‹ NapoléonChapitre 90 sur 132 · LITH, DE V. ADAM. (HIBL. NAT.,I · texte numérisé non relu

LITH, DE V. ADAM. (HIBL. NAT.,I

LES CENT JOURS

la mitraille anglaise ! Dès lors, il n'y avait plus d'armée; nulle force himiaine ne pouvait plus rien contre cette débâcle. A la ferme de la Belle- Alliance, vers neuf heures du soir, Wellington et Blûcher se rejoignaient et s'embrassaient.

RETOUR DE NAPOLÉON A PARIS. yJ9 Napoléon, entraîné par le torrent, était arrivé aux Quatre-Bras dans la nuit du 18 au 19 ; il s'y était arrêté dans une clairière ; un officier l'y vit pleurer. Puis il avait traversé Charleroi, PhilippeviUe, Rocroi, Mézières, Berry-au-Bac II arrivait le 20 au soir à Laon; le lendemain matin, à la première heure, il était à Paris. Il y avait neuf jours en tout qu'il en était parti.

L'Empereur reçut aussitôt Caulaincourt. a L'armée, lui dit-il, avait fait des prodiges; une terreur panique l'a vaincue. Tout a été perdu. Je n'en puis plus.... Il me faut quelques heures de repos poiir être à mes affaires. j> Et, portant la main à son cœur : c J'étouffe là. D II prend un bain, au cours duquel il reçoit le ministre de la Guerre Davout, et à dix heures il réunit le conseil des ministres. 4 J'ai besoin, levir dit-il, pour sauver la patrie, d'un grand pouvoir, d'une dictature temporaire. Je pourrais prendre ce pouvoir, mais il serait plus utile et plus national qu'il me fût donné par les Chambres, n Dans sa ténacité indomptable, Napoléon voulait encore se battre : il avait l'idée de mettre Paris en état de défense, de former une nouvelle armée de 80 000 hommes. Mais vraiment la France était à bout de force et de résistance.

La chambre des Représentants s'était rétmie le même jour, 21 juin ; elle se déclara en permanence, sur la proposition de La Fayette. Lucien Bonaparte, qui siégeait alors sur ses bancs (il s'était réconcilié récemment avec son frère), essaya de plaider devant les Représentants la cause de Napoléon. Il disait qu'elle était la caiise même de la nation ; la France serait inconstante si elle abandonnait son Empereur, a Prince, s'écria La Fayette, vous calomniez la nation. Ce n'est pas d'avoir abandonné Napoléon que la postérité pourra accuser la France, mais, hélas! de l'avoir trop suivi. Moins constante, la nation eût sauvé votre frère, votre famille, nous tous, de l'abîme où noua nous débattons aujourd'hui, sans savoir si nous pourrons nous en tirer. >

SON ABDICATION, v^ Le lendemain matin, 22 juin, Napoléon recevait à son lever, à l'Elysée, Caulaincourt, ministre des Affaires étrangères, Regnaud de Saint-Jean d'Angély, secrétaire d'État, Savary, de la chambre des Pairs, et Lavalette, directeur des postes ; il tenait ensuite un conseil des ministres. Il comprenait qu'il n'y avait plus d'autre issue que son abdication. Vers une heure de l'après-midi, en présence de Lucien, de Joseph et de ses ministres, il signait cette déclaration au peuple françciis :

« En commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale, je comptais sur la réunion de tous les efforts, de toutes les volontés et le concours de toutes les autorités nationales ; j'étais fondé à en espérer le succès, et j'avais bravé toutes les déclarations des puissances contre moi. Les circonstances paraissent changées ; je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères dans leurs

déciaratioiis et a'en avoir jainaLs voulu qu'à ma personne I Ma vie politique est terminée, et je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, Empereur des Français. Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une nation indépendante. » Deux députations de la chambre des Représentants et de la chambre des Pairs vinrent lui annoncer, à la fin de la journée, que son abdication avait été acceptée.

NAPOLÉON A LA MALMAISON, v^ Le 25 juin, Napoléon quittait l'Elysée. n se rendit à la Malmaison, où il avait demandé à la reine Hortense de lui accorder l'hospitalité. Il revit le château où s'étaient passées les bell&s années du Consulat, où Joséphine était morte un an plus tôt. Que de souvenirs devaient se presser dans son esprit ! Lui-même, qu'allait-il devenir ? Les Alliés avaient franchi la frontière le 21 juin. Emportes dans l'élan de leur victoire, ne rencontrant aucun obstacle, ils avançaient rapidement sur Paris. Napoléon offrit au Gouvernement provisoire, que présidait Fouché, de prendre le commandement de l'armée comme simple général, et de livrer une dernière bataille, pour la défense de la capitale. « Qu'il parte à l'instant ! s fut la seule réponse du duc d'Otrante. Napoléon chassé de la France par Fouché, c'était l'injure suprême, le coup de pied de l'âne.

L'Empereur rédigea encore de la Malmaison, le 25 juin, une proclamation, qui était comme son adieu suprême à l'armée ; elle se terminait ainsi : n Sauvez l'honneur, l'indépendance des Français ; soyez jusqu'à la fin tels que je vous ai connus depuis vingt ans, et vous serez invincibles, s Le Gouvernement provisoire en interdit la publication.

Le 27 juin, une grande scène se passait à la Malmaison. Un membre du Gouvernement provisoire, Carnot, le tribun qui avait voté jadis contre le Consulat à vie et contre l'Empire, le chef de bataillon du génie qui était sorti de la retraite en 1814 pour faire à Napoléon « l'offre d'un bras sexagénaire » et qui avait défendu Anvers, le ministre de l'Intérieur qui était aux affaires depuis le retour de l'île d'Elbe, qui seul, le 22 juin, avait combattu l'abdication et qui avait fondu en larmes quand Napoléon l'avait signée, Carnot, le vieux républicain, vint faire ses adieux à l'Empereur vaincu, que tous reniaient. « Carnot, lui dit Napoléon, je vous ai connu trop tard. »

Napoléon avait d'abord songé à se retirer en Angleterre. Carnot l'en avait vivement dissuadé ; il lui avait conseillé de gagner au plus tôt l'Amérique. « Oui, c'est décidé, s'était écrié Napoléon, j'irai en Amérique, et fasse le ciel que j'y trouve le repos! i> Le 28 juin, il avait reçu pour la dernière fois sa mère, le cardinal Fesch, Mme Walewska, Joseph, son médecin Corvisart. Il fut informé que deux frégates étaient mises à sa disposition à Rochefort par le Gouvernement provisoire pour le transporter aux États-Unis ; le général Becker avait été désigné par Fouché pour l'accompagner. Dans l'après-midi du jeudi 29 juin, l'Empereur quitta la Malmaison par la petite porte du parc qui conduit à la CeUe-Saint-Cloud ; il rejoignit à Saint-Cyr la grand'route de Paris à Rochefort. Quelques heures après son départ, les Prussiens de Blûcher arrivaient à la Malmaison et mettaient le château au pillage.

LES CENT JOURS

NAPOLÉON A BORD DU « BELLEROPHON ». ^^ Par Vendôme, Tours, Poitiers, Saint-Maixent et Niort, Napoléon arriva, le 3 juillet au matin, à Rochefort ; il y descendit à la préfecture maritime. Il y séjourna jusqu'au 8. Il apprit que la mer était gardée par une escadre anglaise et que cette escadre ne laissait passer aucun navire sans l'arrêter. On eut un moment l'idée de tenter une sortie de vive force ; c'eût été une pure folie. Napoléon s'en était rendu compte ; car le 8 il s'était embarqué à Fouras sur la frégate la Saale. Il avait visité les travaux de l'île d'Aix ; il avait envoyé en parlementaires le duc de Rovigo Savary et Las Cases, le futur auteur du Mémorial de Sainte- Hélène, à bord des bâtiments anglais, dont le principal était le Belleropkon, du commandant Maitland. Il vit que toute tentative de fuite était impossible, alors il se décida à demander l'hospitalité aux Anglais.

Dans l'après-midi du 14 juillet, il faisait porter par le général Gourgaud an commandant du Bellerophon la lettre qu'il venait d'écrire au « prince régent, » George, prince de Galles, qui gouvernait l'Angleterre depuis 1811 au nom de son père le roi George III.

« Altesse Royale, En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des puissances de l'Europe, j'ai consommé ma carrière politique. Je viens, comme Tkémistocle, m 'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse comme celle du plus puissant, du plus constant, dn plus généreux de mes ennemis. »

Le 15 juillet, à six heures du matin, l'Empereur, en uniforme de colonel des chasseurs de la Garde, montait sur X'Épervier, qui le conduisait à bord du Bellerophon. n avait quitté la France pour toujours.

Napoléon s'est-il rappelé à cet instant tragique une phrase de sa correspondance politique? Le 18 octobre 1797, au moment de la signature de la paix de Campo-Fonnio, il écrivait au Directoire : « H faut que notre gouvernement détruise la monarchie anglicane.... Concentrons toute notre activité du côté de la marine et détruisons l'Angleterre. Cela fait, l'Europe est à nos pieds. i> Au bout de dix-huit ans d'efforts sur terre et sur mer, l'Angleterre n'était point détruite; le soldat qui avait été le maître de Œm-ope continentale était à présent à la merci des vainqueurs d'Aboukir, de Trafalgar, de Waterloo.

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