‹ Napoléon I et Napoléon III [microforme]Chapitre 6 sur 6 · À | + LÀ · texte numérisé non relu

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nes prussiennes ; elles étaient proches, et il aurait renoncé à le disputer avec la masse de braves qui lui restaient encore !.... Vous pouvez être tué, lui dit lord Hill ; quels sont vos projets, vos instructions ?—de tenir ici jusque au dernier homme.—Kempt, qui a remplacé Picton, demande des renforts:—Qu’il n’y compte pas, et qu’il continue la lutte.—Le mot de la journée est dans ces laconiques réponses dignes de l'antiquité, des plus beaux tems de notre République. Il est puéril, peu honorable de méconnaître ses enpemis.” (*)

Mais le comble de l’opprobe ; c’est ce testament du mourant, qui déclare, que si le meurtre du duc d’Enghien était à refaire, il r’hésiterait point, et qui lègue 10,900 francs au hussard Cantiilon, qui a tenté d’assassiner son adver:aire de batailie. ‘Il y a des actions qui flétrissent Phumauité ” a dit M. Capefigue.

Son parjure réservé, il n’y à point encore une pareille liste de forfaits À porter ou compte de Napoléon IIT ; mais le fait qu’il est unique soutien efficace des désordres de tout genres qui se commettent dans les Légations de Emilie, doit le faire juger capable de tout. Mes amis sont témoins que, dès le début de la guerre d'Italie, je n’ai plus rien attendu de bon aloi de cet associé de Garibaldi, selon eux si désinteressé. ÆEt l’on va voir que les traits du portrait du neveu sont si sémblables de tout point à colui de l’oncle, que l’on peut prévoir que si la fortune lui devient contraire, il n’aura pas non plus assez de cœur pour l’envisager dignement.

(9) Il faut avouer quelle” généralissime Européen le lui rendait bien. En effet, il écrivait au maréchal lord Beresford :—{ You will bave heard of our battle of the 18th. Never did Isee such a pounding-match. Both were what the boxers call gluttons. Bonaparte didnot manœuvre at all. He just moved forward in the old style, in columns (*) , and was driveninthe old style. The only difference was tqat he mixed cavalry with his infantry and supported both with an enormous quantity of artillery. We had for a longtime the Frencl walking about us as if they had been our own. Enever saw the British Infantry behave so well,

(*) Jomini lui reproche également cette attaque en colonnes proondes, qui n'avait jamais réussi contre une ligne anglaise de bataille dans la Péninsule. ;

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Bien que les mœurs des tems modernes ne donnent que très peu d'encouragement à nos grands hommes de se faire passer pour des dieux on des prophètes, dit l’auteur de La Thévrie des Sentimens Moraux, le succès cependant, joint à une grande faveur populaire, leur a quelqueiois tourné la tête au point qu’ils se sont attribué une importance et une habileté bien au-dessus de la réalité, et qu’une telle présomption les a rendus téméraires,—les a engagés dans des entreprises ruineuses. On peut surtout attribuer à Napoléon IIT, bien plus encore qu’à Napoléon Ier., le portrait que le Chancelier Cowper fesait du fameux Harley, comte d'Oxford. (*) Mais le fond du caractère de l’un et de l’autre, est un composé de supercherie et de duplicité, avec par intervalles des accès de franchise inattendue, des exemples d’infatuation indicibles, de grands projets enfin, entremélés de traits de petitesse. Mais Napoléon III agit davantage par soubresauts, ses actions brillent d’un moindre * éclat, et partant, il échappe moins au jugement de l'opinion : elle le taquine, parcequ’il ne la réduit pas au silence par des coups de tonnerre. Il n’est point ce météore qui peut jeter toute une nation dans l'illusion ou dans la stupeur ; mais il pousse Ja dissimulation beaucoup plus loin ; il est le Louis XI, le le Cromwell de la France, sous ce rapport.

Napoléon Ier. ne fesait de traités, bien souvent, que pour cacher un projet qu'il n’aurait pu avouer, et sur lequel il voulait qu’on prit le change. Tel fut le traité avec Toussaint Louverture, qui fut suivi de l'arrestation de ce fondateur ; tel fut aussi le traité de San Lauranzo pour la partition du Portugal, à laquelle il ne songeuit nullement, mais dont ilse servit pour remplir l'Espagne de ses troupes ; car il pensait depuis longtems déjà à se saisir de cette monarchie. De la part dé Naroléon ITI,

(*) That humour of his, which was never to deal clearly and open- 1y, but always with reserve, if not dissimulation ; and to love tricks

when not necessary, but from an inward satisfaction in app auding bis own cunning.

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les formalités du traité de Zurich maintenant virtuellemeut annullé, ont semblé couvrir des projets non moins nébuleux. C’était de la part de l’oncle, se créer de l’embarras bien inutilement ; car il était plus maître de l’Espagne que le gouvernement du pays même. Il crut longtems avoir joué une fameuse pièce ; mais sou guet-à-pens tourna à la fin contre lui-même, car alors il aurait bien voulu se débarrasser de Barcelone, Pampelune, Figuières, Gérone, où il était entré en traître. A l’heure où il n’avait à opposer que 40,000 conscrits aux alliés se rapprochant sans cesse de Paris, 150,000 vieux soldats restaient inutiles dans les forteresses de l'Allemagne et de la Péninsule. Ilrenvoya Fernand VIL en lui fesant promettre de lui rendre ses vétérans ; Mais Wellington empêcha les Cortez de consentir à une évacuation qui aurait fourni à Napoléon 50,000 grognards, avec lesquels il aurait peut-être refoulé la coalition sur le Rhin. Le commissaire anglais Stuart dissuada également Bernadotte de permettre à l’armée de Davoust d’évacuer Hambourg,

Napoléon voulant détrôner la maison de Bragance, se hâta trop de parler. Le prince Régent se refusait à émigrer au Brésil, quand Sidney Smith lui apporta le Moniteur. Il y était écrit: La Maison de Bragance a fini de régner. C'est comme Napoléon d'aujourd'hui ; la France est sur le point d’avoir la gloire de posséder dans son sein un congrès qui va régler la question d'Italie ; les plénipotentiaires sont uommés,—ils arrivent. Mais l’empereur ne peut retenir sa langue ; il lance dans le publie 43 mille exemplaires de son incohérent quoique brillant pamphlet, et le Congrès se disperse ou w’arrive plus. La trade de Napoléon I1T à ambassadeur d'Autriche, le pre mier de l’an 1859,est la copie de l’éclat indiscret que le premier émpereur fit devant lord Whitworth en présence de tout le corps diplomatique, peu après la paix d'Amiens. Napoléon ler se jouait des traités diplomatiques ; mais on ne voit pas qu’il violât la parole donnée spontanément * il ne reste plus vestige de confiance dans l’empereur d’aujourd’hui, parec qu’il viole, à la suite d’un traité solennel, la parole donnée sans demande à son clergé et au Souverain Pontife. Chez le premier, c'était pour ne pas trop descendre de sa grandeur ; ce n'était pas manque de supercherie et d’infidélité. ÆEn effet, ce potentat crée lu Confédération du Rhin ; il invite le roi de Prusse à cons-

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titver une autre Confédération dans le Nord de l’Allemagne ; ais il en exclut expressément les Villes Hanséatiques, et il négocie sous mais avec les électeurs de Hesse et de £uxe jour les empêcher d'y entrer. Que restuit-il pour furmer le contre-projet de ia Prusse ?—II preud en Italie ln couronne de fer à la condition de ja rem-ttre à un autre aussitôt que les troupes étrangères auront évacué je royaume de Naples, où il n’y avait point d’autres troupes étrangères que ses soldats. Il garantit l’intégrité de La Porte avec Ja Prusse, et il envoie cependant Lauriston saisir la République de Raguse. 11 défend Constantinople contre les Anglais et les Russes, et, par le traité de Tilsit, il laisse curte blanche à la Russie. Le roi de Saxe ne lui douna-t-il pas un exemple de fidélité ruineuse, en 1813 7.... eh bien ! en essayant de nouer une négociation séparée avec le czar, il propose d'’ôter à son allié le grand-duché de Varsovie, pourvu qu’on agraudisse le royaume de Westphalie pour Jérôme Bonaparte. Quel trafic n'a-t-il pas fuit de Ia Pologne ? Napoléon TI sera-t-il plus fidèle à ses alliés ?... On l'accuse déjà d’avoir abandonné l'Angleterre en Crimée, A-t-il été sérieux, quand il a offert au pape la présidence d’une Confédération Italienne ?... Ce titre n’était pas moins futile, sinon aussi ridicule que celui d’empereur des deux Amériques, que Napoléon Ier fesait prendre au bon CharlesIV, à la veille de lui enlever ses étais. Mais de nos jours on ne trouve plus de si bons rois. Napoléon ITF voulait bien placer à Naples un Murat ; mais le feu roi s’est rencontré, qui a bravé la France et Albion sa compagne. Pie IX a voulu imiter ce roi fort au centre même de la faiblesse. (*} Les réformes voulnes par le siècle sont le prétexte du sccond empereur. Il faut bien qu'ii fasse comme son oncie, qui donna à l'Espagne des réformes intempestives. Rien

(*) Le Canada envoie à S$. le témoignage de l'admiration que lui inspire un si grand courage, Mais les organisateurs de l’assemblée de Montréal ont eu, entre autres torts, celui de donner l'exclusion au premier inugistrat de la Cité. S'ils ne s'étaient point réservé expressé= ment. le monopole du discours, on aurait pu leur dire que les mots aussi sacrés que ceux de tous les souverains de l'Europe, sont très faibles et qu’ils établissent nne comparaison, par exemple, entre l'autorité du Souverain Pontife et celle de Napoléon III, qui n'a pourtant d'autre base que le parjure. ‘ Quels sermens a-t-il violés !” dit de Pie IX, M. de Montalembert.

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n’était plus impolitique de sa part, dit l’historien Lavallée, que de s’aliéner d'avance le Clergé ? Quant aux Espagnols, ces réformes n'étaient point non plus de leur goût alors, quoique les idées révolutionnaires n’aient que trop germé dans leur malheureux pays. Les moines nourrissaient le peuple et exercaient l'hospitalité. Le menu peuple périt de misère partout où on abolit les moines, de l’aveu tardif d’écrivains même protestans, tel que Turner. Pour Napoléon TT, il est vrai qu’il ne s’est pas mis le Clergé à dos tout d’abord ; ila commencé par s’en servir, puis par le tromper. Mais la science du moraliste et du publiciste a été épuisée dans les réclamations des évèques d'Allemagne, d'Espagne, d’Irlande et des Etats-Unis, et dans celles de l’évêque d'Orléans, des comtes de Falloux et de Montalembert, de lord Normanby et de MM. Villemain, Foisset, Veillot, Poujoulat, Albert de Broglie, Alfred de Nettement, de Kacy. Aussi n’ai-je pas un mot à ajouter à ce qu’ils ont dit sur l’inviolabilité du pouvoir temporel du Saint Siége. Douter n’est plus permis qu'aux esprits tout-à-fait dévoyés. Il n’est pas fort étrange que Napoléon III, souverain illégitime , veuille remplacer le droit par le fait — il ne l’est pas même que le fait récent lui convienne mieux que le fait ancien ; mais il l’est du moins qu’il ôse l'avouer. (f)

J’ai dit cependant qu’au milieu de la duplicité des deux empereurs, il y a parfois des accès inattendus de franchise. Voici quelques aveux du premier. “ Cette combinaison m’a perdu, dit-il, de Ja guerre d’Espagne,— toutes les circonstances de mes désastres viennent se rattacher à ce nœud fatal ; elle a détruit ma moralité en Europe, compliqué mes embarras.”

“ La Russie !...,. n’est-ce pas la tête de l’hydre, l’Antée de la Fable, dont on ne saurait venir à bout qen le saisissant au corps et l’étouffant dans ses bras ? Mais où trouver l’Hercule ? Il n’appartenait qu’à nous d’ôser y prétendre, et nous l’avons tenté gauchement, il faut en convenir.”

#4, Jai été gâté, il faut l'avouer ; j’ai toujours commandé, dès mon entrée dans la vie. Je me suis trouvé nauti

(t) L'archevêque de Dublin, en Irlande, et l’évêque de St. Hyacinthe en Canada, avaient bien jugé de l’homme !

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de la puissance, et les circonstances et ma force ont été telles, que, dès que J'ai eu le commandement, je n’ai plus reconnu ni maîtres ni lois.” a |

Dans le manifeste qui a suivi les préliminaires de Villa Franca, Napoléon III analyse ses mécomptes avec un non moindre abandon, peut-être. ..

Napoléon ler et Napuléon IIT ont été des tyrans dans toute la force de l’expression ; mais le premier ne s’est guères démenti, tandis que le second est en contradiction flagrante avec lui-même,—en France, champion du despotat, et de la liberté licencieuse en ltalie. (D |

“ Bonaparte releva le trône, dit le général Foy ; lé postérité dira au profit de qui. Héritier de la Révolution et succédant à la République, lautorité impériale fut sans frein, sans limites. Le sénat apprit au peuple jusque à quelle abjection peut descendre une assemblée dont les membres, recommandubles d’ailleurs par 1 exercice individuel des vertus ou des talens, ne sont hés entre eux ni par le sentiment des devoirs envers la patrie, ni même par l'esprit de Corps. La nation perdit le peu de libertés que l’ancien régime lui avait laissées, et toutes celles que le nouveau lui avait données. Droits pe ques, intérêts particuliers, propriétés des com munes, éducation, science, pensée, le gouvernement envahit tout. On sentit son poids dans la famiile comme dans la Cité. Les Français ne formèrent plus qu’un gros bataillon mû au commandement d’un seul homme. Le Clergé fut réduit au rôle d’instrument docile des volontés du maître- (Le Clergé d'aujourd'hui tout-à-fait aveuglé d'abord, mon.

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[+] Voici ce que disaient en 1814, dans un cas re D a sition du Pape par un Congrès, Talleyrand et le comte de 1 Jais : & Pour reconnaître cette disposition, il faudrait reconnaître com : légitime, il faudrait tenir pour vrai que les nations de l pure ne point unies entreelles, par d’autres liens moraux que ceux qui les sis sent aux insulaires de l'Océan austral ; qu elles ne vivent ose que sous les lois de la pure nature, et que ce qu’on nomme opter de blic de l’Europe n'existe pas ; que, quoique toutes les sociétés . par toute la terre soient entièrement ou en partie gouvernées nn. coutumes qui sont pour elles des lois, les coutumes qui . sont é su entre les nations de l’Europe, et qu'elles ont universellement, Un tamment et réciproquement conservées pendant ete ne . point une loi pour elles ; en un mot, que tout est légitime à qui est le ” | PE Aétrôné par une délibération, par un jugement formel de ges

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tre bien un autre sprctacle !) Dans cette France, si agitée peu auparavant par des assemblées turbulentes, les citoyens n'avaient plus le pouvoir de se rénnir.—Quand on veut gouverner les hommes par leurs vices, on devrait se garder de les éclairer, car l'effet des lumières est de jeter dans les esprits des idées justes sur les droits et les devoirs de chacun. Iciil y eut dans la marche de Napoléon une contradiction qu’'explique son entraînement vers tout ce qui avait de l’éclut. D'une part, la presse était esclave ; la police repoussait la vérité avec autant de soin que s’il se fût agi d'écarter l'invasion de lennemi.”?

Mais Napoléon Bonaparte n’écrivait pas osteusiblement des pamphlets,—il ne s’imposait pas, avec ses ministres, aux gazettes et ne prétendait pas y avoir ie dernier raison , comme l’empereur d'aujourd'hui. Une conduite aussi pen digne ne justifie que trop le surnom de Napoléon le Petit, que Victor Hugo et les réfugiés lui ont donné tout d’abord. D'ailleurs, l'oncle falsifiuit les documens de l'étranger, comme le neveu a voulu qu’on falsifiât une allocution du pape. Quoi de plus amusant, pour nous, Canadiens,que le mouvementque se donne le potentat pour empêcher de se répandre la denrxième lettre de Mer. Due panloup ? La suppression de l'Univers, jointe à ces belles évolutions, n'est-elle pas la preuve que la position par lui prise, est intenable devant le tribunai de l'opinion ? Frapper n’est pas repondre, a dit M. Gaillardet.

“ Bonaparte revenant d'Orient, dit M. Thiers, fut salné souverain et appelé au pouvoir. Ce n’était pas la liberté qu’il venait continuer, car elle ne pouvait pas exister encore : il venait sous les formes monarchiques continuer la révolution dans le monde, en se plaçant, lui plébéien, sur le trône, et mêlaut tous les peuples ;—en répandant les lois françaises en Allemagne, en Italie, en Espagne, en ébranlant et confondant toutes les choses. Voilà quelle tâche profoude il allait remplir ; et, pendant ce temps, la nouvelle société allait se consolider à l’abri de son épée, et la liberté devait venir un jour.”

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collèœues, disait le comte de Maïsire, c’est une idée mille fois plus terrible que tout ce qu'on a jamais débité à la tribune des Jacobins ; car les Jacobins fesaient [eur métier ; muis lorsque les principes les

plus sacrés sont attaqués par leurs défenseurs naturels, il faut prèndre le deuil.” ss | RE.

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Napoléon III règne en ce moment. Je le demrrde À M. Thiers, la liberté est-elle venue ?.,,. La révolution doit-elle durer éternellement ? Qu'a fait empereur , sinon mettre le feu dans cette Italie, mille fois moins malheureuse sous le joug régulier de l'Autriche, qu’au milieu de la discorde civile ? N’auron‘-elles plus d'écho, ces paroles du grand ministre Canning, prononcées en 1815 ? “ Le formiduble déluge qui avait submergé le concontinent commence à baisser ; les limites des nations redeviennent visibles, et voici que les clochers et les tours des anciens états commencent à reparaître au-dessus des vagues, qui s’affuissent.??

Îl semble, au contraire, que Napoléon III veuille détruire pas à pas l'œuvre des Congrès de l’époque, et que la Russie et la Prusse ne s’en soucient nullement.—Je ne parle pas de l’Autriche, laissée seule,--ni d’Albion, que le potentat illusionne en se fesant l'instrument de ses haines contre le catholicisme, et en épousant ses idées d'économie politique.--Ne peut-on pas se flatter que l’Europe va bientôr sortir de sa léthargie ?

Mais quel sera l'écueil du perturbatenur du monde 7— Nous l'ignorons. Cependant le mot de Bossuet est resté : des hommes agitent, et Dieu les mène. Le pape croit-il que les armes tomberont des mains de mes soldats ? disait Napoléon Ter, et un historien protestant , Alison, avoue que la providence lui donna le démenti à Moscou. Une qualité qui fait surtout défaut à l’empereur, c’est le don de prophétie : il le laisse bien voir dans le manifeste de Villa Franca. Il y a pourtant des hommes qui lisent dans l'avenir. Si ce n’est pas M. Thiers, c'était peut-être le vicomte de Châteaubriand, quand il écrivait plnsieurs mois avant la catastrophe du Mout Saint-Jean, cette belle page duns le Moniteur de Gand :

‘ Bonaparte, placé par une fatalité étrange sur les côtes de France et d’Italie, est descendu comme Genseric là où l’uppelait la colère de Dieu. Espoir de tout ce qui avait commis et de tout ce qui méditait un crime, il est venu, il arénssi. Des hommes accablés de vos dons, le sein décoré de vos ordres, ont baisé le matin la main royale, que le soir ils ont trahie. Sujets rebelles, manvais Français, faux chevaliers, les sermens qu’ils venaient de vous faire à peine expirés sur leurs lèvres, ils sont allés, le lys sur la poitrine, jurer pour ainsi dire le parjure à

celui qui se montra si souvent lui-même traître, félon et déloyal. Ces bouleversemens subits sont fréquens chez tous les peuples qui ont eu l’affreux malheur de tomber sous le despotisme militaire. L’histoire du Bas-Empire, celle de l'Égypte moderne et des Régences Barbarasques en est remplie ; tous les jours au Caire, à Alger, à Tunis, un bey proscrit reparaît sur la frentiére du désert, quelques Mamelucks se joignent à lui, le proclament leur chef et leur maître ; peur réussir dans son entreprise, il n’a besoin ni d’un courage extraordinaire, ni de combinaisons savantes ; ni de talens supérieurs : il peut être le plus commun des hommes, pourvu qu’il en soit le plus méchant. Animées par l'espoir du pillage, quelques bandes de la milice se déclarent ; le peuple, consterné, tremble, regarde, pleure et se tait : une poignée de soldats armés en impose à Ja foule sans armes. Le despote s’avance au bruit des chaînes, entre dans la capitale de son empire, triomphe, et meurt !”

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