‹ NapoléonChapitre 2 sur 39 · A GEORGES CHARLET · texte numérisé non relu

A GEORGES CHARLET

en commune ferveur balzacienne, en affectueuse amitié.

... Avec des récits pareils, la France aura toujours dans le ventre les quatorze armées de la République et pourra parfaitement soutenir la conversation a coups de canon avec l'Europe.

(H. de Balzac, Le médecin de campagne, 1833).

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IIunmhi de Balzac.

NAPOLEON ** *» g* ** - DANS L'ŒUVRE - ^ ^ ^ ^ DE BALZAC

Au seuil de ce livre, où notre mérite est mince et notre part effacée, il ne sera point utile, imaginet-on, de réécrire la vie d'Honoré de Balzac, — laissons-lui ce de pour lequel il avait une particulière estime. — A des dates essentielles on se pourra tenir, et, au reste, quel besoin de réimprimer la vie privée •le cette manière de géant rabelaisien dans l'instant où c'est un témoignage d'un ordre particulier qu'on demande à son œuvre multiple et diverse? Cependant, pour éclairer la pensée qui anime les pages de la vie de Napoléon, racontée par Balzac, on laissera appeler à quelques renseignements particuliers qui doivent indiquer la discipline des fragments de l'œuvre placée sous l'invocation de ces deux noms. Pour lui laisser et restituer un sens simple et net, il suffira, au surplus, de peu de chose et du témoignage de Balzac lui-même. Tâche aisée et qui ne condamne qu'à un facile agrément : celui de feuilleter ce qui nous est demeuré de lui.

NAPOLÉON DANS L ŒUVRA DE RALZAC

C'est le 1er prairial an VIII (20 mai 1799), jour de la levée du siège de Saint-Jean-d'Acre par Bonaparte, qu'à Tours, rue de l'Armée-d'Italie, Honoré de Balzac est né1. Son père était d'âge avancé déjà, venu du Languedoc où il avait vu le jour en 17462. Ce Bernard-François Balzac avait été secrétaire aux Conseils du Roi, titre qui lui a été souvent contesté, mais qui, examen fait de certaines circonstances, paraît cependant bien Jui appartenir3. Avec Honoré, c'était un nouveau rameau élancé sur l'arbre de cette vieille famille française, sans noblesse, obscure et vigoureuse. Du fait de cette ascendance, du fait de l'emploi du père, on a conclu, péremptoirement, que Balzac avait une double raison d'être royaliste et catholique4. Mais Balzac, historien de l'Empereur et de l'Empire, mérite qu'on examine avec attention la valeur de ce double argument.

1. « Cette rue, dit le Journal d'Indre-et-Loire, s'appelait alors rue de l'Armée-d'Italie. La maison qui appartenait au père du célèbre romancier est maintenant la propriété du général d'Outremont. Celui-ci l'a acheté de M. Balzac père. On voit dans la cour un acacia, planté par les ordres de Mme de Balzac le jour même de la naissance de son fils, et qui, depuis, a été constamment respecté. » — Eugène de Mirecourt, Les contemporains; Balzac; Paris, 1854, in-32, p. 7.

2. Balzac père mourut à quatre-vingt-trois ans. le 19 juin 1829. — Mme Laure Surville, née Balzac, Balzac, sa vie et ses œuvres, d'après sa correspondance; Paris, 1878, in-18,.p. 6-8.

3. Cf. Geneviève Buxton, La « Dilecta » de Balzac; Balzac et Mme de Berny ; 1821-1836, dans la Bévue hebdomadaire, 3 juillet 1909, p. 54.

1. L. Dimier, Les maîtres delà contre-révolution au XIXe siècle; Paris, 1907, in-18, p. 121.

Ecartons, tout d'abord, l'argument de l'ascendance. Robespierre et Danton, — et que d'autres ! — sont de familles françaises aussi anciennes, voire davantage, que celle de Balzac. Il parait, cependant, difficile d'en faire pour ce motif les soutiens du trône et les colonnes de l'autel. On triompherait facilement à ruiner par cet argument sans mérite la thèse soutenue par les zélateurs de l'idéal monarchique. Demeure le fait de l'exemple paternel. Sans doute, Balzac père fut un serviteur de la monarchie, ni plus ni moins que le père de Camille Desmoulins, par exemple. Mais Balzac père avait eu, depuis, d'autres maîtres. En 1793 il était officier municipal de la Commune de Paris, et à une époque où cette Commune aidait la Convention à donner à la Terreur cette impulsion formidable qui, deux ans durant, mit Paris en explosion permanente. Que faisaient là la tradition et la discipline monarchiques de Balzac père ? On ne les voit guère reparaître dans la suite de sa vie, à Tours, où, pendant dix-sept ans, il fut chargé de la subsistance de la 22e division militaire, où il accepta, de 1804 à 1808, d'être adjoint au maire, et, de 1804 à 1812, administrateur de l'hospice général, avant que de revenir à Paris, en 1814, à la direction des vivres de la 13e division militaire. Point de manifestations royalistes dans tout cela, point de déclarations de lidélité aux souverains disparus et balayés, niais, bien au contraire, des preuves d'admiration au nouveau maître que s'est donnée, avec une jeune allégresse, la France échappée aux avocats et aux phra-

seurs de Brumaire. Balzac père royaliste? Chose possible en 1814 et 1815, mais, en attendant, en 1809, il imaginait de faire dresser parla France reconnaissante un monument triomphal et colossal à Napoléon, une statue « approchant au moins le plus possible le colosse de Rhodes » afin de symboliser les « hautes conceptions du génie qui a fait le plus de bien aux hommes. » Le tout devait être placé dans la grande cour, entre les Tuileries et le Louvre, ou près de la porte de Neuilly, là où maintenant l'Arc de Triomphe ouvre son porche sur l'horizon et sur Paris1. Bien mieux! Balzac père attendait de l'Empereur lui-même une approbation à son projet et c'est de la bienveillance du ministre de l'Intérieur qu'il la sollicitait dans ces termes, parés des plus purs sentiments napoléoniens :

Tours, 1er août 1809.

.1 Son Excellence Monseigneur Crelet, Minisire de l'Intérieur et Grand Dignitaire de la Légion d'Honneur,

Monseigneur,

Elever la Nation au degré de Grandeur qui lui appartient et transmettre aux peuples de tous les siècles des preuves de sa Grande Célébrité, développer, fortifier et étendre l'esprit libéral et philosophique sans cesse étouffé par la dévorante rouille du mauvais Génie, et faire éclater les sentiments de Reconnaissance envers le fondateur du

1. Anonyme, [Balzac, père], Mémoires sur deux grandes obligations à remplir par ies Français; Tours, ÎND'J, in-8.

Bonheur du Genre Humain, tel est l'objet que je me suis proposé clans l'imprimé ci-joint, intitulé : Mémoire sur deux Grandes Obligations à remplir par les Français.

L'accueil que vous avez fait à mes trois précédents Mémoires1, me fait espérer que celui-ci aura le même avantage et qu'un des deux exemplaires parviendra à la destination marquée par la suscription2.

Si pour la plus grande utilité les journaux doivent parler de ces vues de Bien public, j'espère que Votre Excellence aura la bonté de me le marquer, ne voulant pas absolument rien faire qui ne lui soit agréable.

Je suis avec un profond respect, de Votre Excellence, Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur.

Balzac3.

1. Deux de ces mémoires sont : M. Balzac, adjoint au maire de Tours, et l'un des administrateurs de l'hospice généralde la même ville, Mémoire sur les moyens de prévenir les vols et les assassinats et de l'amener les hommes qui en commettent aux travaux de la société, et sur les moyens de simplifier l'ordre judiciaire; Tours, avril 1807, in-8; Balzac, Mémoire sur le scandaleux désordre causé par les jeunes filles trompées et abandonnées dans un absolu dénuement, et sur les moyens I d'utiliser une portion de population perdue pour l'Etat et très funeste à l'ordre social; Tours, avril 1808, in-8. — •Honore quel est le troisième mémoire auquel fait allusion Balzac père et j'imagine qu'il ne peut être question de l'Histoire <!<■ la raye et moyen d'en préserver, comme autrefois, les hommes, qui ne parut à Tours qu'en 1810, avec la mention : « Cette édition est pour le gouvernement seul; elle ne sera adressée à aucun auteur de journal ou de feuille périodique. » On trouvera le fac-similé du titre fie ces trois brochures dans L'ouvrage du docteur Cabanes, Balzac ignoré; 2e édil. ; Paris, s. d., in-18, p. 21-25-2'.).

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