‹ Napoléon Ier créancier de la PrusseChapitre 10 sur 34 · LOUISE · texte numérisé non relu

LOUISE

Tout était supeirbe à Saint-Pétersbourg , seulement je vous ai trop peu vu.

Le vicomte de Rei^et qui était bien placé pour voir les souverains étrangers quand ils vinrent à Paris en 181 'i, écrit le 7 mai, dans son journal : «rLe roi de Prusse est logé rue de Bourbon à l'hôtel du prince Eugène; il a l'air d'un brave soldat, mais sa gaucherie et sa timidité lui donnent Tair maladroit. Il n'a rien d'u^ souverain 75.

Caulaincourt à Napoléon, i5 janvier 1809.

moins tant que la Russie y resterait; ia promesse, c'était de prier Napoléon de ne pas exiger le payement d'intérêts siu- les 'yo millions de lettres foncières

Frédéric -Guillaume suivit tant mal que bien le conseil que lui donnait Alexandre. Quant à la promesse , elle lut tenue immédiatement; le comte Romanzoff, qui remplaçait à Paris le comte Tolstoy, en attendant l'arrivée du prince Koin*akine eut^ en effet, deux entretiens avec Napoléon au sujet de ces intérêts; mais l'Empereur ne voulut rien céder. Désireux d'obtenir de lui tout de même quelque avantage pour la Prusse, l'Ambassadeur russe lui demanda fdors en compensation, d'évacuer une des trois places fortes de 1 Oder. ^ Lacjuelle? questionna l'Empereur. Romanzoff, probable,ment pris au dépourvu^ répliqua : Celle que vous choisirez ;?. Mais Napoléon n'accéda pas à ce désir, et Romanzoff qui, au dire de Brockhausen en décembre, agissait bien mollement en faveur de la Prusse fut fort dépité de son insuccès Évidemment, Napoléon se tenait sur ses gardes.

Malgré les messages très rassurants de Caulaincourt, Napoléon avait, en effet, des raisons d'être cjuelque peu inquiet de cette entrevue des deux souverains. Il n^en savait pas bien l'objet, maife il fallait qu'il fût d'une certaine importance, puisque Frédéric- Guillaume avait entrepris le long et coûteux voyage de Kônigsberg à Saint-Pétersbourg, malgré l'opposition de tous ses conseillers. Aussi, je ne doute guère que ce ne soit ces confidences lointaines iet un peu mystérieuses qui l'aient déterminé à rappeler inopinément et en termes menaçants à Saint-Marsan, son nouveau ministre à Rerlin , qu'il avait à veiller à ce que l'effectif de l'armée prussienne ne dépassât pas Zi 2,000 hommes, comme l'avait prescrit la convention du 8 septembre. En tout cas, je remarque que

La Chancellerie de Prusse à Brockhausen, i5 janvier 1809. Brockhausen au Boi , 12 décembre 1808.

Brockhausen au Boi, i3 février 1809--

Torcliv quo reçut Saint-Marsan do Chanipagny est daté du 9 5 janvier, c'est-à-dire d'un moment où ies souverains de Prusse étaient encore en Russie. çtVous aurez soin, y est-ii-dit, de faire entendre à M. le comte de Goltz que S. M.I. ne pourrait tolérer une infraclion h cette disposition importante du traité et quVUe v verrait une juste cause de guerre?? Trois semaines plus tard, ce qui prouve avec quelle attention les agissements de la Prusse étaient surveillés, le Ministre de la Guerre envoyait à Champagny des documents démontrant qu(» des officiers prussiens rappelaient sous les drapeaux des seniestriers du duché de \arsovie; or ces individus, étant domiciliés dans un pays passé sous luie autre domination, étaient dégagés, par le fait des traités, de leurs obligations militaires envers le roi de Prusse. Tout cela n'était pas fait pour rétablir la confiance entre la France et la Prusse.

Rentré à Konigsberg le 1 o février et sûr désormais de l'intérêt qu'Alexandre lui portait, Frédéric-Guillaume, qui avait acquitté jusqu'à présent les sommes convenues dans l'arrangement de Ber-^ lin , écrivit le 1 /i à Brockhausen pour lui dire les témoignages de grande bienveillance (jue l'Empereur de Russie lui avait donnés et les embarras que le payement des contributions lui causait; il l'invitait en même temps à rt préparer les esprits?? à Paris rraux représentations?? qu'il ferait sous peu à l'Empereur Napoléon : l'objet de ces représentations ?? , c'était l'ajournement des payements.

En même temps qu'elle donnait cet avertissement, la cour de Prusse utilisait, suivant sa coutume, tous ceux qui, à n'importe quel titre , pouvaient contribuer à faire prendre la décision qui lui convenait. C'est ainsi qu'à son instigation, sans aucun doute, L'Abaye, ([ui était chargé des payements à faire à la France, écrivait à Daru, pour le prier de faire tout ce qu'il pourrait pour décider l'Empereur à accorder des délais à la Prusse, délais nécessaires, disait-il, à moins qu'un emprunt ne réussît à l'étranger. L'Abaye avait ren-

Champagny à Saint-Marsan, 95 janvier 1809.

contré Daru à Berlin, chez le baron Bignon, et s'était autorisé des rares rapports qu'il avait eus avec lui pour lui adresser cette lettre personnelle que, sans hésiter d'ailleurs, l'ancien Intendant général transmit immédiatement à Champagny

D'autre part, la Cour cherchait à mettre aussi dans son jeu Saint- Marsan (jui écrivait à Champagny : trLe tableau des finances de ce pays est vraiment effrayant. Il y a très peu de ressources et aucune bonne volonté de la part de ceux qui pourraient encore contribuer. . . Je m'attends à quelque ouverture de la part de Monsieur le Comte de Goltz relativr^ment à l'impossibilité de satisfaire aux payements de la contribution ^^^v.

Enfin , la Cour de Prusse avait soin d'avertir Alexandre de ses intentions, afin que, lui aussi, par les moyens dont il disposait, préparât les esprits à Paris : « J'ai des nouvelles du roi de Prusse , dit, un soir, le tzar à Caulaincourt. L'Empereur (Napoléon) peut compter sur lui; il fera l'impossible; mais l'Empereur devrait bien accorder ce qu'on a changé depuis Erfurt — Cette affaire m'est extrêmement désagréable et pénible; l'Empereur me promet une diminution, et elle devient en partie illusoire par les arrangements qu'on prend ensuite. Vous voyez comme je me suis conduit pour l'Empereur; il peut aussi faire quelque chose pour moi, et je lui demande cette grâce, si c'en est une. Romanzoff n'a pas été heureux dans ses négociations. Je tiens moins aux autres affaires qu'à celle-ci, mandez-le à l'Empereur; soit faveur ou justice, qu*il la termine favorablement pour cette Cour . . v. Alexandre devait tenir à Caulaincourt pareils propos au mois de mars, puis longtemps après, au milieu de novembre. Mais tout cela était inutile : Napoléon restait défiant et ne répondait rien; d'ailleurs d'avril à octobre 1809, il fut en guerre avec l'Autriche et nous ver-

L'Abaye à Daru, 21 février 1809.

Daru à Champagny, 9 mars 1809.

Saint-Marsan à Champagny, 6 avril 1809.

W Caulaincourt à Champagny, 37 février, 12 mars et 1 5 novembre 1809.

rons que dans cette période, il n'insista pas sur le payement des rontributions

Brockhausen rassura vite le roi sur TefFet que produirait à Paris sa demande de délai, ce Après tout, lui écrivit-il, on ne serait pas bien surpris ici, si la Prusse était moins exacte dans Tobservation des termes de payement

Ainsi tranquillisé, et absolument sûr, cette- fois, que la guerre entre la France et TAutriche était imminente, Frédéric-Guillaume notifia a Napoléon, par une lettre personnelle, que la Prusse était dans l'impossibilité de continuer ses versements Cette lettre est datée du avril; quarante-buit beures après, Tarcbiduc (Ibarles ouvrait les bostilités contre la France, en francbissant Tlnn.

La Prusse, qui ne se croyait certes pas à jamais dégagée de toute obligation pécuniaire envers Napoléon, qui ne savait pas si elle prendrait part a la lutte ou en demeurerait simplement spectatrice, profita de Taccalmie momentanée, dont elle allait peut-être jouir, pour essayer de substituer un système de payement moins lourd que celui qu'elle avait accepté; en d'autres termes, elle allait tenter d'alléger sa dette.

Sans délai , Brockbausen connnenca une sorte de contre-offensive financière. Le 20 avril, il s'en fut chez Champagny et lui lut un bout de papier contenant, dit-il, un extrait des Instructions c[li'il venait de recevoir de sa Cour. D'après cet écrit, la Prusse déclarait qu'elle ne pourrait continuer ses payements si l'Empereur ne faisait lever le séquestre, mis dans le duché de Varsovie, sur les créances prussiennes. Ici, Champagny arrêta le lecteur et lui déclara qu'il était inadmissible que la Prusse subordonnât ses payements au règlement d'une affaire qui ne concernait que le Roi de

Voir pages 225 et 926.

Brockhausen au Roi, 16 mars 1809.

Dans cette lettre, le Roi de Prusse se plaignait encore de ia confiscation des créances prussiennes dans le duché de Varsovie et demandait, en outre, à l'Empereur de favoriser la négociation de l'emprunt qu'il s'efforçait de conclure en Hollande.

Saxe , ressioiinaire des créances. Brockliaiis(»n , continuant , proposa une combinaison nouvelle au sujet des l<'ltr(»s foncières. On se rappelle cjue dansTarrang^MucMil du 5 novembre i 808 il avait été stipulé que la Prusse nMnettrail immédiatement à la France des obligations des provinces par lesquelles celles-ci s'engageaient à donner à Ifi France millions de lettres foncières dans un délai expirant le 5 mai 1 809 ; ces o])ligations, nu nombre de 5 , avaient été effectivement déposées Pntre les mains du Receveur général des contributions au moment de la signature de l'arrangement. L'heure était venue oîi il faudrait y faire face, c'est-à-din* livrer les titres promis Ce que Brockbausen venait donc proposer a Cbampagny, c'était de remettre à la France, le 5 mai, au lieu des lettres foncières remboursables a raison de k millions par mois et ([ui, étant hypothéquées sur dr*s biens-fonds, avaient une vah^ur réelle, de simples obligations royales aux échéances mensuelles de 2 millions. C'était doubler les délais de payement et substituer une valeur douteuse à une valeur certaine. Pour justifi(»r cette demande, Brockbausen expliquait que la Cour de Prusse voulait garder les lettres foncières pôuf les donner en gage de l'emprunt ([u'elle cherchait depuis assez longtemps à contracter en Hollande, et, comme les fonds de cet emprunt permettrêrient de verser à la France ce qui lui était du, la France était intéressée à se rallier à la proposition qui lui était faite. Brockbausen admettait, d'ailh^irs, (jue si l'emprunt échouait, le roi de Prusse restituerait les lettres foncières. Ghampagny, tout en trouvant ces propositions inadmissibles dans leur ensemble, indiqua dans la conversation que, si les fonds étaient vraiment destinés à l'acquittetnent de la contribution , tout au plus pourrait-on accepter de donner aux prêteurs hollandais des lettres foncières au fur et à mesure qu'ils verseraient à la France l'argent de l'emprunt.

A Paris, le Ministère des Finances ne l'oubliait point. Le 16 avril. Gandin fit une démarche auprès de Ghampagny pour qu'il voulût bien rappeler au Gouvernement prussien son engagemeïit. Champagny écrivit à ce sujet, le 18, à Saint-Marsan.

Suivant son habitude, BrockhauscMi pérora longuoment sur toutes ces questions et finit par demander à Champagnv s'il accepterait sa combinaison limitée à 35 millions, au lieu de 70. Champagnv ne lui laissa aucun espoir qu'elle serait agréée et refusa même de recevoir la note où elle était exposée.

Les échéances de mai arrivènMil : le 5 était la date à laquelle expirait l(» délai de six mois accordé par la Convention du 5 novembre 1 808 pour la livraison des 70 millions de lettres foncières; celle du 8 était une des échéances mensuelles, fixées pour les payements en argent par la Convention du 8 septembre 1808, le point de départ d(* ces échéances étant le 8 octobre 1808, date de la ratification de la Convention de Paris.

Quoique la Convention de Berlin eût accordé a la Prusse un délai de six mois pour la confection des lettres foncières et quoique les Etats des provinces eussent souscrit des engagements spéciaux qui en garantissaient la livraison à la date fixée, le Gouvernement prussien, le 5 mai, n'en remit aucune. Voilà pour le versement en titres. Quant aux payements en argent, garantis par 5o millions de traites, voici quelle était leur situation à la fin d'avril 1809 :

Versements effectués : \ paris. à magdebourg.

En novembi'e 1808 fi^ooo.ooo^ // ,

En décembre 1808 9,000,000 9,000,000^

En janvier 1809 • • • 2,000,000 9,000,000

En février 1809 9,000,000 9,000,000

En mars 1809 9,000,000 9,000,000

En avril 1809 3, 900, 000 800,000

Total 92,000,000' oo*^^

A ce total, il faut ajouter les versements que les autorités prussiennes avaient continué d*effeetuei- après la Convention du 8 septembre 1808, soit 1,44 1,905 73

La dette de la Prusse était ainsi réduite , non compris bien entendu les 70 millions à couvrir en lettres foncières, à 26,558,096 fr. 97.

Le 8 mai, elle devait verser U millions; elle apporta 1 82,625 fr. Il est vrai qu'elle donna aussi 1 million en traites tirées sur l'Administration de la Marine française; mais, comme celle-ci déclara qu'elle ne devait rien, les traites furent protestées

Ce protêt semble avoir un peu agacé Brockhausen; car, le

10 mai, en annonçant à Champagny que la Prusse suspendait le payement de la contribution, il l'avertit que, si Ton protestait les traites prussiennes, ce serait peine perdue : «Si par mécontentement des modifications auxquelles nous forcent les circonstances, écrivit-il, on protestait les lettres de change de nos banquiers, le crédit de ces maisons en recevrait une atteinte nouvelle, qui réduirait à nullité nos dernières ressources; au lieu que si le Gouvernement (français) a quelque patience avec un malheureux Etat obéré,

11 y aura moyen, à Taide d'un emprunt à l'étranger, de revenir à la somme entière de Ix millions de livres payables tous les mois??. La carence du débiteur étant avouée, le protêt était évidemment inutile.

Le Gou\ernement prussien avait bien choisi son heure pour renier sa signature. D'une part, en effet, Frédéric-Guillaume avait reçu, pendant son séjour a Saint-Pétersbourg et depuis qu'il était rentré a Kônigsberg, les meilleures assurances de l'empereur de Russie. Sans doute, Alexandre ne cédait point à tous ses désirs : ainsi, dans les grands projets d'alliance qui furent ébauchés au commencement de 1809, il décida de rester dans le système de la France, c'est-à-dire qu'il demeura partisan d'une alliance des trois empereurs (France, Russie, Autriche), tan(hs que le roi de Prusse

En juin, la Prusse versa 3^8, 000 francs en traites sur la Marine, qui furent également protestées.

%t2 L'EMPIVtJNT

atirait souhait^ u^ie combinaison clans laquelle il cill eu sa place, ç'est^^-dire une, alliance enln? la Russie, rAutriclie et la P™sse; mjais. ce qui importait plus (jue ces vastes et cliimériqùes projets, c'était la promesse formelle faite par Alexandre a cette épocjue de garantir l'indépendance et l'intégrité de la Prusse envers et contre tous; pour apaiser Tesprit timoj'é et indécis du roi, le tzar feivail même offert de lui donner cette assurance par écrit

D'autre part, si Frédéric-Guillaume était résolu à montrer un peu d'audace vi^-à-vis d(» Napoléon, ce n était pas seulement parce que son puissant ami Russie lui avait promis son appui, c'était aussi parce que, Touverture des hostilités entre rAutrirhe et la France étant iinminente, Napoléon allait être affaibli par les deux grandes guerres qu'il aurait à soutenir à la fois : l'une en Espagne, l'autre du côté de l'Autriche.

EnfuK a rintéri(»ur, une force irrésistible et inattendue contraignait le roi de Prusse à lier partie avec T Autriche contre la France, c'est-à-dire à se mettre en guerre avec elle.

Nous avoiis vu, en 'effet, qu(* le Gou\ernenient prussien d'août 1807 à l'automne 1808 a\ait été convaincu (pie T Autriche allait d'un moment à l'autre déclarer la guerre a la France et que cette guerre nouvcdle non seulement forcerait Napoléon à évacuer

Frédéric-Guiliaiime aurait désiré plus encore, ou tout au moins aurait voulu un engagement plus précis. Se voyant à la veille de suspendre le payement des contributions V et craignant le courroux de Napoléon, il écrivit à Alexandre : wj'osp le lui ( à Votre Majesté) avouer : elle n'achèvera de me tranquilliser que si elle daigne reconnaître le casii» fœdertH et exprinjer la promesse» de prendre hautement êt avec énergie la défense de la Prusse dans la double hypothèse : i** que Ton exigeât de moi de<? piestations allant au delà dé ce que mes traités stipulent, et que, sur mo\\ juste refus de m'y prêter, on en vînt aux menaces et aux voies de fait pour m'y forcer; a"* que, sous prétexte du non-payement de la contribution, laquelle, avec la meilleure volonté, pourrait éprouver dans la suite des retards à cause de Timpossibilité inattendue de remplir aucun emprunt dans l'étranger et de trouver dans un pays épuisé, aux termes fixés, les sommes nécessaires, on voulût réoccuper mes Etats:^. (Frédéric-Guillaume à Alexandre l*', mars 1809.) Alexandre no répondit pas a cette invite; il se contenta d'avertir le roi de Prusse du péril qu'ii courait en ^'alliant avec TAutriche (3o avril 1809).

D'AMSTERDAM

le territoire de la monarchie, niais encore lonrnirait à la Prnsse quelque moyen de s'affranchir des clauses les plus onéreuses des traités. Nous avons vu aussi que ces hostilités, si ardemment souhaitées, furent ajournées, sans cesser d'être imminentes* Mais au commencement de i8o(j, la guerre apparaît comme tout à fait prochaine. Le parti patriote prussien s'enflamme et, en présence de l'inertie du roi, se détourne de lui. On voit de vrais Prussiens, Stagmann, Arndt, Kleist, adopter un cri de guerre vraiment paradoxal : Autriche et liberté! Le *j8 avril, — moins de trois semaines après l'ouverture des hostilités entre la France et l'Autriche — un officier qui avait hien défendu Kolherg pendant la dernière guerre, le major Scliill, sur la fausse nouvelle d'une défaite de ^apoléon, s'enfuit de Berlin avec tout son régiment; il croyait qu'à son approche un soulèvement populaire éclaterait dans toute la Prusse. Il n'en fut rien^*^.

Scbili devait mourir queiques semaines plus tard, à Slralsund (3i mai).

La veille du jour où Schill quitta Berlin avoc son régiment, Saint-Marsan écri>vait à Champagny qu'un courrier venait d'*annoncer la capitulation de Varsovie (elle eut lieu efTectivement le 91 avril 1809) et que le Gouvernement prussien observait oiTiciellemont une stricte neutralité, rr D'autre part, disait Saint-Marsan, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de l'observer à Votre Excellence, on n'emploie aucune mesure de vigueur pour faire taire le parti qui nous est contraire, qui se prononce hautement, qui est composé de personna/;es marquants et qui renouvellerait probablement les scènes de 1806 et entraînerait le Gouvernement s'il jugeait les circonstances favorables. tî ( Sainl-Marsan à Champagny, 27 avril 1809.)

Trois jours après, Saint-Marsan remet à Goltz une note dans laquelle il le prévient ffque l'on recrute considérablement l'armée du roi de Prusse, que les semestriers ont l'ordre de rejoindre leurs corps, que partout l'on fait le dénombrement des chevaux des particuliers et que dans plusieurs endroits il a été fait des réquisitions pour le service de la cavalerie, de l'artillerie. . ,r).

Le 6 mai, Saint-Marsan informe directement l'Kmpereur de l'etTervesceuce qui se manifeste un peu partout autour de lui : fr Votre Majesté observera sans doute paï* la réunion de tant de circonstances que tout a été mis en mouvement pour forcer le roi de Prusse à se laisser entraîner par les cabales des ennemis de Votre xMajesté. li parait qu'il a résisté et qu'on a voulu ensuite agir sans son consentement. 77

Le 27 mai, Saint-Marsan écrit à Champagny au sujet d'une conférence qu'il a eue avec Goltz, (au cours de laquelle le ministre prussien dit qu'on va créet un régiment

L'EMPRUNT

Néanmoins, cet acte de rébellion , se produisant au milieu d\me effei*vescence extraordinaire des esprits, impressionne beaucoup le Roi. Il craint (|ue le mouvement qui se dessine ne prenne un caractère révolutioiniaire : «Les esprits sont tellement montés, écrit-il à l'Empereur de Russie, et l'agitation et la fermentation est si grande que je risque tout, si je ne prends le parti auquel la nation tient par préférence ; il déclare donc qu'il est obligé de s'allier à l'Autriche; cependant il a des inquiétudes sur les suites de la redoutable décision qu'il va prendre et il demande à Alexandre l'assurance «çque, dans aucun cas, la Russie ne sera l'ennemie de la Prusse, si elle se voyait dans la nécessité d'assimiler ses intérêts avec ceux de FAutriche >? Pressé par ses propres ministres, il écrit, à la même époque, àGoltz : et En supposant que nous soyons garantis du côté de la Russie; en supposant que l'Autriche tienne et persévère; en supposant que nous ayons complété nos préparade uhlans pour remplacer le corps de Schill) que le (général Elsner va faire une revue de Tarniée , qui démontrera qu'elle est au-dessous de l'effectif maximum. Saint-Marsan, ayant fait allusion à l'attitude du général de Rùchel qui, malgré les démentis officiels , est allé en Bohême , à celle du prince d'Orange qui est allé prendre du service en Autriche, à celle du général Blûcher qui a mobilisé ie corps d'artillerie qu'il commande. . . , Goltz a allégué la mansuétude du roi, l'étal de l'esprit public, répétant qu'on était obligé de garder des ménagements : «S'il eut été possible, écrit le ministre français, qu'Elle (Sa Majesté l'Empereur Napoléon) eut essuyé le moindre échec, ce pays aurait entraîné son souverain, et ce prince ne sera jamais le maître s'il n'éloigne les intrigants et surtout s'il ne coupe à la racine la Société des soi-disant amis de la Vertu qui ont juré de le circonvenir et de ne laisser voir et agir que par leur organer^.

On voit, par ces extraits, que INapoléon, s'il ordonna à Saint-Marsan d'être extrêmement coulant et doux, savait parfaitement quels sentiments en Prusse on nourrissait contre lui dans les milieux dirigeants et surtout parmi les militaires.

■^'^ La reine de Prusse, de son côté, écrivit « l'impératrice Marie et à l'impéra. trice Elisabeth des lettres presque identiques à celle que le roi adressa à l'Empereur, en ayant soin d'employer parfois des expressions plus fortes. Par exemple, la phrase que je copie dans la lettre du roi se trouve aussi dans la lettre de la reine; mais celle-ci; a^rès pai' jyi'éjérence , ajoute et presque avec denience (à l'impératrice Marie, i3 mai 1809).

Frédéric-Guillaume à Alexandre l", 12 mai 1809.

D AMSTERDAM

tifs, je suis résolu à prendre part à la lutte C'était la décision d'un indécis; c'était tout de même une décision, et dont la signification nette était que la Prusse était résolue , a Toccasion , à rompre avec Napoléon.

belles sont ies trois circonstances principales (jui amenèrejit Frédéric-Guillaume à ne pas faire face auv deux échéances du 5 mai. Sa résolution était en somme assez naturelle; étant à peu près décidé à faire la guerre à Napoléon , il n'avait évidemment pas à approvisionner le Trésor français avec l'argent prussien. '

Gomment Napoléon allait-il traiter ce débiteur défaillant qui menaçait de prendre les armes contre lui?

Napoléon, qui avait été si rigoureux, en 1807 et en 1808, quand il s'était agi de déterminer la dette de la Pioisse et les modalités de payement, ne se montra nullement exigeant, quand cette puissance fît défaut. De Vienne, il fît donner des instructions qui caractérisent ])ien la position un peu périlleuse dans laquelle il se trouvait : ail est inutile, écrivit Gliampagny à Saint-Marsan, de se faire dans la Prusse un ennemi de plus; il faut donc paraître satisfait de sa conduite . . . fermez donc les yeux sur les torts de la Prusse, si elle en a; mais mettez-la doucement sur le chemin de ne plus en avoir. Si l'on vous parle de nouveaux délais à accorder pour le payement des contributions, dites que vous n'avez pas reçu d'instructions à cet égard ^^^w Dix jours plus tard, Ghampagny écrit encore : «Je ne puis que vous confirmer la ligne de conduite que je vous ai déjà tracée. Soyez extrêmement coulant et doux; ne faites et ne dites rien qui efîiirouche; ayez l'air d'être dupe des menées qui vous environnent. Autant que possible, faites croire que l'Empereur rend justice aux intentions droites du roi et qu'il

remprunte cette citation à G. Cavaignac (Formation de la Finisse contempof^aine, t. II, p. 9). Cet auteur se réfère lui-même à Hardenberg (Denkwûtdigkeiten des Fûrsten von Hardenberg ^ t. IV, p. 17a). (^tte référence n'est pas exacte; mais je ne doute pas que la citation ne le soit.

Champagny à Saint-Marsan, a3 mai 1809.

±26 L'EMPRUNT

le plaint de n'être pas mieux obéi. Tâchez d'inspirer de la sécurité et, si on s'alarme du silence gardé sur quelques demandes faites au nom du roi de Prusse, attribuez-le à l'attention exclusive que TEmpereur donne aux opérations militaires; et, excepté en matière de contributions, interprétez-le d'une manière plutôt favorable que contraire aux intérêts de la Prusse, mais sans prendre d'engagement; qu'on croie que l'Empereur n'est point mécontent, ni mal disposé V

Saint-Marsan s'inspira de ces instructions bénignes. Peut-être même, montra-t-il, en les exécutant, plus de mansuétude que Napoléon ne le désirait. Un jour (jue Goltz lui pariait de l'impossibilité où était la Prusse de continuer ses payements, Saint-Marsan lui dit qu'il était tout de même extraordinaire que la Prusse les eût cessés au moment où elle demandait une prolongation de délais et sans attendre la réponse de l'Empereur. Saint-Marsan savait très bien que c'était la conduite de TAutricbe qui avait décidé le Gouvernement prussien à ne plus payer. Il pouvait le rappeler à Goltz. Il y songeai il ne le lit point. Racontant cet entretien à Champagny, il lui écrivit simplement : r^Je ne lui ai pas fait la remarque que c'était depuis la déclaration de guerre et depuis qu'on dépensait beaucoup pour la partie militaire » que les pavements étaient suspendus. Il est vrai qu'on avait recommandé à Saint-Marsan non seulement d'être coulant, mais encore d'avoir Tair d'être dupe.

L'extrême réserve du Ministre de France ne pouvait qu'encourager la hardiesse de la Prusse.

Elle versa donc très peu d'argent sur la contribution : 183,626 francs en mai; 65o,ooo francs en juin; rien en juillet; c'est-à-dire qu'en trois mois, elle paya 833,69 5 francs au lieu des 1 3 millions convenus. Au milieu de l'été , elle prit encore un

Sur la minute, il n'y a pas points mais moins; c'est évidemment, un lapsus. ChampagDV à Saint-Marsan, 2 juin 1809.

Saint-Marsan à Champagny, aO juillet 1809.

D'AMSTERDAM. 2^27

peu plus (Paudace. Connue elle né^li^jeail (rapprovisionner régulièrement l(*s places de rOder, les garnisons françaises durent faire des ré(|uisitions dans les villages voisins. Des protestations s'élevèrent. \u\ autorités françaises qui se disculpaient en disaixt qu'elles ne réclamaient que ce qui était dû, on adressa cette répli(|ue de Berlin : ce Après la moisson, si elle répond n nos espérances, dit un Mémoire prussien du 28 juin, on prendrait leH mesures les plus efficaces pour compléter rapprovisionnemmt. ^ D'ailleurs, ajoutait le document, cet amas de subsistances n'est point nécessaire au\ Français : aucun ennemi les menace; (juelle utilité y a-t-il à ce (jue les autorités militaires emploient des moyens coercitifs pour obtenir des babilanis ce qu'ils ur possèdent point?

Quelques jours plus tard, on aj)pi(Miait la victoire des Français à VVagram (Zi-5 juillet), suivie de Tarmistice de Znaïm (11 juillet).

Il semble ([ue 1<3 roi de Prusse, au premier moment, ait compris ce que signifiait la défriité dès Autricbiens; car il ^e mit tout do suite soqs la protection de l'Empereur de Russie, le priant d'intercéder encore une fois aiqirès de Napoléon en faveur de la Prusse.

Il écrivait au commencement de sa lettre à Alexandre ces lignes i*emarquables : «Mes sujets regrettent leur idole, la gloire militaire, qu'une malbeureust» campagne a dissipée; ils voudraient la reconquérir, parce (ju'ils se flattent de ramener avec elle la prospérité dont ils s^norgueillissaient avant la dernière guerre. Puis il décrivait de nouveau la situation économicpie et financière de la Prusse et concluait: «Je supplie une dernière fois V. M. t. d'essayer de faire envisager à l'Empereur Napoléon , dans leur vrai jour, ma situation et ma conduite, et de l'engager à manifester sa disposition à rester Fami de la Prusse : disposition qu'il ne saurait mieux prouver à mon peuple et à moi qu'en nous dispensant du payement ultérieur de la contribution ^5.

Fredéric-Guillaurne III à Mexaudi o P^ i 5 juillet 1809.

228 L'EMPRUNT

H est vrai que, neuf jours après avoir signé cette lettre, Frédéric- GuiHaunic envoyait à Vienne Knesebeek proposer à TAutriche de faire campagne avec elle contre Napoléon et qu'il envoyait à Saint- Pétersbourg Schôler demander à TEmpereur de Russie de se déclarer contn» la France (2^1 juillet). Mais cette double démarche fut sans résultat. Pour joindre ses forces à celles de l'Autriche, la Prusse posa au Cabinet de Vienne des conditions territoriales qui n'étaient guère acceptables et qui furent refusées. Quant à Alexandre, il était trop avisé pour se déclarer pour l'Autriche, le jour oii elle était battue.

La coalition ne s'étanl pas formée, la victoire n'étant pas venue, la cour de Prusse se remit pendant l'armistice à fabriquer des combinaisons financières.

Un plan général de liquidation de la dette prussienne fut remis à la fin d'août en même temps à Saint-Marsan et à Brockhausen. Il était exposé dans deux mémoires datés des ig et 25 août i8og. En voici l'esquisse :

La Prusse demande, en premier lieu, une diminution de la contribution , — ou bien des délais de payement quatre fois plus étendus que ceux stipulés dans l'arrangement de Berlin. On se rappelle que cet arrangement avait prévu des acomptes mensuels de U millions, pendant 3o mois; ce que la Prusse demande maintenant, c'est qu'ils soient abaissés à 1 million, somme paraissant la plus forte qu'il «soit possible de payer sur la contribution, comme on s'en est convaincu par l'expérience et les calculs les plus exacts. Encore sera-t-il très difficile d'enlever cette somme par mois à la circulation monétaire d'un pays aussi ruiné Si cette proposition eût été agréée, le terme final des payements aurait été fixé non pas au bout de deux ans environ, mais au bout de huit —

Mémoire du 3 5 août. D'après Télat des versements annexé à ce mémoire, la Prusse devait (jb,bli*2,']hU francs.

D'AMSTERDAM

La Prusse réclame, en second lieu, que le séquestre mis par le roi de Saxe sur les créances prussiennes hypothéquées dans le duché de Varsovie soit levé. — En troisième lieu, la Prusse, tout en ne payant plus à l'avenir qu'un million par mois, demande que Glogau soit évacuée le 8 février 1810, et que Stettin et Kûstrin le soient le 8 mai 1811, c'est-à-dire aux dates où les garnisons françaises auraient quitté ces forteresses si la contribution avait été acquittée à raison de li millions par mois. Pour justifier cette prétention, le gouvernement prussien disait que le et crédit extérieur de la Prusse est nécessairement fondé sur Topinion de son indépendance??. — Enfin, Frédéric-Guillaume sollicitait la France de faire c(* qui dépendait d'elle en faveur d'un emprunt que la Prusse dierchait depuis près de deux ans à contracter à Amsterdam.

En somme, la Prusse désire, tout en différant l'exécution de ses engagements, s'assurer les avantages qu'elle ne peut recueillir que de leur réalisation; elle cherche, en même temps, l'appui de la France pour l'émission de son emprunt en Hollande.

Nous verrons plus loin ce qu'il advint de son projet sur le payement de la contribution; il convient, sans plus tarder, de dire ce qu'était cet emprunt hollandais, dont on ne cessait de parler a la Cour de Prusse. Les tractations relatives à son émission formant un des épisodes les plus caractéristiques de l'histoire des relations financières de la France et de la Prusse après Tilsit, on me permettra d'y insister un peu.

Les deux Empereurs sont encore a Erfurt; les voici sur la fin de leur séjour; quelques invités sont déjà retournés dans leurs Etats. Aujourd'hui , 19 octobre 1808, on signe le célèbre traité d'alliance; puis on s'occupe, avant de se séparer, de régler les affaires de seconde importance : Napoléon nomme chevaliers de la Légion d'Honneur Gœthe, Wieland , etc. . . ; il dissont la Grande Armée et organise l'armée du Rhin ; puis il donne des instructions pour l'exécution de \\\ flonvention du 8 septembre que Goltz a rati-

L'EMPRUNT

fiée il y a quntre jours; satisfait des arrangements concertés entre D&rn et Goltz pour assurer les payements, il fait écrire par Champagny à l'IntiMidant général : ç^Sa Majesté (TEmpereur Napoléon) est, en outn% disposée à procurera la Prusse un nouveau soulagement, eu lui facilitant un emprunt, soit en France, soit en Hollande, ou dans Tun et Tautre de ces deux Etats. Vous voudrez bien Tanuoncer à M. le Comte de Goltz. w

En faisant cettre oflVe, Napoléon tenait le semblant de demipromesse* (pril avait faite un mois plus tôt à Brockliausen , lorsque celui-ci avait remis s(*s lettres de créance. C'était trois jours après la signature de la Convention du 8 septembre. Le Ministre de Prusse ayant dit à l'Empereur qu'il espérait que, quant au payement des contributions, il considérerait plutôt la bonne volonté de ia Prusse que ses facultés, qu'elle* avait besoin non seulement ditidulgence pour les termes de payement, mais aussi de Tappui de la France pour les emprunts a faire en Hollande, Napoléon lui avait répondu : et Pour les affaires d'argent, nous verrons; mais pour les autres, je serai d'une extrême rigueur

Quand Frédéric-Guillaume sut (pie TEmporeur voulait bien aid(*r la Prusse a trouver d(*s prêteurs en France ou en Hollande, il invita son ministre à Paris à ne rien négliger pour faire garantir par la France l'emprunt qu'il cherchait à émettre à Amsterdam ; il lui recommanda ensuite de se mettre en rapport avec Champagny et avec l'agent envoyé en Hollande pour conclure l'affaire Ce que Brockhausen apprit de l'un et de l'autre ne fut pas fort encourageant. D'ailleurs, à Kônigsberg, on n'avait pas de plan bien net; il semblait qu'on demandât l'aide pécuniaire de la France, sans savoir au juste sous quelle forme on aurait aimé la recevoir; la seule chose précise que le gouvernenent prussien eut distinctement

Brockhausen au Roi, 16 septembre 1808.

Brockhausen au Roi , 26 octobre 1808.

Le Roi à Brockhausen. 1^ novembre 1808.

D'AMSTERDAM. 231

en vuo à ce moment, c'était de se faire prêter par la France les sommes qu'il devait à Napoléon.

Pour se procurer les fonds nécessaires à racquit de la contribution et aussi pour pourvoir à ses besoins propres, la Prusse forma successivement trois plans d'emprunt ou plutôt entretint trois espérances successives d'emprunt. Tout d'abord , à son arrivée au Ministère (oct. 1807), Stein avait pensé trouver de l'argent quelque part, en Allemagne, mais, surtout, en Hollande; les tentatives qu'il fit pendant une année furent sans résultat. — La convention du 8 septembre 1808 conclue, le Gouvernement prussien espéra recueillir en France même une grande partie des capitaux dont il avait besoin; les négociations, ouvertes avec cette intention en octobre 1808, furent pratiquement closes au milieu de mars 1809; elles avaient été infructueuses. — Le cabinet de Berlin revint alors à sa première idée et, grâce aux bons ofllces de Napoléon lui-même, put enfin, au printemps 1 8 1 o, émettre un emprunt à Amsterdam.

Tant que le territoire de la Prusse était occupé et tant que les obligations pécuniaires de la monarchie n'étaient pas déterminées, il était vraiment impossible de contracter un emprunt de quelque importance. Stein, qui n'était guère plus qu'un très grand administrateur et à qui échappaient les grandes affaires de finance et de diplomatie, en fit néanmoins la tentative.

Au milieu de novembre 1807, voulant à tout prix de l'argent en vue d'obtenir l'évacuation du pays, il envoya en Hollande un émissaire en qui il avait toute confiance. C'était un homme jeune, alors peu connu, qui devait, quelques années plus tard, conquérir et garder, comme romaniste, une réputation vmiverselle. J'ai nommé Georges Barthold Niebuhr, le célèbre auteur de VHistoire romaine.

Issu d'une vieille famille du Holstein, il avait été, à âo ans, après des études faites dans un milieu intellectuel distingué, pris

L'EMPRUNT

rommo secrétaire particulier par le Ministre des finances de Danemark, puis, au retour d'un long séjour en Angleterre et en Ecosse, nommé assesseur au Conseil du Commerce et de la Banque et secrétaire de la direction du Consulat africain; il devenait, peu de temps après, directeur de la Banque et du bureau des Indes orientales. A Tépoque où il était ministre des finances, Stein offrit à Niebuhr un emploi à la Banque de Prusse. Niebuhr Tavait accepté (i^"^ avril 1806), mais n'ayant quitté Copenhague qu'en septembre, il arriva à Berlin seulement le 5 octobre, c'est-à-dire neuf jours avant léna. Berlin étant menacé, il gagne Stettin, Danzig, puis Kônigsberg et rejoint enfin, en janvier 1807, la cour à Memel. Il fît partie de la Commission immédiate que conseilla Hardenberg, rn (juittant le pouvoir.

Toutes ces affaires de finances et d'administration l'intéressaient beaucoup, moins cependant que l'histoire ancienne et la philologie et, la paix faite, il méditait de quitter la Prusse, quand Stein reprit le pouvoir au commencement d'octobre 1807. retour d(* son ancien chef le décida de rester au service de Frédéric-Guillaume III.

Niebuhr, pour accomplir l'importante mission dont il était chargé, (juitta Memel le 3 1 novembre 1807, s'arrêta à Berlin, à Hambourg et finalement arriva à Amsterdam seulement au commencement de mars 1808. Je suppose que la lenteur de ce voyage fut déterminée, moins par la longue distance qui sépare Memel d'Amsterdam, que par des instructions reçues de Stein, dans lesquelles le premier ministre devait l'inviter à régler la marche de ses tractations financières en Hollande d'après la marche des négociations entre la Prusse et Napoléon. Or on a vu que ces négociations ne furent closes qu'a Erfurt, c'est-à-dire parla ratification du 8 octobre et l'arrangement du 1 2. Jusqu'à ce moment, Niebuhr ne pouvait rien obtenir et, en fait, n'obtint rien, si ce n'est une très petite avance de fonds, offerte de la manière la plus touchante iet la plus inattendue.

D'AMSTERDAM

Cette avance, ce n'est pas un banquier qui ia fît; ce fut Louis Napoléon, roi de Hollande, frère de l'Empereur, qui la proposa. Quoique plongé lui-même dans de grands embarras financiers et fort préoccupé du résultat d'un emprunt qu'il cherchait à émettre, Louis avait écrit au roi de Prusse : ç^Je prie Votre Majesté d'accepter directement de moi, sans l'intermédiaire de qui que ce soit, le premier million de florins qui sera versé sur mon emprunt. Si les circonstances en Europe et en Prusse s'améliorent, Votre Majesté me le remboursera aussitôt qu'il lui sera possible. Si les choses en Europe sont troublées encore une fois, je m'estimerai heureux d'avoir donné à Votre Majesté une preuve que je lui voue une vraie et durable sympathie 7^ Frédéric-Guillaume accepta cette ofl*re: Quand on est, écrivit-il, depuis longtemps méconnu, jugé injustement, en butte à la défiance et à la critique, c'est une consolation de retrouver la justice qu'on mérite dans le témoignage des gens impartiaux » ^^K

Le roi tint sa promesse. Vers la fin de septembre, il avait réuni la moitié du million de florins qu'il avait offert; il en remit le montant à Niebuhr dans une audience qui eut lieu le 27. Au cours de l'entretien, qui fut fort cordial, le roi laissa voir a son interlocuteur une grande mélancolie, et, à un moment, l'envoyé de Prusse aperçut, avec une émotion indicible, des larmes briller dans ses yeux ^^K

Qui pourra jamais dire de quelle source venaient ces larmes?

Au cours de la première audience qu'il lui avait accordée (5 mai 1808), le roi Louis avait dit à Niebidir : «Je m'empresserai de faire tout ce qui peut faire plaisir au roi de Prusse : je conserverai

Ranke, Denkwurdigkeiten des Fûrsten von Hardenbergy l. IV, p. 166-168. a8 août 1808. {Ibid,)

Ranke suppose qu'en faisant cette offre généreuse le roi Louis entendait se ménager une retraite hospitalière en Prusse, s'il perdait un jour son royaume. C'est méconnaître la situation de l'Europe à cette époque; à l'automne 1808, le trône de Hollande paraissait à tous sinjjulièrement plus solide que celui de Prusse. [

L'EMPRUNT

toujours le souvenir des bontés cjue le roi et la reine ont eues pour moi??^*^ En prononçant ces paroles, le roi faisait allusion certainement à quelques beaux souvenirs de sa jeunesse. Il n'avait pas 2 9 ans et venait d'être nommé colonel du 5^ dragons quand, dans Tété 1800, il se rendit à Postdam pour assister aux grandes manœuvres de Tarmée prussienne. Lorsqu'il arriva , elles étaient terminées. Il séjourna néanmoins quelque temps à Berlin, où il fut extrêmement bien accueilli par les jeunes souverains : le roi avait 3o ans; la reine, dans tout Téclat de sa beauté, en avait 9. à. Huit ans s'étaient écoulés depuis lors. Niebuhr dit sans doute au roi la détresse de la Prusse, combien, personnellement, la reine en souffrait. . . , et le roi de Hollande, époux nominal de cette Hortense de Beauliarnais, qu'il n'avait jamais aimée, avec laquelle, depuis le jour de son mariage, il n'avait guère vécu que quatre mois, à trois époques différentes, cet abandonné, ce pauvre valétudinaire, se rappelant peut-être les heures fortunées de Berlin et de Potsdam, ne put retenir ces larmes, qui firent une impression si forte sur la sensibilité d'artiste du messager de la Cour de Prusse

Quelques jours après cette émouvante audience, la convention de Paris était ratifiée; la dette de la Prusso était fixée, l'occupation

Niebuhr à Stein, 6 mai 1808.

La lettre suivante, adressée à Lucien Bonaparte, donne une idée de l'état moral dans lequel se trouvait alors 1« malheureux roi de Hollande :

Amsterdam, i^i août 1808.

On m'avait assuré que tu étais allé en Corse ; j'imagine (jue tu ferais mieux d*aller là et d'y vivre en simple particulier; tu es trop heureux d'en avoir Ja liberté. Si je le pouvais sans la juste crainte du blâme qui s'attacherait à ma mémoire et au malheur (jui en résulterait pour ce pays, je m'y sauverais comme en un asile fortuné; mais je dois n'y plus penser.

Je te fais passer cent mille francs, c'est tout ce que je puis faire pour le moment. Quand je pourrai renouveler cet envoi , je le ferai. Je te renvoie ton écrit privé ; je n'ai besoin de rien , mon cher ami ; tache d'en tirer parti pour assurer une petite fortune , en Corse, à tes enfants. Après mon frère Napoléon, le plus malheureux de nous tous, c'est moi; je n'ai point d'intérieur, point de famille, seul, tout à fait seul, et souffrant; mais je ne veux pas t'attrister, tu as assez de tes maux. . .

D'AMSTERDAM

du royaume allait cesser à uue date )3eu éloignée : il semblait donc que Niebulir dut poursuivre ses pourparlers et peut-être réussir dans sa difïicile tâche. Mais la cour de Prusse se mit, a ce moment, à espérer qu'elle pourrait obtenir en France, pays allié maintenant, Targent ([u'elle n'avait pas trouvé en Holbuubî, ou du moins qui ne s'était offert là que sous la forme gracieuse d'un présent personnel. Niebuhr allait-il revenir en Prusse?

Il V songea peut-être : mais ce que son gouvernement méditait de tenter en France lui parut si aléatoire qu'il resta à Amsterdam, attendant ([u'on découvrît a Paris une solution aux dilFicultés pécuniaires de la Prusse.

La cour de Konigsberg, après avoir songé à faire garantir par l'Empire français l'emprunt (ju'elle voulait contracter, sembla préférer le concours de la Banque de France ; elle pensa que si celle-ci ne consentait pas à faire un prêt direct, elle pourrait tout

Cette idée du Gouvernement prussien de se faire prêter de l'argent^par la Banque de France pour acquitter sa dette envers Napoléon paraîtra assez singulière à plus d'un lecteur contemporain. 11 en sera moins surpris quand il saura qu'avant le traité qui mit fin à la guerre avec la Prusse , presque certainement avant l'armistice deTilsit(^5 juin 1807), les Etats de la Marche Électorale et de la Nouvelle Marche sollicitèrent de la Banque de France une avance de 3,5oo,ooo francs. Le gouverneur de la Banque, Crétet, saisit de cette demande Napoléon, alors à Tilsit, par une note dont je crois devoir donner le texte intégral, en raison de la singularité du fait :

Le 6 juillet 1807.

Un député de la Marche Électorale et de la Marche nouvelle de Brandebourg, M. Baudouin , de Berlin, s'est présenté à la Banque pour demander un emprunt de 3,5oo,ooo* au nom des États des deux Marches, sous la garantie des propriétés desdits États et sous celle des biens fonds des villes et autres possessions du plat pays.

(]et emprunt serait remboursable un an après la paix.

Les Ktats annoncent être autorisés par Sa Majesté Impériale et Royale à faire cet emprunt.

Une affaire de cette nature est absolument étrangère aux opérations de la Banque de France ; et la proposition aurait été écartée sans retour, sans une considération générale qui a peut-être quelque importance.

C'est un spectacle et un événement très nouveau , et c'est le fruit des grandes actions de Sa Majesté Impériale, de voir des peuples du Nord accorder à la France et à son commerce un genre de crédit et de consistance qui les détermine à recourir à la Banque. C'est

236 L'EMPRUNT

au moins escompter les 5o millions de traites qu'elle avait remises en garantie de sa dette.

C'étaient là des solutions très simples. Aux yeux de la Prusse, elles avaient Tavantage de faire d'elle la débitrice soit de la France, soit d'un grand établissement financier dont les liens avec l'Etat français étaient si étroits qu'une opération faite avec lui aurait eu toute Tapparence d'une affaire politique. Or, s'il est des circonstances où il est préférable pour un Etat d'être débiteur d'une multitude de petits créanciers, il est des cas où il vaut mieux être débiteur d'un autre Etat, celui-ci pouvant, pour des raisons politiques, avoir des ménagements que n'admettraient point des particuliers. D'autre part , on présumait obtenir à Paris des conditions moins onéreuses que celles exigé(»s à Amsterdam. Niebuhr ne disait-il pas à Brokhausen que, pour réussir en Hollande, il faudrait que la France se chargeât d'y négocier les titres prussiens avec un intérêt de i o à i 9 p. 0/0 ^^^?

Quoi qu'il en soit, la question d'un emprunt prussien à Paris étant posée, Champagny demanda a Brockhausen une note sur la manière dont il en concevait la solution; mais. le ministre de Prusse dut avouer qu'il n'avait pas d'instructions assez précises de sa cour pour la rédiger. A la vérité, Brockhausen ne croyait pas qu'on pût contracter un emprunt prussien à Paris. Quand il demanda des instructions au roi, il eut soin, dans sa lettre, sentant la difficulté de faire réussir l'opération, d'indiquer quelques obstacles à son

une marche rétrograde des opérations de cette nature, qui laisse apercevoir une conquête d'une espèce nouvelle et une sorte de considération à laquelle ni les finances ni le coin- ^ merce de la France n'étaient pas accoutumés.

Si Sa Majesté attachait quelque importance à cette considération , si elle y voyait un premier effet des destinées de la place de Paris relativement au continent de TEurope, la proposition des États des deux Marches pourrait Atre écoutée : l'approbation de Sa Majesté Impériale et Royale paraîtrait encore à la Banque une espèce de Conseil sur la sûreté qu'elle doit trouver dans cette opération. ^

Le ffouvemeur de la Banque de France, Signé : Crétet.

(Archives Nationales, AFiv, 1071.)

Brokhausen an Hoi, is décemhro 1838.

D'AMSTERDAM

succès : la mollesse de Tambassadeur russe dans la défense des intérêts prussiens, la fuite de l'argent français en Espagne, etc.^^^

Le Roi s'impatiente un peu de la lenteur des négociations de Paris. Avant son départ pour Saint-Pétersbourg, le iiU décembre, il écrit à Brockliausen qu'il y a peu d'espoir de contracter un emprunt en Hollande, même avec l'appui de la diplomatie française, et lui demande si Napoléon a permis à la Banque de France de faire un prêt ou d'escompter les traites de Prusse. Dans le cas oii l'on émettrait un emprunt en France, Frédéric-Guillaume voudrait que les particuliers y souscrivissent, et surtout les grands fonctionnaires ^-l

La question de l'emprunt chôma un peu pendant le voyage des souverains de Prusse en Russie D'ailleurs, Napoléon était parti pour l'Espagne à la fin d'octobre 1808 et ne rentra à Paris que le 28 janvier 1809. 11 en devait repartir au début d'avril, pour guerroyer contre l'Autriche. Cependant, Champagny qui le suivit dans la campagne put, avant de quitter Paris, informer Rrockhausen que la Banque de France était autorisée à prêter à la Prusse. En annonçant cette décision, il eut soin d'avertir le ministre de Prusse que, les fonds de la Banque appartenant à des particuliers, Napoléon ne pouvait contraindre cet établissement a en faire un emploi déterminé et notamment celui que sollicitait la cour de Prusse. Malgré cette réserve, Brockhausen aurait dû entrer tout de suite èn pourparlers avec la Banque. N'ayant rien fait, il s'en excusa ensuite de la manière suivante auprès du roi : il lui dit d'abord, qu'il ignorait le capital que la Prusse demandait, les garanties qu'elle proposait, le taux d'intérêt qu'elle acceptait; puis, qu'il

Brockhausen au Roi, 12 décembre 1808.

J'imagine que le roi de Prusse désirait que le haut personnel impérial souscrivît, afin qu'il fut intéressé à la solvabilité de la Prusse et au maintien de son crédit, c'est-à-dire à sa prospérité.

Pourtant, de la Chancellerie de Berlin, on le rappela à Brockhausen (la janvier 1809).

238 I/EMPRUNT

voulait sonder divers agents de la Banque sur Taccueil qui serait fait a sa proposition; enfin, que, le succès étant peu probable, il valait mieux attendre le résultat des négociations de Niebuhr en Hollande Un mois plus tard, le lU mars, Brockhausen confessait au roi qu'il n'avait encore adressé aucune proposition à la Banque. D'ailleurs, celle-ci, dit-il pour expliquer son inertie, l'avait friit prévenir qu'elle ne pouvait recevoir de proposition d'emprunt étranger que par l'intermédiaire du Ministre des Relations extérieures; or, ([uand il avait demandé à Gbampagny que la négociation eut lieu en sa présence, celui-ci avait refusé, alléguant qu'il ne voulait pas paraître contraindre la Banque. Brockbausen concluait de tout cela que Napoléon voulait conserver pour son usage les fonds de la Banque , et qu'il aimait mieux que la Prusse empruntât l'argent des HoUarulais.

Le Ministre de Prusse avait raison plus qu'il ne croyait : les disponibilités de la Banque étaient, en effet, affectées depuis quelques mois à une opération de bourse au succès de laquelle Napoléon attachait la plus haute importance.

Cette opération consistait ;i faire acheter à la bourse de Paris toutes les rentes 5 % qui seraient offertes à 80 francs et au-dessous. L'Empereur ne voulait pas admettre, en effet, que le cours des fonds publics, qui avait atteint 90 francs après Tilsit, mais que les mauvaises nouvelles de la guerre d'Espagne menaçaient de faire lléchir, descendît au dessous de 80 francs. L'argent nécessaire aux achats devait être fourni par la Caisse d'amortissement, par la Caisse de Service du Trésor Public et par la Banque de France.

On peut être un peu étonné de voir la Banque de France intervenir dans une opération si étrangère à ses attributions, et surtout à une époque où elle venait de subir une crise tellement grave que, pour ne pas suspendre complètement le remboursement de ses billets, elle a\ait dû se résigner à ne procéder à leur ct)nver-

Brockhausen au Roi, i3 février 1809.

D'AMSTERDAM

sion que présentés isolément; il semblait (|iie cette épreuve eut dû la préserver désormais de toute immobilisation, comme Test un acbat de rentes. Mais Napoléon se donnait à lui-même deux raisons de se servir du concours de la Banque : Tune, c'est que le monopole de l'émission des billets lui avait été concédé gratuitement, ce qui avait été, en eflet, une faveur immense; Tautre, c'est qu'elle avait des disponibilités en excès; ces disponibilités venaient du doublement du capital de la Banque, lequel avait été porté de 45 à 90 millions, en vertu d'une loi du î2'j avril 1806, rendue précisément pour prévenir le retour d'une ciise semblable à celle de i8o3. Or cette augmentation de /i5 millions était trop forte; la Banque ne trouvait pas aisément l'emploi de ces nouveaux fonds et comme elle devait cependant rémunérer les actionnaires qui les avaient fournis, elle se livrait à des opérations assez criti(}uables. C'est pour ce double motif que Napoléon décida que la Banque de France, comme la Caisse d'amortissement et le Trésor Public, achèterait de la rente pour en maintenir le cours au dessus de 80 francs

Cette opération hasardeuse commença en août 1808; ce n'est que le tiS janvier 1809 que le Ministre du Trésor en ordonna la clôture.

On voit (|ue, quand la Cour de Prusse cherchait, dans Ihiver 1808-1809, à se faire prêter, sous une forme ou une autre, des fonds par la Banque de France, elle s'avançait sur un terrain que Napoléon s'était réservé : toute tentative d'emprunt de sa part était donc, auprès de cet établissement, vouée à un échec certain.

Cependant, Niebuhr était toujours a Amsterdam, cherchant l'occasion de placer son emprunt.

La diplomatie française ne l'y aidait que peu ou point. 11 faut

Le Conseil général de la Banque, par délibération du i3 septembre 1808, ouvrit un premier crédit de 5 millions, en vue de maintenir pendant 6 mois le cours de la rente de 81 à 83 francs et celui des actions de la Banque de laii à 1 2 '1 o .francs.

L'EMPRUNT

dir(» qu(* (^hampagny avait donné an Ministre de France en Holiande, le (iomte de la Rochefoucauld, des instructions sans fermeté : La Cour de Berlin , lui avait-il écrit le 9 i novembre 1808, désire et se propose de négocier un emprunt en Hollande. Sa Majesté l'Empereur et Roi en est informée et n'y veut mettre aucun obstacle. Nous aAons même vme sorte d'intérêt à ce que cet emprunt soit rempli , la Cour lU' Berlin étant portée à le faire pour se libérer plus tôt envers la France. — Les prêteurs peuvent traiter avec elle en toute sécurité. La France et la Prusse sont maintenant amies . . . — La Prusse a donné, pour sa dette envers la France, des hypothèques très solides et très sûres et qu'autrement on n'aurait pas admises. Ces mêmes hypothèques peuvent répomlre de l emprunt en proportion de ce quil aura servi au payement de la dette. — C'est dans ce sens que vous êtes autorisé à vous expliquer sur cet emprunt. , . v « La Rochefoucauld n'avait pas l'intention de franchir les limites que Champagny assignait a son zèle pour les intérêts de la Cour de Prusse : il répondit que la Hollande traversait une crise qui rendait les émissions bien difficiles, que la Prusse n'avait aucun crédit, que tr l'emprunt ne pouvait donc s'effectuer que^^r la protection de r Empereur et sous la garantie de Sa Majesté . . . Quant aux garanties, une nécessité serait la certitude que les gages offerts ne pourraient être enlevés aux prêteurs sous quelque prétexte et par qui que ce puisse être, et que Sa Majesté répondît de ce point 7^. On se demandait, en effet, à Amsterdam si, dans le cas où la Prusse ne s'acquitterait pas de ses contributions, Napoléon ne s'emparerait pas des gages qu'elle aurait donnés en garantie de son emprunt

En réponse, Champagny se borna à maintenir les instructions qu'il avait données en novembre. 11 tint cependant à prévenir La Rochefoucauld que si l'emprunt ne pouvait être effectué que 50ms la garantie de Sa Majesté, il faudrait y renoncer, n En effet, «si Sa Majesté souhaite que la Prusse puisse avancer le payement de ce

La Rochefoucauld à Champagny, 5 décemhre 1808.

D'AMSTERDAM

qir(3ll(3 doit, cVsl bien moins encore pour être payée plus tôt, (|U(* pour hâter Tépoque où, dans les rapports entre les deux Etats, il n'y aura plus rien qui rappelle le souvenir des événements auxquels la dette se rapporte. Une garantie, quelle (ju'elle fût, produirait nécessairement un effet tout contraire ^^U.

Les semaines et les mois passaient, la négociation de Niehulu* n'avançait point. \ la longue, il se fatigua d'attendre et sollicita de la Cour de Prusse son rappel ; il le reçut en février.

Ce qui le déterminait à regagner la Prusse, c'était l'impossibilité de trouver des préteurs ; c'était probablement aussi la faiblesse de Tappui que lui prélait l'agent diplojnali(pie de la France ; c'était surtout le refus provisoire, mais prolongé, du roi Louis d'autoriser l'emprunt.

Ce refus s'expliquait aisément. Le roi, en effet, sans l'agrément duquel aucun emprunt étranger ne pouvait être émis en Hollande, avait, en vertu d'une loi du mars 1808, ouveit un emprunt de ^o millions de florins dont le produit était destiné au service des digues {^ivatersUiaty Or, tant que cet emprunt n'était pas rempli, — et on y souscrivait sans aucun empressement, — il lui était impossible de laisser offrir des titres étrangers sur le marché hollandais.

Il convient d'ajout<'r quVn fait il eut été téméraire, c'est-a-dire fort inutile, de chercher à négocier ces titres d'une manière clandestine ; les capitalistes hollandais étaient en effet, à cette date, fort circonspects, assez peu disposés a prêter, et ainsi que La Rochefoucauld l'avait expliqué à Champagny n'auraient pas bien accueilli un placement occulte de valeurs étrangères. Il y avait donc à l'émission de l'emprunt de Prusse à la fois de grandes difficultés de fait et, provisoirement, un obstacle légal

Niebuhr faisait ses préparatifs de départ, (juand il reçut, pour son emprunt, des propositions qu'il jugea acceptables. Elles lui

Champagny à La Rochefoucauld, 9 janvier 1809. '^'> Goltz à Saint-Marsan, 6 juin 1809.

L'EMPRUNT

étaient apportées, delà part delà maison de banijue Uberfeid et Serrurier, par un personnage de physionomie assez curieuse, Jean Vaickenaer.

Ce Jean Vaickenaer était le fils d'un philologue célèbre de rUniversité de Leyde ; après de solides études de jurisprudence, il avait enseigné le droit à Utrecht. Lors de la Révolution de 1787, il avait combattu Ja maison d'Orange; le stathoudérat rétabli, il s'était réfugié en France, où il avait continué à défendre la cause populaire des Bataves. Expulsé par le Directoire français il ne rentra en Ilollan(h> (ju'en 1796. Il fut ensuite chargé d'une mission en Espagne. Revenu dans sa patrie en 1801, il s'occupait de divers travaux universitaires et d'administration, qui ne suflisaient san^s doute pas à son activité, quand il fit à Amsterdam coiinaissancè de ^iebuhr et s'immisça dans les négociations de l'emprunt de Prusse.

Le chargé d'alTaires de France à la Haye, Serrurier, l'a dépeint à Champagny dans les termes suivants ^'-^ :

frM. Vaickenaer (pie le roi (Louis de Hollande) vient d'envoyei* à Paris avec une lettre pour Votre Excellence est un homme (jiii a joué un rôle considérable dans les affaires de la Ré])ul)li(jue dans les années (jui ont suivi la conquête. 11 était à la l<**te du parti démagogue et a été écarté depuis, eh raison de ses opinions liouvées trop répul)licaines sous la République, et trop fiançaises sous la monarchie. C'est un chef de parti, qui ne trouve d'esprit et de salut cpie dans son parti ; très exclusif, donci.du reste, rempli, dit-on, de lumières et de capacité et qui voit bien la véritable position de son pays à l'égard de la France. — M. \alckenaer a été à Madrid, sous le Ministère de M. d'Urquijo, je crois, et il gouverna l'Espagne sous le nom de ce ministre. Cet esprit d'intrigues et de domination blessa les intérêts français et déplut assez au Directoire pour <pie son i-appel ait été exigé par la France. Il dut revenir pai* l'Italie. — I)ej)nis il s'est tenu tranquille,

Délibération secrète du 16 juin 179O.

Serrurier a esquissé ce profil de Vaickenaer l'année suivante (juin 1810) au moment où celui-ci s'en fut à Paris, chargé de s'occuper à la fois des intérêts politiques du roi de Hollande et des intérêts pécuniaires du roi de Prusse.

D'AMSTERDAM

offrant de temps en temps ses services, mais y mettant un trop haut prix, tel, par exemple, que la demande du renouvellement entier du Ministère qu'il aurait voulu composer, comme en Angleterie, de ses amis. — Le grand défaut qu'on reproche à M. de Valckenaer est un amonr excessif de l'argent, qu'il cache avec tonte son a(h*esse derrière l'amour (h^ la patrie; il passe pour insinuant et fin. Dernièrement, le roi lui disait: rrVous avez de l'esprit, M. Valckenaer, mais vous n'êtes pas hollandais. 7? — rr Sire, répondit-il, M. de Talleyjand prétendait autrefois que je n'étais pas français; il faut pourtant hien que je sois quelque chose: (pie suis-je donc, Siie?^ — rr Cosmopolite , lui réj)li(jua le roi: voilà votre physionomie. 7^ Et il y a quelque chose de cela dans M. Valckenaer. ^^^-n

Niebuhr, s'étaiit entendu assez vite av(»c Valckenaer qI les banquiers hollandais, sollicita sans délai du roi rautorisation d'émettre Temprunt. Ce qui rencourageait à le faire, c'est que Brockhausen venait de Tinformer, avec le consentement formel de Cliampagny, que Napoléon s'intéressait avi succès de l'émission et avait même déclaré que, (juoiqu'il advînt, il respecterait les garanties données aux souscripteurs hollandais. Louis donna audience à Niebuhr, mais refusa Tautorisation 5 mars

Il ne faut pas être surpris de ce refus : le roi ne savait pas encore les intentions de l'Empereur à l'égard de l'emprunt, (le fut, en effet, seulement quelques jours plus tard, par des lettres des i*""^ et 3 avril, que Cliampagny invita La Rochefoucauld à parler aux Ministres du roi en faveur de cet emprunt : « Mes premières lettres, écrivait Champagny, vous incitaient seulement à vous expliquer favorablement sur ces emprunts. Je you^ incite aujourd'hui à agir auprès des ministres du roi de manière à ce que le Gouvernement hollandais s'y montre lui-même favorable ^^^n Ce changement dans l'attitude du cabinet de Paris était peut-être

Serrurier à Champagny, 17 juin 1810.— Cf. le portrait de Valckenaer par Niebuhr, dans une lettre à M"* Hensler, 96 février 1809. Brockhausen au Roi de Prusse, lU mars 1809.

Champagny à La Rochefoucauld, 3 avril 1809.

L'EMPRUNT

le commencement des ménagements que Napoléon , à la veille de la guerre d'Autriche, avait l'intention de témoigner à la Prusse. Ce fut certainement la conséquence immédiate d'un rapport de Mollien à l'Empereur

Dans ce rapport, Mollien, sans apporter une conclusion ferme, mettait en lumière l'avantage que la France avait à la réussite de l'emprunt : ii ne se départait point, d'ailleurs , de son point de vue de Ministre du Trésor : «Si, dit-il, un emprunt ouvert en Hollande couvrait la partie des contributions de la Prusse qui est payable à Magdebourg, le payement des sommes payables à Paris et (|ui ont été versées à la Caisse d'amortissement en traites serait d'autant mieux assuré. r> Puis, il faisait cette remarqua* assez fine : pour que la Prusse trouve des prêteurs en Hollande, il faut qu'elle acquitte d'abord ses dettes envers son créancier de Paris. Napoléon annota ainsi le rapport de Mollien : «Renvoyé au Ministre des Relations extérieures pour écrire au Si<»ur de La Rochefoucauld qu'il ait à favoriser cet emprunt, et en parler au Ministre de Hollande, afin de lui donner toute la protection possible , 3o mars 1809 ».

Niebuhr quitta définitivement Amsterdam le 9 avril, après un séjour de plus d'un an. Quant à l'emprunt, dont il était convenu avec la uiaison Lberfeld et Serrurier, le projet en fut expédié à Kônigsberg pour recevoir la sanction royale.

La diplomatie française fit grief au gouvernement prussien du départ de Niebuhr, qui avait lieu, par malchance, au moment même oîi Napoléon venait de donner l'ordre de l'aider dans ses négociations. Quand La Rochefoucauld rentra en Hollande, après un court congé, il fut fort étonné de ne plus le trouver, « ce qui lui a fait penser que le Gouvernement prussien ne tenait pas beaucoup à faire cet emprunt n et qu'il lui était « donc possible de remplir ses engagements envers la France n sans le contracter. La

^'^ Moilien à Napoléon, laij mars i8og.

D'AMSTERDAM

Cour de Prusse expliqua un peu plus tard que, si Niebuhr fut resté en Hollande après le refus que lui a^ait opposé le roi Louis, la prolongation indéfinie de son séjour aurait semblé étrange; elle aurait démontré la faiblesse du crédit de la Prusse, qui ne trouvait pas de prêteurs; elle aurait aussi pu faire supposer que l'envoyé de Prusse négociait quelque emprunt clandestin ^^K

Niebuhr fut remplacé, comme plénipotentiaire près la Cour de La Haye, par le général de KnobelsdorlT, mais, comme il restait officiellement chargé de suivre tout ce qui concernait l'emprunt, le Ministre de France n'eut c|u'à attendre l'expression de ses désirs : Dès qu'il (jNiebuhr) m'aura mis en mesure d'engager le roi à consentir à cet emprunt, écrivit La Rochefoucauld, j'(»n parlerai h Sa Majesté tj.

Mais Niebuhr ne revint pas ; l'affaire allait-elle en rester là ?

Dans le courant de juin i8o(), le roi de Prusse, ne sachant cjue penser de tous ces retards, chargea knol)els(lorff de friire une démarche auprès du ]Ministre de France. Le 3 juillet, La Rochefoucauld vit donc arriver chez lui le général prussien. H apportait une lettre de son souverain lequel voulait que La Rochefoucauld certifiât à l'Empereur qu'il était impossible à la Prusse» d'obtenir en Hollande des ressources par un emprunt. La Rochefoucauld rappela à Knobelsdorff* que Niebuhr, avant de quitter Amsterdam, avait signé un contrat avec la maison Uberfeld et Serrurier, que ce contrat était soumis à l'approbation de la Cour de Prusse et le serait ensuite à l'autorisation du roi de Hollande; que, cjuant à lui, il n'aurait a intervenir que lorsque Niebuhr lui aurait donné l'assurance cjue, pour ouvrir l'emprunt, il ne manc|uait plus que l'agrément royal. La Rochefoucauld conclut C|u'étant sans nouvelle de Niebuhr, il n'avait présentement rien à demander au roi ,

Mémoire confidonliel , Berlin, 19 août 1809.

■-^ La Rochefoucauld à Cliampagny , 8 mai 1809.

2/i6 i;k\iprunt

et ne pouvait, par consécjurni, déclarer à l'Empereur que rémission d'un emprunt prussien était absolument impossible en Hollande (^).

Oji peut se demander pourquoi La Rochefoucauld, ayant des instructions précises, conservait une attitude si réservée. Etait-ce mauvaise volonté? Ranke a écrit dans les Mémoires de Hardenberg qu'il passait pour dur et opiniâtre. Je n'ai remarqué, dans la correspondance de La Rochefoucauld, aucune trace de ces imperfections. Je crois simplement que, quand La Rochefoucauld vint en congé, au printemps 1809, on lui fit savoir à Paris que, en dépit des instructions oflicielles qui lui étaient données, l'emprunt de Prusse n'était point urgent, puisque, pendant la guerre avec l'Autriche , l'Empereur n'insistait point sur le payement de la contribution; on ajouta probablement que, d'ailleurs, la conduite et les intentions de la Prusse à l'égard de la France étaient alors particulièrement suspectes, f^a Rochefoucauld aurait compris et se serait abstenu.

J'imagine que c'est parce que la Cour de Prusse ne s'expliquait pas l'inactivité du ministre de France qu'elle songea à rattacher à ses intérêts, comme elle avait naguère songé a corrompre Daru. Je lis, en effet, dans une lettre de la Chancellerie prussienne adressée h Rrockhausen : La présence du Sieur de la Rochefoucauld (en Hollande) y sera essentielle et je présume qu'on pourrait peut-être l'attacher à nos intérêts par quelque témoignage de reconnaissance ou de confiance de ma part. Comme vous le connaissez personnellement, je serais bien aise de savoir votre sentiment, surtout sur la nature d'un pareil témoignage et l'époque où vous le croiriez

La Rochefoucauld à Champagny, 3 juillet 1809. En octobre Knobelsdorff rr n'étant pas très fort en affaires t> pria La Rochefoucauld de parler de l'emprunt à Valckenaer. La Rochefoucauld y consentit ; mais il déclara d'avance qu'il le faisait uniquement en vue de recueillir de la bouche dé Valckenaer des détails sur l'opéralion. (La Rochefoucauld à Champagny, la octobre 1809.)

D'AMSTKRDAM.

le plus de saison v Je remarque que cette lettre porte la date du 19 août i8o(), qui est celle d'un des deux mémoires analysés ci-dessus, dans lequel la Prusse demande Tappui de la France pour rémission de l'emprunt à Amsterdam

Quoi qu'il en soit, la présence de Niebuhr à Amsterdam eût enlevé à La Rochefoucauld un prétexte de ne rien faire en faveur de la Prusse ; elle n'eût pas hâté l'émission de l'emprunt.

Le traité qui mit fin à la guerre d'Autriche lut signé, à Vienne, le 1/1 octobre 1809.

A cette date, commence une période nouvelle dans les relations de Napoléon avec la Prusse.

Nous avons vu que, durant les six mois qui suivirent la convention du 5 novembre 1808, la Prusse s'acquitta à peu près régulièrement de ses obligations pécuniaires, mais que dès que la guerre eût éclaté en avril 1809 elle cessa presque complètement de les exécuter, soit qu'elle crût à la défaite de la France, soit qu'elle espérât que la puissance militaire de Napoléon serait anéantie en Espagne, soit qu'elle pensât pouvoir former avec la Russie et l'Autriche une coalition qui aurait vaincu Napoléon. En somme, pendant l'année qui venait de s'écouler (nov. 1808 — oct. 1809), sa volonté de payer varia avec les circonstances politiques générales de l'Europe et suivant la fermeté de son puissant créancier, ou plutôt suivant la crainte qu'il lui inspira.

Mais l'Autriche battue , la Russie restant incertaine , l'Espagne

Lorsque l'emprunt fut enfin autorisé, La Rochefoucauld reçut des mains du ministre de Prusse à La Haye une lettre très obligeante du comte de Goltz et les insignes du Grand Ordre de T Aigle Noir pour ses bons offices dans rafîaire. (7 février 1810.)

Voir pages 938-229, l'analyse des deux mémoires.

L'EMPRUNT

(Ir'vcnant floutouso, la Prnss(^ rompril qu'elle rJeviut enfin s'exécuter. Elle essaya bien encore de temps en temps d'obtenir quelque allégement à ses charges, ou d'en différer l'exécution , mais redoutant l'Empereur, décidée à rester dans le système napoléonien tant qu'elle ne pourrait pas s'en échapper en sécurité , eli(» fît des efforts sérieux pour acquitter sa dette.

Elle employa, pour y parvenir, outre des remaniements dans son système fiscal, deux moyens principaux : des opérations de crédit et des payements en nature.

Elle n^ recourut pas sans tenter encore une fois de fmre accepter par l'Empereur un nouveau plan général de payement.

Sous prétexte, en effet, de féliciter Napoléon de Theureux rétablissement d(^ la paix, Frédéric-Guillaume lui écrivit une lettre personnelle, oîi il lui proposait de régler sur de nouvelles bases l'ac(juittement de la dette prussienne La lettre est longue, le style lourd, et la conclusion peu nette; en voici le passage essentiel :

r El ce tahleau vrai et fidèle de mes embarras et de mes efforts prouvera à Voire Majesté Impériale et Royale, après que, dans ces derniers temps, elle a hien voulu me donner des preuves d'indulgence et de bonté, auxquelles j'ai été infiniment sensible parce ([u 'elles ont relevé mes espérances, qu'il est physiquement impossible que, comme je le désire, je fasse honneur à mes engagements , à moins qu'il ne lui plaise de m'accorder du temps et quelques soulagements. C'est cette seule faveur. Sire, que je me permets de solliciter comme méritée par la constance de mon système et de mes princij)es, en priant Votre Majesté Impériale d'établir, soit à Paris, soit à Berlin, entre son ministère et le mien , une négociation tendant à régler cet objet et tous ceux qui, ])ar l'entremise du comte de Saint-Mai^san , ont été portés à sa décision; et c'est par cette faveur, (fui ne <loit mener qu'à des délibérations et des résultais préféiablement avantageux^ aux caisses françaises, parce qu'ils déterminent la possibilité de l'acquittement direct ou indirect de mes engagements, que Votre Majesté Impériale s'attachera la Prusse par les liens de la plus sincère reconnaissance. Oui, Sire, c'est au prix de ces

H) Fi<'.(iéric-GnHfaiimo à Napoléon, 18 octobre 1809.

D'AMSTERDAM

déterminations rassurant le piihlic sur vos dispositions favorables à mon égard, à l'aide de la sévérité de mon économie et de l'exactitude de mon administration des finances, vous parviendrez à rétablir mon crédit au point de pouvoir reprendre des opérations tendantes à me procurer le plus tôt possible les moyens d'ac([uitter ma dette , soit par quelque emprunt négocié en Hollande ou ailleurs, soit par des mesures prises poiu^ des échanges, ventes ou cessions de domaines....

Le Roi de Prusse chargea un de ses aides de camp, le Colonel baron de Krusemarck d'aller porter ce message à Paris. Il y arriva le 1 novembre ; Napoléon lui donna audience le 5. L'entretien fut assez orageux ^^K On peut en juger d'après la réponse laconique que, le lendemain, Napoléon lui fit remettre pour le roi Après

Le mot est de Ranko : Zietnlich stiirmisch (Denicwûrdigkpitm des Fûrsten von Hardenbei'g, tome IV, p. *^o8).

Napoléon, avant de recevoir Krusemarck, avait demandé à d'Hauterive, chargé par intérim du Ministère des Relations extérieures, un rapport qui lui exposât la conduite qu'avait tenue la Prusse pendant la dernière [juerre (Napoléon à d'Hauterive, 98 octobre 1809). — Dans cette lettre, Napoléon demandait aussi des projets de lettres à Brockhausen et à Saint-Marsan rrpour leur rappeler que, depuis la guerre , la Prusse n^i rien payé , et pour savoir quand elle remplira ses engagements??. On peut être certain que d'Hauterive remit ces projets à l'Empereur; mais les lettres ne paraissent pas avoir été envoyées. Il est à présumer que Napoléon on différa l'envoi, à cause de l'arrivée imminente de Krusemarck à I^aris.

Napoléon, au cours de l'entretien avec l'envoyé extraordinaire de Prusse, se plaignit de l'attitude de Brockhausen. Quelques mois auparavant , il avait écrit à Fouché (3o juin 1909) : ff Faites donc voir qui est-ce qui dirige le Ministre de Prusse. Les bêtises et les infamies qu'il envoie à sa cour ne se peuvent concevoir. Cet homme est-il bête ou malin, ou est-il mystifié par un intrigant de Paris? Il écrit à Berlin que mes affaires sont désespérées, que le mécontentement en France est au comble,

et le résultat de tout cela est pour faire que la Prusse ne me paie pas Il faut que

cet homme soit bien bête ou bien malveillant. Krusemarck informa Brockhausen de ce que Napoléon avait dit de lui. Brockhausen protesta tout de suite auprès de Champagny qu'il avait toujours rempli son devoir correctement, que si néanmoins l'Empereur conservait ses mauvaises dispositions à son égard, il ne lui restait plus qu'à demander son rappel, etc.. (6 novembre).

Champagny mit Saint-Marsan au courant de l'incident et lui dit, en substance, que Napoléon ne demandait pas le rappel de Brockhausen, mais que ce rappel lui serait agréable (7 novembre). Brockhausen fut remplacé, comme Ministre de Prusse à Paris, quelques mois plus tard, par Krusemarck lui-même.

250 L'EiMPRUNT

deux lignes de remerciement, Napoléon écrit sèchement : c^J'ai fait connaître a Taide de camp de Votre Majesté les motifs de plainte que j'avais de la conduite de plusieurs corps de troupes prussiennes et mes autres grii^fs, résultats de Tétat de désorganisation où se trouve sa monarchie et je lui ai exprimé les vœux sincères que je fais pour la voir bientôt se réorganiser; ,car ce n'est qu'alors, Monsieur mon Frère, que Votre Majesté parviendi'a à rétablir son crédit politique et financier. Du reste, cet officier n'ayant aucun pouvoir ni commmission spéciale, je n'ai pu autoriser mes ministres h entrer en affaire avec lui.5^^1'.

On éprouvait à Berlin une telle anxiété au sujet des intentions de Napoléon à Tégard de la Prusse que, dès qu'on sut qu'il avait accordé un long entretien h Krusemarck et que celui-ci rapportait de Paris, pour le roi, une lettre dont nul d'ailleurs ne savait le sens, il y eut une hausse à la Bourse

Quand Goltz, vers la fin d'octobre, avait annoncé à Saint-Marsan le départ de Krusemarck pour Paris, il lui avait dit que le btil de ce voyage était de conclure un nouvel arrangement au sujet de ?la contribution Ij^ gouvernement prussien achevait, en effet, à ce moment, l'élaboration d'un plan qualifié de définitif, auquel le roi de Prusse avait fait allusion dans sa lettre du i 8 octobre et qu'il s'agis$ait de faire accepter par l'Empereur. Goltz le remit à Saint-Marsan le i 8 novembre, et Brockhausen a Champagny le 2 décipmbre.

Napoléon à Frédëric-GuiHaume, 6 novembre 1809. — Le roi de Prusse répondit à cette lettre par un lon^j message, écrit en termes vagues, renfermant beaucoup de protestations banales de dévouement, mais aucun engagement ferme; la pbrase suivante , avec rengagement ferme et la réticence expresse qu'elle contient^ donne une idée nette du style du roi : Frédéric-Guillaume donne fTPassurance la plus àolennello qu'au moins tout sera mis en œuvre, que les derniers efforts seront «mj^loyés pour répondre à son attente, autant que faire se pauii^an,

Saint-Marsan à Champagny, 21 novembre 1809.

Saint-Marsan à Champagny, 99 octobre 1809.

D^AMSTERDAM

La dette de la Prusse à cette époque s'établissait ainsi :

Sur les 5o millions représentés par des lettres de change, il restait à payer, comme nous l'avons vu , à la fin (l'avril, 36,558,094 l'r. 97: (juelques petits versements ayant été effectués depuis le i'"^ mai, il n'était ])lus dii que 9/4,177,59/4 fr, 27

9** Sur les 70 millions de francs devant être acquittés en lettres foncières, qui ne furent jamais

livrées, rien n'était |)ayé 70,000,000 00

3** Sur ces 70 millions de francs, couraient en vertu de la Convention de Berlin du 5 novembre 1808, des intérêts à k p. 0/0, soit pour

un an 2,800,000 oœ

ToTAi 96,977,594 fr. 27

La Prusse demandait à la France de lui faire remise d'une partie de cette dette.

Prévoyant un refus, voici les propositions singulières qu'elle soumettait :

Tout d'abord, elle demandait à acheter au roi de Saxe, moyennant 18 millions, les créances prussiennes que Napoléon avait cédées à ce prince pour ce même prix par la Convention de Bayonne Mais, comme Napoléon avait déjà reçu de la Saxe le prix de la cession, il ferait remise à la Prusse de 17,600,000 francs sur la contribution Le profit de la Prusse, sur ce premier point, était considérable; il était réalisé à la fois sur le roi de

I Le prix de vente indiqué dans la Convention de Bayonne du 10 mai 1808 est de 20 millions (art. k). Pour la clarté de Texposé, je laisse néanmoins subsister le chiffre de 18 millions , figurant comme hypothétique dans le projet du gouvernexnent prussien.

Le texte de la note porte 17,600,000 francs; mais je crois qu'il y a une erreur et qu'il faut lire 18 millions*

L'EMPRUNT

Saxe et sur l'empereur des Français. Sur le roi de Saxe, la Prusse gagnait la différence entre la valeur réelle des créances évaluée à plus de /io millions et le prix (|u'elle les aurait payées, soit 18 millions; elle se serait donc assuré un bénéfice de plus de 32 millions. Sur Napoléon, elle aurait gagné 17,600,000 francs, montant de la somme dont elle lui demandait purement et simplement Tabandon. En d'autres termes, elle serait rentrée en possession de ses Uo millions de créances, en donnant 18 millions au roi de Saxe et en recevant de Napoléon une réduction de dette de 1-7,500,000 francs, cVst-à-dire (ju'à très peu près, elle les aurait recouvrées pour rien.

Ija Prusse demandait, en second lieu, qu'on défalquât encore de sa dette 9, 5 00,0 00 francs pour une cause mentionnée ainsi dans le mémoire ^^L- «Elle (c'est-à-dire S. M. l'Empereur) permettrait, de même, de passer en décompte de notre arriéré, les créances des instituts et particuliers prussiens à la charge du gouvernement français, telles que, par exemple, celle de l'administration des bois de construction à la charge de la Marine française, montant à 1 ,348,33o francs, créance que S. M. l'Empereur a déjà reconnue. ?5 II s'agit ici de créances litigieuses, parmi lesquelles il faut certainement ranger celles qui firent l'objet des traites protestées à Paris en mai et en juin i8o(j^^ . Je n'ai pas trouvé la preuve qu'aucune de ces créances (mi été reconnue valable par l'Administration française.

Conveiilion du jo mai 1808, article U : aLes créances que S. M. rEmpereur et Roi s'est réservées par le traité de Dresde du lia juillet, ceHes qui sont présentement connues (lesquelles, suivant Tétat qui sera remis par l'Intendant général de l'armée et des pays conquis aux commissaires de S. M. ie Roi de Saxe, montent à A3,666,aao fr. 5i de capital, plus 6 millions de francs pour les intérêts arriérés et échus depuis la conquête) et celles qu'on pourrait ultérieurement découvrir, sont cédées. . . w Voir sur cette évaluation, pages i5sî et 1 53.

Je crois qu'il y a erreur dans la copie remise à Saint-Marsan et qu'il faut lire i,5oo,ooo francs.

W Voir page aai.

D'AMSTERDAM

Le gouvernement prussien demandait, en outre, à Napoléon, d'intervenir auprès du roi de Hollande pour qu'il autorisât l'emprunt conclu par Niebulir, le produit, évalué h ùo millions de francs, devant en être intégralement versé à la France.

Si ces trois conditions étaient réalisées, c'est-à-dire si Napoléon admettait l'opération sur les créances prussiennes; s'il acceptait la compensation des 2, 5 00,000 francs de créances sur la France avec une fraction égale de la dette de la Prusse; si l'emprunt produisait Uo millions, il ne serait plus dû que 37,/177,59/i fr. 27. Par de petits emprunts en Prusse, on se procurerait, sans aucun doute, ly^^vy^Sg/i fr. 27, dont 10 millions payables en six ou huit semaines, moitié à Paris, moitié à Magdebourg. Quant aux 20 millions n^stanls, la Prusse en payerait l'intérêt à 5 p. 0/0, soit un million par an , jus(|u'au remboursement du capital, lequel serait garanti par des hypothèques prises sur des domaines dans la Marche.

Afin de diminuer encore les charges de la Prusse, la France restituerait les trois forteresses de l'Oder.

Quelle que fût la décision de l'Empereur sur l'ensemble de ce plan, le gouvernement prussien se flattait que Napoléon accepterait au moins les chnw premières déductions proposées s'élevant à 20 millions. Df^ sorte ([ue, l'emprunt étant supposé réalisé et versé, la Prusse ne deviviit plus, en chiffres ronds, que 87 millions ^1785000 francs dont elle s'acquitterait en trois ans.

En somme, la Prusse cherchait à obtenir directement de Napoléon ce qu'elle avait obtenu, à Erfurt, par l'intermédiaire d'Alexandre P% c'est-à-dire des délais et une nouvelle réduction de 20 millions. Elle espérait, par surcroît, dégager les forteresses de l'Oder de l'occupation française.

Brockhausen, avant d'exposer cette combinaison à CJiampagny, avait pris quelques précautions et sondé le terrain sur lequel il

Voir la note 3 de la page 302.

L'EMPRUNT

allait opérer. 11 avait été redire au Ministre des Relations extérieures que la cour de Prusse tenait beaucoup à ce que l'Empereur fît lever piar le roi de Saxe le séquestre des créances dans le duché de Varsovie ; puis, quelques jours après, il lui avait annoncé que Tafliaire de Temprunt était définitivement conclue, réserve faite de Tautorisation du roi de Hollande, insistant d'ailleurs pour que l'emprunt fût exempté du droit du timbre ou tout au moins n'ac([uittât que l'impôt auquel étaient habituellement assujettis les^^mprunts étrangers Ces travaux d'approche étaient inutiles, tout autant (jue ceux que l'on fit à Berlin autour de Saint-Marsan. Etaient de même superflus les propos bienveillants envers la Prusse que l'Empereur de Russie et Romanzoff lenaiettt à ce moment à Caulaincourt^'^^ Avec la défaite de TAutriche , en effet, avait fini le temps des promesses et des atermoiements; il n'était plus nécéssaire à Napoléon de se montrer extrêmement coulant et doux^ envers la Prusse, ni de lui laisser croire qu'il était sa et dupe il pouvait donc, après avoir pris connaissance des propositions nouvelles du Cabinet prussien, en prononcer sans hésiter le rejet et écrire à Champagny : ^11 faut expédier un courrier à Berlin pour prescrire au comte de Saint-Marsan de faire les démarches les plus sérieuses : i*" pour se refuser à toutes les demandes faites pour le duché de Varsovie; s*' pour prescrire la rentrée des contributions. Il fera sentir que mes troupes vont pas-* ser le Rhin ; que je serai obligé de les faire marcher du côté de Magdebourg; que cela me coûtera de très fortes dépenses; qu'il faut marcher de bonne foi et remplir religieusement ses obligations. Vous écrirez la même chose à M. de Brockhausen; vous lui ferez sentir que ses dernières propositions sont inadmissibles et ridicules; que, quand on a de l'argent pour fciire des camps et lever des

Brockhausen à Champagny, i5 novembre i8og.

Brockhausen à Champagny, 3Q novembre 1809.

Brockhausen à Champagny, 99 novembre 1809.

Cauiaincourt à Champagny, i5 novembre 1809.

D'AMSTERDAM. 255

dix k douze mille chevaux, on doit en avoir pour payer ses dettes»

Six semaines plus tard i\apoléon écrira d'une manière plus laconi(|ue et plus pressante : Ecrivez tous les jours a Berlin pour avoir des nouvelles des contributions. Faites sentir (pie je suis obligé de laisser 5o,ooo hommes en Allemagne; que les troupes qui se dirigent sur iMagd(»bourg , Halle, etc. rentreraient en France, ce qui serait préférable, si la Prusse me payait ^^^7?.

Huit jours après, il prend un ton encore plus vif; il dicte une note que Saint-Marsan remettra au Cabinet de Berlin et dans laquelle, comme conclusion, il enjoint à son Ministre de déclarer que si la Prusse ne peut payer, elle n'a (|u'à lui céder* la souveraineté de Glogau et d'iuie partie de la Silésie^^^

Cette note irritée ne fut pas envoyée telle quelle a Berlin : le baron de Krusemarck venait, en effet, de remettre à Champagny encore un nouveau plan de payement qui semblait révéler un peu moins de mauvaise volonté ^^^^ On Texamina.

Pour acquitter la dette de la Prusse, réduite, par suite de ses divers payements, à 91,800,000 francs, Krusemarck offrait : t** 5,000,000 de francs en lettres de change, dont le payement a échéance était garanti par un emprunt forcé qui allait être levé dans le royaume; 2** le produit net de l'emprunt de Hollande, évalué maintenant à 38 millions; 3"" des obligations de fOst-Frise, souscrites au profit de la Bancjue de Prusse : i,85o,ooo francs; à"" une créance de 1,110,000 francs du Seehandlung sur le royaume de Hollande; S"" une créance de i,3oo,ooo francs de la Société du Commerce des bois de construction sur TAdminis-

Napoléon à Champagny (i3 décembre 1809). Champagny exécuta dès ie lendemain Tordre donné par Napoléon, et Saint-Marsan remit, le 32 décembre, à Goltz une note rejetant purement et simplement le plan du 18 novembre. Napoléon à Champagny, 26 janvier 1810.

^■^) Napoléon à Champagny, 6 février 1810.

(i) Krusemarck à Champagny, 5 février iHio.

L^EMPRliNT

tration de la Marine française; G'' çrune rente sur des domaines, représentant un capital âe 'jo millions».

Ces éléments de payement formaient un total de 67,260,000 francs.

Quant aux si miUions restant, la Prusse en payerait les intérêts, comptant bien d'ailleurs que la France, un jour, renoncerait au capital.

Lorsque Napoléon coimut ces propositions, il adressa à Cliampagny les instructions suivantes qu'il convient de citer entièrement , si longues qu'elles soient. On remar(|uera que Napoléon n'ordonne plus à Champagny ni à Saiïit-Marsaï) de demander y?«r écrit Glogau et une portion de la Silésie, faute de pavement. Il les invite seulement à demaiider verbalement une province, sans la dénommer.

P^nis , 1 3 février 1810.

Monsieur le duc de Cadore, expédiez iiii coiujier à Berlin, qui sera j)orteiu- d'une lettre au comte de Saint-Marsan , par laquelle vous le cliargei cz de remettre la lettre ci-jointe, qu'il est nécessaire de revoir et de corriger. On propose dans cette noie de céder (ilogau et une partie de la Silésie. Vous effacerez cela et vous donnerez comme instruction au comte de Saint- Marsan de dire, en remettant la note, que, si Ton ne peut pas payer, on n'a qu'à nous céder une province. U est nécessaire de répondre à M. de Krusemarck; vous le ferez dans les termes suivants, et vous me remettrez la rédaction de cette noie : rrQue vous avez mis sous mes yeux sa note du 5 févriei-; que, puisqu'il le veut, il faut parler clair; que sa Majesté vous charge de lui répondre que le roi de Prusse a pris un engagement qu'il doit tenir; que. depuis que nous avons évacué la Prusse, on n'a rien payé; que vingt-deux millions de lettres de change qui avaient été tirées ont été j)rotestées, dès qu'on a vu l'Empereur engagé avec l'Autriche; qu'on a foimé des corps, levé des chevaux, formé des cam[)s et qu'on entretient un état militaire évidemment inutile; qu'il est hors de doute que depuis quinze mois, la Prusse aurait pu payer quatre millions par mois, ce qui fait soixante millions qui auraient payé la moitié de la créance ; que Sa Majesté n'entend faire aucun traité éventuel, ni entrer dans aucune discussion contentieuse ; qu'elle demande cpie la Pi usse allecte au payement de sa dette : 1° quatre millions par mois à dater du 1" janvier 1810, ce qui fera cette année qua-

D AMSTERDAM

rante-huit millions dans lesquels seraient compris les vingt-deux millions de lettres de change protestées depuis le renouvellement des hostilités avec l'Autriche; 2° l'emprunt de Hollande, montant à trente-luiit millions, si toutefois cet empnuit réussit; que, quant aux difTérentes prétentions sur rOst-Frise et sur la Société maritime a la cliai*ge de la Hollande, sur la Société de commerce des bois de construction , Sa Majesté ne voit qu'avec peine des propositions aussi inacceptaldes ; que la Société du commei'ce des hois et constructions était une administration prussienne; que les armées françaises s'en sont emparées pendant la guerre, et qu'il n'y a aucune raison de revenir là-dessus; que, (pu\nt à l'Ost-Frise et à la Société maritinïe à la charge de la Hollande, c'est à la Prusse à réclamer directement; que, si entîn en Prusse on ne veut point prench e <le mesures con>enal)les et si Ton veut se jouer des traités comme on s'est joué du traité de Vienne, fait avec le comte de Haugvvitz, et si l'on croit que, selon la coutume du cabinet (h; Berlin, on peut manquer aux engagements quand on les a signés, nous êtes itérativement chargé de déclaier que je ne saurais y consentir; que, n\i lieu de faire repasser mes troupes île ce côté du Hbin, je suis obligé dr les tenir à Magdebourg et même d'en renvoyer sur l'Oder: que cet étal dr choses est très coûteux pour la Fiance; qu'enfin ceux qui clans le ccuiseil traitent cela de plaisanteries et de chimères se persuadent bien f[ue jamais engagement pris avec l'Empeieui* n'a été violé, et que tout peut arriver hormis qu'il soit le jouet de quelques intrigants,

En remettant cette note à M. de Krusemarck, vous lui ferez connaître verbalement que, si la Prusse ne peut pas enfin nous payei*, elle n'a cpi'à nous céder une i>rovince.

Cette lettre est datée du 1 y février.

La note dont Napoléon ordonnait Tenvol à Saint-Marsan et à Krusemarck, ([uoique prête le lendemain, ne fût expédiée que le â2. Entre temps, Cbampagny, qui voulait sans doute cjue la Cour de Berlin fût informée des vues de TEmpereiir par Krusemarck, et non par Saint-Marsan, en faisait part, dès le i5, au Ministre de Prusse. Celui-ci naturelIemcMit avertit tout de suite le Cabinet de Berlin, et c'est par cette voie, c est-à-dire la voie prussienne , c|ue le Ministre de France connut les intentions de TEmpcreur. C'était à un bal donné le 28 fév rier par la princesse d'Orange,

L'EMPRUNT

sœur de Frédénc-GuillfUniie; Saint-Marsan venait de danser avec la Reine de Prusse une polonaise, durant laquelle celle-ci, profitant du tete-à-tête, lui avait dit que les alarmes que lui causaient les dernières nouvelles de Paris au sujet des contributions étaient telles, que si rëti(juett(» ne Teut pas obligée à être présente au bal, elle nV lût certainement point venue. Saint-Marsan ignorait a quel événement nouveau faisait allusion sa royale danseuse et était un peu gêné par la conversation qu'elle voulait engager dans un lieu si peu propice aux confidences diplomatiques.

La polonaise achevée, il aperçut Goltz et lui demanda d(» quoi il s'agissait. Goltz. assez ému lui-même, répondit que, dans une conversation privée, Champagny venait de suggérer à Krusemarck que, si la Prusse était dans l'impossibilité d'acquitter sa dette, elle n'avait qu'à s(» libérer en cédant la Silésie^^L

Saint-Marsan ne reçut que huit jours après 1<» bal, la note française destinée au Gouvernement prussien.

Elle causa à la Cour une émotion indescriptible; on crut que Napoléon était résolu à démembrer la Prusse. Ce ((ui donnait une base à cette opinion, c'est que la note arrivait a un moment ou la Prusse offrait des preuves certaines de bonne volonté et même de bonne grâce.

Les payements effectués par la Pi'usse depuis l'ouverture des hostilités entre la France et l'Autriche avaient été, en effet, extrêmem(Mît faibles; au lieu de h millions chaque mois, elle avait versé seulement :

En mai 1809 379,689 fr.

En juin 1809 455,907

En juillet 1809 Néant

En août 1809 683,294

En septembre 1809 • • • • 182,625

-*Napuleoû à CbaiDpa^y, o mar^ 1810.

D'AMSTERDAM

Les payements furent un peu pius élevés, quand rAutriclie eût déposé ies armes. Ils s élevèrent

En octobre 1809 à 7it>,325 Ir.

En novembre 1809 à 668, io3

En décembre 1809 à 767,93/1

Mais les notitications impérieuses laites à la lin de 1809 (*t au commencement de 1810 ont leur effet : eu janvier 1810, la Prusse verse 853, 39^ francs; le 5 février, Rrusc^marck annonce qu'elle va lever un emprunt forcé qui produira 5 millions; le 37 de ce même mois, la Gazette de Berlin |)ul)li(» Tédit (jui Tordonne; comme des arrangements avec les hancjuiers et les gens d'affaires ont été pris en hâte avant cette publication , les pay ements pour février s'élèvent au cliiffre relativement considérable de 6,139,619 francs.

Tout en versant de Targentà la France, la Cour de Prusse donnait des manjues particulières de courtoisie à son ministre. L^^ i3 février, fait sans précédent, paraît-il, dans les aiuiales de la cour, une entrevue sans témoins fut ménagée au Palais royal, entre le Roi de Prusse et le ministre d'une puissance étrangère. Ce ministre était Saint- Marsan ; Frédéric- Guillaume causa familièrement avec lui et comme dans l'intimité. Il parla de la détresse de la Prusse, de sa bonne volonté; il se plaignit de la médiocrité de ses ministres, et fit allusion au retour d'Hard<*nbr»rg au pouvoir; il suggéra même ([ue celui-ci pourrait aller à Paris, en simple voyageur; l'Empereur jugerait s'il lui convenait de le recevoir; et s'il le recevait, peut-être reviendrait-il des préjugés qu'il avait eus autrefois contre lui, etc.

La Reine de Prusse de son côté estimait le moment propice pour elle d'intervenir et écrivit elle-même à Napoléon { '20 février 1810). Elle se confondit en plaintes sur la" situation de la monarcbie, insistant sur l'impossibilité de faire face aux exigences pécuniaires de la FrtUice : Lii somme des contributions payée jusqu'à présent,

UEMPRUNT

dit-elle, y a fait disparaître le numéraire, et si autrefois la Prusse retirait (juelque numéraire de l'étranger par l'exportation de ses denrées et le produit de ses fabriques, Tétat actuel du commerce sur ie continent en ôte maintenant la ressource Puis, elle conclut : ^^11 y a deu\ moyens de soidager ces maux : le premier, c'est une idée qui n'appartient qu'à moi, mais qui serait, si elle avait l'approbation de Votre Majesté, le plus grand bienfait qu'Elle pourrait nous accorder : c'est si Elle voulait peut-être nous faire jouir du même a\antage qu Elle a accordé, à ce qu'on dit, à la ville de Dantzig et se contenter à ne retirer pendant dix ans, que les intérêts de toute la somme que la Prusse a encore à payer; ou le second moyen serait de nous accorder des prolongations de terme pour le payements

C'est dans ces jours d'accalmie (|u'éclata la nouvelle (jue Napoléon avait l'intention d'enlever la Silésie à la Prusse.

Les ministres en délibérèrent, et, le i mars, tous signèrent un avis dans lequel ils priaient le Roi d'entrer en négociation en vue de la cession»

Pareille proposition avait été suggérée, autrefois, quand Steiu était au pouvoir, par son ami Schôn, membre de la Commission immédiate. C'était vers la fin de 1807, au lendemain du jour où le Roi avait accepté que la dette de la Prussf» fut arrêtée à i54,5oo,ooo francs; des payements effectués depuis cette date l'avaient abaissée à 1 1 o millions environ ; mais Scbon croyait que le pays se soulèverait contre la dynastie régnante plutôt que de supporter les lourdes impositions que l'accjuittement de cette somme lui ferait subir. Aussi, pour prévenir ce danger, émit-il, au sein de la Conmiission , l'avis d'offrir à Napoléon une partie de la Haute- Silésie et la partie de Magdebourg située sur la rive droite de l'Elbe, moyennant la remise du reliquat de la dette. C'était une

Les mois en italiques sont soulignés dans ia lettre de la reine.

D'AMSTERDAM

opinion bien hardie, et (jui fut vivement combattue. H faut din» aussi que, dans les dernières semaines de 1807, le point principal du litige entre Napoléon et la Prusse était la cession de 5o millions de domaines, à laquelle Frédéri( -GuillaunK» ne» voulait pas consentir. Ce que Scbôn proposait donc, en somme, c'était de céder des habitants pour conser ver qu(dques terres. Sa suggestion fut rejetée et Ton est étonné que deux ans et demi plus tard, dans des circonstances qui, certes, n'étaient pas plus critiques que celles de 1807, elle ait été accueillie par l'unanimité des Ministres de Prusse. Quel fait extraordinaire les poussa à cet acte désespéré? Je ne crois pas qu'une explication satisfaisante en ait été donnée. — Quel qu'il ait été, devant la proposition de ses ministres, le Roi se raidit. Il ordonna au Conseil de rassembler tout le numéraire qu'on pourrait trouver en Prusse et de le verser sans délai dans les caisses impériales; puis, il déclara qu'avant ainsi fait tout ce (ju'il pouvait faire, il attendrait avec résignation c(» (ju'il plairait à Napoléon de décider; que, quant à lui, il ne proposerait jamais de céder un morceau du sol de la monarchie» ^^K

La suggestion relativ^^ à la Silésie — qui était un mod<» de payement en nature — étant ainsi écartée, il restait encore h répondre à la Note impressionnante de Saint-Marsan. Goltz le fit le 3 1 mars. Il protesta d'abord çtà la face du Cielw que la Prusse avait payé tout ce qu'elle pouvait; puis, il énuméra les versements effectués jusqu'alors tant à Paris qu'à Magdebourg, formant un total de 33,5oo,i58 francs; il conclut en demandant i^'que Napoléon acceptât ([ue lo produit de l'emprunt qu'on venait

Le refus du Roi n'était pas, semble-l-il, dicté uniquement par des raisons de sentiment et de dignité. Frédéric-Guillaume croyait, en effet, qu'avanl que Napoléon eût passé de la simple suggestion verbale à une demande écrite, et de la demande écrite à l'exécution, il se serait procuré les fonds nécessaires à l'acquittement des termes exigibles de la coniribution , gràre à une combinaison financière dont le prince de Witlgenstein était le promoteur. La combinaison reposait sur 'a création d'une banque, qui serait constituée avec un capital considérable et qui aurait été chargée de liquider le solde de la contribution. Ce projet ne fut jamais réalisé.

262 L'EMPRUNT

d'ouvrir f:n Hollande lui fût transféré, la Prusse prenant à sa charge rintérét sur les souscriptions, Ic^squelles ne devaient être libérées que dans l'espace de dix-huit mois, soit 38, 000,000 francs; fi" qu'un délai de quatorze mois fut donné pour acquitter le solder de la dette (/i8,5oo,ooo francs); 3° que Glogau fut restitué à la Prusse, plus de la moitié de la contribution étant acquittée par l(^s versements faits et le transfert de l'emprunt.

Cette proposition reposait comme tant d'autres sur le succès de l'emprunt de Hollande. Or, à ce moment, on en parlait sans grande confiance; à Berlin, la cession de la Sih'^sie, connue assez vite du public, faisait mauvais effet, et, à Amsterdam, où le bruit courait que la Prusse allait être complètement démembrée, les capitalist(*s. malgré l'appid des ban(|ui(M's , gardaient leur argent

lie 5 févier 1810, Napoléon donna l'ordre au comte Defermon de porter dans les écritures du Domaine extraordinaire, dont il était l'Intendant général, une somme de i5 millions à recevoir de la Prusse sur les fonds de son emprunt d'Amsterdam.

Cet emprunt, décidé deux ans et demi plus tôt, allait donc enfin être offert au public, et sans doute rempli avec (empressement, puisque l'Empereur en inscrivait d'avance le produit dans ses comptes.

Nous avons vu les obstacles que, jusqu'au traité de Vienne, le Roi de Prusse avait rencontrés en Hollande pour faire autoriser son emprunt. La paix faite, il semblait que cette autorisation dût être rapidement obtenue. Il n'en fut pas tout à fait ainsi. Le Roi de Prusse donne bien au commencement de novembre son approbation au projet que Niebuhr a élaboré avec la maison Uberfeld et

'^^ En avril, la Prusse ne paya que 1,9^8,860 francs en huit acomptes.

D'AMSTERDAM

Serrurier et , à la Un du même mois, Champagny, confirmant à La Rochefoucauld ses ordres antérieurs, Tinvite bien à <^agir, même avec instance et sans retard, pour que le consentement du Roi soit donné w ; mais quand les instructions de Champagny parviennent à La Haye, le Roi vient d'en partir. Le i^*" décembre, en effet, le roi Louis arrive humblement à Paris pour défendre sa politique et son trône. wSi , de ee fait, La Rochefoucauld se trouve dessaisi de l'affaire, Cluunpagny va pouvoir la régler luimême sans nouveau délai. Ce ne sera pas très difficile. Dans la fâcheuse position où se trouve le roi de Holhmde, que peut-il refuser à l'Empereur ? Le 3i décembre, Champagny écrit à Roell, le ministre des Affaires étrangères de Hollande, qui accompagne son souverain , que Tautorisation de l'emprunt serait chose agréable à TEmpereur. N'ayant pas de réponse {o 5 janvier, il réclame sans beaucoup de ménagement à Ver Huell, le ministre de Hollande à Paris, le décret qui doit l'accorder. Ce même jour, il est signé.

Restait une autre approbation à obtenir : celle du prospectus d'émission. La banque Uberfeld et Serrurier l'avait envoyé au Roi Louis; mais celui-ci Tavait transmis à son Ministre des Finances et ne voulait pas prendre de décision sans avoir son avis sous les yeux. H fallait donc attendre encore. Mais Valcknaer, toujours empressé, prie Knobelsdorff et La Rochefoucauld de ne rien négliger pour que le rapport du Ministre soit rapidement envoyé au Roi^^^, et, le i^'^ mars, le prospectus de l'emprunt est approuvé et publié , la souscription est ouverte.

Le montant nominal de l'emprunt était de 3-^ millions de flo-

Saînt-Marsan à Champagny, ai novembre 1809; Brockhaiisen à Champagny, 93 novembre 1809.

Champagny à La Rochefoucauld, 97 novembre 1809. — Dans ceUe ieUre, Champagny ht allusion à la demande qu'avait faite la Prusse d'être exonérée, pour son emprunt, rren tout ou en partie?? des droits de timbre; mais il invitait La Rochefoucauld à n'appuyer cette demande que verbalement et avec discrétion.

Valckenaer à La Rochefoucauld et à Knobelsdorff, 9 février 1810; La Rochefoucauld à Appelius, 10 février 1810.

L'EMPRUNT

rins, soit C}'j ,9.00^000 fnuics^'^; il devait produire un intérêt aniuiel de 5 p. 0/0 et è\vo amorti, par fractions inégales, en rin(piante ans.

11 était divisé en ol)ligations d'iuK» valeur nominale de 1 ,000 florins, soit de 9,100 francs. Pour uih» obligation, les souscripteurs devaient verser :

1" (»n numéraire, 6^5 florins;

9*" une obligation de Silésie, qui était acceptée pour 3^5 florins.

L'emprunt paraissait donc émis au pair. Eîi réalité, il était loin dVn être ainsi. En efl*et, les obligations de Silésie ne valaient pour ainsi dire rien. (les obligations avaient été négociées en Hollande eu lySi et années suivantes par les Etats du ducbé de Silésie, dont l'empereur Charles VI d'Autriche était le suzerain. On sait (pi'a la mort de celui-ci, Frédéric II s'empara du duché; mais, comme il n'en assuma pas les dettes, il v avait, en 1810, prés de soixante-dix ans cpif» le service des intérêts et de Tamortissement était en souffrance Lorsque la Prusse voulut émettre son emprunt, le Roi de Hollande tint à ce qu'elle dédommageât, dans cette opération, les porteurs qu'elle avait frustrés; la Prusse, de son côté, comprit que. pour trouver df*s prêteurs nouveaux,

Je rappelle que le florin hollandais est compté pour 2 fr. 1 o. ^-^ D'après les principes actuels du droit des gens, la Prusse, en annexant le duché de Silésie. aurait du prendre en charge les dettes qu'il avait contractées. Frédéric II ni ses successeurs ne le firent. A Amsterdam on continuait pourtant d'espérer qu'un jour viendrait où la monarchie des Brandel)ourg reconnaîtrait cette vieille dette et s'en acquitterait , au moins partiellement. En attendant qu'il vînt, les ohligations silésiennes étaient matière à spéculation. On peut en juger par cet extrait d'une lettre adressée, le là octobre 1801 , par Valckenaer qui était un manieur d'argent à Fr. van Leijden van Westbarendrecht : w, . . A propos, ditesmoi si vous avez des obligations sur la Silésie, et si vous voudriez y spéculer un peu; il y a quelque raison de croire qu'on pourrait peut-être payer une partie de la somme pour 0[ range] « la Prusse avec ces eflets, qui se sont vendus depuis

D'AMSTERDAM

il fallait d*abord désintéresser les anciens, et <41e admit que les titres de Silésie seraient acceptés dans la souscription pour 876 florins, c'est-à-dire pour leur valeur nominale ( i5o florins), majorée de trente années d'intérêts à 5 p. 0/0.

Cette décision comme, les obligations de Silésie, qui se vendaient sur le marché A ou 5 florins, auraient du s(» rapprocher du cours de 870 florins. Elle ne dépassèrent guère celui de 2 5. La raison de cette singularité est que le crédit de la Prusse était tel à cette époque qu'elle ne pouvait guère emprunter à moins de 8 p. 0/0 or; elle ne promettait pour le numéraire et les obligations qui lui seraient versés (jue 5 p. 0/0. H en résulta que ce fut sur la valeur des obligations que pesa la différence entre l'intérêt de l'emprunt et celui ([ue valait alors le crédit de la Prusse. Les particuliers donnèrent donc pour une obligation de Prusse, 6^5 florins en numéraire et un titre de Silésir^ qu'ils se procurèrent pour ?î0 ou 9 5 florins, c'est-à-dire qu'ime obligation uouvelle leur coûta environ 65 o florins. Comme un intérêt de 5o florins leur était promis, ils faisaient un placement de 7,70 p. 0/0 environ. La position de la Prusse était un peu différente. Pour inie obligation qu'elle donnait, elle recevait 6^5 florins et un titre à annuler; la charge d'intérêt qu'elle assumait était donc de 8 p. 0/0; par suite, son emprunt n'était pas émis au pair, mais à 6q,5o p. 0/0. Il est vrai que. grâce à ce mode de libération, la Prusse pouvait

longtemps à 10 ou la p. 0/0 -, il y a cinquante-quatre années d'intérêts échus; de sorte que chaque obligation de f. 1 ,000 a f. 9,000 en intérêts arriérés à prétendre Mais quand même on les tiendrait quittes des intérêts et les recevrait seulement à 5o p. 0/0 en payement, il y a beaucoup de marge du prix de la place à 5o, et si l'affaire ne se réalise pas, on ne peut pas perdre beaucoup?). (J. A. Sil- LEM, Het leven van Mr. Johan Valckenaer, Amsterdam, t. II, annexe n° 9/1.)

Je crois qu'il y a ici une faute d'impression dans les chiffres : cinquante-quatre années à 5o florins par an donnent 3,700 florins et non 9,000 (intérêts simples). A intérêts composés, le résultat du calcul serait 18,986 florins. Les 9,000 florins auxquels fait allusion Valckenaer correspondent presque exactement à l'intérêt composé produit par 1,000 florins en quarante-cinq ans (8,986 florins).

L'EMPRUNT

se dire fjuitte envers les porteurs des obligations rie Silésie, sans leur avoir, pour ainsi dire, rien donné.

La souscription, (jui d(nait durer trois mois, du i^"" mars au 3t mai, n'eut pas, les premiers jours, le succès (ju'on espérait. Pour IVxpliquer, on disait que des bruits malveillants avaient été répandus sur la solvabilité ou l'existence même de la Prusse; on répétait qu'en conséqu(Mice du mariage de Napoléon avec une archiduchesse, hi Prusse serait obligée d(* rendre la Silésie à l'Autriche, etc.. . . Valckenaer recueillait toutes ces rumeurs et en faisait part à La Rochefoucauld. Au bout de quelques jours (6 mars) il déchu'a nettement au ministre de France (jue , pour assurer la réussite de l'emprunt, il était nécessaire qu'une déclaration officielle repoussât ces calomnies et surtout que Napoléon donnât l'assurance et que, dans aucun cas, les hypothèques, données en gage par le Gouvernement prussien pour la sûreté des prêteurs n'éprouveraient aucune atteinte de la part de la France La Rochefoucauld se borna à répondre que son rôle était terminé depuis que le roi de Hollande avait autorisé l'émission; que, si la Cour de Prusse voulait plus, elle n'avait qu'à s'adresser à l'Empereur par l'intermédiaire de ses agents diplomatiques

Ce que la Prusse voulait en réalité — et c'est ce C{u'elle ffiisait insinuer en termes quelcjue peu sybillins par Valckenaer — c'était (jue Napoléon la dégageât de l'obligation de fournir le gage qu'elle avait promis par la Convention du 5 novemj^re i8o8, c'est-à-dire les 70,000,000 de francs de lettres foncières , afin qu'elle pût affecter ces titres à la sûreté de l'emprunt en souscription. En d'autres termes , elle voulait que ce qui était la garantie de Napoléon devînt la garantie des souscripteurs hollandais.

Valckenaer à La Rochefoucauld, 6 mars 1810.

La Rochefoucauld à Valckenaer, 7 mars 1810.

(^^) Sur la Convention de Berlin du 5 novembre 1808 et les livraisons de titres à faire à la France, voir pages 20/i et suivantes.

D'AMSTERDAM. 2G7

Les banquiers d'Amsterdam tenaient , pour des raisons évidentes, à avoir ces titres en nantissement. Mais la Prusse pouvaitelle en disposer librement? Certes, non. Nous avons vu, en effet, que la livraison en avait été promise à la France dans un délai expiré depuis le 5 mai 1809 et que des obligations souscrites par des Etats provinciaux avaient garanti (pu» Ci^tte livraison serait effectuée à l'épocpie convenue. Pour donner satisfaction aux banquiers d'Amsterdam, il fallait donc que la France non seulement autorisât l'affectation des lettres foncières à la sûreté de Temprunt, mais encore restituât à la Prusse les ()l)ligations des Etats qui lui garantissaient la remise des lettres. Kn d'autres termes, il fallait que les lettres foncières qui étaient à Berlin fussent envoyées à Amsterdam et que les obligations d(^s Etats retournassent en Prusse.

Comme l'autorisation d'emprunter avait été obtenue par la Prusse grâce a INapoléon, on ne douta point à B(»rlin qu(^ celui-ci ne consentît à la demande des souscripteiu's bollandais et, au commencement de février, Goltz put annoncer a Saint-Marsan que les lettres foncières venaient de partir pour Amsterdam Quant aux obligations des Etats provinciaux, l'emprunt était ouvert depuis une semaine quand Krusemarck les demanda à Champagny Napoléon , qui croyait que l'émission d'Amsterdam lui rapporterait des fonds, en autorisa en principe la restitution, — mais seulement jusqu'à concurrence des sommes provenant de l'emprunt, qui seraient mises à la disposition de la France. C'était la réserve, ou plutôt la restriction (jue Champagny avait indiquée à Brockhausen comme nécessaire, quand celui-ci avait, l'année précédente, demandé que les lettres foncières fussent données en nantissement aux emprunteurs Le caissier du Domaine extraordinaire, de la Bouillerie, envoya à La Rochefoucauld deux obli-

Goltz à Saint-Marsan, 9 février 1810.

Krusemarck à Champagny, ^ mars tSio.

30 avril 1809, cf. page 919.

268 L'EMPRUNT

gâtions do la Marche Électorale, valant ^g, 600,000 francs, et une dePoméranie, valant 19,000,000 de francs, soit un total de /il, 600, 000 francs, sensiblement égal au montant de iVmprunt, calculé d'après le prix d'émission. Ces titres parvinrent à La Rochefoucauld le 5 avril

Lettres foncières et obligations des Etats se trouvant maintenant h Amsterdam, les titres mis en souscription sont vraim(*nt garantis par des documents hypothécaires Mais cela n'amène guère les capitalistes à souscrire. Pour les y inciter, le Minitre des Finances de Prusse, Altenstein, lance, le ih avril, une déclaration rappelant aux porteurs d'obligations silésiennes que, s'ils ne souscrivent pas h l'emprunt dans le délai fixé, ils seront déchus de tous droits à Tégard de la couronne Mais cet avertissement soleiuiel demeure aussi sans effet.

A la vérité, dans le public, on n'était pas très désireux de devenir créancier de la Prusse, tant que Napoléon le serait. On craignait, en effet, que l'Empereur ne voulut (juelque jour réaliser h» gage commun à lui et aux souscripteurs de l'emprunt, c'est-à-dir(» les lettres foncières, et comme sa créance personn(»He était importante, il était à redouter, si cette hypothèse se réalisait, que les

(^hampagny à La Rochefoucauld, 6 avrii 1810; La Rochefoucauld à Ghampa. gny, 6 avril 1810.

Le montant nominal de Temprunt était 67,-^00,000 francs; le prix d^émission ëtant 62,50 p. 100, les souscripteurs avaient à verser en numéraire ^49. millions de francs.

Dans une lettre adressée à La Rochefoucauld , le 7 avril , la banque Uberfeld et Serrurier, allant plus loin, demanda que rrrilluslre arbitre du repos et des destinées de l'Europe» daignât accorder sa garantie à l'emprunt et aux hypothèques que la Prusse avait données en nantissement; mais Ghampagny déclara netlement que l'Empereur ne pouvait pousser la complaisance jusqu'à se porter caution de la Prusse (Ghampagny à La Rochefoucauld, î2o avril 1810). Valckenaer fît bien aussi allusion à une çfgarantie quelconque?» qui pourrait être donnée à l'emprunt (note de Valckenaer à La Rochefoucauld, '^3 avril 1810), mais il s'aperçut vite qu'il n'y avait pas lieu d'insister.

Le Journal politique de Leyde publia le texte de cette déclaration dans son supplément du i**^ mai 1810.

D AMSTERDAM

porteurs dv Temprunt prussien ne fussejit lésés sérieusement. C'est pour calmer celte appréhension que Valckenaer sollicita, le 6 mars, la déclaration officielle ([ue, quoiqu'il advînt, la France ne se prévaudrait d'aucun droit sur les titres hypothécaires doiniés en nantissement aux prel(*urs par le gouvernement prussien. La banque Uberfeld et Serrurier fît la même demande le 7 avril; Valckenaer renouvela la sienne le â3. A Paris, on ne fit pas mauvais accueil à ces demandes. Deux lettres que Napoléon signa à cette époque (2/1 avril), à la veille» d'un voyage de quelques semaines dans les Flandres, témoignent bien des sentiments qu'il éprouvait à Tégard de la Prusse et laissent prévoir la décision qu'il prit.

Dans Tune, il ordonne de rappeder à son Ministre à La Haye rintérêt très vif (ju'il prend au succès de l'emprunt. Ses instructions sont doiHiées dans des termes im peu obscurs qu'il faut citer : r^Jemandez au sieur de La Rochefoucauld, écrivit-il à Champagfjy, une analyse de l'emprunt ih' la Prusse et faites-lui connaître (ju'il doit l'encourager de tous ses moyens; que même*, s'il le faut, il peut promettre mie garantie de ma part, dans le cas où il arriverait des événements supérieurs n la Prusse^ (^1 (pi'il peut faire mettre dans les journaux du pays tout ce qui peut favoriser l'emprunt de la Prusse. Je n'entendrais pas m'engager à payer l'intérêt, si la Prusse tardait à le payer, mais je m'engagerais volontiers à l'assurer contre tout événement de force majeure, n Mais quels étaient donc ces événements supérieurs h la Prusse, ces événements de force majeure ? C'était évidemment une guerre contre la Russie ou contre TAutriche, dans laquelle la Prusse, entraînée malgré elle, unirait ses forces a celles de la France. Dans une circonstance aussi exceptionnell(3, Napoléon voulait bien assurer le service d'un emprutit contracté par un allié, (jui combattait avec lui; mais il n'entendait point en être garant, si cet allié restait étranger à la lutte.

Dans Tautre lettre, l'Empereur exposait à Champagny son point de vue sur ses relations avec la Prusse. Il venait de lire un rapport de Goltz, où il avait vu que la Prusse lui devait encore

86,5oo,ooo francs et coiuine il calculait (|iic l'ciiiprunl d(3 Hollande lui rapporterait 38 millions net, il estimait que la Prusse pouvait s'acquitter du solde, soit /i8,5oo,ooo francs, en versant mensuellement 5 millions pendant neuf ou dix mois : «Un arrangement de cette espèce pourrait avoir lieu , écrivait-il , et la Prusse serait libérées. Puis, il continuait : et Mais je ne me déferai d'aucune forteresse que lorsque, sur les 86 millions, j'en aurai au moins 5o dans les mains. En économisant et en licenciant ses troupes, la Prusse arriverai ce résultai. Je désire beaucoup que vous parveniez à faire avec M. de Kalckreuth ou avec M. de Krusemarck une convention dans cv sens et prendre des mesures pour favoristn- Tc^mprunt d(î Hollande.?? Il y avait ([uelque candeur de la part de Napoléon à croire que la Prussi» , (|ui iie payait pas les U millions qu'elle devait, allait s'engager à en payer 5. S'il avait le pouvoir d'obtenir cet engagement, c'était se flatter étrangement (jue d'imaginer (pTil serait exécuté.

Quoi qu'il en soit, le temps pressait et la souscription était bien lente. La Hocliefoucauld, n'ayant pas d'instructions particulières sur la réponse h faire à Valckenaer, eii demande à Champagny; mais, sans les attendre, il rédige, de concert avec les banquiers cbargés de l'émission, le projet d'une lettre publique à adresser au ministre de Pruss(\ Napoléon corrige d<' sa main ce projet et 1(» divise en d(»ux : Tun, (jui sera uik* lettre adressée à l'agent diplomati(|ue de Prusse, sera destiné à rassurer le public sur les destinées politiqu(*s de la monarcbi(» des Hohenzollern ; l'autre sera une déclaration rcdative a la sécurité des bypotlièques. Le i5 mai, projets de lettre et de déclaration sont signés. La déclaration est ainsi conçue : L'Ambassadeur de Sa Majesté l'Empereur et Roi, soussigné, garantit, au nom de S. M. L et R. les hypothèques foncières qui sont données à la Prusse en nantissement de Temprujjt jiégocié par cette puissance en Hollande et déclare qu'il ny sera jamais porté aucune atteinte. Cette déclaration devra être jointe aux actes de Temprunt. »

D'AMSTERDAM

La lettre et la déclaration fiircMil insérées dans la presse. Le Journal politique de Lejicle ies pnblia dans son supplément du a a mai^^^ L'effet n'en pouvait êtn* bien grand. Si la lettre témoignait de la bienveillance delà France envers la Piusse et pouvait, par suite, avoir une certaine signification politicjue , la déclaration, financièrement, n'avait aucune valeur. En réalité, Temprunt n'était pas garanti par TEnipereur, celui-ci n'était pas et n'avait pas voulu en être caution en dépit du texte de la déclaration, (jui est très défectueux, la France ne garantissait pas les lettres foncières; elle s'engageait seulement à ne pas porter atteint<» à celles (jui seraient doiniées en gage de l'emprunt , ce qui est tout différent.

Les bancpiierset les capitalistes d'Amsterdam discernèrent ndtem«Mit toutes ces nuanc(*s juridicpies. La conséquence en fut (|U(3 la bausse, sur laquelle on comptait, ne se produisit pas et que les souscriptions ne furent pas plus actives. Hope re\pli(|ua à Mollien : «Comme on avait annoncé de la part (bi (jouvernement français une garantie positive, é(|uiNal(»nte à unr obligation personnelle, et telle que l'Angleterre la donne» [)()ur les einprujils d'Auti*iche faits à Londres il paraît (|ue cette nouvelle assurance (la lettre et la déclaration) n'a pro(biit aucune sensation sur les prix, qui restent lesm6m*»s, ni sur la demanda (|ui n'cMi paraît pas beaucoup

Quelcjues phrases du début de la lettre ont été supprimées dans le journal. Cliarapaguy à La liochefoucauld , 20 avril 1810.

Les emprunts d'Autriche auxcjuels fait allusion Hope sont : 1" un emprunt de 3,000,000 1. st. élevé ensuite à ^,6îU),ooo 1. st. émis à Londres par FAutrirhe, par rinterm"diaire de la maison de bamjue Hoyd, Bentield and C", et qui fut garanti par l'Angleterre en conséquence d'une convention du h mai 1795, approuvée par acte du î2 2 juin 1796 (35 Geo., 3 c. 93); 2° un emprunt de conversion de 1,620,000 l.st., garanti par rAnglelerre en vertu d'une convention du liy mai 1797, approuvée par acte du 25 mai 1797 (^7 ^» ^- ^9)-

L'Autriche cessa de payer les intérêts du premier emprunt le 3o avril 1797, et ne paya jamais ceux du second. L'Angleterre, étant caution, les acquitla. Les comptes, nés entre les deux Etats de cette garantie, ne furent réglés qu'en 1823. L'Autriclic se libéra par un payement forfaitaire de 2,5oo,ooo 1. st.; TAngleterre perdit dans Topération 1 3,^159,445 L st. '

L'EMPRUNT

plus animée » Le Roi de Hollande lui-même avait trouve que ces documents n'étaient pas ass(»z nets et avait hésité à en permettre la publication; il avait même laissé entendre, paraît-il, qu'il obtiendrait d<» TEmpereur rum décret de garantie qui serait déposé à la Banque C'était une illusion singulière. Jamais Napoléon n'aurait avalisé la signatin*e delà Prusse; il savait ce que cette garantie lui aurait coûté.

La conséquence de toutes ces tergiversations et de ces apparences de garantie fut que, à la fin de mai, la maison Uberfeld et Serrurier dut faire annoncer par les journaux qu'elle était autorisée par les Rois de Prusse et de Hollande à prolonger d'un mois la souscription; la raison donnée était (pie ^rla garantie (pi'il a plu graci(»usement à Sa Majesté impériale et Roi de France <M d'Italie d'accorder aux hypothècpies de l'emprunt prussien n'a pu être (pie très récemment publiée w

Tandis qu'en Hollande, ban(piiers et capitalistes lisent froidement, et peut-êtn» un \vni distraitf^ment, dans les gazettes, l'avertissement d'Altenstein aux porteurs d'obligations de Silésie, la lettre du plénipotentiaire de France sur la cordialité des relations entre l'Enqiire (»t la Prusse, la déclaration sur les titres hypothécaires affectés a la sùi-eté de l'emprimt , et l'ajournement au i**" juillet de la cl(jture de l'émission, il se passe, dans un mystère profond, tout près d'eux, à An\ers et a Brux(dles, un fait dont la nouvelle les eût singulièrement étonnés : Napoléon vient de donner au Ministère du Trésor l'ordre de souscrire à l'emprunt.

C'est le 3 mai, la veille du jour où Maret a donné à La Roche-

Hope à Moilion, jy mai 1810. Il convient de dire que Hope se demandait si i'ajounniment au 3o juin de la clôture de l'emprunt n influait pas aussi sur ta cote et sur la demande des titres, les capitalistes attendant généralement le dernier moment pour prendre une détermination.

La Rochefoucauld à Champagny, *2 0 mai 1810.

W Journal politique de Leyde, -29 mai 1810.

D'AMSTERDAM

foucauid les dernières instructions de TEmpereur sur la lettre à écrire à KnobelsdorfF et sur la déclaration publique à faire sur les hypothèques. L'Empereur vient d'arriver à \nv(*rs; il y a trouvé unr lettre de son frère le Roi de Hollande (jui lui r*xpose ainsi ]rs conditions de Tc^raprunt :

Haarlem, 39 avril 1810.

rrSire, la Prusse a <lans ce |)ays des obligations sur la Silésie |)oni- la valeur lie 4,800,000 florins de capital. Ltîs intérêts n'ayant jamais été payes |)ar la Prusse depuis soixante-dix ans à peu près, ce qui est dû pour cet objet se monte à 19 millions de florins. La Prusse s'est engagée à recevoir des isi millions dans la négociation de 3îi qu'elle vient d'ouvrir à 5 p. 0/0, ce qui revient à peu |jiès à 8 p. 0/0 des 20 millions ([u'elle recevra en argent, du moins pour les premières années; car cet emprimt se remboursant cUa<|iie année successivement, l'intérêt à payer diminue en propoilion.

rr Quant aux progrès de cet emprunt, ils sont foj t lents. On n'a souscrit encore que pour 9,117,000 florins, ce qui fiiit à peu près 4,*JOO,ooo fianes, sur lesquels il n'y aui a en numéraire que deux millions tournois i/â , le l este devant consister en obligations silésiennes. Mais quoi qu'il y ait plus de deux millions de florins d'inscrits , comme on ne vei*se l'argent que successivement, on m a rendu compte qu'il n'y a aujourd'hui ({ue 700,000 francs en numéraii e à la <lisposition de la Prusse.

ffj'ai dit à V. M., et je dois le lui renouveler aujourd'hui, le seul moyen de faire marcher cette aff^aire serait <|ue V. M. voulût en faiie publier l'acte authentique et en donner l'expédition poui- ^U e cléposé avec les autres titi es de la négociation. Voilà, Sire, tout ce que je puis répondre au\ demandes de V. M. I. De mon côté, je fais tous les efforts possibles, puisque je sens combien V. M. est intéressée à la réussite de cet em[)runt. Je me hâte de faire repartir le courrier de V. M. 1. avec ma réponse.^

Cette lettre est de la même main de Louis, une main infirme et lasse, qui souffrait trop pour exprimer nettement la pensée du cerveau malade qui la dirigeait. Le début en est assez obscur. Si on en comble les lacunes , voici comment on peut la traduire : Dans l'emprunt qu'elle ouvre, la Prusse accepte de recevoir en payement les anciennes obligations delà Silésie autrichienne; elle les prend pour leur capital qui est de 800, 000 florins et pour

L'EMPRUNT

trente ans d'intérêts, soit, à raison de 2 4 0,000 florins d'intérêts par an, 7,300,000 florins, formant un total de 12 millions. Le reste, c'est-à-dire 20 millions de florins sur 82, doit être souscrit en numéraire. Comme les obligations prussiennes rapportent 5 p. 0/0 sur la valeur nominale de IVmprunt qui est de 82 millions on aura pour 20 millons de florins, 1,600,000 florins d'intérêts, soit 8 p. 0/0 du numéraire versé.

Napoléon, (jui savait, par ailleurs, que l'emprunt était coté 65 p. 0/0 sur le marché d'Amsterdam, comprit que, pour 65 francs, on avait 8 francs d'intérêt , et en déduisit qu'acheter des obligations de Prusse, c'était faire un placement à 1 1 p. 0/0 (en réalité, c'était même plus de 12 p. 0/0). Séduit par ce taux exceptionnellement avantageux, (*tcrovantau succès de l'opération, il demanda au Roi de Hollande de lui envoyer, tous les quinze jours, un bulletin qui le tint instruit de la marche de l'afl^aire, rrcar, dit-il, je voudrais fort être payé de ce que me doit la Prusse, pour retirer mes troupes d'Allemagne et les faire venir à Boulogne puis, le même jour, il écrivit à Mollien :

fr Je vous envoie une lettre du Roi de Hollande qui vous fera connaître ce que c'est que rempi unt de Pj usse. U paraîtiait après cela que, étant au paii*, le taux de cet em|)runt est 8 p. 0/0 et, comme il se vend à 65 francs, il s'ensuit qu'il est à 1 i p. 0/0. Poui- ne pas mettre de retardement dans cette opération , voici ce que j'ai résolu de faire : Je veux placer 1 o millions de francs dans cet emprunt aux conditions : 1 " que mon argent me rende au moins 1 o p. 0/0 ; (pie la négociation soit tellement secrète que personne ne puisse se douter (|ue j'ai de l'argent dans l'emprunt. Pour que personne ne soit dans le secret, il faut faire avancer d'abord par la Caisse de service, en faisant toutefois en sorte que je ne perde rien, puisque vous savez que cet argent doit me revenir. La Prusse calcule que 38 millions doivent m'être payés de cet emprunt. Là-dessus, j'aurai mis 10 millions, qui me rendront 1 million de rente. Mettez la plus gi ande activité dans celte affaire , et terminez-la promptement. H ne doit pas vous échapper que, indépendamment

Napoléon â Louis, Roi dû Hoilaride, 3 mai 1810.

D AMSTEUDAM.

(les 11 p. o/o,je dois faire un autre |)rofil, qui est celui-ci : Les payements n'ont lieu que successivement; il faut proposer de faire les [)ayements de suite, et alors je gagnerai encore Tintéiét; ce qui équivaut donc à ruie honniî commission de prolit. Il vous reste h voir comment vous devez vous y prendre pour employer vos fonds. ^

Par 1(» J)iUet adressé à Louis, on \oit avec quelle atteiilioii Napoléon entendait surveiller la marche des souscriptions. Par Tordre d'achat donné à Mollien, on voit (|uel intérêt passionné il prenait à faire de ses fonds un placement fructueux.

Mollien s'empressa d'envoyer à Napoléon un assez long rapport sur la valeur financière de l'opération et sur les procédés à employer pour n^ffectuer dans les conditions prescrites, (lo mai i8jo.) MoUien im calcula ainsi les prolits: h* prix d'achat étant de 65 p. loo de la valeur nominale, avec lo millions de francs, on pourrait a\oir un capital nominal de i5 millions environ, produisant un intérêt annuel, à 5 p. lOO, de ^50,000 francs; c'était donc un placement i»n ^ i/ii p. o/o. D'autre part, en payant lO millions, des titres qui, en oo ans, seraient remboursés i5 millions, on s'assurerait sur le capital un bénéfice de 5 millions, ([ui, réparti sur tout(^ la période d'amortissement, assurerait un profit supplémentaire annuel fort appréciable.

Malgré ces avantages, MoI11<mi déclarait nettement que, dans l'état ou étaient les finances de la Prusse, l'opération ne paraissait pas ce un placement très digne de recherche?? et que le peu d'empressement des prêteurs hollandais s'expliquait fort aisément.

Quant à la procédin'e à suivre pom^ faire réussir l'opération, voici ce que conseillait Mollien.

On a remarqué (jue la première condition que Napoléon mettait a sa souscription était ([u'elle fût absolument secrète. C'était la moins aisée à réaliser.

Le secret, en matière d'achats de fonds d'Etat, était chez Napoléon, une règle absolue. 11 en avait recommandé l'observation expresse en 1807, quand il avait souscrit à l'emprunt de Naples,

L'EMPRUNT

en i8o8^'\ (|iiand il avait pris à son compte tout Temprunl d'Espagne il deAait encore la recommander en 1811, en faisant acheter pour lui des titres du duché de Varsovie

Le motif principal qu'avait Napoléon de cacher ses souscriptions à des emprunts émis par des Etats vassaux comme les royaumes de Naples et d'Espagne et le duché de Varsovie est évident : il craignait de ne pas être remboursé par des débiteurs de cette qualité. Quand il fit prêter a 5 millions par la Caisse d'amortissement à Joseph, deveim roi d'Espagne, il recommanda à Mollien de se servir d'un intermédiaire : tII faut, lui écrivit-il, que le sieur Baguenault (c'était un grand banquier) intervienne; car, si l'Espagne croit n'avoir affaire qu'à moi, elle ne se pressera pas pour rembourser^'*^??. En somme, Napoléon se cachait pour prêter, dans la crainte i^ur quelque intérêt politique ou de sentimeiit ne le gênât, pour exiger son dû, à riieure convenue. La précaution n'était point superflue vis-à-vis de souverains parents ou alliés; elle l'était encore moins vis-à-vis de la Prusse qu'il ne haïssait point, quoi que prétendent les historiens allemands , mais à l'égard de laquelle il nourrissait une méfiance tenace, qu'elle prenait, d'ailleurs, par ses procédés, le soin d'entretenir sans répit.

Napoléon avait une autre raison de laisser ignorer ses achats.

Prenait-il seul la totalité d'un emprunt, tout en faisant croire que les acheteurs étaient nombreux, il renforçait le crédit de l'emprunteur ou même le créait. En janvier 1808, il écrivait à propos d'un emprunt que projetait le nouveau royaume de Naples : «Je désire tenir cette opération secrète. . . pour que le trésor de Naples y gag^e du crédit, qu'il n'aurait pas si l'on savait que c'est moi qui fais les fonds Souscrivait-il une partie d'un em-

Napoléon à Mollien, 17 décembre 1807; Mollien à Napoléon, 10 janvier 1808. Napoléon à Mollien, lO juillet 1808.

Napoléon à Mollien , 1 9 mai 1 8 1 1 ; Mollien à Napoléon , -jg mai et oct. 1811. Napoléon a Mollien, 16 juillet 1808.

Napoléon à Mollien, janvier 1808. Celle lettre, qui esl fort curieuse, n'a pas élé envoyée.

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prunt, il facliitait le placement du reste; en elFet, en grossissant le montant des achats, il faisait croire au public que le nombre des souscripteurs augmentait, et, par là, excitait les capitalistes à souscrire. GVst certainement avec cet espoir que JNapol^^on s'était décidé à prendre secrètement le quart environ de l'emprunt de Prusse.

La comptabilité des administrations impériales était tenue d'une manière si correcte qu'il n'était pas aisé de dissimuler l'opération prescrite* par l'Empereur; il v avait même quel(|ue difliculté à la conclure daiis le m>stèn* auquel Napoléon tenait tant. VOici ce que proposa MoUien.

D'abord, en ce (jui concerne l'intermédiaire. Ne pouvant se servir (l'un agent de Paris, dont la seub* présence à Amsterdam eut décelé sa mission , Mollien conseilla de s'adresser à la maison Hope. Si discrets que pussent être les personnages placés à sa tête, il parut sage de les induire un pc'u en (M^reur par de fausses confidences. Pour expliquer les ordres d'achat qu'on leur donnerait, il fut entendu qu'on leur dirait (jue la Caisse de service, c'est-à-dire le Trésor impérial, souscrivait pour le compte de capitalistes français et on leur recommanderait en même temps de déclarer (ju'ils opéraient pour le compte de capitalistes allemands et hollandais. Pour détourner les soupçons et ne pas faire hausser les cours, la Caisse de service donnerait de temps en temps à la maison Hope l'ordre d'acheter i ,000 à 1 ,5 00 titres (il en fallait environ 7,600), cette banque ayant soin d'exécuter ces ordres en les répartissant sur plusieurs semaines.

Dans les bureaux du Ministère du Trésor, toutes les précautions seraient prises pour que personne ne sût rien de l'affaire, excepté le Ministre et le Chef du bureau général.

L'ingéniosité de Mollien avait ainsi tout prévu pour réaliser la volonté impériale. Mais la droiture de son jugement l'obligea à donner à son rapport cette conclusion d'ensemble : «L'emprunt ainsi analysé semblerait offrir peu d'attraits pour un placement de

L'EMPRUNT

dix juiHions, si c(* placement ne devait pas lui-même garantir le succès de l'emprunt, dont Teflet sera de faire verser 38 millions à la Caisse du Domaine extraordinaire; et cette circonstance peut être d'un plus liaut intérêt que l'intérêt même de l'emprunt avec toutes ses chances, v

Ce qui avait déterminé Napoléon à acheter des titres de l'emprunt, c'avait été Tidée d(* faire un placement avantageux (i i p. o/o et mêmr» i fi o/o d'intérêt, non compris une forte prime d'amortissement) et aussi Tespoir que de gros achats inciteraient les capitalistes hollandais à souscrire. Mais le rapport très étudié de Mollien présenta l'opération comme un assez médiocre placement de fonds, et, à Anvers, TEmpereur apprit le faihle succès de l'emprunt ; doutant alors cjue les importantes souscriptions qu'il venait d'ordonner en entraînassent d'autres, il réduisit son ordre d'achat dans ime proportion énorme et de Laeken il écrivit à Mollien : et II n'y a point de ditli(*ulté à ce que vous preniez les mesures convenahles, soit en employant la maison Hope. comme vous le projetez, soit en prenant un autre intermédiaire, poiu* placer d'abord 1 million dans renq)runt de Prusse. Vous me rendrez compte de ce que cela produira, et je vous autoriserai alors à aller outre ^*^r Molli(Mi obéit iuunédiatement ; le mai, il donna l'ordre à la maison Hope de souscrire 200 obligations te au nom et pour le compte de capitalistes français, qui ont des fonds à la Caisse de Service?? et d'en acheter cent autres sur le marché, à 65 p. 100 au maximum; Mollien envoyait, en même temps, comme acompte, ane lettre de change de 3 0.0 00 francs sur la maison Dull et fils. Pour dissimuler l'importance de l'opération, Hope souscrivit 100 obligations le 27 mai; puis, 100 autres quelques jours plus tard; en même temps, il en faisait acheter 100 sur le marché

Napoléon à MoHien, i5 mai 1810.

A ceUe date (û^j mai), les obligations étaient cotées sur le marché 6^,5 p. 100 (Hope à Moliien, 97 mai 1810).

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et 11 continua ainsi , jusqu'à ce qu'il lut en possession de 700 obligations; le prix total atteignit 989,03 1 fr. 67.

L'opération n'était faite ni pour la Caisse de Service, ni pour des particuliers, comme on l'avait dit a Hope, mais au profit du Trésor du Domaine extraordinaire. Comme cet établissement avait été alimenté et était encore pourvu de fonds provenant des contributions de Prusse, IMollien a pu écrire dans ses Mémoires (jue l'achat des obligations « faisait remonter ces fonds vers leur source A la vérité, considérée dans son ensemble et seulement du point de vue financier, fopération était vraiment singulière : en souscrivant, Napoléon prétait à la Prusse des fonds qu'elle lui avait versés, — et cela, afin que la Prusse fût en état de les lui rembourser.

Napoléon ne fit pas d'autres achats. Bien mieux, au bout de ([uelques mois , il donna l'ordre à MoHien de vendre les obligations qu'il venait d'acquérir.

Le Ministre du Trésor ne chercha pas à les écouler sur le marché. Il fit venir Valckenaer. Celui-ci était installé à Paris, depuis quelques semaines, comme agent financier de la cour de Prusse, (ioltz l'avait, en effet, accrédité auprès de Champagny quelques jours après la rentrée de Hardenberg au pouvoir '2) jVJoHien lui demanda de reprendre les obligations que la France avait achetées. Valckenaer dut être fort perplexe : d'une part, il ne pouvait douter que cette opération , qui aurait pour résultat de faire décaisser près d'un million de francs par la Prusse, serait vue dlin très mau-

Comte Mollien, Mémoires d'un Ministre du Trésm^ jmblic (édition de 1898, t. II, p. 579.)

(^'^ Goitz à Champagny, 19 juin 1810. La lollrc débute ainsi : crM. le Duc, Le roi ayant à cœur d'arranger le plus tôt possible tout ce qui concerne la remise de notre emprunt en Hollande, en déduction de la contribution due à la France, Sa Majesté a pris le parti d'engager M. de Valckenaer, chargé de la négociation de cet emprunt, à se rendre lui-même à Paris, pour traiter et convenir avec les personnes qui y seront nommées de la part de S. M. I. et R. de cet objet et généralement de ceux qui resteraient à régler encore, par rapport aux obligations pécuniaires de la Prusse. Elle vient de le munir pour cet effet des pouvoirs nécessaires et c'est d'après ses ordres, etc...??

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vais œil à Berlin; d'autre part, Mollien se montrait pressant; il voulait une réponse clans les vingt-quatre heures, et une réponse favorable; il faisait entrevoir aussi que, si l'opération se concluait, Napoléon en saurait gré au gouvernement prussien. Cet arrangement, tout politique qu'il parut, avait une grande importance pécuniaire pour Valckenaer. En voici la raison. Dans les instructions que lui avait données la cour de» Prusse, il avait été spécifié qu'il aurait droit h une commission égale à i o p. o/o de la diminution qu'il obtiendrait sur la contribution Or, à cette époque, cjuand on parlait de la bienveillance de l'Empereur envers la Prusse, cbacun pensait à un allégement de sa contribution, et l'on peut être certain qu'au moment où le ministn» du Trésor dit à Valckenaer que Napoléon serait très bien disposé pour le gouvernement prussien, s'il repn^nait les sept cents obligations, le Hollandais calcula le courtage énorme qu'il recueillerait prochainement, quand l'Empereur ferait sentir l'effet de sa bienveillance envers la Prusse en lui accordant remise d'une partie de sa dette.

Valckenaer consulta Krusemarck : celui-ci étant d'avis d'accepter, la rétrocession fui immédiatement conclue; mais elle ne porta que siu' obligations (septembre 1810).

V Berlin, on fut très mécontent de cette transaction. Niebuhr, qui était toujours chargé de suivre l'émission de l'emprunt, le déclara sans ambage à Valckenaer. Il lui dit que ses pouvoirs ne lui permettaient pas de faire de semblables opérations, (ju'il aurait dû demander des instructions spéciales avant d'imposer au gouvernement prussien un sacrifice si lourd et si imprévu; qu'en tout cas, il aurait dû faire comprendre les obligations restituées dans Topération Gollineau Niebubr ajoutait que les banquiers d'Amster-

Os mêmes instructions portaient, en outre, que si Valckenaer rrréussissait à obtenir que les termes mensuels fussent à deux millions (au lieu de quatre), il acquerrait de nouveaux droits à notre bienveillance dont nous nous ferions un devoir sacré de lui donner les preuves les plus éclatantes.

Cette opération, sur laquelle je n'ai point de détails, avait presque sûrement pour objet d'introduire sur la place de Paris des titres de l'emprunt.

D'AMSTERDAM

dam ne recevraient pas, pour ces obligations, la commission promise

Valckenaer répondit à Niebuhr par uik^ longue et ferme apologie de sa conduite Il soutint cjue les instructions données par la Cour de Prusse (art. 8) lui permettaient de faire ce qu'il avait fait; que c'était parce qu'il avait cédé au désir de Napoléon que, d(»puis quelques semaines, celui-ci insistait à peine sur le paiement de la contribution; que Mollien aAait cru imprudent, sinon impossible, de lier la restitution des titres à l'affaire Collineau; puis, Valckenaer rappelait à Niebuhr sa position à Paris : Daignez ajouter à cela que ce terrain n'est pas un terrain pour négocier, et, bien moins, poia- risqu<»r un refus; toute négociation de la France est une espèce de loi ([u'elb^ impose; lA i^st Telfet dt* cette incontestable supériorité qu'elle a acquise sur tout le continent. J'ai entendu dire, ici, plus d'une fois, à un Ministre étranger, (jui y réside, de la part d'une des principales puissances de l'AUc^magne : «Toutes les fois que la France a demandé quelque chose à ma cour, et qu'on ^a voulu négocier là-dessus de notre côté, il (*st arrivé qu'au bout du compte il a fallu , à la fin , céd(»r non seulement, mais accorder davantage que ce que la France avait demandé dans le principe. Valckenaer terminait sa lettre en protestant contre l'intention qu'avait Niebuhr de priver les banquiers des commissions auxquelles ils avaient incontestablement droit.

Le blâme tardif de Niebuhr et la défense de Valckenaer ne pouvaient influer sur l'exécution de l'arrangement. Les 5 y 5 obligations furent donc rendues à la Prusse qui eut à payer 775,528 fr. 5o.

J'ignore ce qu'il advint des i35 autres. Je sais seulement qu'assez longtemps après, le a novembre 1811, Napoléon examinant la balance du Trésor, lut en face d'une somme de 1 63,5 o 3 fr. 17 ces trois mots : Hope , opération particulière . Il demanda des éclaircissements à Mollien. Celui-ci lui rappela l'opération secrète faite ,

Niebuhr à Valckenaer, novembre 1810.

(^) Valckenaer à Niebuhr, 7 décembre 1810.

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