PIÈCES HISTORIQUES
PIÈGES CONCERNANT l'iNSULTE DE 13 MAI 1810.
1. Lettre du secrétaire de légation à monsieur le ministre des affaires étrangères.
Monsieur ,
Une nouvelle insulte, plus grave que toutes les précédentes, vient d'être faite à la livrée de l'ambassadeur de l'empereur.
Aujourd'hui vers 2 heures après midi le cocher de l'ambassadeur en livrée, revenant d'entendre la messe, traversoit la place du palais, à l'endroit où cette place se resserre entre le palais et le temple; il fut assailli par une foule de gens du peuple , qui insultèrent avec de fortes injures sa livrée, qu'ils déclarèrent reconnoître pour celle de l'ambassadeur de France, et voulurent l'en dépouiller avec force. Cette insulte n'avoit été provoquée par aucune querelle, et le cocher ne connaissoit aucun des assaillants. Au moment
où il se défendoit des attaques de l'un d'eux ^ il reçut d'un autre un violent coup à la tête, et comme leur nombre grossissoit à chaque instant, dans l'impossibilité de se défendre contre tant d'assassins , cet bomme courut vers la sentinelle voisine du palais et lui demanda protection; mais celui-ci, fidèle à sa consigne qui ne lui permettoit pas de se mêler de choses étrangères à la garde du château, lui tourna le dos. Il s'adressa alors au sergent de la garde, qui, sur le récit qu'il lui fit, se prêta à l'accompagner jusqu'à ce que sa présence eût dissipé l'attroupement.
Voilà, monsieur, le fait tel qu'il s'est passé en plein jour, devant le palais, et à la vue de deux cents témoins et de la garde. Je m'abstiens de réflexions; elles sont assurément bien inutiles sur un pareil événement. Je ne doute pas que Votre Excellence ne partage l'indignation qu'il excitera dans tous les esprits honnêtes. Le droit des gens et les usages reçus dans toutes les cours vous dicteront, monsieur, ce que vous avez à proposer à votre gouvernement dans cette circonstance. Pour moi, monsieur, je me borne à vous informer et à vous demander une satisfaction éclatante et telle qu'elle mette fin pour jamais à de pareilles indignités. Je ne ferai partir qu'après demain la dépêche par laquelle je dois instruire ma cour de ce fait, et j'attacherois, monsieur, j'aime à vous le déclarer, une satisfaction toute particulière à pouvoir lui dire que la punition n'a été ni moins prompte ni moins éclatante que l'insulte, et que cette affaire est terminée comme il convient à nos deux gouvernements.
Je prie Votre Excellence de recevoir l'assurance de ma très-haute considération
Amsterdam, le 13 Mai 1810. Serrurier.
Son Excellence Monsieur Roell, ministre des affaires étrangères.
2. Le ministre des affaires étrangères de Hollande à U ambassadeur de France.
Monsieur l'ambassadeur,
Je me suis empressé de mettre sous les yeux du roi la lettre que monsieur Serrurier, en sa relation de secrétaire de l'ambassade de France, m'a adressée avant votre retour, sur ce qui vient d'arriver au cocher de Votre Excellence.
Indignée autant que surprise d'un pareil attentat. Sa Majesté a donné sans délai les ordres les plus positifs à son ministre de la justice et police, pour mettre en oeuvre tous les moyens de découvrir les coupables, et pour les faire punir d'une manière analogue à la gravité de l'attentat.
Elle m'a chargé en même tems de prier Votre Excellence de vouloir bien concourir par tous les moyens qui dépendent d'elle à la recherche des prévenus, afin que la punition soit aussi prompte que sévère et que par là même le gouvernement françois puisse rendre à celui de la Hollande la justice, que, si parmi ses sujets il y en a qui s'oublient au point qui paroit avoir été le cas à cette occasion, il se plaît (?) à
mettre au rang de ses premiers devoirs d'atteindre non seulement le coupable, mais encore de donner une satisfaction proportionnée à l'insulte et qui soit propre en même tems à prévenir, autant que possible, un renouvellement des mêmes désordres.
Agréez, monsieur le comte, Tassurance etc.
Amsterdam, 15 Mai 1810. Roell.
A Son Excellence Mons. le comte Larocbefoucauld , ambassadeur de France.
3. Le ministre des affaires étrangères de France à l'ambassadeur de Hollande.
Copie.
Le soussigné a l'honneur de prévenir Son Excellence l'amiral Ver Huell que l'intention de Sa Majesté l'empereur et roi étant qu'il n'y ait plus d'ambassadeur de Hollande en France, et de n'y recevoir qu'un simple chargé d'affaires. Son Excellence est dans le cas de quitter Paris. Les outrages faits à son ambassadeur par le peuple d'Amsterdam obligent Sa Majesté à cette mesure. Le roi apprendra que l'empereur est résolu à tirer une vengeance éclatante de cette insulte. Si l'on n'eût pas renvoyé l'ancien bourguemestre , qui était un homme sage; si le gouvernement de Hollande n'avoit pas pour principes de maltraiter tout ce qui tient à la France, une scène aussi scandaleuse n'auroit pas eu lieu. Cette conduite est le résultat de la mauvaise direction qu'on donne
à Tesprit du peuple Hollandais. Le soussigné est chargé d'ajouter que Sa Majesté regrette que cette expression de son mécontentement tombe sur monsieur l'amiral Ver Huell, dont elle n'a point à se plaindre et dont elle apprécie le bon esprit, les qualités , ainsi que son affection pour sa patrie et pour l'empereur.
Le soussigné ministre des relations extérieures prie Son Excellence monsieur l'amiral Ver Huell d'agréer l'assurance de sa haute considération.
(Signé) Champagny, Paris, ce 25 Mey 1810. ducdeCadore.
4. Le ministre des affaires étrangères de la France au minislre des affaires étrangères de la Hollande.
Monsieur ,
Sa Majesté Impériale et Royale rappelant auprès d'elle M. le comte de Larochefoucauld , et voulant n'avoir désormais à Amsterdam qu'un chargé d'affaires, ordonne à M. Serrurier d'en remplir les fonctions. Je prie Votre Excellence de vouloir bien l'accueillir en cette qualité et d'ajouter foi à tout ce qu'il sera dans le cas de lui dire. Elle trouvera eu lui la disposition la plus constante à contribuer de tous ses moyens au maintien de la bonne intelligence entre les deux états, et il sera heureux d'avoir à exprimer l'intérêt que Sa Majesté Impériale et Royale ne cessera de prendre au bonheur de la Hollande, tant que la Hollande elle-même se montrera convaincue que sa prospérité
ne peut avoir de fondement plus ferme qu'une union parfaite avec la France.
Recevez, monsieur, l'assurance de ma plus haute considération.