‹ NapoléonChapitre 35 sur 39 · SUR L'EMPEREUR DISPARU · texte numérisé non relu

SUR L'EMPEREUR DISPARU

C'est un autre éloge de Napoléon, après celui de Canalis, après celui de Goguelat, qu'on peut recueillir ici. 11 est prononcé par le commandant Genestas et il ferme le cycle de ces épisodes contés par des soldats et des civils. On peut croire qu'il traduit assez exactement la pensée des militaires delà Restauration et de la monarchie de Juillet, qui n'ont point été chiches de ces confidences dont Balzac a, si souvent, tiré un heureux parti dans les scènes de la Comédie Humaine.

Le bourg, obliquement traversé par les lueurs du soleil, étineelait comme un diamant en réfléchissant par toutes ses vitres de rouges lumières qui semblaient ruisseler. A cet aspect, Genestas arrêta son cheval, montra les fabriques de la vallée, le nouveau bourg et la maison de la Fosseuse.

— Après la victoire de Wagram et le retour de Napoléon aux Tuileries en 1815, dit-il en soupirant, voilà ce qui m'a donné le plus d'émotions. Je vous

1. Fragment tiré du Médecin de campagne Scènes <!'> lu vie de campagne).

dois donc ce plaisir, Monsieur, car vous m'avez appris à connaître les beautés qu'un homme peut trouver cà la vue d'un pays.

— Oui, dit le médecin en souriant, il vaut mieux bâtir des villes que de les prendre.

— Oh ! Monsieur, la prise de Moscou et la reddition de Mantoue! Mais vous ne savez donc pas ce que c'est! N'est-ce pas notre gloire à tous! Vous êtes un brave homme, niais Napoléon aussi était un bon homme; sans l'Angleterre, vous vous seriez entendus tous deux, et il ne serait pas tombé notre Empereur; je peux bien avouer que je l'aime maintenant, il est mort!... et, dit l'officier en regardant autour de lui, il n'y a pas d'espions ici. Quel souverain! Il devinait tout le monde! il vous aurait placé dans son conseil d'Etat, parce qu'il était administrateur, et grand administrateur, jusqu'à savoir ce qu'il y avait de cartouches dans les gibernes après une affaire. Pauvre homme! Pendant que vous me parliez de votre Fosseuse, je pensais qu'il était mort à Sainte-Hélène, lui. Hein! était-ce le climat et l'habitation qui pouvaient satisfaire un homme habitué à vivre les pieds dans les étriers et le derrière sur un trône? On dit qu'il y jardinait. Diantre! il n'était pas fait pour planter des choux Maintenant, il nous faut servir les

Bourbons, et loyalement. Monsieur; car, après tout, la France est la Fiance, comme vous le disiez hier.

En prononçant ces derniers mots, Genestas descendit de cheval et imita machinalement Benassis qui attachait, le sien par la bride à un arbre.

DAN.t un de ses meilleurs romans. Un Ménage de garçon, Balzac a peint avec cette sûreté qui lui est propre, les officiers à la demi-solde battant le pavé de Paris, dans l'attente d'un nouveau retour de l'Empereur. Le plus caractéristique de ces personnages, Philippe Bridau, est le fils aîné de ce Bridau dont le romancier a fait le modèle des fonctionnaires probes et désintéressés2. Voici, tout d'abord, clans quelles circonstances Philippe prit du service, tandis que son frère Joseph, entraîné vers la peinture, demeurait au logis où vivait chichement Mme Vve .Agathe Bridau.

Les malheurs de la déroute de Moscou éclatèrent. Napoléon revint pour organiser de nouvelles forces et demander de nouveaux sacrifices à la France. La pauvre mère [Mine Vve Bridau] fut alors livrée à bien d'autres inquiétudes. Philippe, à qui le lycée déplaisait, voulut absolument servir l'Empereur. Une revue

1. Fragment tiré d'Un Ménage de garçon (Scènes de la oie de province).

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