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Frédéric Masson, Petites Histoires ...; p

Maximes et Pensées DE NAPOLÉON

recueillies

par J.-L. GAUDY jeune

[Paris, 1838]

L'auteur de ce travail doit avouer que son seul mérite consiste dans la patience avec laquelle il a, pendant quelques années, dépouillé les livres publiés sur Napoléon, la collection du Moniteur, et les moindres écrits où la parole de ce grand souverain a été constatée. Un autre mérite est d'avoir senti Fimportance de l'œuvre qui allait en résulter, et qui est à Napoléon ce que l'Evangile est à Jésus-Christ. En effet, ce livre, qui sera pour beaucoup de gens un trésor. eut perdu de sa valeur si l'on eut indistinctement publié toutes les pensées de Napoléon. La Rochefoucauld n'a certes pas donné la totalité des maximes que lui ont suggérées les événements et ses méditations; il a choisi, étudié, pesé, comparé celles qu'il nous a livrées ; tandis que Napoléon n'a pas songé à formuler un corps de doctrine. Le sous-lieutenant a parlé sans connaître le premier consul, l'Empereur a souvent pensé sans prévoir Sainte-Hélène. Aussi n'était-ce pas une tâche ordinaire que de dégager l'homme de chaque circonstance et de savoir sa vraie pensée à travers les contradictions dans lesquelles l'ont entraîné les hasards de sa vie.

Il n'y avait pas à hésiter dans ce choix : Napoléon est une des plus violentes volontés connues dans les Annales des dominations humaines : il ne pouvait donc y avoir de curieux en lui que les lois par lesquelles il a construit et maintenu son pouvoir.

Cependant, comme de son point de départ au point d'arrivée, et de son trône à son tomheau, il a deux fois, et en deux sens différents, parcouru tout l'état social, qu'il a su tout voir et a tout observé; chaque fois qu'un mot de lui, quelqu'étranger qu'il fut à la politique, nous a paru éclairer à fond certains passages de la vie humaine, nous ne l'avons pas omis : ainsi chacun y trouvera quelque chose à son usage, le grand comme le petit, car cette pensée aiguë autant qu'une épée a sondé toutes les profondeurs. Le terroriste de 93 et le général en chef ont été absorbés par l'Empereur, le gouvernant a souvent démenti le gouverné; mais les paroles que les diverses crises lui ont arrachées et qui se heurtent., accusent admirablement la grande lutte à laquelle il fut condamné. Aussi, souvent une seule phrase de ce recueil peintelle certaines phases de sa vie et plusieurs portions de l'histoire contemporaine, beaucoup mieux que ne l'ont fait jusqu'ici les historiens. Le livre de l'homme qui pense après coup, peut-il jamais valoir le cri de L'homme al teint au cœur? Quelle poésie que la douleur de -Napoléon !

Il a fallu néanmoins élaguer plusieurs pensées qui lui étaient communes avec des grands hommes ses prédécesseurs en politique, et d'autres auxquelles

son nom n'enlevait pas leur vulgarité. Néanmoins nous avons donné celles que l'Empereur a répétées assez souvent pour leur imprimer le cachet des circonstances; n'expliquent-elle pas dès lors son génie, ses opinions, ou sa domination?

Aux yeux des masses, ce livre sera comme une apparition : l'âme de l'Empereur passera devantelles ; mais pour quelques esprits choisis, il sera son histoire sous une forme algébrique : on y verra l'homme abstrait, FIdée au lieu du Fait. Ne sera-ce pas une des choses les plus singulières dans la destinée de cet homme, qu'après avoir si vigoureusement lutté contre les manifestations de la pensée, il en arrive lui-même qu'à n'être plus qu'un livre? Ce recueil d'axiomes sera surtout le code des pouvoirs menacés : nul mieux que Napoléon n'a eu l'instinct du péril en fait de gouvernement. On lui rendra cette justice qu'il a élé franc, et n'a reculé devant aucune conséquence : ila glorifié l'Action et condamné la Pensée. Tel est en deux mots l'esprit de ce testament politique. Aussi beaucoup de ces maximes paraîtront-elles machiavéliques, cruelles, fausses, et seront-elles blâmées par beaucoup de ceux qui les tiendront en euxmêmes pour justes et de bonne application. Il n'est pas inutile de faire observer que Napoléon ne s'est jamais contredit dans sa haine contre les avocats, les idéalistes et les républicains. Son opinion à leur égard équivaut à proscrire la discussion publique en fait de gouvernement.

Nous n'avons pas à prendre ici parti pour ou contre

l'expérience que ce grand homme a léguée à la France, il n'appartient à personne de défendre ou d'accuser Napoléon, il suffit de le faire comparaître devant tous ; sa pensée est toute une législation qui sera réprouvée ou adoptée, mais qui devait être mise au jour sous sa formule la plus succincte; personne n'oubliera quelle contient les secrets du plus grand organisateur des temps modernes; si elle est en opposition directe avec l'esprit de la France actuelle, cette vigoureuse contradiction était un motif de plus pour la publier. Napoléon a regardé le gouvernement responsable comme impossible et la liberté de la presse comme avec l'existence du pouvoir : quelle flatterie pour les rois et les ministres qui résoudront un problème qu'il proclame insoluble?

Il reste un mot à dire sur les divisions que nous avons faites dans cette masse de pensées, et dont la convenance sera, nous l'espérons, bien jugée.

Il nous a paru possible de déterminer les maximes et les idées que Napoléon a conçues avant le 18 brumaire, c'est-à-dire tant qu'il a été républicain ou citoyen, sujet ou soumis à un pouvoir reconnu.

Après cette première portion, nous avons mis ensemble toutes les pensées concernant l'art militaire qui a été le secret de son élévation et le ressort de son empire.

La troisième partie contient toutes les idées du souverain et celles qu'ont dû lui suggérer l'exercice du pouvoir ou son organisation.

Enfin la quatrième est tout ce que lui ont dicté

l'expérience et le malheur, c'est le cri du Promet liée moderne.

Si Napoléon est remarquable en politique, c'est par ses prévisions sur l'état de l'Europe. Aujourd'hui ses plus grands ennemis ou ceux qui ont cherché à le' rapetisser ne sauraient disconvenir que le coup d'œil d'aigle par lequel il embrassait les champs de bataille, n'atteignit les champs les plus étendus de la politique ; aujourd'hui la plupart des arrêts qu'il a prononcés sur les événements futurs de l'Europe et du monde sont accomplis ; quant au reste, il n'est pas douteux pour les esprits supérieurs qu'il ne s'accomplisse. Si nous avons donné le portrait de Castlereagh qui se trouve à la fin de ce livre, c'est pour ne rien laisser échapper sur l'avenir de l'Angleterre. Il est à remarquer, qu'en parlant de cet homme, Napoléon est sorti du ton de modération avec lequel il a jugé froidement, avec tous les caractères de la justice et de la vérité, ses plus grands ennemis; mais il y a quelque chose de national dans son emportement contre Castlereagh. Napoléon était éminemment français. Wellington est un accident, Bathurst est un homme inepte et vil qu'il méprise. Mais Castlereagh est toute l'Angleterre, c'est l'ennemi de la France ; toutes les fois que Napoléon le trouve en faute dans sa victoire, il exprime une triste joie : il voit l'avenir chargé de sa vengeance; il indique où et comment l'Angleterre périra. Les Anglais euxmêmes doivent avoir reconnu la perspicacité de ce grand génie : leur gouvernement a tourné jusqu'à

présent dans le cercle fatal où l'a inscrit Napoléon. Aussi la France peut-elle dire avec orgueil que, du tond de son tombeau, Napoléon combat toujours l'Angleterre.

J.-L. G. . .y jeune.

Il n'y a que deux classes en Europe, celle qui veut des privilèges et celle qui les repousse.

Si l'obéissance est le résultat de l'instinct des masses, la révolte est celui de leur rétlexion.

Une révolution est une opinion qui trouve des baïonnettes.

Une révolution est un cercle vicieux : elle part de l'excès pour y revenir.

Les jeunes gens accomplissent les révolutions que les vieillards ont préparées.

Le plus grand républicain est Jésus-Christ.

En révolution l'on oublie tout.

Pitt était le banquier de la guerre civile en France et de la Révolution.

Les lois de la plupart des pays sont faites pour opprimer le malheureux et protéger l'homme puissant.

Robespierre a été sous beaucoup de rapports un honnête homme.

11 est rare qu'une grande Assemblée raisonne, elle est trop promptement passionnée.

Un club ne supporte pas de chef durable : il lui en faut un pour chaque passion.

Les crimes collectifs n'engagent personne.

Toutes les assemblées tendent à faire des souverains un fantôme, et du peuple un esclave.

Les grandes Assemblées se réduisent à des coteries, et la coterie à un homme.

Le peuple est susceptible de jugement quand il

n'écoute pas les déclamateurs ; les avocats ne sauveront jamais rien et perdront toujours.

Si Louis XVI eut para devant un tribunal contrerévolutionnaire, il eut été condamné.

Lorsqu'on a mis Louis XVI en jugement, il devait simplement dire que, d'après les lois, ,sa personne était sacrée, et s'en tenir là. Cela ne lui aurait pas sauvé la vie, mais il serait mort en Roi.

Charles 1er a péri pour avoir résisté, Louis XVI pour n'avoir pas résisté; ni l'un ni l'autre n'ont compris la force d'inertie qui est le secret des grands règnes.

Un prince accusé par ses sujets ne leur doit point d'apologies.

Ceux qui se vengent par principes sont féroces et implacables.

Tous les partis sont jacobins.

Les bonnets rouges ont été plus loin que la monarchie en pouvoir absolu.

Sans justice il n'y a que des oppresseurs et des victimes, et il ne peut jamais y avoir de justice pendant les révolutions.

Aujourd'hui, même en opprimant, on se pervertit.

Pendant la Révolution, les Français n'ont jamais été sans un roi.

Robespierre est un procès jugé sans avoir été plaidé.

Au moment de la Révolution, tout a été donné au concours parmi trente millions d'hommes.

Les guerres de la Révolution ont anobli toute la nation française.

Dans les révolutions, il n'y a que deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent.

La première des vertus est le dévouement à la patrie.

L'aristocratie des grandes propriétés n'était bonne et possible que dans le système féodal.

L'aristocratie est dans l'Ancien Testament, la démocratie est dans le Nouveau.

Le code de salut des nations n'est pas celui des particuliers.

La plupart des sentiments sont des traditions.

L'hérédité de la noblesse ôte l'émulation aux nobles et aux bourgeois.

L'homme le moins libre est l'homme de parti.

L'appel aux étrangers est un acte criminel.

Un parti qui ne se soutient que sur les baïonnettes étrangères est vaincu.

En France, la liberté est dans la charte et l'esclavage est dans la loi.

Il n'y aura jamais de révolution sociale sans terreur.

L'ambition de dominer sur les esprits est la plus forte de toutes les passions.

Chaque heure de temps perdu dans la jeunesse est une chance de malheur pour l'avenir.

Une grande réputation est un grand bruit, plus on en fait plus il s'étend : les lois, les nations, les monuments, tout tombe; mais le bruit reste.

Celui qui ne pratique la vertu que dans l'espérance d'acquérir une grande renommée, est bien près du vice.

L'homme ne marque dans la vie qu'en dominant son caractère ou en s'en faisant un.

Le caractère de toute méthode doit être d'aider la conception, de faciliter la mémoire et de donner plus de puissance à la pensée.

L'infortune est la sage-femme du génie.

Les âmes fortes repoussent la volupté comme les navigateurs évitent lesécueils.

L'Empekeur a Sainte-Hélène.

(D après un croquis contemporain. j

L'homme supérieur est impassible : ou ie loue, ou le blâme, il va toujours.

Il n'y a pas de force sans adresse.

En France, on n'admire que l'impossible.

On est bien plus sûr d'occuper les hommes par des absurdités que par des idées justes.

On ne croit que ce qui fait plaisir à croire.

Dans une sphère établie, les grands hommes sont des brouillons.

5G Le moyen d'être cru est de rendre la vérité incroyable.

Une belle femme plaît au yeux, une bonne femme plaît au cœur; l'une est un bijou, l'autre est un trésor.

La noblesse aurait subsisté si elle s'était plus occupée des branches que des racines.

La plupart de ceux qui ne veulent pas qu'on les opprime, veulent opprimer.

Dans la science, le monde des détails est à découvrir.

Combien d'hommes ne sont coupables qu'à cause de leur faiblesse pour leurs femmes !

Il ne faut ni passions ni préjugés dans les affaires*

la seule permise est celle du bien public.

Un homme sans courage ai bravoure est une chose.

L'habitude des faits les plus violents use moins le co tir que les abstractions : les militaires valent mieux que les avocats.

Sur cent favoris de rois, quatre-vingt-quinze ont été pendus.

L'amour est une sottise faite à deux.

La noblesse serait restée si elle avait su s'emparer de l'écritoire.

La témérité réussit autant de fois qu'elle se perd : par elle, il y a égalité de chances dans la vie.

L'Europe est une taupinière; il n'y a jamais eu de grands Empires qu'en Orient où se trouvent six cents millions d'hommes.

La supériorité de Mahomet est d'avoir fondé une religion en se passant d'un enfer.

En Egypte, sous une bonne administration, le Nil gagne sur le désert; sous une mauvaise le désert gagne sur le Nil : le génie du mal et celui du bien y sont toujours en présence : là est toute l'Egypte.

Le désert est un océan de pied ferme.

Si j'eusse pris Saint-Jean-d'Acre, j'opérais une Révolution dans l'Orient.

On pourra tuer les Turcs, on ne les vaincra pas.

Il n'y a que deux pays, l'Orient et l'Occident ; deux peuples, les Orientaux et les Occidentaux.

Je suis de ceux qui croient que les peines de l'autre monde n'ont, été imaginées que comme complément aux attraits insuffisants qu'on nous y présente.

Les hommes qui ont changé l'univers n'y sont jamais parvenus en s'adressant aux chefs, mais en remuant les masses. Le premier moyen est de l'intrigue et n'amène que des résultats secondaires. Le second est la marche du génie et change la face du

monde.

Il n'y a que deux leviers pour remuer les hommes : la crainte ou l'intérêt; toute grande révolution doit procéder par la crainte, les intérêts mis en jeux n'amènent point de grands résultats. (Cette pensée est en quelque sorte la démonstration de la 41e.)

La frontière du gouvernement démocratique est l'anarchie, celle du gouvernement monarchique est le despotisme; l'anarchie est impuissante, le despotime peut accomplir de grandes choses.

On ne fait pas de bonnes républiques avec de

vieilles monarchies.

Il y a tant de lois, qu'il n'y a personne exempt d'être pendu.

Les partis s'affaiblissent par la peur qu'ils ont des gens capables.

Si les agresseurs ont tort là-haut, ils ont raison ici-bas.

On ne fait bien que ce que l'on l'ait soi-même.

En France, le salut de tous est dans l'anéantissement des partis.

Discuter dans le danger, c'est peser sur le collier.

Il faut sauver les peuples malgré eux.

L'homme supérieur n'est sur Je chemin de personne.

On jouit bien de soi-même dans le danger.

On n'a rien fondé que par le sabre.

On ne monte jamais si haut que quand on ne sait pas où l'on va.

Dire d'où je viens, qui je suis, où je vais, est audessus de nies idées, et pourtant tout cela est.

On ne conduit le peuple qu'en lui montrant un avenir : un chef est un marchand d'espérance.

Le plus grand orateur du monde est le succès.

On ne peut vaincre la nécessité que par un pouvoir absolu.

Je serai le Brutus des rois et le César de la République.

Celui qui sauve sa pairie ne viole aucune loi.

Une révolution est faite quand il ne faut se défaire que d'un homme pour l'accomplir.

Rien ne marche dans un système politique où les mots jurent avec les choses.

C'est le succès qui fait le grand homme.

La eruerre est un état naturel.

La froideur est la plus grande qualité d'un homme destiné à commander.

La bravoure est une qualité innée, on ne se la donne pas, elle procède du sang; le courage vient de la pensée : la bravoure n'est souvent que l'impatience du danger.

On n'est brave que pour les autres.

Le courage ne se contrefait pas, c'est une vertu qui échappe à l'hypocrisie.

Le courage de l'inriproviste qui, en dépit des événements les plus soudains, laisse néanmoins la liberté d'esprit, de jugement et de décision, est excessivement rare.

Où est le drapeau, là est la France.

La première qualité du soldat est la constance à supporter la fatigue, la valeur n'est que la seconde.

Le meilleur soldat n'est pas tant celui qui se bat que relui qui marche.

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Les privations et la misère sont les vrais instituteurs du soldat.

De tous les hommes, le soldat est le plus sensible aux bienfaits.

Pour les braves, un fusil n'est quele manche d'une baïonnette.

Il est cinq choses que ne doit jamais quitter le soldat : son fusil, ses cartouches, son sac, ses vivres pour quatre jours au moins, et son outil de pionnier.

On ne va pas chercher une épaulelle sur un champ de bataille quand on peut l'avoir dans une antichambre.

La discipline n'est durable qu'appropriée au caractère de la nation.

A la guerre, le génie est la pensée dans le fait.

La guerre est surtout une affaire de tact.

La guerre est une loterie à laquelle les nations ne doivent risquer que de petites mises.

On devient l'homme de son uniforme.

11 n'y a pas d'hommes qui s'entendent mieux que les soldats et les prêtres.

Il n'est qu'une manière honorable d'èire fait prisonnier, c'est d'être pris isolément et sans pouvoir se servir de ses armes : alors il n'y a pas de conditions, on subit la nécessité.

Un général au pouvoir de l'ennemi n'a plus d'ordre à donner à ceux qui combattent encore.

Il est contre toute politique d'autoriser les officiers et même les généraux surpris ou cernés à capituler, excepté le cas des garnisons assiégées ; en règle on doit toujours se battre même quand tout semble désespéré:

A la guerre, tout commandant de place qui la rend un moment plus tôt qu'il n'y est obligé mérite la mort.

Rien n'augmente un bataillon comme le succès.

La science militaire est le calcul des masses sur des points donnés.

A la guerre, l'audace est, le plus beau calcul du génie.

A la guerre, il faut s'appuyer sur l'obstacle pour le franchir.

C'est l'imagination qui perd les batailles.

Un général doit être charlatan.

11 est des hommes qui, par leur constitution physique et morale, se font de chaque chose un tableau : quelque savoir, quelque courage, quelque esprit qu'ils aient, la nature ne les a pas appelés au commandement d'une armée.

Le geste d'un général aimé vaut, mieux que la plus belle haranguf.

Une armée est un peuple qui obéit.

Une armée qui ne se recrute pas finit par capituler.

MAXIMES ET PENSÉES DE NAPOLÉON 36î

Une armée doit être à tout moment prête à opposer toute la résistance dont elle est capable.

En guerre comme en amour, pour en finir il faut se voir de près.

En guerre, la théorie est. bonne pour donner des idées générales, mais la stricte exécution de ces règles sera toujours dangereuse : ce sont les axes qui doivent servir à tracer la courbe.

Il n'y a que deux espèces de plans de campagne, les bons et les mauvais; les bons échouent presque toujours par des circonstances imprévues qui l'ont souvent réussir les mauvais.

Malheur au général qui vient sur le champ de bataille avec un système.

Celui qui ne voit pas d'un œil sec un champ de bataille, fait tuer bien des hommes inutilement

Au commencement d'une campagne, il faut bien méditer si Ton doit ou non s'avancer; mais quand

on a effectué l'offense, il faut la soutenir jusqu'à la dernière extrémité. Quelle que soit l'habileté des manœuvres dans une retraite, elle affaiblira le moral de l'armée, puisque, en perdant les chances de succès, on les remet entre les mains de l'ennemi. Les retraites, d'ailleurs, coûtent beaucoup plus d'hommes et de matériel que les affaires les plus sanglantes ; avec cette différence que, dans une bataille, l'ennemi perd à peu près autant que vous, landis que, dans une retraite, vous perdez sans qu'il perde.

Un général en chef doit se dire plusieurs fois par jour : si l'armée ennemie apparaissait sur mon front, sur ma droite, sur ma gauche, que ferais-je? et s'il se trouve embarrassé, il est mal porté, il n'est pas en règle, il doit y remédier.

11 faut dans une armée que l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie soient en de justes proportions : les armes ne se suppléent jamais l'une à l'autre; il faudra toujours quatre pièces par mille hommes et une cavalerie égale au quart de l'infanterie.

Ne faites jamais de marches de liane devant une armée en position. Ce principe est absolu.

La force d'une armée, comme la quantité des mou-

vements dans la mécanique, s'évalue par la masse multipliée par la vitesse. Une marche rapide augmente le moral de l'armée, elle accroît ses moyens de victoire.

Une pièce de canon doit avoir trois cents coups à tirer : c'est la consommation de deux batailles.

Il y a des cas où dépenser des hommes est une économie de sang-.

L'infanterie est l'âme de l'armée.

L'infanterie doit tirer de fort loin sur la cavalerie, au lieu de l'attendre à bout portant.

Dans l'état actuel de la composition de l'infanterie, il faut donner plus de consistance au troisième rang", ou le supprimer,

Le secret des grandes batailles consiste à savoir s'étendre et se concentrer à propos.

Les principes de César ont été ceux d'Annibal, et ceux d'Annibal étaient ceux d'Alexandre : tenir ses forces réunies, n'être vulnérable sur aucun point,

366 MAXIMES El PENSÉES DE NAPOLÉON

porter avec rapidité toutes ses forces sur un point donné.

L'art de la guerre consiste, avec une armée inférieure, à avoir toujours plus de forces que son ennemi sur le point qu'on attaque ou qui est attaqué.

Laissées à elles-mêmes l'infanterie et la cavalerie n'amènent point de résultats définitifs ; mais avec de l'artillerie, à forces égales, la cavalerie doit détruire l'infanterie.

L'artillerie est tout à une bataille comme à un siège ; une fois la mêlée établie, l'art consiste à faire converger un grand nombre de feux sur un même point sans que l'ennemi puisse le prévoir.

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Il est de principe qu'une armée doit toujours tenir ses colonnes réunies de manière à ce que l'ennemi ne puisse s'introduire entre elles; si par des raisons majeures on s'écarte de cette règle, il faut que les corps détachés soient indépendants dans leurs opérations et se dirigent sur un point fixe, vers lequel ils convergent sans hésiter et sans nouveaux ordres.

L'art d'asseoir un camp sur une position n'est autre chose que l'art d'y prendre une ligne de bataille;

il faut que la position prise ne soit ni dominée, ni prolongée, ni enveloppée, et qu'au contraire elle domine, prolonge et enveloppe la position opposée.

On ne doit jamais rien détacher d'une armée la veille d'une attaque, tout peut changer d'un instant à l'autre; un bataillon décide d'une journée.

En campagne, aucun chef ne doit coucher dans une maison, et il ne doit y avoir qu'une seule tente, celle du général en chef, à cause de ses cartes.

Le plus grand péril se trouve au moment de la victoire.

A un ennemi qui fuit, il faut faire un pont d'or ou opposer un mur d'acier (1813. Affaire Vandamme).

La politique et la morale s'accordent à repousser le pillage.

Le seul changement possible pour les armées modernes est la suppression des moyens administratifs; les magasins, les fours, les fourgons, les bagages; questions qui avaient tant occupé les anciens.

La grande révolution à introduire dans l'art militaire viendra du moyen à trouver pour donner à porter au soldat la plus grande quantité de farine possible et le moyen de la faire cuire : ce qui a toujours occupé César.

L'artillerie est encore trop lourde, trop compliquée: il y a encore à simplifier et à réduire.

La gentillesse, les traitements honnêtes,, honorent le vainqueur et déshonorent le vaincu qui doit rester seul et ne rien devoir à la pitié (1798. Lettre à Kléber).

La perte de nos batailles navales tient au manque de caractère des généraux en chef, aux vices de la tactique et à l'opinion des capitaines qui croient ne devoir agir que d'après des signaux.

La première loi de la tactique maritime doit être qu'aussitôt que l'amiral a donné signal d'attaquer, chaque capitaine ait à faire les mouvements pour attaquer un vaisseau ennemi et à soutenir ses voisins.

Si jamais une armée entre en Angleterre, Londres ne peut pas résister une heure.

Annibal a forcé les Alpes, la première fois; je les ai tournées.

Les Allemands et surtout les Autrichiens ne connaissent pas le prix du temps.

On ne trouve pas de gens intrépides dans ceux qui ont quelque chose à perdre.

Le danger donne de l'esprit aux Français.

François Ier avait à Pavie une artillerie belle et formidable; il mit sa cavalerie devant et masqua ses batteries qui, si elles eussent tiré, lui auraient donné la victoire ; il a manqué à ce principe qu'une armée doit offrir à tout moment toute la résistance dont elle est susceptible.

Ma plus belle campagne est celle du 20 mars : on n'a pas tiré un seul coup de fusil.

L'égalité n'existe qu'en théorie.

Le nom et la forme du gouvernement ne signifient

rien, pourvu que les citoyens soient égaux en droit et que la justice soit bien rendu»'.

Bien analysée, la liberté politique est une fable convenue, imaginée par les gouvernants pour endormir les gouvernés.

La loi sociale peut donner à tous les hommes les mêmes droits, la nature ne leur donnera jamais des facultés égales.

La monarchie est fondée sur l'inégalité des conditions qui est dans la nature, et la république sur l'égalité qui est impossible.

Le peuple ne choisira jamais de vrais législateurs.

Le pouvoir absolu réprime les ambitions et les choisit, la démocratie les déchaîne toutes sans examen.

La démocratie élève la souveraineté, l'aristocratie seule la conserve.

Un usurpateur a ou trop de maîtres pour ne pas commencer par être absolu.

Rien ne doit moins ressembler à un homme qu'un roi.

Dans le système du pouvoir absolu il suffit d'une volonté pour détruire un abus, dans Je système des assemblées il en faut cinq cents.

Le fondement de toute autorité est dans l'avantage

e touti de celui qui obéit.

En dernière analyse, il faut être militaire pour gouverner ; on ne gouverne un cheval qu'avec des bottes et des éperons.

Il n'y a pas de despotisme absolu, il n'est que relatif; l'excès se déverse d'un côté ou de l'autre; ce que l'océan envahit dans une partie, il le perd ailleurs.

Le pouvoir absolu doit être essentiellement paternel, autrement il est renversé.

De peuple à prince, la meilleure chaîne esl le bonheur.

Sans un maître, en politique le seul mot de droits du peuple est un crime.

Tout homme qui possède trente millions et qui n'y tient pas, est dangereux pour un gouvernement.

Un souverain ne doit jamais promettre que ce qu'il veut tenir.

Un gouvernement ne peut vivre que de son principe.

C'est r unanimité des intérêts qui l'ait la force d'un gouvernement.

La bonne politique est de faire croire aux peuples qu'ils sont libres, le bon gouvernement est de les rendre heureux comme ils veulent l'être.

La souveraineté ne doit se montrer qu'en pleine activité, accordant des grâces et dépouillée d'infirmités.

Aux yeux des fondateurs d'empire, les hommes ne sont pas des hommes mais des instruments.

Le tourment des précautions l'emporte sur les dangers à éviter : il vaut mieux s'abandonner à la destinée.

Un prince qui a peur est renversable à tout moment.

Un souverain obligé de respecter la loi peut assister à la mort de son Etat.

On se dépopularise par une peccadille comme par un grand coup d'Etat : quand on connaît l'art de régner on ne risque son crédit qu'à bonnes enseignes.

Un gouvernement nouveau-né doit éblouir.

Il faut des fêtes bruyantes aux populations, les sots aiment le bruit, et la multitude c'est les sots.

La conscience du chef de l'Etat est la prévoyance des faits : au moment où il est le plus bienfaisant, on l'accuse de tyrannie.

Entendre les intérêts de tous, est d'un gouvernement ordinaire; les prévoir, est d'un grand gouvernement.

2l)<S Toul se lie dans la restauration d'un Etat. Enchaîner les factions en métamorphosant leurs passions en intérêts communs, ce serait peu; ce ne serait au plus que la moitié de la besogne, si à ces intérêts on ne rattachait pas les voisins. Pour être maître chez soi, il ne faut pas avoir à craindre de procès pour les murs mitoyens.

Une Chambre est bonne à obtenir du peuple ce que le Roi ne peut pas lui demander.

Un souverain doit s'occuper à chercher le bien qui est dans le mal, et réciproquement.

Il ne faut pas que le chef de l'Etat soit chef de parti.

L'élévation des souverains dépend de celle de leurs peuples.

Un grand souverain est celui qui prévoit les résultats à tout moment.

Un souverain qui s'attache à une faction fait pencher la barque et hâte le naufrage.

Les nations vieilles et corrompues ne se gouvernent pas comme les peuples antiques; aujourd'hui pour un qui se sacrifierait au bien public, il •en est des milliers qui ne connaissent que leurs intérêts et leur vanité ; le secret du législateur et du souverain est de tirer parti des vices qu'ils doivent régir, là est un des secrets du retour aux croix et aux cordons. Au point où nous en sommes, les distinctions commandent le respect de soi-même en satisfaisant la vanité.

L'honneur est pour les souverains un fisc moral.

Les milices de palais sont d'autant plus dangereuses que le souverain est plus absolu.

Une loi de circonstance est un acte d'accusation contre le pouvoir.

Le gouvernement doit être une démonstration continuelle.

Les transactions avilissent le pouvoir.

Tout gouvernement ne doit voir les hommes qu'en masse.

Il faut de toute nécessité qu'au sortir d'une grande révolution un gouvernement soit dur.

Dans tous les actes publics, il faut de la force, de la suite et de l'unité.

Le chef de l'Etat doit faire concourir même le mal au triomphe de la chose publique.

Avec du bonheur on rend un peuple glorieux ; il faut beaucoup de constance pour le rendre heureux.

Il faut déployer plus de caractère en administration qu'à la guerre.

L'étiquette est la prison du roi.

Un gouvernement formé d'éléments hétérogènes

enl foi n'est pas durable.

Il y a des gens qui ne se conduisent bien qu'envers leurs ennemis.

Je n'aime pas qu'on affecte de mépriser la mort, la grande loi est de savoir souffrir ce qui est inévitable.

Dans l'application des lois, il faut savoir calculer les non- valeurs.

On peut ne pas croire assez pour ne pas croire que communier puisse être bénéficiel, et croire trop pour ne pas s'exposer roidement à un sacrilège. (Au sacre.)

La susceptibilité d'un gouvernement accuse sa faiblesse.

Un trône n'est qu'une planclie garnie de velours.

Il y a une espèce de réseau sur les bas lieux qui enveloppe les multitudes, il faut qu'une maille se rompe pour qu'il en remonte quelque chose.

L'intérêt de l'Etat l'emporte tôt ou tard sur les petites passions.

En fait de gouvernement, souvent un germe faux conduit, à l'aide d'une certaine régularisation, à un résultat vrai.

D'ordinaire le bienfaiteur exige plus qu'il n'a donné.

378 MAXIMES ET i'E.NSl i;.S DE NAPOLÉON

Un souverain ne doit se fier ni à la parole ni à la figure.

La statistique est. le budget des choses.

La séparation du trésor et du ministère des finances est la vraie spécialité, la seule possible.

Pour qu'un peuple soit libre, il faudrait que les gouvernés fussent des sages et les gouvernants des dieux.

Les conspirateurs qui s'unissent pour secouer une tyrannie commencent par se soumettre à celle du chef.

Les religieux seraient le meilleur corps enseignant, s'ils pouvaient renoncer à leur chef étranger.

On ne peut échapper à l'arbritaire du juge qu'en se mettant sous le despotisme de la loi.

La morale est à elle seule tout un code.

•2H G'est en blessant l'amour-prcpre des princes que l'on influe sur leurs délibérations.

Personne ne peut dire ee qu'il fera à ses derniers moments.

Le chef d'an Etal ne doit pus plus abandonner le gouvernement des idées que celui des hommes.

Depuis la découverte de l 'imprimerie on appelleles lumières pour régner, et l'on ne règne que pour les asservir.

Si la science était conduite par la main du pouvoir, elle aurait de grands résultats pour la société.

11 y a des révolutions inévitables. Ce sont des éruptions morales comme les éruptions physiques des volcans. Lorsque les combinaisons chimiques qui les produisent sont complètes, ils éclatent, de même que les révolutions quand les combinaisons morales y sont; pour les prévenir il faut surveiller les mouvements des idées.

Il n'est pas d'idéalités qui n'aient un résidu positif.

254 • Un souverain doit toujours confisquer la publicité à son prolit.

L'Idée a fait plus de mal que le Fait, elle est l'ennemie capitale des souverains.

Une conspiration matérielle est arrêtée, une fois qu'on saisit la main qui tient le poignard, une conspiration morale n'a pas de terme.

Les livres classiques sont composés par des rhéteurs, tandis qu'ils ne devraient l'être que par des hommes d'Etat ou par des gens du inonde.

Un peuple qui peut tout dire arrive à tout faire.

Les journaux devraient être réduits aux petites affiches.

Les livres font trop raisonner pour ne pas corrompre une nation en la déshabituant du fait.

Les grands écrivains sont des radoteurs estimés.

Un livre curieux serait celui où il n'y aurait pas de mensonges.

Un sot n'est qu'ennuyeux, un pédant est insupportable.

Tout le monde veut que les gouvernants soient justes et personne ne l'est envers eux.

On ne peut rien faire d'un philosophe.

L'athée est un meilleur sujet que le fanatique : l'un obéit, l'autre tue.

Les souverains doivent pardonner les fautes et ne jamais les oublier.

On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus.

Les hommes savent gré de les étonner, tandis que le bonheur semble leur être dû.

Les honnêtes gens sont' si tranquilles, les fripons sont si alertes, qu'il faut bien employer souvent ceux-ci.

Mettez un fripon en vue, il agira comme un honnête homme.

Il y a des fripons assez fripons pour se conduire en honnêtes cens.

En politique, les jeunes gens valent mieux que les

vieillards.

Le meilleur moyen de tenir sa parole est de ne jamais la donner.

Le mot de vertu politique est un non-sens.

Le prince doit tout soupçonner.

Un Etat se trouve mieux de ministres médiocres qui restent en place, que de changer souvent de ministres, même en prenant de grands esprits.

C'est avec de l'eau et non avec de l'huile qu'on calme les volcans théologiques.

Ce n'est point à un incident à gouverner la politique, mais à la politique à gouverner les incidents.

L'indécision des princes est aux gouvernements ce que la paralysie est aux mouvements des membres.

On peut risquer un coup d'Etat pour saisir le pou-

voir, jamais pour le raffermir; on frappe alors sur le souverain.

En politique, une absurdité n'est pas un obstacle.

La neutralité consiste à avoir même poids et même mesure pour chacun; en politique elle est un non-sens; on a toujours intérêt au triomphe de quelqu'un.

Il faut disgracier ceux qu'on ne peut plus récompenser.

Redouter la mort, c'est l'aire profession d'athéisme.

28li L'Eglise doit être dans l'Etat, et non l'Etat dans l'Eg-lise.

Les cierges qu'on allume aujourd'hui en plein jour éclairaient autrefois les catacombes. {A Notre- Dame, le jour du couronnement .)

En politique il y a des cas d'où l'on ne peut sortir que par des fautes.

28!) Les guerres inévitables sont toujours justes.

Il e«t plus facile de faire des lois que de \oa exécuter.

La police invente plus qu'elle ne trouve.

Il est plus facile de tromper que de détromper.

Le plus dangereux pouvoir est une abstraction derrière la force publique.

Le mariage ne dérive point de la nature.

Avec de l'audace on peut tout entreprendre, on ne peut pas tout faire.

Interpréter la loi, c'est la corrompre; les avocats tuent les lois.

Une mauvaise loi appliquée rend plus de services qu'une bonne loi interprétée.

tête qu'on apprend à se connaître.

C'est en se cognant la tête les uns contre les autres

NAPOLKON' DANS SON CERC1 I II

(mo.)

co«=o«Bee=sMssess!»asŒ»=Ea»s

Il n'y a rien de si difficile à harnacher qu'un peuple qui a secoué son bât.

On ne peut ni relever ni consolider un trône à coups de sabre.

La seule victoire contre l'amour est la fuite.

Que savons-nous si les animaux n'ont pas un langage particulier?

Les plantes sont autant d'animaux qui mangent et qui boivent.

L'intérêt n'est la clef que des actions vulgaires.

Les affaires interminables sont celles où il n'y a pas de difficultés.

Les hommes qui s'avilissent ne conspirent pas.

Il est des vices et des vertus de circonstance.

Le souverain a toujours torl do parler en colère.

Comment ne pas être bon quand on peut tout?

Vouloir établir légalement Ja responsabilité des actes en politique est une sottise.

Un curé doit être un juge de paix naturelle chef moral de la population.

Le cynisme des mœurs est la perte du corps politique.

C'est un principe qu'il faut changer de place les autorités et les garnisons ; l 'intérêt de l'état exige qu'il n'y ait point de places inamovibles, la pensée d'unité ne doit être que dans un seul lieu.

Il est des genres de fautes que les tribunaux ne peuvent atteindre, et les lois modernes ont lié les mains là-dessus aux souverains.

On ne doit ni contraindre ni poursuivre les travers qui ne sont pas nuisibles.

Un empire comme la France peut et doit avoir quelques hospices de fous appelés chartreuses.

Les anciens accumulaient les professions et nous les séparons.

Si la perfection n'était pas chimérique, elle n'aurait pas tant de succès.

Celui qui prend le plus d'images dans sa mémoire est celui qui a le plus d'imagination.

11 n'y a pas de lois possibles contre l'argent.

On déjoue beaucoup de choses en feignant de ne pas les voir.

La politique, qui ne peut être morale, doit faire triompher la morale.

Les hommes se modèlent sur la circonstance.

Rien de plus impérieux que la faiblesse qui se sent appuyée de la force.

L'envie est un aveu d'infériorité.

La perversité n'est jamais collective.

II faut reconnaître les faiblesses humaines, et s'v plier plutôt que de les combattre.

Pouvons-nous ici-bas faire de Dieu l'objet de nos discussions?

La ruse n'annonce pas toujours la faiblesse.

La Cassation n'est plus qu'un procès entre l'Arrêt et la Loi.

Les courtisans consommés doivent mépriser leur idole et toujours être prêts à la briser.

Qui sait flatter sait aussi calomnier.

Il est bien difficile de savoir où finit la politesse, et où commence la flatterie.

L'argent est plus fort que le despotisme.

Les lois de circonstances sont abolies par de nouvelles circonstances

Dans les affaires du monde, ce n'est pas la foi qui sauve, c'est la méfiance.

La diplomatie est la police en grand costume.

Telle femme de la vieille aristocratie livrera son corps à un plébéien et ne lui découvrira pas les secrets de l'aristocratie; aussi les gens comme il faut sontils les seuls ambassadeurs possibles.

Les traités s'exécutent tant que les intérêts vont de concert.

Imposer des conditions trop dures, c'est dispenser de les accomplir.

Un congrès est une fable convenue entre les diplomates, c'est la plume de Machiavel unie au sabre de Mahomet.

Les vieillards qui conservent les goûts du jeune âge perdent en considération ce qu'ils gagnent en ridicule.

Les romans sont l'histoire des désirs humains.

Le travail est la faulx du temps.

11 n'est point de petits événements pour les nations et pour les souverains.

On n'arrête pas les peuples une fois lancés.

L'amour est l'occupation de l'homme oisif, la distraction du soldat et l'écueil du souverain.

On ne doit pas acheter un allié douteux aux dépens d'un allié fidèle.

Les sots parlent du passé, les sages du présent, et les fous de l'avenir.

Toute indulgence pour les coupables annonce une connivence.

L'appareil est au pouvoir ce que le culte est à la religion.

Avec les praticiens il n'est pas facile d'obtenir de la simplicité : les formalistes du Conseil d'Etat empêchèrent beaucoup de simplifications.

L'inquiétude de l'homme est telle qu'il lui faut absolument le vague et le mystérieux que la religion présente.

On écrase une nation religieuse, on ne la divise pas.

Les chartes ne sont bonnes que quand on les fait marcher.

Ce qui caractérise la démence, c'est la disproportion entre les vues et les moyens.

L'homme au front lisse n'a jamais réfléchi.

Le commerce unit les hommes, tout ce qui les unit les coalise, le commerce est essentiellement nuisible à l'autorité.

Toute association est un gouvernement dans le gouvernement.

Les mendiants sont des moines au petit pied.

La richesse ne consiste pas dans la possession, mais dans l'usage des trésors.

L'organisation des familles ne dérive pas d'un droit naturel : le mariage prend sa forme des mœurs.

Dans la question du mariage, la famille orientale est entièrement différente de la famille occidentale ; la morale n'est donc pas universelle; l'homme est le ministre de la nature et la société vient s'enter sur elle.

Le mariage n'est pas toujours la conclusion de l'amour; la plupart des jeunes personnes se marient pour arriver à l'indépendance, à un établissement, et prennent des maris qui ne leur conviennent d'aucune manière ; la loi doit leur ménager une ressource pour le moment où elles reconnaissent qu'elles ont été entièrement trompées; mais cette facilité ne doit favoriser ni la légèreté ni la passion : une femme ne doit user du divorce qu'une seule fois et ne pouvoir se remarier que cinq ans plus tard. Après dix ans de mariage, le divorce doit être impossible.

Pour être heureux, le mariage exige un continuel échange de transpiration.

Gall préexistait dans ces phrases proverbiales : une tète de linotte, une tète carrée.

C'est un grand tort à la cour de ne pas se mettre en avant.

Les lois claires en théorie sont souvent un chaos à l'application.

De l'esprit au bon sens, il y a plus loin qu'on ne pense.

La sévérité prévient plus de fautes qu'elle n'en réprime.

Toute bonne loi doit être courte; longue, elle devient un règlement.

Ce qu'on appelle loi naturelle n'est que celle de l'intérêt et de la raison.

Il y a des crises où le bien du peuple exige la condamnation d'un innocent.

L'usage nous condamne à bien des folies, et la plus grande est de s'en rendre esclave.

Il faut suivre la fortune dans ses caprices et la corriger quand on le peut.

Tout ce qui n'est pas fondé sur des bases physiquement et mathématiquement exactes doit être proscrit par la raison.

Tout ouvrage d'esprit est d'autant plus supérieur que l'auteur est universel.

Un bon philosophe fait un mauvais citoyen.

Les conspirations sont faites au profit des plus lâches.

Il n'est jamais utile d'enflammer la braise.

Quand on règne on doit gouverner avec la tète, jamais avec le cœur.

Tout dans la vie est sujet au calcul.

La populace juge de la puissance de Dieu par la puissance des prêtres.

La morale est bien souvent le passeport de la médisance.

Le sot a un grand avantage sur l'homme d'esprit, il est toujours content de lui-même.

Quand on connaît son mal moral, il faut savoir soigner son âme comme on soigne son bras ou sa jambe.

En politique comme en guerre, tout mal, fut-il dans les règles, n'est excusable qu'autant qu'il est nécessaire.

Le commerce extérieur, infiniment au-dessous dans ses résultats de l'industrie et de l'agriculture, est fait pour celles-ci, tandis que les deux autres ne sont pas faites pour lui. Les intérêts de ces trois bases essentielles à la prospérité des Etats sont divergents et souvent opposés ; on ne doit les servir que dans leur rang naturel .

Le cœur d'un homme d'Etat doit être dans sa tête.

Le pauvre et le mendiant sont deux classes bien difiérentes : l'un commande le respect, l'autre excite la colère.

Quand chez un peuple tout le monde veut des places, on se trouve vendu d'avance.

L'instruction et l'histoire sont les ennemies de la religion.

On se bat plus pour ses intérêts que pour ses

droits.

Les alliances matrimoniales étrangères ne garantissent et n'assurent jamais rien.

Une manière d'étouffer la moitié des procès serait de ne payer que les avocats qui gagneraient leurs causes; mais je n'ai pu faire passer cette idée au Conseil d'Etat.

L'amour est le lot des sociétés oisives.

Dans l'imagination comme dans le calcul, la force de l'inconnu est incommensurable.

La Halle est le Louvre du peuple : tout ce qui s'y l'ait de bien profite au souverain.

La mort est un sommeil sans rêves, et peut-être

sans réveil.

L'homme fait pour les affaires et l'autorité ne voit

jamais les personnes, mais les choses et leur conséquence.

Les facultés physiques s'aiguisent et s'agrandissent dans le milieu des périls et des besoins; les marins et les bédouins ont la vue du lynx, et les sauvages des forêts ont l'odorat des bêtes.

Une longue et volumineuse correspondance ministérielle est un arsenal où il y a des armes à tous tranchants.

On peut faire des courtisans avec des rubans, on ne fait pas des hommes.

Rien de ce qui dégrade l'homme n'est longtemps utile.

La plus fausse politique est celle qui oppose une faction à l'autre en se flattant de les diminuer.

L'homme fort est celui qui peut intercepter à volonté la communication entre les sens et la pensée.

Un roi rend compte tous les jours.

La fatalité est le résultat d'un calcul dont nous ne connaissons pas toutes les données.

Une puissance supérieure me pousse à un but que j'ignore; tant qu'il ne sera pas atteint, je suis invulnérable, inébranlable; dès que je ne lui serai plus nécessaire, une marche suffira pour me renverser.

Rien de plus difficile que de se décider.

La marche inévitable des corps nombreux est de périr par défaut d'unité.

Obtenir la confiance avant le succès est l'œuvre politique la plus difficile.

Dans la position où je suis, je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j'ai négligée, et de canaille que dans la noblesse que j'ai faite (1814).

Il n'y a que le général Buonaparte qui puisse sauver l'Empereur Napoléon (1814).

Celui qui à tout moment peut tout perdre, doit tout hasarder à tout moment.

Les grands pouvoirs meurent d'indigestion.

Il n'y a ni bonheur ni malheur absolu dans le monde, la vie d'un homme heureux est un tableau à fond d'argent avec des étoiles noires : la vie d'un homme malheureux est un fond noir à étoiles d'argent.

Un roi ne doit pas descendre au-dessous du malheur.

Ce n'est pas les soldats qui m'ont manqué, mais moi àmes;soldats (1814).

Le pouvoir absolu n'a pas besoin de mentir : il agit et se tait. Un gouvernement responsable est toujours obligé de parler et arrive à d'ignobles mensonges: en peu de temps il est déconsidéré, il tombe méprisé. Au moins le pouvoir absolu tombe haï.

On peut s'arrêter quand on monte, jamais quand on descend.

Machiavel a beau dire, les forteresses ne valent pas la faveur des peuples (1815).

Il n'y a plus de droit des gens en Europe : il ne s'agit plus que de s'assommer les uns les autres comme des chiens.

Opprimer les masses et laisser la plus grande liberté aux individus sera le secret des gouvernements qui me succéderont : l'égoïsme est le seul mobile actuel. J'ai péri pour avoir tenté de faire le bien des masses en leur sacrifiant l'individu.

La capacité, les moyens sont aujourd'hui si communs dans la multitude, qu'il faut se garder d'éveiller l'idée de concours, et c'est alors surtout qu'il faut renoncer à l'élection.

L'emprunt est la perte des nations agricoles et la vie des nations manufacturières.

On ne répare pas les trônes.

Ce n'est pas la chose défendue, c'est la défense qui fait le crime.

Les gouvernements à contrepoids ne sont bons qu'en temps de paix.

Les lois politiques ne sauraient avoir aucune durée par rapport à celles de l'humanité; elles sont faites pour les mœurs et les mœurs varient.

On doit respecter dans l'abaissement ceux qui se sont respectés dans la grandeur.

Le plus grand mal de la politique est d'être sans préceptes fixes..

Le bonheur tient aux événements, la félicité tient aux affections.

Une société sans passions est stationnaire.

La révolution doit apprendre à ne rien prévoir.

La France ne mourra que de Paris.

Je suis enterré avec toute ma tète. (A Sainte-Hélène . )

Le hasard est le seul roi légitime dans l'univers.

La garde était mon trésor d'hommes. {A Sainte- Hélène.)

En se précipitant sur moi, les rois sont tombés avec moi. (A Sainte-Hélène.)

La vérité historique est souvent une fable convenue : dans toute affaire, il y a le fait matériel et l'intention; le fait qui devrait être incontroversable est souvent un procès éternel. Gomment, après, oser parler des intentions? Je me suis vu contester la pensée d'une bataille.

J'ai sombré sous voile, tout le monde à la manœuvre. (A Sainte-Hélène.)

Il n'y a pas de vol, tout se paye.

La pensée se mûrit aussi bien dans le succès que dans le malheur.

11 ne peut plus y avoir de république en France : les républicains de bonne foi sont des idiots, les autres des niais ou des intrigants.

Il est bien difficile de gouverner en conscience.

On peut donner une première impulsion aux affaires; après, elles vous entraînent.

Il est toujours vil et déshonorant de calomnier le malheureux.

Le coup du sort est comme celui du balancier à la monnaie, il marque un homme à sa valeur.

Sous un gouvernement de fait, il n'y a que les forces matérielles qui comptent.

La France aime trop le changement pour qu'un gouvernement y dure.

L'esprit humain a l'ait trois conquêtes: le jury, l'égalité de l'impôt, la liberté de conscience.

Avec un allié sincère, la France serait maîtresse du

monde.

Ce qu'il y a de plus rare est un dévouement continu.

La superstition est le legs des gens habiles d'un siècle aux niais de l'avenir.

Quand les soldats ont reçu le baptême du feu, ils sont tous égaux devant moi. (.4 Sainte-Hélène, en parlant des soldats anglais qui le (/ardaient.)

Solon et l'Egypte avaient raison; on ne peut juger un homme qu'après sa mort.

On s'élève au-dessus de ceux qui insultent en leur pardonnant.

En fait de système, il faut toujours se réserver le droit de rire le lendemain de ses idées de la veille.

Un gouvernement est un mal nécessaire.

Il y a plus de chances pour rencontrer un bon souverain par l'hérédité que par l'élection.

Personne n'a vu dans ma guerre d'Espagne la possession de la Méditerranée.

Je n'ai rien de trop que du temps (^4 Sainte- Hélène^..

Les oligarchies ne changent jamais d'opinion ; leur intérêt est sans cesse le même.

Combien d'hommes supérieurs sont enfants plusieurs fois dans la journée?

Les peuples se relèvent de tous les revers quand ils occupent une grande surface.

Chaque âge nous donne un rôle différent.

Dans cinquante ans, l'Europe sera républicaine ou cosaque. (A Sainte-Hélène .)

Mes guerres ont tué les parchemins.

Le canon a tué la féodalité, l'encre tuera la

société moderne.

Le hasard rend compte de toutes nos sottises-

La propriété des Etats annonce leur fin.

Les Français n'ont pas de nationalité. (Peut-être voulait-il dire patriotisme?).

Aucune institution humaine ne dure si elle n'est basée sur un sentiment.

Il y a autant de courage à souffrir avec constance les maux de la vie qu'à rester fixe sous Ja muraille dune batterie.

Etre privé de sa chambre natale, du jardin que l'on a parcouru dans son enfance, n'avoir pas l'habitation paternelle, c'est ne pas avoir de patrie.

Ou de l'argent ou des rubans, les rubans s'useront, le gouvernement deviendra trop cher.

Les Français vaudront tout leur prix quand ils substitueront les principes à la turbulence, l'orgueil à la vanité, l'amour des institutions à l'amour des places.

Les folies des autres ne nous rendent jamais sages.

L'équilibre politique est une rêverie.

Un seul homme ne peut parvenir à constituer une nation vieille et révolutionnée.

Les constitutionnels sont des gobe-mouches : on a violé tous les pactes en France, on les violera toujours; ils ne sont écrits que sur du papier.

A la longue, trop de pouvoir finit par dépraver le plus honnête homme.

Mon histoire se compose de faits que de simples paroles ne sauraient détruire.

Le système colonial est tini ; il faut s'en tenir à la libre navigation des mers et à une liberté

d'échange universel.

A Waterloo, tout n'a 'manqué que quand tout avait réussi.

Le vieux système est à bout et le nouveau n'a pas de chances, car un gouvernement responsable manquera toujours d'unité.

La démocratie peut être furieuse, mais elle a des entrailles, on l'émeut; pour l'aristocratie, elle demeure toujours froide et ne pardonne jamais.

J'ai implanté chez les Italiens des principes qu'on ne déracinera plus; ils fermenteront toujours.

La France a des bornes naturelles que je n'ai jamais voulu franchir; je voulais faire de l'Italie un royaume indépendant.

Anvers était un pistolet toujours chargé sur le cœur de l'Angleterre.

Un ministère peut supporter des échecs qui tueraient un souverain.

De toutes les aristocraties, celle d'argent est la pire.

Aujourd'hui, le trône au lieu d'être une seigneurie est une magistrature.

Notre corps est une machine à vivre.

Vous êtes conquérant avec succès, il faut être féroce.

Les déclamations passent; les actions restent.

Les rois paieront chèrement ma chute.

Même dans ses moments les plus corrompus, la bassesse a ses restrictions. •

Aujourd'hui si la grande majorité de la société voulait méconnaître les lois, qui aurait la force de l'arrêter"?

Les malheurs ont leur héroïsme.

Si je fusse mort dans les nuages de la toute-puissance, je serais demeuré un problème ; grâce à ma déportation, on pourra me juger à nu.

Après mon abdication, la France a été imposée à quinze cents millions, le pied sur la gorge; l'Angleterre s'étant imposée volontairement à sept milliards.

Jadis on ne connaissait qu'une espèce de propriété, celle du terrain ; il en est survenu une nouvelle, celle de l'industrie aux prises- en ce moment avec la première; puis une troisième, celle dérivant des énormes charges perçues sur les administrés et qui, distribuées par les mains neutres et impartiales du gouvernement, peuvent garantir du monopole des deux autres, leur servir d'intermédiaire et les empècluT d'en venir aux mains. C'est pourtant pour n'avoir pas voulu reconnaître cette grande révolution dans la propriété, pour s'obstiner à fermer les yeux sur de telles vérités qu'on fait tant de sottises aujourd'hui

410 MAXIMES El PESSÉKS LE NAPOLÉON

et que l'on s'expose à tant de bouleversements. Le inonde a éprouvé un grand déplacement, et il cherche à se rasseoir; voilà en deux mots toute la clef de l'agitation universelle qui nous tourmente.

On a désarimé le vaisseau, transporté du lest de l'avant à l'arrière,, et 'de là ces furieuses oscillations qui peuvent amener le naufrage à la première tempête, si l'on s'obstine à vouloir les manœuvrer comme de coutume, sans avoir obtenu un équilibre nouveau.

Tant que je suis resté à la tête des affaires, la France a été dans le même état que Rome quand on déclara qu'il fallait un dictateur pour la sauver : il fallait abattre pour ne pas être abattu.

Celui qui possédera Constantinople doit gouverner le monde.

Je n'ai jamais voulu tordre les événements à mon système, au contraire ; je pliais mon système sur la contexture imprévue des événements.

Ma main de fer n'était pas au bout de mon bras, elle tenait immédiatement à ma tête, c'est le calcul et non pas la nature qui me l'a donnée.

Le premier souverain qui, au milieu delà première

grande mêlée, embrassera de bonne foi la cause des peuples, se trouvera à la tête de l'Europe.

Une de mes grandes pensées a été l'agglomération, la concentration des mêmes peuples géographiques qu'ont dissous et morcelé les révolutions et la politique. On compte en Europe trente millions de Français, quinze d'Espagnols, quinze d'Italiens, trente millions d'Allemands et vingt de Polonais; je voulais faire de chacun une même nation. L'impulsion est donnée; chacune de ces révolutions s'accomplira, et c'est ma pensée qui pourra servir de levier aux destinées futures de l'Europe.

J'ai été forcé de combattre dix ans sur les cadavres des Allemands ; ils n'ont pu connaître mes vraies dispositions, et elles étaient grandes pour eux.

Il n'est pas de grandes actions suivies qui soient l'œuvre du hasard ou de la fortune; elles dérivent, toujours des combinaisons du génie.

En ne ressuscitant pas la Pologne, lord Castlereagh a livré Constantinople à la Russie, exposé toute l'Europe, et préparé mille embarras à l'Angleterre.

Il me fallait vingt ans pour rétablir la nationalité italienne.

La Russie doit tomber ou s'agrandir. Si elle réussit à s'incorporer la Pologne en réconciliant les Polonais avec son gouvernement, elle aura fait le plus grand pas vers la conquête des Indes ; si elle se les aliène, elle sera toujours menacée sur ses derrières.

La Russie est d'autant plus formidable qu'elle ne désarme jamais.

La Russie s'emparera de Constantinople et d'une grande partie de la Turquie. Je regarde cela comme aussi certain que si la chose était arrivée (1817). Une fois à Constantinople, elle deviendra puissance maritime et Dieu sait ce qui s'en suivra.

Si Annibal eut été vaincu à la Trébia, à Tràsimène et à Cannes, il serait arrivé moins que les désastres qui suivirent Zama.

Mon assassinat à Schœnbrunn eut été moins fatal que mon mariage avec Marie-Louise.

Les seules conquêtes qui ne donnent aucun regret sont celles qu'on fait sur l'ignorance.

L'Angleterre solde le commerce des Indes avec du sang.

L'Angleterre est la seule puissance qui ait intérêt à ce que la France n'ait pas la Belgique, et tant qu'elle ne la lui laissera pas posséder, il n'y aura pas de sincérité dans son alliance.

Il est injuste d'engager une génération par la précédente; un emprunt devrait être restreint à cinquante ans. Pourquoi le peuple n'aurait-il pas le privilège de la couronne, qui n'est pas responsable des dettes du roi mort? Il faut trouver un moyen de préserver les générations à venir contre la cupidité des générations présentes, sans recourir à la banqueroute.

Je n'ai jamais voulu d'emprunt. En 1814, la France n'avait que soixante millions de rente à servir, et j'ai laissé plus de cent millions à moi.

Nouveau Prométhée, je suis attaclié à un roc où un vautour me ronge. J'avais dérobé le feu du ciel pour en doter la France; le feu est remonté à sa source, et me voilà.

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