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CHAPITRE XXIV

SAINTE-HÉLÈNE

LE BELLEROPHON A PLYMOUTH. a PROTESTATION DE NAPOLÉON, g LÀ TRAVERSÉE DU NORTHVMBERLAND. a ARRIVÉE A SAINTE-HÉLÈNE, a LA VIE A LONGWOOD. a LES COMPAGNONS DE NAPOLÉON, a HUDSON LOWE. ^ LES SOUF- FRANCES MORALES DE NAPOLÉON, g LE TESTAMENT DE L'EMPEREUR, a LES APPROCHES DE L'AGONIE, a 5 MAI 1821. IL N'EST PLUS. 0 SAINTE-HÉLÈNE ET LA GLOIRE DE NAPOLÉON, a LE RETOUR DES CENDRES, g « TOUT LE MONDE M'A AIMÉ ET M'A HAÏ. » >if NAPOLÉON JUGÉ PAR VICTOR HUGO, a COMMENT NAPOLÉON SE JUGEAIT-IL a NAPOLÉON L'UNIÇUE.

i * '-"J!?^ '* '^ S N jour, à Sainte-Hélène, dans une de ses conversations avec Las Cases, IJfflP T^« Napoléon faisait un retour sur son passé. Tout à coup, il s'arrêta; *'^iy - W * ^ resta quelques instants en silence, la tête appuyée sur une main. Puis, S^^sk^^i^ •» comme se réveillant, il s'écria : a Quel roman pourtant que ma vie! i AVîh-a-a-»i».».»-è La phase la plus a: romanesque » de la vie extraordinaire du petit gentilhomme corse, vainqueur à Arcole à vingt-sept ans. Premier Consul à trente, Empereur à trente-quatre, vaincu à Waterloo à quarante-cinq, ce fut peut-être sa captivité de plus de cinq ans et demi sur le rocher de Sainte-Hélène.

LE « BELLEROPHON » A PLYMOUTH. v.^ Napoléon avait pris le parti, faute de pouvoir s'enfuir en Amérique, de monter à bord du Bellerophon. Le commandant lui avait dit qu'il avait autorité pour le recevoir et le conduire en Angleterre. L'Empereur et ses compagnons d'infortune pensaient bien qu'on les empêcherait de sortir du territoire anglais ; mais leurs craintes n'allaient pas au delà.

Le 16 juillet 1815, le Bellerophon avait mis à la voile de la rade de Rochefort. Pendant la traversée. Napoléon fut traité avec de grands égards : on l'appelait a Sire, » «Votre Majesté; 3> il était encore Empereur. Après avoir mouillé à Tcrbay, le Bellerophon jetait l'ancre à Plymouth le 26 jmUet. La mer se couvrit aussitôt d'embarcations; mais ime consigne inflexible tint à distance tous les visiteurs. A bord, des bruits étranges commençaient à circuler. Bientôt ils prirent corps. Le 30, làn commissaire anglais vint faire à l'Empereur, ou plutôt < au général Bonaparte, >

une communication officielle ; « Il devient absolimient nécessciire que le général Bonaparte soit restreint dans sa liberté personnelle.... Llle de Sainte-Hélène a été choisie pour sa future résidence; son climat est sain, et sa situation locale permettra qu'on l'y traite avec plus d'indulgence qu'on ne le pourrait faire ailleurs. » Le « général Bonaparte » était autorisé à désigner trois officiers, qui auraient çeuls, avec son chirurgien, la permission de l'accompagner à Sainte-Hélène. Le gouvernement anglais avait pris de lui-même cette décision ; il savait que les puissances alliées la ratifieraient sans hésiter. En effet, par une convention qui fut signée à Paris le 2 août entre l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie, Napoléon Bonaparte était déclaré prisonnier des puissances; sa garde était spécialement confiée au gouvernement britannique, à qui l'on abandonnait le choix du lieu de la captivité et des mesures à prendre.

PROTESTATION DE NAPOLÉON, v^ La réponse de Napoléon à cette déloyauté du gouvernement anglais, ce fut la protestation qui suit ; elle avait été inspirée par Las Cases, qui l'avait en partie rédigée.

4 Je proteste solennellement ici à la face du del et des hommes, contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement à bord du Bellerophon, je ne suis pas le prisonnier, je suis l'hôte de l'Angleterre.... J'en appelle à l'histoire. Elle dira qu'un ennemi qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais vint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois; quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui donner de son estime et de sa confiance ! Mais comment répondit l'Angleterre à ime telle magnanimité ? Elle feignit de tendre ime main hospitalière à son ennemi ; et quand il se fut livré de bonne foi, elle l'immola.

« Napoléon, à bord du Bellerophon, à la mer. ï»

Le 7 août, Napoléon quittait le Bellerophon ; il était conduit à bord du Northùmberland, qui venait d'être cirmé à destination de Sainte-Hélène. Le changement d'attitude des officiers anglais fut soudain et complet; plus de marques de respect à l'égard du prisonnier, on affectait de se couvrir devant lui, on ne lui donnait d'autre qualification que celle de « Général. » « Qu'ils m'appellent comme ils voudront, dit Napoléon, ils ne m'empêcheront pas d'être moi. b

LA TRAVERSÉE DU « NORTHUMBERLAND. » v.*» Le même jour, 7 août 1815, le Northùmberland mettait à la voile. Traversée longue et monotone, où Napoléon n'eut plus la joie d'apercevoir les côtes de France; il les avait vues pour la dernière fois, le 20 juillet, du pont du Bellerophon, quand ce vaisseau était passé à proximité d'Ouessant. Après la promenade sur le pont, il venait s'asseoir auprès d'un Ccinon, qui fut bientôt appelé le canon de l'Empereur; là, pendant des

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heures, immobile, muet, harcelé par ses pensées, il regardait la mer, la mer dont il n'avait pu « être maître, » dont il était à présent et pour toujours le prisonnier. Le piquet, les échecs trompaient de temps en temps l'muformité des heures. L'occupation préférée de Napoléon fut de dicter des fragments de sa vie ou de ses campagnes ; Las Cases tenait presque toujours la plume. Les matinées se passèrent à peu près toutes à ce travail ; Napoléon s'y attachait de plus en plus; il lui semblait que les heures pesaient sur lui avec un peu moins de lourdeur

ARRIVÉE A SAINTE-HÉLÈNE, v.^ Le dimanche 15 octobre, après soixantedix jours de traversée, le NoHhuniberland jetait l'ancre dans le port de Jamestown. Napoléon descendit à terre le 17; il était accompagné du comte de Las Cases et de son fils, du général Gourgaud, du comte, de la comtesse de Montholon et de leur fils, du comte et de la comtesse Bertrand, et de onze domestiques.

Sainte-Hélène est un rocher perdu dans l'immensité de l'océan Atlantique, à 1 900 kilomètres environ du continent africain. L'île n'a que quarante-quatre kilomètres de tour ; très aride, accessible en un seul point, elle n'était fréquentée que de loin en loin par quelques voiliers de la Compagnie des Indes. A l'intérieur, elle n'offrait que fort peu de ressources. On avait décidé que l'Empereur aurait sa résidence sur le plateau de Rupert's Hill, haut d'environ six cents mètres, à la petite maison de Longwood ; mais rien n'était prêt pour le recevoir. En attendant, l'Empereur s'établit dans une modeste maison de campagne appelée Briars (les Ronces), à deux milles au-dessus de Jamcstown. Il quitta alors pour toujours l'uniforme des chasseurs de la Garde ; il adopta le frac bourgeois avec le cordon et la plaque de la Légion d'honneur; il se coiffait avec le petit chapeau.

Le 10 décembre, Napoléon prit possession de la demeure de Longwood, de laquelle il ne devait plus sortir. C'était le dernier de ses « palais. » Après les palais d'ItaUe et du Caire, après les Tiiileries, après Fontainebleau et le Kremlin, quel asile que Longwood pour la majesté impériale ! C'était une ferme à un seul étage, d'une installation pliis que sommaire, où les rats furent un véritable fiéau. Une pièce tenait heu à la fois d'antichambre et de salle à manger. On passait de là dans une pièce dont on avait fait le salon. Une troisième pièce, fort obscure, servait à mettre les cartes et les livres de l'Empereur ; plus tard on en fit la saUe à manger. Sur cette pièce donnait l'appartement de Napoléon, qui consistait en deux très petites chambres, à la smte l'une de l'autre ; l'une devint son cabinet, l'autre sa chambre à coucher. Un petit corridor servait de sédle de bain.

Le domaine même de Longwood était exactement délimité. Napoléon avait un espace, d'environ douze milles de circonférence, où il pouvait se promener à pied et à cheval, sans être accompagné d'un officier anglais. Autour de cette enceinte on avait établi un cordon de sentinelles et des piquets. L'étendue de ce domaine prétendu Ubre varia un peu, mais il fut toujours étroitement surveillé. Chaque

soir, à neuf heures, les sentinelles étaient rapprochées ; elles entouraient Long-wood de telle manière que personne ne pouvait y entrer ou en sortir sans être aperçu.

LA VIE A LONCWOOD. vrf» Même dans cette pauvre ferme de Longwood, il fallait conserver quelques vestiges de la cour impériale ; alors on se donna le

LonawDod 1Ô16

SEIZE SIGKATUBJtS OU PARAPHES DE NAPOEÉON DE 1792 A 1816.

luxe d'une ombre d'administration, Bertrand, qui avait succédé à Duroc dans la charge de grand maréchal du palais et qui avait déjà accompagné Napoléon à l'île d'Elbe, eut le commandement général. Montholon, qui avait été l'un des aides de camp de Napoléon pendant les Cent Jours, fut chargé de la direction du service : les onze domestiques composèrent la chambre, la livrée, la bouche. Le premier valet de chambre Marchand avait auprès de l'Empereur vme situation à part ;

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« N RADE DE START POINT, NAPOLÉON quitte le Bellerophaa et passe à bord du Northumber- ( land, commandant Ross, dans l'après-midi du 7 août 1815. par sauceas. (uidi,. nai., esiamies.)

JAMESTOWN, le seul port et la seule ville de Sainte-Hélène, dans un ravin de la côte septentrionale. Le Northumberland y jeta l'ancre le 15 octobre 1815. — L'AMIRAL COCKBURN, chargé de conduire Napoléon à Sainte-Hélène et gouverneur de l'île, lui montre sa dernière résidence.

ULL. PR. ROLAND BONAPARTE ET M'' DE GiRARDlN.,

'EXILÉ. — D'après un officier anglais, à Longwood, 24 juillet 1820. (bibl. nat., estampes.)

NAPOLÉON. — Croquis d'après nature, pris deux mois avant sa mort. (bibl. nat., est.)

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