‹ Napoléon I et Napoléon III [microforme]Chapitre 5 sur 6 · PR · texte numérisé non relu

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organise, et dans tous les cas, la conduite d’une armée est une manutention compliquée.

Comme organisateur, Napoléon n’a été inférieur à personne, que Frédéric le Grand, sur les brisées duquel il a nécessairement marché. ‘“ La guerre, considérée comms science technique, dit Foy, à fait des progrès continuels mais lents depuis l’emploi de la poudre jusque au renouvellement du pas égal et au perfectionnement du système de feu dans les armées prussiennes. Elle restera probablement stationnaire, tant qu’une découverte capitale ne produira pas une révolution dans les arts. En effet, vingtquatre années de batailles livrées au monde entier par la plus ingénieuse des nations, n’ont suggéré aucun changement à l’arme principale des modernes, le fusil garni de la baïonnette ; et la tactique n’a guères été poussée au delà des combinaisons que le Grand Frédéric avait imaginées.”?

Il ne faut point confondre absolument l’organisation des troupes avec leur administration, et encore moins aveg leur discipline.

Foy est toujours ma source pour illustrer ces différentes branches de là guerre.“ L'œuvre que les Romains avaient achevée en cinq cents ans, Napoléon essaya, dit-il, de l’accomplir à lui seul et avec une seule génération. Il voulut ravir en courant la conquête du monde ; son secretétait d'arriver vite, encore plus que de frapper fort. Profond dans l’art d’'émouvoir l’imagination, le jour où on ne le croirait plus sur parole, son astre devuit pâlir dans sa course. Cette terreur de son nom, qui paralisa longtems le courage des ennemis, il la commandait par des marches glorieusement rapides. Des lors, pins de magasins échelonnés sur des lignes d'opérations imprévues, ptus de convois de vivres organisés dans des directions continuellement variables, et le moins possible de ces bagages si bien appelés par les anciens tpedimenta. Ainsi que la neige précipitée du sommet des Alpes dans les vallons, nos armées innombrables détruisaient en quelques heures par leur passage, les ressources de toute

une contrée. Elles bivouaquaient habituellement, et à chaque gîte, nos soldats démolissaient des maisons bâties depuis un demi-siècle, pour construire, avec les décombres ces longs villages alignés qui, souvent, ne devaient durer

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tiers, les végétaux précieux, comme le màrier, l’olivier, l’oranger, servaient à les réchauffer. Celui-la serait mort de faim, qui aurait attendu, pour manger, que l’administration de l’armée lui fit distribuer les ration de pain et de viande. Les jeunes conscrits, transportés par un pouvoir magique, du foyer paternel aux extrémites de l’'Europe, mêlés tout à coup avec les bommes de toutes les contrées, et 1rrités à la fois par 12 besoin et par le danger, contractaient uue ivresse morale dont nous ne cherchions pas à les guérir, car elle les empêchait de succomber à des fatigues inouies. Nous les avons vus, dans l'age où le corps n’a pas encore acquis son eutier développement, dévorés par le soleil en été, ayant la neige pour lit en hiver, faisant des marches sans souiliers à travers les marais de la Pologne ou au milieu des pointes de rochers des Alpes ou des Pyrénnées, réduits à arracher au laboureur la frugale nourriture de ses enfants. Plus d’une fois il a fallu, nous, leurs généraux et leurs pères, fermer les yeux sur les souffrances des habitans pour conserver la vie de ces jeunes Français, qui devaient la sacrifier avec plus d'utilité pour la patrie. Ce désordre étant reconnu inévitable, il n’a pas toujours été facile d’en fixer la durée et la limite. Ilsest attaché à la guerre d’enuvahissement comme une plaie dévorante. Ce fléau est devenu terrible encore lorsque des passions exaltées ont mis les armes aux mains de ceux que la condition de leur vie n’appe- Jait pas à les porter. Malheur alors, trois fois malheur an sol que foulait le char de la victoire ! ! La guerre d'armée à peuple participe de ia nature des guerres civiles ; et Pon y commet de part et d’autre des crimes qui n° inspirent ni dégout ni horreur. Nos soldats, toujours généreux dans leurs relations avec les guerriers, furent amenés à être inexorables envers le patriote armé pour défendre les fruits de son jardin ou l'honneur de sa fille. Les relations militaires ne présentérent plus qu’une sans glante série de villages saccagés et de villes emportées d’assaut ; et s’il arrivait que les ministres d’un Dieu de paix se transformassent en chefs d’insurrection et de guerre, on ne s’étonnait plus de voir le soldat violer les Couvens, les églises et jusque à l'asile des tombeanx.” L'armée française saccagea la bibliothéque du prince Hardemberg. Eu Portugal elle brûla Alcobaça un des plus beaux monumens gothiques et déterra les rois. Elle ne

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s’est pas mienx conduite après l’action de Malegnano, et n’avait pas mieux fait dans l’expédition de la merd'Azof.(*) Tes Turcos sont une des hontes de la soldatesque française. Mais comment la grande armée aurait-elle été disciplinée, quand Napoléon ne l'était pas lui-même. “ Napoléon, dit encore Foy, fut pour les Prussiens sans générosité et sans pitié. [l'avait débuté dans son entreprise par insulter déloyalement une reine belle, héroïque et malheureuse. Des contributions et des vexations, imaginées par le génie de la fiscalité, achevèrent dans le pays conquis ce que le pillage du soldat avait épargné.”

Ici nous aiderons le général Foy. Eu entrant à Berlin, il promit de rendre la noblesse prussienne si pauvre qu’elle fût réduite à mendier son pain, et envoya pour ainsi dire aux galères les officiers de la garde chargés de fers auxquels était attaché un boulet. Il donna ordre de fusiller le prince de Halzfeld, pour avoir été fidèle à son prince. Le duc de Brunswick, son adversaire de bataille, blessé à. mort, lui écrivit pour lui recommander ses états: il rèpondit par une tirade contre ce qu’il appelait la démence du vieillard, saisit ses états, proscrivit sa maison et l’obligea d'aller mourir en exil à Altona. Il réduisit la Prusse an désespoir, à une époque où on ne pouvait guères prévoir que les Prussiens pourchasseraient à leur tour les Français à Plaucenoit, à Génappe et à Issy, —qu'un détachement de Landwehr prussienne fermerait la chambre des députés, et qu’un vaincu d’Tena,—Muffling, deviendrait gouverneur de Paris.

En Espagne, Napoléon prévit et autorisa l’affreux massaere de Tarragoue, coupable d'avoir soutenu cinq assauts, et il s’exclaima un jour avec une Joie féroce : le peuple Espagnol n'existe plus! En Allemagne il trempa ses mains dans le sang d’Andréas Hofer, le héros du Tyrol, 35 citoyens furent fusillés à Vienne et 17 à Berlin. I] faut avouer que ses lieutenans la secondèrent à merveille, Suchet,—on aura peine à le croire—furça Garcia Conde de lui rendre la citadelle de Lerida, en y pourchassant à

ç*) Le correspondant du Times lut cet amer reproche gravé par un officier russe sur un objet brisé du Musée de la villle de Yenikale : — # Dans ce temple du passé, j'ai vu les traces d’une invasion de Vandales. Français ou Anglais, faites la guerre à l'humanité, mais ne la faites point à l’histoire l"’

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toups de canon les femmes et les enfans. Maxsena re cueillit pour ses soldats les femines depuis l’âge de douze ans jusque à quarnnte cinq,et on les laissa ensuite mourir de faim. Soult et ? ,sières prononcèrent la mort contre tout paysan qui sort: ut armé de son village, et ne furent arrêtés que par le parti pris de la Junte Suprême d’ordonner trois exécutions pour une qui serait faite parles Français. Suchet, Clarke, Davoust, Rapp, Morand et bien d’autres furent autant de Verres dans les pays conquis. En un mot, Bonaparte était le champion du vandalisme, come me le czar Alexandre et lord Wellington le furent de la civilisation. “ Nous sommes trop sensibles à la gloire, disait Châteaubriand en 1814, pour ne nous pas sentir touchés, quand nous voyuns ce véritable grand homme promettre, lors de notre retraite du Portugal, deux guinées pour chaque prisonnier français qu’on lui amènera vivant. Par la seule force de son caractère, plus encore que par la vigueur de la discipline militaire, il amiraculeusement suspendu en envahissant nos provinces le ressentiment des Portugais et la vengeance des Espagnols.”

Les hôpitaux ! continne Foy, notre guide, c’est ici que l’humauité en pleurs accuse les forfaits de lainbition. Il n’était plus permis aux cœurs généreux de palpiter au récit de la victoire : nos lauriers étaient noyés duns une mer de sang. Les conscrits vivaient trop vite pour durer longtems. L’extrême mobilité des armées et lincer!itude des lignes d'opération ne permettaient pas toujours de constituer des hôpitaux réguliers, et compromettaient sans cesse les évacuations. Les blessés furent souvent abandonnés faute de moyens de transport. Vainqueurs ou vaincus, nous avons perdu quatre fois plus de monde par le désordre inséparable de notre système de guerre, que par le fer ou le feu de l'ennemi.”

Napoléon put augmenter à sa fantaisie des armées destinées à vivre aux dépens de l'étranger. La disposition législative qui fixait à quatre années Île service des conserits, fut comme non avenue : on entra dans le service militaire pour n’en plus sortir vivant. Le vote des levées annuelles passa du corps législatif au sénat. Un conseiller d’état fut préposé à la directiou de la conseription, et ce ne fut pas le moins important des départemens ministériels, que celui d’approvisionner l’autre du lion, Des colonnes mobiles parcoururent le territoire de la

France, et contraignirent, l'épée à la main, Ja nation à devenir conquérante. Il fallut établir une législation d'exception pour une foule de délits nés d'une tyrannie nouvelle. La limite de vingt à vingt-cinq ans, établie par la loi fandamentale, ne suflit pas longtems à la consommation de espèce. Le gouvernement recula dans le pas*é, et anticipa sur l'avenir. Accouplant ensemble la ruse, qui déconsidère, et la force, qui fait haïr, il imagina, pour tromper le peuple, des appellations inusitées. Tantôt des légions dites de réserve étaient créées pour une destination spéciale, et à peine formées, on les transportait à une autre. Tantôt on fesait des appels de volontaires, comme si le mot seul n’eût pas été une dérision. Les citoyens mariës et livrés aux travaux utiles étaient requis ct dépaysés sous le nom de gardes nat'onales en activité. On leurrait les jennes soldats en les formant en régimens-adjoints à la garde impériale, sans en partager les prérogutives. Les conscrits, échappés au service à prix d'urgent, furent repris plus tard dans les gardes d’honuar, dans le bin et l'arriére-ban. Désormais, pour un Friigçais, la mort naturelle était celle qn’on trouvait au chaiup d'honneur. On on vint jusque à demander onze cents mille soldats, en une seule anuée à une nation épuisée par trois mille combats et batailles.”

Le Journul des Débats a fait une remarque qui me frappe. ‘Le duc de Wellington avait une belle et grande qualité, —le respect pour la vie des hommes: il ménageait le sanuw. Mais c’est encore une de ces qualités qui ne sont pas faites pour toncher les masses, et c’est précisément par les soldats qu’elle est le moins appréciée. L’empereur n'était point avare d'hommes, et il est resté le dieu des soldats et du peuple”?

C'est un fait, et pourtant,que de déloyauté n°y a-t-il pas dans le caractère même purement militaire de Bouaparte ! .... En Egypte, Kleber ne le dénonce t-il pas avec raison au Directoire comine déserteur de son armée? Ne le voit-on pas massacrer en plaine la garnison de Jaffa—quatre mille hommes, auxquels il vient d'accorder une capitulatiou ? Ne rapporte-t-on pas la belle réponse du chirurgien Larrey, à qui il proposait de donner du poison aux blessés? Et certes ! la voix du soldat en faveur de Bonaparte eût été sans doute moins unanime, s’il n’eût

trouvé le moyen de se défaire de l’ancienne armée de la

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République, — de l’armée de Moreau, dont la victoire d’Ohenlinden lui portait ombrage. Quelle fut la récumpense de si glorieux services ?.... Il envoya cette armée se faire tuer par les nègres d'Huiti! Bonaparte a dit avec raison de Pichegru, que le crime le vlus révoltant est celui de prêter soi-même la main à la tuerie de ses soldats. Or ce qu’a fait Pichegru, Bonaporte l’a fait lui-mème dans des circonstances bien plus aggravantes. Il répondait au citoyen Forfait, qui lui démontrait l’impolitique de l’expédition : “J'ai besoin, vous dis-je, de me débarrasser de 60,000 zommes.” Il voulut corrompre les juges de Moreau pour faire trouver contre lui un crime capital ; mais il reçut d’un des membres du tribunal une réponse digne des plus beaux tems de la magistrature. Pichegru fut trouvé mort dans son cachot par le mode d'exécution usité en Turquie. Assurément ,dans les décrêts de la ia providence, la captivité de Ste. Hélène était un sort bien doux pour l’auteur de si grands attentats contre Phumanité. Le climat ne lui allait point! Mais Toussaint Louverture, saisi à la faveur de ia foi trompeuse d’un traité, ne fut-il point séparé de sa famille et envoyé au château de Joux dans les montagnes du Jura, dans le dessein de faire agir sur sa constitution un climat contraire au sien? Et comment l'organisateur des prisons d’état, dont le cardinal Pacca nous a laissé une si navrante peinture, a-t-il pu léguer l’opprobre de sa mort à la maison régnante d'Angleterre ?.... lui le géolier de Pie et de Feraand VII! Etait-il bien Thémistocles, et George, Artaxerxes ? Ce n’est point tout. Nous avons vu comment il se comporta avec le duc de Brunswick. Ses imprécations contre Wellington ont fait dire à Lamartine : “ des protestation n’altèrent pas les événemens et ne chargent point les personnages historiques. Ii faut être capable de regarder sa fortune en face quand elle est contraire comme quand elle est complaisante ; le génie devruit rendre justice au génie même dans un adversaire, et une diffamation comme celle-là n’est point du patriotisme. Elle n’a point exalté Napoléon ni rabaissé Wellington.” —Invoquons aussi le témoignage du réfugié Charas: —# Il eût fait retraite s’il eût pu, a dit Napoléon ; triste vengeance du vaincu, que cetie allégation tant répétée! Le plan du général anglais, se reposait sur la défense du plateau de Mont Saint Jean jusque à l’arrivée des colon-

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