‹ NapoléonChapitre 37 sur 39 · Mouilleron était procureur du roi à Issoudun · texte numérisé non relu

Mouilleron était procureur du roi à Issoudun

UNE MYSTIFICATION NAPOLEONIENNE DE BALZAC MAXIMES ET PENSÉES DE L'EMPEREUR

Le 10 octobre 1838, Balzac écrivait à Mme Hanska : « Depuis sept ans environ, toutes les fois que je lisais un livre où il était question de Napoléon, et que je trouvais une pensée frappante et neuve dite par lui. je la mettais aussitôt sur un livre de cuisine qui ne quittait pas mon bureau, et qui était sur ce petit livre que vous connaissez, qui vous appartiendra, hélas! peut-être bientôt, et où je mets mes sujets et mes idées premières. Dans un jour de détresse (qui était ces jours passés), étant sans argent, j'ai regardé combien il y en avait. Il y en avait cinq cents, et, de là, le plus beau livre de l'époque. Maximes el pensées de Napoléon. J'ai vendu ce travail à un ancien bonnetier qui est un gros bonnet de son arrondissement, et qui veut avoir la croix de la Légion d'honneur, et qui l'aura, en dédiant ce livre à Louis-Philippe. Le livre va paraître. Procurez-vous-le. Vous aurez une des plus belles choses de ce temps-ci : la pensée, L'âme de ce grand homme, saisie après bien des recherches, par votre moujik, Honoré de Balzac. Bien ne m'a l'ait rire comme l'idée de faire avoir la croix à un espèce d'épicier qui peut se recommander à votre Grâce par son titre d'administrateur d'un bureau de charité. Napoléon m'aura rapporté quatre mille Francs et le bonnetier peut en gagner cent mille, j'ai une si grande

défiance de moi-même, que je n'ai pas voulu exploiter cette idée. Au bonnetier la gloire et le profit. Vous reconnaîtrez la main de votre esclave dans la dédicace à Louis- Philippe. Que l'ombre de Napoléon me pardonne l. » La même année la brochure parut et rapporta quatre mille francs que Balzac ne toucha pas sans quelques difficultés2. Jusqu'au moment de la publication des Lettres à l'Etrangère on ignora cette mystification de Balzac, et, depuis, personne n'a songé à réimprimer ce petit recueil devenu rarissime. Il l'est ici, pour la première fois. A le lire on peut se demander si toutes les pensées qu'il rassemble sont bien de Napoléon. M. Frédéric Masson, que, dans ces cas délicats, il faut toujours consulter, ne le pense pas. « On n'en trouverait point dix, dit-il, qui, même défigurées, figurent dans les œuvres ou dans la correspondance de Napoléon, maison en trouverait infiniment qui signifieraient au propre quelle idée le romancier avait voulu se faire du héros3. » Et, de fait, que nous importent les maximes et les pensées de l'Empereur ! Nous les connaissons. On en a fait des recueils. Les citations les ont usées. Mais que plus rare, au contraire, le plaisir desavoir ce que Balzac voulait faire dire au Héros! Ces maximes ne les a-t-il point fabriquées aux hasards des songeries, afin que quelque jour elles pussent entrer dans les scènes où il était appelé à figurer? C'est donc bien le Napoléon par Balzac que nous trouvons sous cette supercherie. Le texte en est donné intégralement ci-après, sauf certain article sur lord Castlereagh, « d'un ennui doulou-

1. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine); Aux Jardies, Sèvres, 10 octobre 1838. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome Ier, p. 490.

2. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine) ; Aux Jardies, Sèvres, 15 octobre 1838. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome Ier, p. 494.

3. Frédéric Masson, Petites Histoires [Une mystification : Balzac et Napoléon]; Paris, 1910, in-18, p; 50.

reux1, » et qui n'a, certes, été placé là que pour augmenter d'une feuille la brochure. Il est à ce point dénué d'intérêt qu'on préfère croire, pour l'honneur de Balzac, qu'il l'a purement et simplement copié dans quelqu'un de ces livres où il avouait, à Mme Hanska, pêcher et piller les maximes vendues au bonnetier.

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