‹ NapoléonChapitre 7 sur 39 · A MADAME LA DUCHESSE D'ABRANTES · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE D'ABRANTES

Son affectionné serviteur,

Honoré de Balzac

Paris, août 1835.

C'était à elle qu'il avait écrit, quatre années auparavant: « J'ai encore six mois bien difficiles à passer, d'autant plus que, si Napoléon s'est lassé de la guerre, je puis avouer que le combat avec le malheur commence à me fatiguer2. » C'est la première fois que,

1. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine) ; Aux Jardies, Sèvres, 8 août 1838. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère... ; tome Ier, p. 487.

2. A Mme la duchesse d'Abrantès, à Versailles; Paris, 1831. — H. de Balzac, Correspondance...; p. 90.

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dans une formidable correspondance, apparaît un rapprochement entre Napoléon et lui. La hantise de cette grande vie et de ses magnifiques exemples commençait à peser sur lui. Il s'imaginait être le « continuateur de Napoléon1. » C'est là un des traits de son orgueil. Continuateur de l'Empereur, n'était-ce point mieux encore que d'être celui des Balzac d'Entraigues, seigneurs de Marcoussis, Vaupillon et Chantemesle, dont il s'imaginait descendre2, ce qui lui fit répondre à qui, certain jour, lui contestait cette glorieuse parenté : « Ah! vous prétendez que je ne descends pas des Balzac d'Entraigues? Eh bien! tant pis pour eux3! » Ce n'est point tant pis pour Napoléon, car l'orgueil du romancier nous permet de rassembler aujourd'hui ce que la hantise de la grandiose image lui a inspiré. « On sait, a écrit Solar, le directeur du journal L'Epoque, que, sur le piédestal d'une statue en plâtre .de Napoléon Ier il avait écrit à la plume ces mots assez téméraires : Achever par la plume ce qu'il a commencé par Vépée. On voyait cette statue dans son logement de la rue des Batailles4. » Cette

1. Max Nordau, Etudes littéraires : Balzac, dans la Grande Revue, 1er septembre 1902, p. 484.

2. « Il a imaginé qu'il était un d'Entraigues et il a répandu et soutenu ce blason rêveur. » — Philarète Chasles, Mémoires...; tome Ier, p. 307.

3. Eugène de Mirecourt, Les contemporains; Balzac... ; p. 38.

4. Léon Gozlan, Balzac chez lui; Paris, 1863, in-18, p. 36. — « Cet amour de Balzac pour Napoléon a subi plus d'une variation; la mobilité naturelle au cœur humain s'augmente à prp-

phrase fit le tour de Paris et on en plaisanta : « Àliez accomplir avec votre plume ce que-Napoléon n'a pu accomplir avec son épée ! » lui dit ironiquement la Revue de Paris en commentant le procès perdu du Lys dans la vallée1. Mais que lui importe la raillerie! Il a conscience de sa force morale, de la puissance de son labeur. Napoléon continue à lui demeurer un modèle intime, un dieu familier. Que de fois son nom surgit et éclate dans sa correspondance avec Mme Hanska ! « Tu frémirais, lui dit-il, si je te disais toutes mes angoisses que, comme faisait Napoléon sur le champ de bataille, j'oublie2. » Pour gagner les quelques jours de vacances qu'il espère pouvoir passer avec elle en Italie, il travaille à se tuer. Si elle le savait : « Vous diriez, comme un de mes amis qui a aperçu un peu du mouvement intellectuel de ma fournaise, que Napoléon

portion de la vivacité el du nombre des idées et des sensations, et Balzac avait une imagination toujours en mouvement; joignez à cela la faculté de voir les objets sous toutes les faces, et vous comprendrez que ses sentiments variaient parfois du jour au lendemain et du tout au tout; mais c'était le moment où il avait dressé chez lui, rue de Cassini, un petit au tel surmonté d'une statue de Napoléon, avec cette inscription : Ce qu'il avait commencé par Vépée, je V achèverai par la jdume. » — Mme Ancelot, Les salons de Paris...; p. 96.

1. Un dernier mol à M. de Balzac, dans la Revue de Paris, 5 juin 1835. — Charles de Lovenjoul, Un dernier chapitre de l'histoire <1>>s omvres de II. de Balzac; Paris, 1880, in-8, p. 25.

2. A Mme llanska, poste restante à Genève; Paris, 24 octobre 1833. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome Ier,

n'avait pas montré tant de vouloir ni tant de courage1. » — « J'ai tant d'affaires que le diable avec ses cornes ne s'en tirerait pas. Mais je suis un démon à trois cornes, de la race, mais un peu dégénérée, de Napoléon2. » Puis, pensée qu'exprimeront quelquefois les personnages de la Comédie Humaine, désireux, comme lui, de leur indépendance financière pour laquelle ils ne demandent que les trois francs par jour que voulait Napoléon détrôné3. Ses livres et ses pièces, ce sont ses batailles à lui. Quand, en une nuit, il écrit La perle brisée, il s'exclame : « C'est mon Brienne, mon Champaubert, mon Montmirail, c'est ma campagne de France4. » Voici les Ressources de Quinola que l'Odéon va représenter : « Quinola est pour moi ce qu'était la bataille deMarengo pour le Premier Consul*. » Au reste, il a de la volonté : « Ma volonté qui passe pour sœur de celle de Napoléon6. » C'est peut-être pour-

1. A Mme Hanska, à Florence; Paris, 28 avril 1834. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome Ier, p. 153.

2. A Mme Hanska, à Florence; Paris, 10 mai 1831. — II. de Balzac, Lettres à V Etrangère...; tome Ier, p. 158.

3. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine); Chaillot octobre 1835. — H. de Balzac, Leltresk V Etrangère... ; tome Ier p. 277.

4. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine); Chaillot 1er octobre 1836. — H. de Balzac, Lettres h l'Etrangère... tome Ier, p. 349.

5. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine); Passy 22 février 1842. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère... tome II, p. 17.

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