de Laon, Marmont dessine une attaque. Opérations mal coordonnées, à peu près sans résultat. La nuit suivante, 9 au 10 mars, le corps de Marmont, qui se gardait très mal, est brusquement surpris par les Prussiens ; il se disperse dans le plus grand désordre. Au jour, l'armée dessine une attaque générale. Le village de Clacy, où est la division Charpentier, est disputé avec une violence sans égale. A un moment, une poignée de Français encore arrivent au pied de la colline ; mais ils ne peuvent changer le sort de ces deux journées. Napoléon n'a pu passer, il est vaincu. Après la Rothière, il vient de connaître la seconde trahison de la foitune.

NAPOLÉON A REIMS. vJ» Il faut songer à la retraite. Dans l'après-midi du 10 mars, on commence à évacuer les équipages du côté du Sud. Napoléon passe à Soissons, qui avait été abandonné par Bltlcher, les journées du 11 et du 12. Militaires ou politiques, toutes les nouvelles ne parlaient que de malheurs.

Le 1®' mars, à Chaumont, les quatre États coalisés — les Quatre — avaient resserré leur alliance de la manière la plus étroite. Oudinot et Macdonald avaient dû évacuer Troyes et battre en retraite jusqu'à Provins. A Lyon, Augereau ne donnait que des marques d'indécision et de faiblesse. A Bordeaux, le maire Lynch et le duc d'Angoulême faisaient acclamer Louis XVIII. A Paris, l'inquiétude était extrême. Joseph, au nom du conseil de régence, écrivait à l'Empereur que la paix était le seul remède, la paix immédiate. « Tous ces gens-là, répondait Napoléon à Savary, ne savent point que je tranche le nœud gordien à la manière d'Alexandre. Qu'ils sachent bien que je sms le même homme que j'étais à Wagram et à Austerlitz. »

Ces affirmations audacieuses étaient datées de Reims, le 14 mars. Pendant son arrêt à Soissons, l'Empereur avait appris que le corps russe de Saint-Priest venait de s'emparer de Reims. Cette ville aux mains de l'ennemi, c'était le rétablissement des communications entre Schwarzenberg et Blûcher. Napoléon quitte Soissons le 13 mars pendant la nuit ; l'après-midi, il arrive aux portes de Reims. Un combat s'engage ; à deux heures du matin, le 14, il entre dans la viUe. Il s'arrête trois jours à Reims, les 14, 15, 16 mars. Comme s'il avait été aux Tuileries, il prend connaissance de toutes les affaires, il donne ses instructions, il veille à la police de l'Empire.

ARCIS-SUR-AUBE, v*> Le 17 mars, dans la matinée, départ de Reims. Marmont et Mortier doivent rester dans la région pour prévenir l'offensive de Blûcher ; l'Empereur a décidé d'aller surprendre par derrière l'armée de Schwarzenberg, qui avait recommencé à descendre la vallée de la Seine. En quittant Reims, l'armée de Napoléon vient coucher à Epemay ; les habitants vident en son honneur leurs caves de vin de

Champagne. On passe par Fère-Champenoise, pour arriver à Méry-sur-Seine le 19 au soir. La situation se présente alors sous un jour fâcheux. On croyait tomber sur les arrière-gardes de l'armée de Bohême ; mais elle avait eu le temps de se replier sur Troyes. L'Empereur avait été rejoint par Macdonald et Oudinot ; cette jonction compensait mal son infériorité numérique. Qu'importe ! Il continue sa marche en avant. Pour prendre de flanc l'armée ennemie, il remonte l'Aube par la rive gauche ; il arrive à Arcis le 20 mars. Mais là, toute l'armée autrichienne lui barrait la route. Schwarzenberg avait pris enfin une décision énergique : s'arrêter et livrer bataille.

La situation des Français est pleine de périls ; ils sont trente mille en face de cent mille ennemis. Devant les masses débordantes des Autrichiens, des régiments lâchent pied. Napoléon redevient le Bonaparte d'Arcole ; il rallie les fuyards et les ramène au feu. Sa folle bravoure électrise les courages. Il pousse son cheval sur un obus cpii vient de tomber; l'obus éclate; le cheval est tué. Napoléon disparaît dans un nuage de poussière et de fumée ; il se jette sur un autre cheval et il continue à diriger en personne le combat. Tout ce qu'il peut faire dans cette après-midi du 20 mars, soit à Arcis, soit au village voisin de Torcy, ce fut d'assurer sa retraite. Il se retire par la rive droite de l'Aube. Le lendemain, le combat reprend avec une extrême violence ; mais l'ennemi ne peut entamer les Français. L'Aube est franchie ; Napoléon est hors d'atteinte.

La Rothière, Laon, Arcis-sur-Aube : pour la troisième fois, la victoire se dérobait aux aigles impériales.

Le 23, l'Empereur était à Saint-Dizier. Il va pousser jusqu'au Rhin, se faire une armée nouvelle avec les garnisons des places de l'Est, provoquer contre l'envahisseur une Vendée impériale, le couper de ses renforts, l'enfermer en France comme dans un tombeau. Pour que cette nouvelle audace soit couronnée de succès, il faut que Paris n'ait rien à craindre. Et voici que, le 27, il apprend que les Alliés marchent sur Paris. Il passe la nuit du 27 au 28 à consulter ses cartes, à calculer les distances. L'ennemi a trois jours d'avance sur lui. Trois jours, qu'est-ce pour l'homme qui semble avoir aboli les notions de temps et d'espace ? Son parti est pris : il va voler au secours de Paris. Le 28, il part de Saint-Dizier, où, deux mois plus tôt, il avait commencé la campagne.

FÈRE-CHAMPENOISE. yJ9 Blûcher avait quitté Laon le 17 mars, le jour même où l'Empereur quittait Reims. En tenant à distance les petites armées de Marmont et de Mortier, il s'avançait vers Châlons. De son côté Schwarzenberg avait appris, par des dépêches interceptées, que Napoléon se proposait d'éloigner l'ennemi de Paris. Alors il fut décidé que l'armée de Bohême avec ses cent mille hommes irait au-devant des quatre- vingt mille hommes de l'armée de Silésie. Le 23, la jonction était faite.

Schwarzenberg voulait se mettre à la poursuite de Napoléon ; mais le tsar Alexandre, le 24, au conseil de guerre de Sommepuis, fit adopter la marche sur Paris. Sans retard, le 25 au matin, elle commençait. Marmont et Mortier, qui ignoraient les mouvements de l'ennemi, avaient quitté Château-Thierry pour aller au-devant de

LA CAMPAGNE DE FRANCE

Napoléon. Comme ils débouchaient vers Fère-Champenoise, le 25, ils donnèrent contre les coalisés qui arrivaient en sena inverse. Engagée au milieu d'un ouragan de grêle, la bataille débuta mal pour la petite armée française. Les troupes d'infanterie lâchèrent pied. Deux divisions de gardes uationaiix, avec les généreux Pacthod et Amey, rétablirent l'action. Formées en carrés, elles soutinrent les charges de l'ennemi avec la valeur la plus impassible ; mais elles finirent par être accablées sous le nombre ; Pacthod dut rendre son épée. Neuf mille hommes, soixante canons, une immense quantité de matériel : telles furent nos pertes, elles étaient douloureuses. Ce qui était irréparable, c'était la disparition du dernier obstacle qui défendait l'approche de Paris. Marmont et Mortier replièrent sur Provins les débris de leur armée ; le 29, leur retraite s'arrêtait au pont de Charenton.

BATAILLE DE PARIS, v.^ A Paris, tout était à improviser pour la défense. Joseph, en sa qualité de lieutenant général, avait à prendre toutes les décisions. Que faire, dans ces circonstances tragiques, de l'Impératrice et du roi de Rome ? Le 28 mars, il donnait lecture au conseil de régence d'une lettre de Napoléon, qui remontait à douze jours : 4 Rappelez-vous que je préférerais savoir mon fils dans la Seine que dans les mains des ennemis de la France. Le sort d'Astyanax, prisonnier des Grecs, m'a toujours paru le sort le plus malheureux de l'histoire. » Le lendemain matin, Marie-Louise et son fils quittaient les Tuileries pour Rambouillet. « Je ne veux pas quitter ma maison, criait le pauvre petit roi de Rome ; je ne veux pas m'en aller. Puisque papa n'est pa^s là, c'est moi qui suis le maître. )>

Paris, qui « depuis des siècles n'avait point vu la fumée des camps de l'ennemi, » avait, dans la soirée du 29 mars, cent dix mille ennemis massés sous ses murs, de Vincennes à Saint-Denis. Avec les débris des corps de Marmont et de Mortier, les gardes nationaux, les dépôts, Clarke, le ministre de la Guerre, put, à la dernière heure, armer quarante mille hommes. Ils allaient se battre, c'est-à-dire se faire tuer, poiir l'honneur du nom français. La bataille s'engagea, le 30 au matin, par une offensive vigoureuse de Marmont du côté de Romain ville et de Pantin. Mortier livrait de son côté un combat énergique entre la Villette et Montmartre. Vers midi, toutes les forces de l'ennemi entraient en ligne. Joseph vit la partie perdue; U s'enfuit de Paris, après avoir autorisé les maréchaux à signer ime capitulation. Un assaut général conduisit l'ennemi aux portes mêmes de la capitale. A la barrière du Trône, des élèves de l'École Polytechnique faisaient l'office de canonniers ; à la barrière de Clichy, défendue par des Polonais des légions de la Vistiile, Moncey tirait les dernières cartouches de la journée.

Marmont, repoussé dans Belleville, avait fait demander au tsar un armistice. Des pourparlers s'ouvrirent. Dans la nuit du 30 au 31 mars, à deux heures, une capitulation était signée : Paris devait être évacué à sept heures du matin par les corps de Marmont et de Mortier.

NAPOLÉON A FONTAINEBLEAU, y^ Dans la même nuit, presque à la même heure, Napoléon arrivait à trois ou quatre lieues de Paris.

Parti de Saint-Dizier le 28, s'arrêtant à peine à Doulevant le 29, à Troyes le 30, il brûlait les étapes. A Villeneuve-sur- Vannes, il monte avec Caulaincourt dans un méchant cabriolet; il traverse Sens, Moret, Fontainebleau. Le long de sa course, il apprend les pires nouvelles : l'Impératrice et son fils ont quitté Paris, l'ennemi est sous les murs de la capitale, la bataille est engagée. Arrivera-t-il à temps ? Vers onze heures du soir, il descend au relais de Fromenteau, auprès de Juvisy, qu'on appelle la Cour de France. Une troupe de cavaliers passe ; il apprend que la bataille est perdue. Perdue? Tout peut se réparer. Il ira à Paris; qu'on le suive. Il envoie aux nouvelles le général Flahaut ; il charge Caulaincourt d'intervenir au traité, s'il en est temps. Il continue à s'avancer jusqu'auprès d'Athis. De l'autre côté de la Seine, les feux des avant-postes ennemis ne lui laissaient guère d'espoir. La nuit se passe dans ces angoisses. Vers quatre heures du matin, vm courrier de Caulaincourt et le général Flahaut viennent lui apprendre toute la vérité : la capitulation a été signée, dans quelques heures l'ennemi fera son entrée à Paris.

Trop tard, tout était consommé ; tant d'énergie, d'héroïsme, de génie n'avaient servi de rien. Napoléon donne l'ordre de revenir sur Fontainebleau ; il y arrivait vers six heures du matin.

Le même jour, 31 mars, à onze heures, les Alliés faisaient leur entrée par la barrière de Pantin. « Ainsi donc, disait au préfet de police Pasquier un officier de la Garde impériale, il n'est plus possible d'en douter, Paris est abandonné à l'ennemi! Notre capitale est prise, et voilà le résultat de vingt années de combats, de tant de batailles, de victoires auxquelles j'ai assisté; car je suis dans les rangs depuis 92 ! » Quelles réflexions pouvaient assaillir dans sa solitude de Fontainebleau l'âme de Napoléon ? Son étoile, en laquelle il avait cru jusqu'au bout, venait décidément de le trahir. Mais tout n'était pas fini : il lui restait encore à conn^tre la trahison des hommes.

LA VENGEANCE DE TALLEYRAND. v^ Alexandre était descendu chez Talleyrand en son hôtel de la rue Saint-Florentin ; car le prince de Bénévent s'était arrangé pour se mettre dans l'impossibilité de quitter Paris au moment où 11 avait reçu l'ordre, comme tous les grands dignitaires, de rejoindre l'Impératrice qui était à Blois. Ce fut là, dans son hôtel, que <t des tripotiers, » pour parler comme Chateaubriand, <t manièrent dans leurs sales et petites mains le sort d'un des plus grands hommes de l'histoire et la destinée du monde. »

Le Sénat conservateur, inspiré par Talleyrand, nomma un gouvernement provisoire. Talleyrand le composa à sa guise et en prit lui-même la présidence. Le 31 mars, le Sénat rendîiit ce décret : Napoléon était déchu du trône, le droit d'hérédité aboli dans sa famiUe; le peuple français et l'armée étaient déliés enver»

LA CAMPAGNE DE FRANCE

ONCEY à la barrière de Clichy, 30 mars 1814. — Le duc de Conegliano, à cheval, indique

au commandant Odiot, de la Garde nationale, le point à défendre. par h. vernet. (m. du loivre.)

t t t E DÉFILÉ des Alliés place de la Concorde, 31 mars 1814 ; le tsar avait à sa droite Schwarzenberg, représentant l'empereur d'Autriche, à sa gauche le roi de Prusse. (coll. de m. broiwet.)

GABIN E T DE L'ABDICATION, dans les appartements de Napoléon /'"'', au palais de Fontainebleau. — Sur le petit guéridon en acajou qui est au milieu de ce cabinet de travail, l'Empereur signa, le 6 avril 1814, l'acte par lequel il renonçait -. pour lui et ses héritiers aux trônes de France et d'Italie ^^. {Le guéridon porte une entaille faite au canif ; on l'attribue à Napoléon.) — Le 20 avril, départ pour l'île d'Elbe, ex., neurdei.v.

NAPOLÉON A ORGON. — Le 25 avril 1814, l'Empereur fit en voiture le trajet d'Avignon aux environs d'Aix. En traversant Orgon (arrondissement d'Arles), il fut injurié par la populace; il se déguisa alors en courrier. Le 28, il s'embarquait au port de Saint-Raphaël. (bibl. nat., estampes.)

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lui du serment de fidélité. En apprenant cette lâcheté suprême, signée par ces hommes qui lui devaient tout, leur situation, leurs titres, leur fortune, Napoléon se borna à publier un ordre du jour qui se terminait ainsi i « Si l'Empereur avait méprisé les hommes, comme on le lui a reproché, alors le monde reconnaîtrait aujourd'hui qu'il a eu des raisons qui motivaient son mépris. »

ABDICATION DE NAPOLÉON, v^ Depuis qu'U était à Fontainebleau, Napoléon ne songeait qu'à une chose, marcher sur Paris. Il passait ses troupes en revue. Un jour, il réunit dans la cour du Cheval-Blanc les derniers soldats de la Grande

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ÂCr* AUTOGRAPHE DB L'ABDICATION DE NAPOLÉON. (6 arrll 1814.) (PALAIS Dl FONTAIKXBLBAO.)

Armée. Il leur dit que dans peu de joiirs il ira attaquer les Alliés à Paris. Des clameurs formidables lui répondent : «Vive l'Empereur! A Paris, à Paris!» La Marseillaise et le Chant du Départ retentissent, les soldats sont ivres d'enthousiasme.

Mais les chefs? Les maréchaux avaient perdu la foi. Le 4 avril. Napoléon était dans son cabinet de travail ; Macdonald, Oudinot, Ney, Berthier, Lefebvre, suivis de Caulaincourt et de Maret, sont introduits auprès de lui. Macdonald parle pour ses collègues; il dit que l'armée est épuisée, sans mimitions. «Au reste, notre parti est pris ; nous sommes résolus à en finir. Pas de guerre civile ! Je vous déclare que jamais mon épée ne sera teinte de sang français! d Ney à son tour prend la parole. «L'armée ne marchera pas sur Paris. — L'armée m'obéira, dit Napoléon. — Sire, l'armée obéit à ses généraux. — Eh bien, messieurs, puisqu'il en est ainsi, j'abdiquerai.» Sur l'heure, Napoléon, resté seul avec Caulaincourt, rédigeait et signait cette pièce : « Les puissances alliées, ayant proclamé que l'Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'Empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu'il est prêt à descendre du trône, à quitter la France et même la

vie, pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l'Impératrice et du maintien des lois de l'Empire. »

Cet acte réservait d'une manière formelle les droits héréditaires du roi de Rome. Macdonald, Ney et Caulaincourt reçurent la mission de le porter à Paris pour le faire agréer des Alliés. Le 5 avril, les envoyés de Napoléon étaient à Paris auprès d'Alexandre. Ils plaidaient avec chaleur la cause du roi de Rome, (t II est trop tard, dit Alexandre, l'opinion a fait des progrès rapides et n'est plus pour l'Empire. > Cela n'était point exact ; s'il était trop tard, c'était parce que Marmont avait trahi.

Après la bataille de Paris, Marmont s'était retiré à Essonnes avec le VI® corps d'armée ; établi entre Paris et Fontainebleau, il couvrait ainsi Napoléon, Par quelle aberration mentale en vint-il à écouter les offres de Schwarzenberg pour se rendre en Normandie et se mettre à la disposition du Gouvernement provisoire? Le 5 avril, quand les maréchaux venus de la part de Napoléon discutaient avec Alexandre dans l'hôtel de Talleyrand, le duc de Raguse arriva, pâle, égaré : « Tout mon corps a passé cette nuit à l'ennemi ! k Le malheureux ne l'avait pas empêché de passer, et cette infamie avait perdu Napoléon. « L'ingrat ! s'écria l'Empereur en apprenant cette nouvelle, il sera plus malheureux que moi I » Il n'y avait plus qu'à se résigner à l'irréparable. Le 6 avril , Napoléon signait son abdication plénière :

<i Les puissances alliées, ayant proclamé que l'Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'Empereur, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes de France et d'Italie, et qu'il [au-dessus de la ligne : fidèle à son serment] n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. »

Le 11 avril, le traité de Fontainebleau accordait à l'Empereur Napoléon (car il conservait le titre impérial) la souveraineté de l'île d'Elbe, avec une dotation annuelle de deux millions ; il pouvait emmener quatre cents hommes de sa Vieille Garde, pour lui former comme une escorte d'honneur et de siireté.

LES ADIEUX DE FONTAINEBLEAU. ^ Dans la nuit du 12 au 13 avril. Napoléon eut un profond accès de dése^oir. « Mourir sur le champ de bataille, s'écrie-t-il, cela n'est rien ; mais au milieu de la boue et dans de pareils moments, jamais, jamais ! » 11 prend du poison qu'il portait sur lui depuis la campagne de Russie. Ses douleurs sont atroces ; mais la mort ne veut pas de lui. Au jour, il s'est ressaisi. Il partira.

Le 20 avril, à onze heiires et demie du matin, dans la cour du Chevïd-Blanc, les grenadiers de la Vieille Garde prennent place sous les ordres du général Petit, les tambours battent aux champs. Napoléon apparaît avec l'uniforme vert des chasseurs et la redingote grise. Il s'arrête brusquement devant les soldats qui lui présentent les armes :

« Soldats de ma Vieille Garde ! Je veux vous faire mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés constamment sur le chemin de l'honneur et de la gloire. Vous vous y êtes toujours conduits avec bravoure et fidélité ; encore dans ces derniers temps, vous

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m'en avez donné des preuves. Avec vous, notre cause n'était pas perdue. J'aurais pu, pendant trois ans, alimenter la guerre civile ; mais la France n'en eût été que plus malheureuse. Les puissances alliées présentaient toute l'Europe liguée contre moi. Une partie de l'armée m'avait trahi ; des partis se formaient pour un autre gouvernement. J'ai sacrifié tous mes Intérêts au bien de la Patrie. Je pars. Vous la servirez toujours avec gloire et avec honneur. Vous serez fidèles à votre nouveau souverain. Recevez mes remerciements. Je ne peux pas voxis embrasser tous. Je vais embrasser votre chef. J'embrasserai aussi le drapeau. Approchez, général. Faites avancer le drapeau! n

L'Empereur s'interrompt pour embrasser le général Petit, puis le drapeau que lui présente le général. Des larmes coulent sur les joues des assistants. L'Empereur continue :

4 Que ce baiser passe dans vos cœurs ! Je suivrai toujours vos destinées et celles de la France. Ne plaignez pas mon sort. J'ai voulu vivre pour être encore utile à votre gloire. J'écrirai les grandes choses que nous avons faites ensemble. Le bonheur de notre chère patrie était mon unique pensée ; il sera toujours l'objet de mes vœux. Adieu, mes enfants ! »

LE DÉPART POUR L'ILE D'ELBE, v.^ L'Empereur monte alors en voiture, une a dormeuse de voyage, » que précédait la voiture de Drouot et de Cambronne et que suivaient les voitures de quatre commissaires étrangers. Nemours, Montargis, Briare, Cosne, Nevers, Moulins, Roanne, Lyon, Vienne, Valence, Montélimar, Avignon, Orgon, Saint-Maximin, Fréjus fiirent les étapes de ce calvaire, qu'il lui fallut franchir, sur les routes de Provence, au milieu des menaces et des injiires des populations. Il en fut réduit même à se transformer en un simple courrier ou à se faire passer tantôt poxir vm colonel anglais, tantôt pour un colonel autrichien.

Le 27 avril. Napoléon était arrivé à la plage de Saint-Raphaël, dans le golfe de Fréjus, là même où il était débarqué il y avait moins de quinze ans, lors de son retour d'Egypte, le 9 octobre 1799, à la veille du coup d'État d'où étaient sortis le Consulat et l'Empire. Au même endroit, le 28 avril, il monta à bord de la frégate anglaise V Undaunted , qu'escortaient deux bâtiments français. Le 4 mai, il débarquait à Porto-Ferrajo. Hier, Empereur des Français, maître de l'Europe ; aujourd'hui, souverain de l'île d'Elbe !

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