‹ Napoléon Ier créancier de la PrusseChapitre 9 sur 34 · L'EMPRUNT D'AMSTERDAM · texte numérisé non relu

L'EMPRUNT D'AMSTERDAM

rrLe premier acte de bonne foi que (toit l'aire la Prusse est de les (les lettres de change qu'elle a souscrites ) acquitler, et si ce gouvernement veut luettre de Tordre et de Técononiie dans les finances. . . , il trouvera dans les revenus des ressources sutUsanles pour se liquider prompteiuent ; on ne peut donc considérer Ja proposition du ministre prussien... que comme un relus de payer de la part de son gouvernement et Tintention de gagner du temps dans Tespoir peut-être de se soustraire un jour à ses engagements.^

(Baron de la Bonillerie , à Cliauipagny, i3 îaiivier 1810 [sous ta dictée de Napoléon]).

Nous avons vu que la convention de Paris avait implicitement annulé toutes les créances et dettes que la France et la Prusse avaient Tune sur Tautre et que, faisant table rase du passé, elle avait donné à Napoléon créance nouvelle de i/io millions,

abaissée à i 90, à Erfurt.

La convention de Berlin éteignit, à son tour, cette nouvelle créance. Elle constata, en effet, en termes exprès, non seulement que la Prusse venait de verser à la France les lao millions dus, mais encore qu'ct au moyen de la remise des cinquante millions cidessus en lettres de change et soixante-div millions en promesses de lettres foncières, les obligations contractées par Sa Majesté Prussienne par l'article premier du traité du 8 septembre dm'nier se trouvent remplies ??.

Convention de Berlin du 5 novembre 1808, art. 1, al. 6.

A j)artir du 5 novembre 1808, rien des discussions qui avaient duré plus d'un an ne semblait donc pouvoir renaître : la Prusse était redevenue, comme aux premiers jours qui suivirent la Convention de kônigsberg, un débiteur ordinaire et n'avait qu'à payer à la France, redevenue aussi un créancier ordinaire, ce. qu'elle devait, aux échéances convenues.

11 n'en fut l'ien : la Prusse reprit immédiatement ses controverses hostiles.

D'une part, en effet, aussitôt (jue le Roi connut le texte de la convention, il écrivit à Brockhausen pour se plaindre de tout ce quVdle contenait -^^ Dans sa lettre, il récriminait à propos des quatre millions ({u'il avait à payer chaque mois, contre les lenteurs de l'évacuation, au sujet des approvisionnements excessifs exigés dans les trois forteresses, à propos des postes de communication sur les routes, etc.. . Au milieu de ces plaintes, il faisait une recommandation toute particulière à son plénipotentiaire : c'était d'amener Napoléon à renoncer aux intérêts stipulés dans la convention D'autre part, au moment même où le Roi, à Kônigsberg, charge Brockhausen de porter ses doléances au cabinet de Paris, Voss, qui continue de présider a Berlin la commission des plénipotentiaires prussiens, remet à Daru quatre tableaux de réclamations^^^ : le premier concerne des créances d'étiiblissements divers (Société du commerce des bois de construction, Seehandlungs- Institut, Mines et usines, Administration des combustibles) : le total en est de îi3,âOi,323 fr. 18; le second se rapporte h '7,538,()3() fr. 89 d'indemnités dues, prétend-on, par les service^ militaires français pour réquisitions irrégulières; le troisième a trait aux appointements et pensions qui auraient dû être payés aux fonctionnaires ou anciens fonctionnaires prussiens, suivant

Frédéric-Guiilaume à Brockhausen, ih novembre i8a8. ^'^^ Cette réciamation était ia suite naturelle de la réserve inscrite dans l'article 1.

Voss a Daru, 35 novembre 1808»

DES PAYEMENTS, DE; L PRISSE. 211

un (lécrol impérial (lu lo novembre j8oU, lequel avait, r*n ellt^t», décide que, durant roccupation française, appointements et penisions seraient réguliérèitient acquittés : œtté réciajnation atteint i4,3ji,oc)7 ir. le quatrième et dernier tableau était celiii des fournitures faites à l'armée, en dehors de celles qui étaient dues en vertu de Tartirle 7 de la comention de kônigsberg; la valeur attribuée a ces fournitures s'élevmt à 7,6/17,269 fr. yo. S'il eût été fait droit à ces (piati*e séries d(3 réclamations, la dette dé la Prusse aurait été immédiatement diminuée de 52,708,3*^7 fr. 1 6.

Daru répondit brièvement à Voss que, depuis la convention du 8 septembre, il ne subsistait plus qu'une créance unicpieV celle de la France sur la Prusse, arrêtée iorlailairement à 1 /io nullionss, puis à i3o; que, dans ces conditions^ il ne croyait pas devoii' examiner les demandes nouvelles de là commission Voss insistaç Daru maintint fermement son point de vue, et, comme sa mission se terminait avec la signature de la convention de lierlin et *qu%î l'heqre de réyacualion soimait, il regagna Paris'. i

La conclusion à tirer des plaintes du roi de Prusse et dés récla^ motions de Voss , c'est que, dès que la convention du 5 novembre fut signée, on chercha aussi bien à Berlin qu'à Kônigsberg à remettre en ([uestion Ir^ règliuiient financier qu'elle consacrait. A la vérité, à cette heure, la cour de Prusse n'a pas plus rinlention d'exécuter la convention nouvelle qu'elle n'avait eu rviguèn^ l'injtention d'exécuter la convention de Kônigsberg ou celle de Pârife,

Ce môme mois, Stein et quelques-uns de ses amis quittent le pouvoir oii vont les remplàcer Dohna, Altenstein^ -etc. . . Ceux-ci auront, en matière dé payements, une politique différente de Stein. Avant tout, Stein voulait des délais, — afin sans doute d'avoir le loisir d'organiser une résistance active et passive aux exigences du créancier. Ses successeurs (il est vrai que la situation

Daru à Voss ,9 9 novembre 1 808. ' La démisiJmi <J<;linitive'de Stein est du *2/t noveriibre.:!

était changée) chercheront simplement des prétextes pour atermoyer.

Le conflit financier entre la France et la Prusse va donc continuer.

Ce qui donna à la Prussr» la hardiesse de l'engager, c'est que, pour défendr^^ ses intérêts auprès de Napoléon et contre lui, elle avait toujours a sa dévotion le grand avocat dont la reine Louise était toujours prête à exciter le zèle et (jui avait si bien servi la monarchie des Hohenzollern à Tilsit.

Nous avons m\ ([u'Alexandre avait rendu visite à la cour de kônigsberg en allant à Eri'urt; il y repassa un mois plus tard en regagnant ses Etats. A peine y était-il rentré qu'il recevait une lettre de la reine , qui lui disait son désir de le revoir. Alexandre comprit , et invita les souverains de Prusse a venir à Saint-Pétersbourg^^^. Ils acceptèrent avec empressement et annoncèrent leur arrivée pour le 5 ou 6 janvier^^^. Le prétexte du voyage était qu'ils tenaient à remercier en personne le tzar de ce qu'il avait fait pour eux et leur royaume.

Alexandre n'attendit pas leur venue pour s'occuper de leurs intérêts.

En effet, un soir, après dîner, le i 8 décembre, il entretint Caulaincourt des exigences inattendues de la France vis-à-vis de la monarchie prussienne et lui dit tous les sujets de plainte que Frédéric-Guillaume venait de faire connaître à Brockhausen. Le tzar, qui mit beaucoup de chaleur dans cette conversation, constata que Napoléon n'apportait point dans leurs relations la réciprocité (il aurait ajouté volontiers : ni la loyauté) dont il ne cessait de donner des témoignages : r Ma conduite envers l'Empereur, dit Alexandre, contraste trop avec celle qu'il tient envers moi dans les affaires de Prusse, pour que je ne le prie pas de le remarquer.

Aie:xandre V à Frédéric-Guillaume 111, a8 et 3o novembre 1808. Frédéric-Guillaume III à Alexandre I'"^, i5 et 16 décembre 180 8.

1! sentira, je IVspère, que j'ni droit d'attendre et de recevoir plus de réciprocité 7?.

Le Roi et la Reine arrivèrent à Saint-Pétersbourg le y janvier, A la frontière de Russie, ils trouvèrent de superbes fourrures envoyées par l'Empereur. Les appartements mis à leur disposition avaient été meublés a neuf; 5oo ouvriers, dit-on, y travaillèrent pendant plusieurs semaines, les boudoirs et cabinets de toilette réservés à la reine furent arrangés avec une grande recherche; elle y trouva une magnificpie toilette, douze rob(*s de chaque espèce, du meilleur goût et de U\ plus grande richesse, ainsi que les douze plus beaux châles (pi'on pût réunir. Les mauvais plaisants de la ville dirent que c'était l'espoir de recevoir ces cadeaux qui favaient déterminée avenir en Russie, et comme, aux fêt , elle parut avec beaucoup de diamants, ils remarquèrent malicieusement qu'on n'avait pas encore vendu tous les joyaux de la couronne de Prusse pour acquitter les contributions dues à la France

Le séjour des souverains de Prusse dépassa trois semaines durant lesquelles l'Empereur donna des fêtes magnifiques en leur honneur. 11 n'est pas douteux que la Reine Louise parla à Alexandre de la situation malheureuse de son pays et sollicita son aide. Dans le Journal de son voyage, qui est rédigé avec un laconisme extrême, elle fait quelques allusions au rôle politique qu'elle voulait jouer. Le i6 janvier : ^Je trouve beaucoup d'intérêt

Caulaincourt à Napoléon, 20 décembre 1808.

Nouvelles et On dit de Caulaincourt, 19 janvier 1809. Dans le journal de son voyage à Saint-Pétersbourg, la reine de Prusse fait allusion aux polisses et autres beaux cadeaux que l'Empereur de Russie lui offrit pendant son séjour.

La nouvelle de la fastueuse réception qu'Alexandre I*' préparait aux souverains de Prusse arriva vite en France, car, le 96 janvier (nouveau style), (^harles de Nesselrode, alors attaché à l'ambassade russe à Paris, écrivait à son pére : «Le nôtre (souverain), d'après les dernières nouvelles de Saint-Pétersbourg, s'occupe des fêtes pour les Majestés prussiennes. Les préparatifs ont coûté 9 millions de roubles. Elles logeront au Palais, dans les appartements du Grand-Duc Constantin, qui ont été meublés avec une munificence vraiment impériales. Lettres et fapier» du Comte Charles de Nesselrode , t. III, p. 197).

pour nous, pour notre sort??. Le ^3 janvier : ce Dîner chez nous, après avoir eu les visites des Impératrices^; longue conversation .politique avec la nière et iNLirie??. Le 3i janvier, jour du départ, ^ies larmes et des baisers,, la reine écrit : «C'était horrible, rErnperêur lie pouvait plus parler ; j(» pus encore dire : ^Je vous xc rf^cômmande ;uotre gort et 1(* bouheur de mes enfants, et toiit ce frqui m'ést cher; vous êtes notre appui ^^^"n

Quant aïi roi, dont le shako èt siirtout i<^s moustaches eurent , h la cour, un succès d'hilarité il ne semble pas avoir souvent •parlé des aftaires politiques avec Alexandre. La veille du départ ides souverains dé Prusse pour Memel , l'Empereur dit à Caulainîcoijirt : te Le roi et moi n'avons parlé politique que deux fois??. Ce qui est certciin, c'est qu'Alexandre fit à son hôte royal une recom- (inandation et une promesse': la recommandation, c'était de rester dans le ^livstème* dé la France, comme on disait alors — tout au

A p(»in(' de retour à Meni«'l , la i «M*no .Hlics^a à Alexandre cet étrange me^ssage iie tendresse et d'affaires :

I Memel , 9 février i'809.

Jamais je ne pourrai trouver des paroles qui expriment ce que je sens. Ma reconnaissance pour vos bontés, pour votre ami lié qui se multipliaient à chaque instant pendant notre heureux séjour chez vous, sera toujours un secret pour vous, si vous ne regardez à -mon cœur «pie vous connaissez depuis six ans et qui, vous savez, vous aime au delà de toute expression. Veuillez, cher- cousin, croire à ma tendre reconnaissance, sans beaucoup de paroles, et vous dire qu'elle ne prendra fin qu'avec ma vie. Je vous recommande encore les intérêts du roi , le bonheur futur de nies enfants et celui de toute la Prusse. Veuillez acquiescer aux idées du roi, relativement à la garantie des trois Etats de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse et que la convention signée vienne affermir l'existence de vos vrais amis de Berlin.

Adieu, mon cher cousin, je vous embrasse en idée et vous prie de croire que, pour la vie et la mort, je suis votre reconnaissante amie.

Page 1