‹ NapoléonChapitre 26 sur 39 · Edmond Biré, Honoré dé Balzac...', p · texte numérisé non relu

Edmond Biré, Honoré dé Balzac...', p

3. A. -M. Perrot, Itinéraire généralde Xnpoléon ; chronologie du Consulat et de l'Empire; Paris, 1845, iu-8, p. 403; Alberl Schucrmans. Itinéraire général de Napoléon Ier...', p. 320.

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Au commencement du mois d'avril 1813, il y eut un dimanche dont la matinée promettait un de ces beaux jours où les Parisiens voient pour la première fois de l'année leurs pavés sans boue et leur ciel sans nuages. Avant midi, un cabriolet à pompe attelé de deux chevaux fringants déboucha dans la rue de Rivoli par la rue de Castiglione, et s'arrêta derrière plusieurs équipages stationnés à la grille nouvellement ouverte au milieu de la terrasse des Feuillants. Cette leste voiture était conduite par un homme en apparence soucieux et maladif; des cheveux grisonnants couvraient à peine son crâne jaune et le faisaient vieux avant le temps; il jeta les rênes au laquais à cheval qui suivait sa voiture, et descendit pour prendre dans ses bras une jeune fille dont la beauté mignonne attira l'attention des oisifs en promenade sur la terrasse. La petite personne se laissa complaisamment saisir par la taille quand elle fut debout sur le bord de la voiture, et passa ses bras autour du cou de son guide, qui la posa sur le trottoir sans avoir chiffonné la garniture de sa robe en reps vert. Un amant n'aurait pas eu tant de soin. L'inconnu devait être le père de cette enfant qui, sans le remercier, lui prit familièrement le bras et l'entraîna

lusquement dans le jardin. Le vieux père remarqua les regards émerveillés de quelques jeunes gens, et la tristesse empreinte sur son visage s'effaça pour un moment. Quoiqu'il fût arrivé depuis longtemps à l'âge où les hommes doivent se contenter des trompeuses jouissances que donne la vanité, il se mit à sourire.

— On te croit ma femme, dit-il à l'oreille de la jeune personne en se redressant et marchant avec une lenteur qui la désespéra.

Il semblait avoir de la coquetterie pour sa fille, et jouissait peut-être plus qu'elle des œillades que les curieux lançaient sur ses petits pieds chaussés de brodequins en prunelle puce, sur une taille délicieuse dessinée par une robe à guimpe, et sur le cou frais qu'une collerette brodée ne cachait pas entièrement. Les mouvements de la marche relevaient par instants la robe de la jeune fille et permettaient de voir, audessus des brodequins, la rondeur d'une jambe finement moulée par un bas de soie à jour. Aussi, pius d'un promeneur dépass?-t-il le couple pour admirer ou pour revoir la jeune figure autour de laquelle se jouaient quelques rouleaux de cheveux bruns, et dont la blancheur et l'incarnat étaient rehaussés autant par les reflets du satin rose qui doublait une élégante capote que par le désir et l'impatience qui pétillaient dans tous les traits de cette jolie personne. Une douce malice animait ses beauxyeuxnoirs, fendus en amande, surmontés de sourcils bien arqués, bordés de longs cils et qui nageaient dans un fluide pur. La vie et la jeunesse étalaient leurs trésors sur ce visage mutin et sur un buste, gracieux encore, malgré la ceinture alors placée sous le sein. Insensible aux hommages, la jeune fille regardait avec une espèce d'anxiélé le château des Tuileries, sans doute le but de sa pétulante promenade. Il était midi moins un quart. Quelque matinale que fùl cette heure, plusieurs femmes, qui

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toutes avaient voulu se montrer en toilette, revenaient du château, non sans retourner la tête d'un air boudeur, comme si elles se repentaient d'être venues trop tard pour jouir d'un spectacle désiré. Quelques mots échappés à la mauvaise humeur de ces belles promeneuses désappointées, el saisis au vol par la joli*' inconnue, l'avaient singulièrement inquiétée. Le vieillard épiait d'un œil plus curieux que moqueur les signes d'impatience et de crainte qui se jouaient sur le charmant visage de sa compagne, et l'observait peut-être avec trop de soin pour ne pas avoir quelque arrière- pensée paternelle.

Ce dimanche était le treizième de l'année J8I3. Le surlendemain, Napoléon partait pour cette fatale campagne pendant laquelle il allait perdre successivement Bessières et Duroc, gagner les mémorables batailles de Lutzen et de Bautzen. se voir trahi par l'Autriche, la Saxe, la Bavière, par Bernadotte, et disputer la terrible bataille de Leipsick. La magnifique parade commandée par l'Empereur devait être la dernière de celles qui excitèrent si longtemps l'admiration des vovageurs et des étrangers. La vieille garde allait exécuter pour la dernière fois les savantes manœuvres dont la pompe et la précision étonnèrent quelquefois jusqu'à ce géant lui-même, qui s'apprêtait alors à son duel avec l'Europe. Un sentiment triste amenait aux Tuileries une brillante et curieuse population. Chacun semblait deviner l'avenir, et pressentait peut-être que plus d'une fois l'imagination aurait à retracer le tableau de cette scène, quand ces temps héroïques de

la France contracteraient, comme aujourd'hui, des teintes presque fabuleuses.

— Allons donc plus vite, mon père ! disait la jeune fille avec un air de iutinerie en entraînant le vieil lard; j'entends les tambours.

— Ce sont les troupes qui entrent aux Tuileries, répondit-il.

— Ou qui défilent... tout le monde revient! répliqua-t-elle avec une enfantine amertume qui fit sourire le vieillard.

— La parade ne commence qu'à midi et demi, dit le père, qui marchait presque en arrière de son impétueuse fille.

A voir le mouvement qu'elle imprimait à son bras droit, vous eussiez dit qu'elle s'en aidait pour courir. Sa petite main, bien gantée, froissaitimpatiemmcnt un mouchoir, et ressemblait à la rame d'une barque qui fond les ondes. Le vieillard souriaitpar moments, mais parfois aussi des expressions soucieuses attristaient passagèrement sa figure desséchée. Son amour pour cette belle créature lui faisait autant admirer le présent que craindre l'avenir. Il semblait se dire : « Elle est heureuse aujourd'hui, le sera-t-elle toujours? » Car les vieillards sont assez enclins à doter de leurs chagrins l'avenir des jeunes gens. Quand le père et la 611e arrivèrent sous le péristyle du pavillon au sommet duquel Uottait le drapeau tricolore, et par où les promeneurs vont et viennent du jardin des Tuileries dans le Carrousel, les factionnaires leur crièrent d'une voix grave :

— On ne passe plus!

L'enfant se haussa sur la pointe des pieds, et put entrevoir une foule de femmes parées qui encombraient les deux côtés de la vieille arcade en marbre par où l'Empereur devait sortir.

— Tu le vois bien, mon père, nous sommes partis trop tard!

Sa petite moue chagrine trahissait l'importance qu'elle avait mise à se trouver à cette revue.

— Eh bien, Julie, allons-nous-en, tu n'aimes pas à être foulée.

— Restons, mon père. D'ici, je puis encore apercevoir l'Empereur ; s'il périssait pendant la campagne, je ne l'aurais jamais vu.

Le père tressaillit en entendant ces égoïstes paroles; sa fille avait des larmes dans la voix; il Ja regarda, crut remarquer sous ses paupières abaissées quelques pleurs causés moins par le dépit que par un de ces premiers chagrins dont le secret est facile à deviner pour un vieux père. Tout à coup, Julie rougit et jeta une exclamation dont le sens ne fut compris ni par les sentinelles ni par le vieillard. A ce cri, un officier qui s'élançait de la cour vers l'escalier se retourna vivement, s'avança jusqu'à l'arcade du jardin, reconnut la jeune personne un moment cachée par les gros bonnets à poil des grenadiers, et fit fléchir aussitôt, pour elle et pour son père, la consigne qu'il avait donnée lui-même; puis, sans se mettre en peine des murmures de Ja foule élégante qui assiégeait l'arcade, il attira doucement à lui l'enfant enchantée.

— Je ne m'étonne plus de sa colère ni de son empressement, puisque lu étais de service, dit le vieillard à l'officier d'un air aussi sérieux que railleur.

— Monsieur le duc, répondit le jeune homme, si vous voulez être bien placés, ne nous amusons point à causer. L'Empereur n'aime pas à attendre, et je suis chargé par le grand maréchal d'aller l'avertir.

Tout en parlant, il avait pris avec une sorte de familiarité le bras de Julie, et l'entraînait rapidement vers le Carrousel. Julie aperçut avec étonnement une foule immense qui se pressait dans le petit espace compris entre les murailles grises du palais et les bornes réunies par des chaînes qui dessinent de grands carrés sablés au milieu de la cour des Tuileries. Le cordon de sentinelles, établi pour laisser passage libre à l'Empereur et à son état-major, avait beau coup de peine à ne pas être débordé par cette foule empressée et bourdonnant comme un essaim.

— Cela sera donc bien beau? demanda Julie en souriant.

— Prenez donc garde! s'écria l'officier, qui saisit Julie par la taille et la souleva avec autant de vigueur que de rapidité pour la transporter près d'une colonne.

Sans ce brusque enlèvement, sa curieuse parente allait être froissée par la croupe du cheval blanc, harnaché d'une selle en velours vert et or, que le mameluk de Napoléon tenait par la bride, presque sous l'arcade, à dix pas en arrière de tous les chevaux qui attendaient les grands officiers, compagnons

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de l'Empereur. Le jeune homme plaça le père et la fille près de la première borne de droite, devant la foule, et les recommanda par un signe de tête aux deux grenadiers entre lesquels ils se trouvèrent. Quand l'officier revint au palais, un air de bonheur et de joie avait succédé sur sa figure au subit effroi que la reculade du cheval y avait imprimé; Julie lui avait serré mystérieusement la main, soit pour le remercier du petit service qu'il venait de lui rendre, soit pour lui dire : « Enfin je vais donc vous voir! » Elle inclina même doucement la tête en réponse au salut respectueux que l'officier lui fit, ainsi qu'à son père, avant de disparaître avec prestesse. Le vieillard, qui semblait avoir exprès laissé les deux jeunes gens ensemble, restait dans une attitude grave, un peu en arrière de sa fille ; mais il l'observait à la dérobée, et tâchait de lui inspirer une fausse sécurité en paraissant absorbé dans la contemplation du magnifique spectacle qu'offrait le Carrousel. Quand Julie reporta sur son père le regard d'un écolier inquiet de son maître, le vieillard lui répondit même par un sourire de gaieté bienveillante; mais son œil perçant avait suivi l'officier jusque sous l'arcade, et aucun incident de cette scène rapide ne lui avait échappé.

— Quel beau spectacle! dit Julie à voix basse en pressant la main de son père.

L'aspect pittoresque et grandiose que présentait en ce moment le Carrousel faisait prononcer cette exclamation par des milliers de spectateurs, dont toutes les figures étaient béantes d'admiration. Une

autre rangée de monde, tout aussi pressée que celle où le vieillard et sa fille se tenaient, occupait, sur une ligne parallèle au château, l'espace étroit et pavé qui longe la grille du Carrousel. Cette foule achevait de dessiner fortement, par la variété des toilettes de femmes, l'immense carré long que forment les bâtiments des Tuileries et cette grille, alors nouvellement posée. Les régiments de la vieille garde qui allaient être passés en revue remplissaient ce vaste terrain, où ils figuraient en face du palais d'imposantes lignes bleues de dix rangs de profondeur. Au delà de l'enceinte, et dans le Carrousel, se trouvaient, sur d'autres lignes parallèles, plusieurs régiments d'infanterie et de cavalerie prêts à défiler sous l'arc triomphal qui orne le milieu de la grille, et sur le faîte duquel se voyaient, à cette époque, les magnifiques chevaux de Venise. La musique des régiments, placée au bas des galeries du Louvre, était masquée par les lanciers polonais de service. Une grande partie du carré sablé restait vide comme une arène préparée pour les mouvements du corps silencieux, dont les niasses, disposées avec la symétrie de l'art militaire, réfléchissaient les rayons du soleil dans les feux triangulaires de dix milles baïonnettes. L'air, en agitant les plumets des soldats, les faisait ondoyer comme les arbres d'une forêt courbée sous un vent impétueux. Ces vieilles bandes, muettes et brillantes, offraient mille contrastes de couleurs dus à la diversité des uniformes, des parements, des armes et des aiguillettes. Cet immense tableau, miniature

d'un champ de bataille avant le combat, était poétiquement encadré, avec tous ses accessoires et ses accidents bizarres, par les hauts bâtiments majestueux dont l'immobilité semblait imitée par les chefs et les soldats. Le spectateur comparait involontairement ces murs d'hommes à ces murs de pierres. Le soleil du printemps, qui jetait profusément sa lumière sur les murs blancsbàtis de la veille etsur les murs séculaires, éclairaient pleinement ces innombrables figures basanées, qui toutes racontaient des périls passés et attendaient gravement les périls à venir. Les colonels de chaque régiment allaient et venaient seuls devant les fronts que formaient ces hommes héroïques. Puis, derrière les masses de ces troupes bariolées d'argent, d'azur, de pourpre et d'or, les curieux pouvaient apercevoir les banderoles tricolores attachées aux lances de six infatigables cavaliers polonais, qui, semblables aux chiens conduisant un troupeau le long d'un champ, voltigeaient sans cesse entre les troupes et les curieux, pour empêcher ces derniers de dépasser le petit espace de terrain qui leur était concédé auprès de la grille impériale. A ces mouvements près, on aurait pu se croire dans le palais de la Belle au bois dormant. La brise du printemps, qui passait sur les bonnets à long poil des grenadiers, attestait l'immobilité des soldats, de même que le sourd murmure de la foule accusait, leur silence. Parfois seulement, le retentissement d'un chapeau chinois, ou quelque léger coup frappé par inadvertance sur une grosse caisse et répété

par les échos du palais impérial, ressemblait à ces coups de tonnerre lointains qui annoncent un orage. Un enthousiasme indescriptible éclatait dans l'attente de la multitude. La France allait faire ses adieux à Napoléon, à la veille d'une campagne dont les dangers étaient prévus par le moindre citoyen. Il s'agissait, cette fois, pour l'Empire français, d'être ou de n'être pas. Cette pensée semblait animer la population citadine et la population armée qui se pressaient dans l'enceinte où planaient l'aigle et le génie de Napoléon. Ces soldats, espoir de la France, ces soldats, sa dernière goutte de sang, entraient aussi pour beaucoup dans l'inquiète curiosité des spectateurs. Entre la plupart des assistants et des militaires, il se disait des adieux peut-être éternels ; mais tout les cœurs, même les plus hostiles à l'Empereur, adressaient au ciel des vœux ardents pour la gloire de la patrie. Les hommes les plus fatigués de la lutte commencée entre l'Europe et la France avaient tous déposés leurs haines en passant sous l'arc de triomphe, comprenant qu'au jour du danger Napoléon était toute la France. L'horloge du château sonna une demiheure. En ce moment, les bourdonnements de la foule cessèrent, et le silence devint si profond que l'on eût entendu la parole d'un enfant. Le vieillard et sa fille, qui semblaient ne vivre que par les yeux, distinguèrent alors un bruit d'éperons et un cliquetis d'épées qui retentirent sous le sonore péristyle du château.

Un petit homme assez gras, vêtu d'un uniforme

vert, d'une culotte blanche, et chaussé de bottes à l'écuyère, parut tout à coup, en gardant sur sa tète un chapeau à trois cornes aussi prestigieux que l'homme lui-même; le large ruban rouge de la Légion d'honneur flottait sur sa poitrine, une petite épée était à son côté. L'homme fut aperçu par tous les yeux et, à la fois, de tous les points dans la place. Aussitôt, les tambours battirent aux champs, les deux orchestres débutèrent par une phrase dont l'expression guerrière fut répétée sur tous les intruments, depuis la plus douce des flûtes jusqu'à la grosse caisse. A ce belliqueux appel, les âmes tressaillirent, les drapeaux saluèrent, les soldats présentèrent les armes par un mouvement unanime et régulier qui agita les fusils depuis le premier rang jusqu'au dernier dans le Carrousel. Des mots de commandement s'élancèrent de rang en rang comme des échos. Des cris de « Vive l'Empereur! » furent poussés par la multitude enthousiasmée. Enfin tout frissonna, tout remua, tout s'ébranla, Napoléon était monté à cheval. Ce mouvement avait imprimé la vie à ces masses silencieuses, avait donné une voix aux instruments, un élan aux aigles et aux drapeaux, une émotion à toutes les figures. Les murs des hautes galeries de ce vieux palais semblaient crier aussi : « Vive l'Empereur ! » Ce ne fut pas quelque chose d'humain, ce fut une magie, un simulacre de la puissance divine, ou mieux une fugitive image de ce règne si fugitif. L'homme entouré de tant d'amour, d'enthou-

siasme, de dévouement, de vœux, pour qui le soleil avait chassé les nuages du ciel, resta sur son cheval, à trois pas en avant du petit escadron doré qui le suivait, ayant le grand maréchal à sa gauche, le maréchal de service à sa droite. Au sein de tant d'émotions excitées par lui, aucun trait de son visage ne parut s'émouvoir.

— Oh! mon Dieu, oui. A Wagram, au millieu du feu, à la Moscowa parmi les morts, il est toujours tranquille comme Baptiste, lui!

Cette réponse à de nombreuses interrogations était faite par le grenadier qui se trouvait auprès de la jeune fille. Julie fut pendant un moment absorbée par la contemplation de cette figure dont le calme indiquait une si grande sécurité de puissance. L'Empereur aperçut Mlle de Ghàtillonest et se pencha vers Duroc, pour lui dire une phrase courte qui fit sourire le grand maréchal. Les manœuvres commencèrent. Si jusqu'alors la jeune personne avait partagé son attention entre la figure impassible de Napoléon et les lignes bleues, vertes et rouges des troupes, en ce moment elle s'occupa presque exclusivement, au milieu des mouvements rapides et réguliers exécutés par ces vieux soldats, d'un jeune officier qui courait à cheval parmi les lignes mouvantes et revenait avec une infatigable activité vers le groupe à la tète duquel brillait le simple Napoléon. Cet officier montait un superbe cheval noir, et se faisait distinguer, au sein de cette multitude chamarrée, par le bel uniforme bleu de ciel

des officiers (Tordoanance de l'Empereur. Ses broderies pétillaient si vivement au soleil et l'aigrette de son shako étroit et long- en recevait de si fortes lueurs, que les spectateurs durent le comparer a un feu follet, à une àme visible chargée par l'Empereur d'animer, de conduire ces bataillons dont les armes ondoyantes jetaient des flammes, quand, sur un seul signe de ses yeux, ils se brisaient, se rassemblaient, tournoyaient comme les ondes d'un gouffre, ou passaient devant lui comme ces lames longues, droites et hautes, que l'Océan courroucé dirige sur ses rivages.

La même année, Mlle de Ghâtillonest épousa son cousin, le brillant officier, Victor d'Aiglemont, malgré les tristes pressentiments de son père. Elle fut extrêmement malheureuse en ménage et eut, en 1844, une triste fin. Le marquis d'Aiglemont, épuisé et ruiné, était décédé en 4835.

L I M I» ;' K A T H I C I J OSÉPH INE .

Après le portrait du héros militaire, voici le portrait du héros civil. En Bridau, anciens ecrélaire du ministre Roland sous la Révolution, il a incarné ce fonctionnaire modèle, probe serviteur de la République, rallié à Napoléon dès l'instant où l'homme de brumaire assure l'ordre et la prospérité de la Patrie. Balzac imagine que c'est pour récompenser des serviteurs du modèle de Bridau que l'Empereur pensa créer un ordre de décoration civile. Ce qu'il en dit contient quelques erreurs. Napoléon, a dit un historien, « éprouva aussi le besoin, quand il eut aboli les derniers vestiges des institutions républicaines, de créer un ordre au-dessus de la Légion d'honneur, les Trois toisons d'or (décret du 15 août 1809), exclusivement réservé aux militaires et aux grands dignitaires, comprenant 100 grands chevaliers, 400 commandeurs et 1.000 chevaliers, avec un grand chancelier qui fut le comte Andréossy, général de division, conseiller d'Etat. En outre, le 18 octobre 1811, il abolit Tordre royal de l'Union qui existait en Hollande, ainsi que tous les ordres des pays annexés, et créa un ordre de la Réunion, destiné aux civils et aux militaires de tout l'Empire, avec 200 grand'croix, 1.000 commandants, 10.000 chevaliers. L'insigne était un

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