‹ Napoléon Ier créancier de la PrusseChapitre 12 sur 34 · L'EXTINCTION DE LA DETTE · texte numérisé non relu

L'EXTINCTION DE LA DETTE

(3o mai 1 8 1 /i.)

ffJe crois ne pas devoir changer ma marche , quelle que soit ma répugnance contre ia duplicité qui y est attachée, mais qui malheureusement est inévitable avec un homme comme Napoléon et d'ailleurs est impérieusement exigée par la conservation de la Prusse.w

(Le roi de Prusse à rEni[»ereiir de Russie , à pro[)os de la conclusion

IM'ochaiiie d'une alliance entre la ^'rance et la Prusse, 16 juillet 181 1 .)

Le k juin 1810, le baron de Hardenberg redevient premier ministre de Prusse. Napoléon Tavait permis, çtSa Majesté, avait écrit Champagny à Saint-Marsan, vous laisse la faculté d'approuver la rentrée de M. le baron de Hardenberg au Ministère, si, après avoir mûrement examiné la position actuelle des choses, vous jugez que ia présence de ce ministre dans les conseils du roi puisse être utile aux intérêts de TEmpire ... 95 Saint-Marsan était naturellement invité à tenir au nouveau chancelier le langage ferme qu'il avait dû faire entendre au gouvernement précédent. Comme il convenait, Hardenberg, dans les trois jours de sa nomination, adressa à Napoléon une lettre toute pleine de remerciements et de promesses de fidélité

Champagny à Saint-Marsan, 18 mai 1810.

Hardenberg à Napoléon , 7 juin 1810.

LA CONVENTION BEGUELIN

En revenant aux affaires, Hardenberg apportait une réorganisation du système fiscal de la Prusse; il n \ a pas lieu de Texposer ici; il suffît de dire que les réformes quVUe renfermait furent assez fructueuses pour le Trésor.

Quant à sa politiqui» en ce qui concerne les payements à la Francis elle fut très différente de celle de ses prédécesseurs.

Le ministère* Dohna-Altenstein-Goltz , cpii avait pris le pouvoir à la chute de Stein (décembre 1808), n'avait eu, en effet, qu'une idée, qui était de paycM* le moins possible et le plus tard possible. Pendant longtemps, en t^ftet, il avait eu Tillusion que Napoléon serait prochainemejît battu par rAutriche, la Prusse et la Kussi(» coalisé(*s et ([u'il devrait renoncer à la vieille créance que les conventions de Kœnigsberg et de Paris avaient consolidée entre ses mains. On sait que rien ne se réalisa de ce rêve : TAutriche entra en guern* tardivement; la Prusse et la Russie restèrent simples spectatrices de la lutte; Napoléon fut victorieux, et, durant les dernières semaines de son existence, le ministère Dohna dut, sous la menace, faire à la France des versements assez importants.

Hardenberg se plaçait à un autre point de vue. Comme Stein , il voulait, avant tout, affranchir la Prusse d(» l'occupation française. Sans doute, Napoléon n'y détenait plus, que les trois forteresses de rOder, mais c'était assez pour montrer aux yeux de l'Europe l'espèce de vasselage dans lequel la Prusse était tombée. Et puis, l'entretien de ces garnisons était a la charge de la Prusse , et il entraînait, outre des frais considérables, des contestations irritantes qui se renouvelaient sans cesse. Enfin, la Russie, la seule puissance sur le concours de laquelle Hardenberg pût compter, désirait ardemment que les troupes françaises s'éloignassent de l'Oder le plus vite possible. Or, ce triple but pouvait être atteint d'un seul coup : il suffisait que la Prusse acquittât la contribution, ou, ce qui aurait le même eflet, que Napoléon acceptât comme argent comptant ce qui en paraîtrait l'équivalent.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

Faute de numéraire, Hardenberg offrit à Napoléon, pour libérer la Prusse, des titres, des matières premières ou des objets fabriqués. •

En fait de titres, il proposa soit successivement, soit simultanément, des titres de l'emprunt de Prusse, alors en cours d'émission à Amsterdam, des effets souscrits par une maison de banque française dont la Cour de Prusse se servait pour efl'ectuer ses payements, des cédules hypothécaires que devait créer une grande société internationale immobilière, etc., nous verrons que l'Empereur ne fit pas bon accueil à ces offres de libération en papier. Le chancelier de Prusse proposa aussi, en payement, des produits et matières premièn»s ([ue la Prusse avait en excès et dont la France pouvait avoir besoin. L'Empereur iw rejeta point cette sugg(*stion, mais il ne l'accepta défîniti>ement qu'après de longs délais, à l'heure qu'il avait choisie. Elle est devenue la base de la convention du 9 4 février 1812 qui fixa, pour la dernière fois, le mode de règlement de la contribution prussienne.

Comme il était naturel, Hardenberg chercha tout d'abord à amener Napoléon à prendre des litres de l'emprunt en souscription a Amsterdam. Pour réussir dans cette tâche difficile, il recourut aux bons offices de l'agent financier de la cour de Prusse en Hollande, Valckenaer. Celui-ci se rendit a Paris, où Goltz l'avait accrédité auprès du Ministre des relations extérieures Le 7 juillet, Valckenaer remit à Champagny un mémoire dans lequel il proposait que la France acceptât en payement de la contribution toutes les obligations de l'emprunt d'Amsterdam qui n'étaient pas encore souscrites. Il justifiait cette suggestion hardie en en faisant res-

Goltz accrédita Valckenaer auprès de Champagny par une lettre du 19 juin 1810. Cf. p. ^?79, note 2.

Valckenaer était chargé en même temps d'une toute autre mission : c'était de remettre à Champagny une lettre du malheureux roi do Hollande que Napoléon ne voulait plus voir et dont il refusait de lire la correspondance.

286 LA CONVENTION BEGLELIN

sortir ainsi les divers avantages : (fabord, on ponrrait annoncer la clôture de l'emprunt, ce qui relèverait le cours des titres et permettrait de les revendre avec bénéfice, — ensuite, le succès de cette première opération d(^ crédit permettrait d'en espérer et même d'en préparer d'autres; — d'ailleurs, si le gouvernement français avait besoin d'argent, il pourrait se faire consentir des avances de fonds, en donnant en garantie les titres prussiens, soit chez les baîK[uiers d'Amsterdam, soit à la Ban(|ue de France. Valckenaer terminait son mémoire en offrant ses bons offices personnels. Parlant de l'opération, il écrit : ç^On désirerait en être chargé, sans stipuler le moindre bénéfice pour cette commission, mais unic|U(*ment dans la vue de concilier les intérêts des souscripteurs actuels en Hollande avec le plus grand avantage du Gouvernement français et sous telle surveillance qu'il lui plairait d'établir, n

Le mémoire ne contenait que des considérations financières; celles de la lettre qui l'accompagnait étaient purement politiques : «Le vœu que je prends la liberté d'émettre, écrivait Valckenaer, est de voir anticiper, s'il était possible, l'évacuation des forteresses prussiennes sur l'Oder, occupées, en vertu des traités, jusqu'à ce jour, par des garnisons françaises . . . Mon vif désir de voir réussir l'emprunt est Tunique motif qui me fait hasarder cette idée, qui, d'ailleurs, est entièrement indépendante des considérations portées dans le mémoire ci-joint,

Peu de jours après avoir soumis à Champagny les calculs politiques et financiers de la Prusse , Valckenaer fut reçu par Napoléon à Rambouillet. Dans la conversation, Valckenaer semble avoir insisté surtout sur l'évacuation de Glogau et sur l'heureux effet que cette nouvelle produirait à Amsterdam sur les capitalistes qui hésitaient à souscrire. Mais il s'aperçut vite que le monarque n'entrait point dans ses vues^^^.

Valckenaer à Chaïupaguy, i3 juillet 1810.

ET ij:s payements en nature.

A ce moment précis, Valckenaer reçut dtî la l)an(|ue Uberfeld et Serrurier une lettre (jui lui e\pli({uait (|ue, pour accélérer le mouvement des souscriptions, il faudrait que l(^s capitalistes fussent officiellement encouragés à y prendre part. L'agent financier de la Prusse pria tout de suite Cliampagnv d'en parler à Lebrun, que Napoléon menait de nommer Lieutenant général en Hollande Napoléon, en effet, trouvant que Louis ne gouvernait pas la Hollande en exacte conformité des intérêts de TEmpire, venait de le déposséder de son trône et, réunissant le territoire de la Hollande a celui de» la France, avait chargé f^ehrun d'administi*(M' la nouvelle conquête L(*brun était parti immédiatement pour La Haye. Fut-il saisi par Champagny de la demande de Valckenaer? ou plutôt, fut-il sollicité en Holland(5 par les banquiers ou les agents de la Prusse? Quoi qu'il en soit, il demanda a Napoléon quelle conduite tenir. Trois jours après, TEmpereur lui adressa cette réponse circonspecte : r^Si vous pouvez encourager indirectement l'emprunt de la Prusse, je n'y vois pas d'inconvénient : mais il ne faut faire aucune démarche (pie vous ne uim ayiez prévenu auparavant 7?

Cependant, les grands événements politiques dont la Hollande était le théâtre en ce mois de juillet 1810, causaient beaucoup d'inquiétude dans les cercles financiers d'Amsterdam. Ce n'étaient pas seulement les fonds nationaux qui baissaient; les titres russes tombaient de 7/1 à 65 p. 0/0 ; les titres suédois de 60 à 5o ; les fonds espagnols de 3o à 95; quant aux obligations de Prusse, leur cours, purement fictif, ne se maintenait à 63 et 6li que grâce aux banquiers chargés de l'émission. En présence de cette situation, Valckenaer adressa à Champagny un nouveau mémoire dont la conclusion était que le seul moyen de faire réussir Temprunt était

CeUe leltre est datée du y juillet.

^'^^ Valckenaer à Champagny, i/i juillet 1810. Décret du 10 juillet 1810.

^ Napoléon à Lebrun , -ja juillet 1810.

LA CONVENTION BEGUELIN

que l'Empereur en souscrivît une partie. Mais, prévoyant probablement une réponse qui ne serait pas entièrement favorable, l'agent de la Cour de Prusse demanda subsidiairement que Napoléon acceptât du moins des titres de Temprunt en payement d'une partie des intérêts arriérés

Dans les premiers jours d'août, la cote de l'emprunt lléchit brusquement : le bruit avait couru que ies ministres de France, d'Autriclie et de Westphalie avaient quitté presque simultanément leur résidence de B<»rlin, et i'on en avait conclu qu'après la Hollande, la Prusse allait être démembrée et disparaître; les obligations prussiennes descendirent de (yli à 5o p. o/o C'est alors que Valckenaer soumit à Champagny encore une combinaison nouvelle, qui devait en relever et même en fixer le cours.

Le décret du 9 juillef, qui venait d'incorporer la Hollande à l'Empire français, avait laissé les denrées coloniales se trouvant sur le territoire hollandais entre les mains de leurs possesseurs, à condition que ceux-ci acquittassent un droit égal à la moitié de leur valeur Valckenaer pensa que iNapoléon pourrait recevoir, en payement de celte redevance élevée, des obligations prussiennes et proposa à Chanq^agnv de Hxer aux q/S de leur valeur nominale la somme pour laquelle elles seraient acceptées, soit 6f),66 p. 0/0, cours un peu plus él(»vé (jue le prix d'émission et très supérieur à la cote sur le marché; Vêdckenaer, sentant ce que sa proposition avait d'excessif, suggérait en même temps à Champagny de faire décider que le total des obligations reçues à l'acquit du droit de 5o p. 0/0 ne dépasserait pas le imméraire provenant des souscriptions que la Prusse verserait à l'acquit de la contribution ^^K

Valckenaer à Champagny, 3 août 1810.

Valckenaer à Champagny, 9 août et 7 août 1810.

ffLes denrées coloniales qui se trouvent actuellement en Hollande resteront à ieurs propriétaires, moyennant un droit de 5o p. 0/0 de la valeur de ces marchandises ?î (Décret du 9 juillet 1810, art. 10).

Par exemple , si la Prusse , avec les fonds provenant de rémission , avait versé

ET LES PAYEMENTS EN NATURE. 289

Toutes ces ingénieuses propositions et suggestions n'avaient de valeur que pour la Prusse. Napoléon ne pouvait y répondre que par un refus : Valckenaer n'obtint rien.

Tandis que Tagent hollandais s'ingéniait, à Paris, a faire pénétrer des titres de Prusse dans le portefeuille du Trésor impérial, un certain Baumann poursuivait, à Berlin, des négociations dont le but était d'y introduire une quinzaine de millions en effets souscrits par une banque dont il était l'agent. Cette banque, qui était française, et dont la raison sociale était Tourton, Ravel et C", était employée par la Cour de Prusse pour faire la remise à Paris ou à Magdebourg des fonds qu'elle versait au titre des contributions.

L'objet de la mission de Baumann à Berlin était de rassembler des garanties sulïisantes pour que Napoléon acceptât, en payement, les effets de la maison Tourton et Ravel. Hardenberg qui semble avoir facilité la tâche de Baumann, crut pouvoir, dès le 9 1 juin, annoncer qu'elle avait été couronnée de succès auprès des banques de Berlin. L'affaire, en réalité n'était pas aussi avancée; et ce n'est que le 2 août que l'agent de la banque française put quitter la Prusse, ayant en mains les sûretés qu'il était venu y chercher ^^K

La combinaison Tourton et Ravel qu'on allait proposer à Napoléon avait pour but, comme celles que Valckenaer avait apportées, de faire accepter, au lieu de numéraire, des effets à terme. Le projet en fut revisé par de La Bouillerie qui, en vue de mettre de la clarté dans les comptes, et clore d'interminables contestations,

en numéraire 1 million au compte de la contribution, les détenteurs de denrées coloniales auraient pu verser 1 million en titres de l'emprunt.

SaintrMarsan à Ghampagny, 19 juin et i4 juillet; Caillanl, chargé d'affaires à Berlin, à Ghampagny, 2 août (Saint-Marsan avait quitté Berlin le 17 juillet, on congé pour affaires de famille; il ne reprit possession de son poste que le 9 février 1811).

LA CONVENTION BEGLELIN

prit ia précaution d'y insérer une reconnaissance nouvelle de toutes les dettes de la Prusse. Voici, en substance, comment l'afTaire était présentée :

Pour que la Prusse fût libérée le 3t décembre 1810 de la moitié de la contribution et par suite, eût droit à l'évacuation de Glogau, elle avait h verser :

En juillet 9,000,000^ 00''

En août 2,5oo,ooo 00

En septembre 9,600,000 00

En octobre 2,600,000 00

En novembj'e 2,600.000 00

En décembre 9,558,094 97

En payement de cette somme, l'Empereur, d'après le projet, accepterait des obligations de la maison Tourton et Ravel d'un montant égal, garanties par la Prusse, cautionnées par des négociants de Berlin et remboursables aux échéances indiquées cidessus. Glogau serait rendue immédiatement, comme si la somme était payée comptant, en numéraire.

La Prusse s'engagerait d'une manière ferme et très explicite à acquitter les sommes qu'elle avait négligé de payer jusqu'à présent ou qu'elle avait contestées, c'est-à-dire : 1° la seconde moitié de la contribution : 60 millions; 2"* les intérêts jusqu'au 3 1 décembre 1810 des lettres de change sur Paris et Magdebourg qui furent protestées et pour celles qui restent à payer : 1 , 1 1 1 , 1 fr. o 1 ; 3** les frais de protêt : 5 8,80 5 fr. 55 ; 4° les intérêts sur 70 millions à compter du i""*^ novembre 1808, soit pendant vingt-huit mois : 6,066,666 fr. 67; 5° 3,700,000 francs en obligations de la Marche Electorale données en payement des contributions de guerre (ces obligations auraient dû être échangées contre des obligations du Seehandlung, celles-ci remboursables en numéraire).

Ainsi liquidée à nouveau, la dette de la Prusse se serait élevée,

ET LES PAYEMENTS EÎS NATURE. :291

le 1*"* janvier 1811, à 70,93G,G()5 fr. aS, qui auraient été acquittés par des versements mensuels de li millions.

La Cour de Prusse devait en même temps se désister de toutes les réclamations financières qu'elle avait faites ou (pTelle pourrait soulever.

Ghampagn\ transmit ce projet à TEmpereur le 28 août, après Tavoir modifié sur deux points principaux : d'abord, il avait ajouté à la dette totale une somme de cj3U^632 fr. 92, représentant une indemnité que la France réclamait avec insistance à la Prusse pour des grains et farines que la négligence de celle-ci ou sa mauvaise volonté avait fait avarier ou perdre; ensuite, il avait abaissé de 4 à o millions les payenients mensuels et élevé de à à 5 p. 0/0 le taux d ^intérêt à payer sur les sommes restant dues.

Napoléon, renvoya à Cbampagny son rapport après l'avoir ainsi annoté : ttJe ne prends point comiaissance de cette conven- ^ tion avec la Prusse, parce que je trouve qu'auparavant il faut savoir s'ils veulent traiter, s'ils ont quelqu'un, etc. v

Il est probable que l'Empereur était un peu fatigué de toutes ces combinaisons financières qui devaient lui apporter du papier au lieu de métal, et dont le but, tout politi(jue, était de faire sortir immédiatement la garnison française de Glogau,

Sur ces entrefaites, arrivèrent à Paris trois messagers de la Cour de Prusse.

L'un était le conseiller L'Abaye, chargé depuis la fin de 1808 de l'exécution des clauses financières des conventions de Paris et de Berlin , en remplacement du comte de Voss. L'Abaye était parti de Berlin le 9 septembre 1810. Sa principale tâche était de faire admettre par l'Administration impériale que la moitié de la contribution était payée et que, par suite, Glogau devait être rendue au roi de Prusse. Pour y parvenir, il employa divers

LA CONVENTION BEGUELIN

moyens : il chercha, d'abord, à faire imputer sur la dette prussienne certaines sommes dues par la France, non contestées par elle, mais qui n'étaient pas encore liquidées, par exemple, le prix des fournitures extraréglementaires faites du i3 avril 1809 au 3 1 juillet 1810 aux garnisons de l'Oder, en vertu d'une convention du 2 février 1809^*^; il demanda, ensuite, que la France renonçât à une créance de 1 million de talers, soit de 3 millions 700,000 francs souscrite par la Marche Electorale pendant la guerre de 1806-1807; L'Ahaye soutenait, en effet, que cette créance avait été éteinte par la convention du 8 septembre 1808 qui, faisant table rase du passé, n'avait laissé à la charge de la Prusse qu'une dette forfaitaire de i/lo millions; il demanda encore que la France n'insistât plus sur le payement des intérêts qui couraient à la charge de la Prusse, depuis le 5 novembre 1808, sur les 70 millions de francs a acquitter en lettres foncières ^2^; etc.

Au commencement d'avril 1811, l'envoyé de Prusse, qui était encore à Paris, crut toucher au but et écrivit h Ghampagny que, d'après le compte que La Bouillerie avait remis le 1 o au Ministère des Relations extérieures, la moitié de la contribution était payée et que, par suite, Glogau devait èlve évacuée; d'ailleurs, le reliquat de la contribution, ajoutait-il, allait encore être diminué : « i"* Par le montant des marchandises saisies dans nos ports, vendues au gouvernement français, qui sont en route pour être délivrées à Magdebourg a"* Par 2 millions de francs qu'on a désiré recevoir de Danzig, qui s'y payent actuellement; S"" Par le remboursement de nos avances pour des subsistances fournies en sus du tarif aux troupes qui occupent les trois forteresses de rOder, et (jui se trouve encore arrêté par la vérification de

Comte de Cessac à Gliampagny, 17 décembre 1810; L'Abaye à Ghampagny, 37 décembre 1810.

La somme réclamée par L'Abaye était de 618,089 f^^ncs. L'Abaye à Ghampagny, 27 décembre j8io.

Ces marchandises valaient environ i3 millions. Sur Tachât qu'en fit la France voir p. 394.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE. 293

M. Monnay, commissaire ordonnateur L'Abaye, après avoir fait naïvement remarquer à (lhampagny que «cette place (Glogau) étant gardée par les troupes prussiennes offrirait toujours les mêmes sûretés et avantages à S. M. l'Empereur et Roi que s'il y avait garnison française??, L'Abaye indicjuait que, si l'évacuation de Glogau était réalisée, il pourrait retourner en Prusse

Mais toutes ces démonstrations étaient maintenant sans intérêt: depuis quelques jours, en effet, sont commencées des négociations en vue d'une alliance étroite entre la France et la Prusse contre la Russie : l'évacuation de Glogau est par suite devenue impossible.

L'Abaye demanda, le mai, une réponse au nouveau Ministre des Relations extérieures, Maret; celui-ci ne répondit pas; l'envoyé de Prusse renouvela sa demande le qd, annonçant qu'il quitterait Paris dans les trois jours. 11 n'avait, en effet, plus rien à y faire, et partit.

Les deux autres messagers de la Cour de Pj-usse étaient chargés d'une mission bien moins étendue que celle dont L'Abaye avait été investi; mais, en fait, les résultats de leur activité furent considérables. Ces négociateurs étaient le conseiller d'Etat Henri de Bèguelin et un riche propriétaire de Pologne, Sigismond Otto Treskovv. Leur but était de faire accepter par Napoléon qu'en payement d'une forte partie de sa dette, la Prusse livrât ce dont la France pouvait avoir besoin en fait d'habillement et d'équipement pour les troupes, en fait de bois pour les navires, en blé, en fer, etc.

L'acquittement de la contribution prussienne par des payements en nature n'était pas une idée nouvelle. On se rappelle que Napoléon avait voulu en faire une application, d'abord, en août 1807, lorsqu'il avait réclamé de la Prusse 5o millions en domaines royaux , en déduction de sa créance. En raison de la résistance de Frédéric-Guillaume III et peut-être aussi en raison des

L'Abaye à Ghampagny, 18 avril 1811.

Mémoire do Befjuelin el de Treskow, 5 octobre 1810.

LA CONVENTION BEGUELIN

objections de Daru, TEmpereur avait, vers ie milieu de 1808, renoncé à ce mode de libération, et, dans la convention du 8 septembre suivant , il ne fut question (|ue de payements en numéraire, en effets de commerce et en titres liypotliécaires.

On a vu que, plus tard, c'est-à-dire en février 1810, Napoléon inquiet de l'attitude de la Russie et craignant aussi d'être obligé de restituer trop tôt, à son gré, les places de l'Oder, avait indiqué la cession de la Silésie comme un moven de libération. Le Cabinet de Berlin avait accepté, en principe, ce mode de payement; mais le roi, qui avait toujours refusé de se défaire d'une partie des domaines de la Couronne, s'était opposé avec plus d'énergie encore à l'abandon d'une partie de son royaume.

Si Frédéric-Guillaume III repoussa les deux dations en payement que la France voulut lui imposer en 1807 et en 1810, parce qu'elles avaient un caractère politique et qu'elles constituaient une diminution du pouvoir royal, il pouvait admettre sans difficulté, et même proposer, des cessions de matières ou de marchandises à imputer au compte de la contril)ution.

La première cession de matières qu'il oflFrit avait pour objet des denrées coloniales de contrebande que la Prusse avait confisquées dans ses ports, en vertu des règles du blocus continental. Quoi(jue Napoléon l'eut acceptée, en principe, dès les premiers jours de 1810, la convention qui la sanctionna ne fut signée à Berlin que le 28 janvier 1811. D'après cette convention, le roi de

Champafîny à La Bouilierie, 26 janvier 1810; Napoléon à Gandin et à Champagny, 7 décembre 1810; GoUz à Champagny, 9 décembre 1810.

A ma connaissance, cette convention n'^a jamais été publiée ni en France, ni en Allemagne, ni ailleurs. On en trouvera, en annexe, p. 3/»5, une copie prise, à Paris, aux archives du ministère des Affaires étrangères. J'ai cru devoir publier à la suite de ce texte une lettre inédile de Napoléon adressée le même jour au Ministre des Finances, le duc de Gaëte, et au Ministre des Relations extérieures. Elle est datée du 7 décembre 1810. Par cette lettre. Napoléon invitait Champagny à enjoindre au chargé d'affaires de France à Berlin trde conclure avec le gouvernement prussien une convention de la teneur suivante (suivent les articles) et donnait toutes instructions nécessaires à l'exécution de la convention.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

Prusse se chargeait de transporter les denrées saisies à iVîagdebourg, où un commissaire français en prendrait possession et en délivrerait quittance; ies frais de transport par terre et par eau, qui étaient déterminés dans deux tableaux annexés à la convention, étaient à la charge de la France. Il était entendu que la Prusse ne lèverait sur les marchandises aucun droit de consommation, de transit ou de péage, etc. (art. 3 , k et 5). Le transfert de propriété des marchandises était opéré parla convention même (art. i), laquelle avait pris soin de fixer la valeur unitaire de chacune d'elles.

La valeur des denrées et des transports qu'il y eut à imputer sur la dette de la Prusse s'éleva à i3 millions environ, soit près de 11 p. 100 de la contribution totale.

La seconde offre de payement en nature proposée par la Prusse à Napoléon, fut celle qu'apportèrent à Fontainebleau Beguelin et Treskow. Transformée, précisée, sans toutefois changer de caractère, elle fut seize mois et demi plus tard consacrée par la convention du février 1812, laquelle entra en vigueur dans des circonstances tragiques que je rappellerai plus loin. On verra que c'est par l'application autoritaire qui en fut faite, que la Prusse s'acquitta enfin de sa dette envers Napoléon.

Champagny, qui avait reçu, à leur arrivée, les deux envoyés de la Cour de Prusse, ne leur donna aucune espérance de voir leur proposition agréée par l'Empereur. Cette réponse ne les découragea point et ils déclarèrent tranquillement qu'ils attendraient à Fontainebleau ia décision du souverain (6 octobre 1810).

Elle ne leur fut pas aussi défavorable que le Ministre des Relations extérieures l'avait laissé entendre. Napoléon, qui ftiisait alors la guerre à l'Espagne et qui savait qu'il la ferait prochainement à la Russie, ne trouva pas, en effet, l'offre indigne d'être examinée et il en saisit l'amiral Ganteaume, chargé par intérim du Ministère de la Marine, en l'absence de l'amiral Decrès. Les bureaux de la

LA CONVENTION BECUELIN

Marino parnisseni Tavoir rludicM» sai)s grande hâte, ne voyant sans (lonle dans cen\ (|ui la présentaient que des fournisseurs étrang(M's \(înant faire concurrence aux soumissionnaires avec qui ils traitaient habit uellenH'ut. Il est vrai que les deux négociateurs prussiens n'étaient pas tout à fait prêts à répondre, séance tenante, aux questions précises qui leur furent posées relativement aux (juantités (jue proposait leur gouvernement, aux prix qu'il demandait, aux endroits ou il voulait faire les livraisons, etc. Ce dernier point fut assez longuement discuté : la Prusse tenait à livrer ses produits à Hamhourg, devenu récemment port français; le Ministère de la Marine préférait Anvers ou Brest. A la longue, pour la livraison des fers, on se mit d'accord sur Anvers; mais pour la livraison des hois, Beguelin et Treskow qui, entre temps, avai(*nt offert de construire des vaisseaux de ligne ou des frégates à kônigsherg ou même à Copenhague, insistèrent pour que la livraison en fut effectuée à Amsterdam, à Botterdam ou Dordrecht^^l

Jusqu'à ce moment, c'est-à-dire pendant cinq mois, le Ministère des Belations extérieures avait servi d'intermédiaire entre les envoyés de Prusse et le Ministère de la Marine. Champagny, jugeant désormais son immixtion inutile, écrivit à l'amiral Decrès qu'il pouvait traiter l'affaire lui-même sans inconvénient, Beguelin et Treskow n'ayant ^ni mission ni caractère diplomatiques La décision fut rapide. Decrès communiqua aux agents de la Prusse les prix auxquels la Marine française traitait pour les fers et bois; mais il leur déclara que, s'il concluait un marché avec eux, il les considérerait et les payerait comme des fournisseurs ordinaires, n'avant pas à s'occuper de l'imputation sur la contribution ; il leur proposait en même temps de leur acheter i3,ooo quintaux de IVt. Beguelin et Treskow n'entendaient pas l'affaire ainsi : ils

Begueiin et Treskow à Champagny, 19, r>5 et a6 février 1811. Champagny à Decrès , 8 mars 1811.

i {^) Decrès à Beguelin et Treskow, 9,5 mars 1811.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

protestèrent auprès de Chainpagiiy, lui déclarant qu'ils n'étaient point des spéculateurs et que c'était au nom du royaume de Prusse qu'ils étaient venus traiter. En ce qui concerne les quantités à livrer, ils firent remarquer au Ministre français combien était faible la commande de la Marine en comparaison des 3oo,ooo quintaux de fer qu'ils proposaient. Quant aux prix, ils montrèrent les avantages qu'y trouverait la France en les acceptant : ainsi, pour les vaisseaux dont Napoléon venait d'ordonner la construction à Hambourg, ils offraient des fers à 26 p. toc au dessous des prix que la Marine payait pour ceux livrets à Anvers, et, pour les bois, ils déclaraient accepter d'avance les prix qui seraient proposés

Ils ne reçurent pas de réponse.

Le 17 avril 1811, Maret, duc de Bassano, succède à Champagny aux Relations extérieures; ils sollicitent tout de suite de lui une réponse favorable à leurs demandes. Ils récapitulent leurs offres dans une lettre du 3o avril qu'ils complètent le 8 mai en informant le nouveau ministre qu'ils disposent aussi d'une centaine de mâts à Elbing; le a'î , ils implorent encore une réponse de Maret.

En dépit de leurs insistances auprès de Decrès et de Maret ils n'obtinrent aucune promesse, ni de l'un ni de l'autre. Ils n'avaient plus qu'à regagner la Prusse, c'est ce que fit Beguelin.

Beguelin et Treskow à Ghampagny, 27 mars et i*' avril 1811.

Beguelin et Treskow à Maret, 3o avril 1811 r^Nous offrons de livrer pour 20 millions, en déduction de la contribution, aux prix les plus modiques, des produits de notre pays qui pourraient convenir au Gouvernement français, soit fers et bois à Hambourg, pour la construction des vaisseaux, selon la note ci-jointe, et bien au delà si on le demande; soit fers forgés et coulés pour les ministères de la Marine et de la Guerre, soit des uniformes confectionnés pour les armées françaises en Allemagne; soit de construire des vaisseaux sous l'inspection des ingénieurs français à Hambourg ou à Copenhague. Et, enfin, nous proposons très humblement de livrer à Hambourg et aux environs, les fers, les pierres et les bois nécessaires à la construction du canal qui doit réunir la mer Baltique à la France. 7î

LA CONVENTION REGUELIN

Son absence ne fnt pas bien iongue; il était venu à Paris comme un agent officieux , comme une sorte d'expert commercial et financier; il y retourna en qualité cragent diplomatique, avec une mission singulièrement étendue : le plein pouvoir, que le roi lui donna le l août, l'invitait , en efTet, a tâcher d'acquitter le reste de la contribution . . . , par des produits de notre royaume qui pourraient être convenables au gouvernement français, par une vente de biens domaniaux ou de tout autre manière, qui pourrait nous procurer un soulagement quelconque ».

Beguelin rapportait à Paris une combinaison financière assez complexe; au point de vue prussien, elle avait au moins un mérite, c'était de résoudre le problème des contributions dans son ensemble et, si elle réussissait, de réaliser, sans délai, l'évacuation totale de la Prusse.

Maret en fut saisi le 12 septembre.

A cette date, la Prusse devait à Napoléon, suivant les écritures du Trésor du Domaine extraordinaire, arrêtées le «7 septembre, 59,194,315 fr. 33(^).

Voici comment s'établissait le compte qui faisait apparaître ce solde :

La Prusse devait, en vertu de la Convention du 8 septembre 1808, la

somme Ibr/aitaire de 120,000,000' oo**

Suivant le Trésorier général du Domaine extraordinaire, la Prusse avait en outre, à rembourser des obligations de la Marche Électorale d'un montant de 3,700,000 francs que cette province avait, avant le traité de Tiisit, données en garantie du payement des contributions dues par la Prusse. Cette prétention du Domaine extraordinaire était contestable et l'ut contestée. Provisoirement, tout au moins, on inscrivit cette dette

au passif de la Prusse 8,700,000 00

Intérêts et frais 7,096,556 o5

Total de la dette 130,796,566^ o5*

Les versements de la Prusse s'élevaient :

1** Sur les contributions, à 63,5o6,684'^ 67*" ) 0602 9A0 Q

a" Sur les intérêts et frais, à 7,096,566 o5 j ofi^9. o 72

Il restait à payer 60,19/4,316'^ 33*

(Il convient de noter que les Prussiens faisaient état du versement d'un million

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

Pour libérer la Prusse de cette dette, Begueliu faisait d'abord état des i 3 millions de denrées coloniales ([ue Napoléon , en exécution de la Convention du 28 janvier 1811, avait acceptés comme argent comptant; reprenant ensuite les propositions qu'il avait apportées en octobre 1810 et qu'il avait renouvelées à la fin d'avril 181 i, il estimait que la Prusse pourrait livrer à la France des fournitures navales et de guerre pour 20 millions. Si Napoléon acceptait cette offre, la Prusse, à moins de 200,000 francs près, ne devrait plus que 26 millions. Où les trouver?

D'après Beguelin , cette sonmie serait payée par une compagnie immobilière internationale, en formation, dont la raison sociale était Société (Tacquéreurs des domaines et terres royales de Prusse , et dont le siège était à Paris, 55, rue des Petits-Champs. Les trois fondateurs en étaient : Treskow, lui-même, qui était Polonais et possédait de grands domaines dans le duché de Varsovie; Emmanuel de Haller, Suisse de naissance, ancien banquier, agioteur, concussionnaire, célèbre par les déprédations qu'il avait commises en Italie et par la manière brutale dont il avait traité le pape Pie VI, et un Français, Charles de la Rivallière, ce dernier, disait-on, rtà peu près sans crédit et sans fortune ??; il devait y avoir un quatrième associé, mais nul n'a jamais voulu faire connaître le nom de ce mystérieux personnage L'objet de la Société était d'acheter au roi de Prusse 3 1 domaines dans la Marche Electorale, 10 dans la Nouvelle Marche et 6 en Poméranie, dont la valeur totale était estimée 7,442,787 talers. Le taler étant calculé au change fixe de 85 talers =3 00 francs, les 67 domaines valaient environ 26,273,000 francs. L'acte provisoire de vente fut

récemment effectué à Magdebourg et dont le Trésorier général du Domaine ne possédait pas encore Tavis d'encaissement. C"'est pourquoi il y a, à cette date, une différence d'un million exactement entre la dette de la Prusse, telle qu'elle ressort des écritures de l'administration royale et celle que constate la comptabilité du Domaine extraordinaire.)

Maret à l'Empereur, 16 février 1812.

LA CONVENTION BEGIIELIN

signé a Paris ie 28 septembre 1811 par Begnelin, agissant au nom du roi de Prusse, par Haller, dont rintérêt était de moitié dans l'opération, par Treskow et de la Rivallière, qui y participaient chacun pour un quart

Au lieu de verser tout de suite le prix des biens dans les caisses prussiennes, la Société remettrait à l'Empereur 5 2 cédules de 5oo,ooo francs chacune, payables tous les mois, de mars 1819 a juillet 1816. Quelques précautions particulières avaient été inscrites dans l'acte provisoire de vente. Ainsi, on y avait prévu que, dans le cas où le roi de Prusse «jugerait à propos d'imposer de nouvelles contributions foncières ou d'abolir les corvées de paysans, il serait fait par des experts nommés par les deux parties une estimation des pertes ou bénéfices, pour être bonifiés réciproquement. ... D'autre part, le roi s'était réservé rtla fiiculté de rémérer lesdits domaines et terres, moyennant une indemnité de 3 p. 100 sur le capital, payable comptant à la Société des acquéreurs, à raison d'un sixième par mois à dater du jour où elle aurait exercé le réméré. Il était bien entendu que cette faculté cesserait d'exister à dater du mois de mars prochain??. Si le roi exerçait le droit de réméré, la Société devrait lui rendre des domaines à mesure et en proportion de l'extinction des cédules.

En soumettant son plan , Beguelin espérait évidemment que les modalités d'acquittement qu'il renfermait seraient considérées par Napoléon comme un véritable payement comptant. S'il en eût été ainsi, la Prusse eût fait une affaire excellente : d'abord, comme aucun intérêt n'était attaché aux cédules, elle aurait gagné celui qui aurait couru sur les sommes encore dues, soit un bénéfice de plusieurs millions; d'autre part, la Prusse, désormais quitte de sa contribution, aurait pu demander l'évacuation des forteresses de l'Oder. Beguelin savait bien tout cela , mais il n'osait pas en parler clairement. En envoyant son plan à Maret, il lui écrivit : et De

t*) La validité de racle était subordonnée à l^approbation de Napoléon.

ET LES PAVEMENTS EN NATURE

crainte de trop demander, je n'ai point fait mention de l'évacuation des forteresses, heureux si, pour le moment, je peux notifier a mon souverain (jue S. M. a accordé du soulagement dans l'acquittement de la contribution ^

Hardenberg avait recommandé a Marel le plan di» Beguelin par une lettre personnelle à laquelle le Ministre des Relations extérieures avait cru pouvoir répondre le 9 i septembre : «Je suis fondé à vous dire, Monsieur le Baron, que sur le premier compte que j'en ai rendu à S. M., Elle m'a paru en agréer l'objet.?? C'était de bonne augure. Aussi, dès (ju'Hardenberg sut par Krusemarck que le Ministère des Relations extérieures était autorisé à soumettre à Napoléon le plan de Beguelin , on ne douta plus à Berlin du succès et on en expédia tout de suite les cédules prévues dans l'arrangement '

A la fin de janvier 1819, Beguelin, qui était revenu à Berlin, reçut Tordre de regagner immédiatement la France «pour y terminer l'objet important des contributions?? Presque en même temps que lui, parvenait à Paris une lettre de Saint-Marsan à Maret, au cours de laquelle le ministre de France prônait la combinaison Beguelin : «Quant à ce (jui concerne les contributions, il est de mon devoir de dire à V. E. que je ne crois pas que, dans un cas de guerre de la France avec la Russie, la Prusse soit dans le cas de continuer à payer ses contributions et suffire aux autres dépenses; je crois qu'en acceptant le projet Beguelin, S. M. l'Empereur aura assuré complètement l'acquittement des contributions, et, d'autre part, l'effet que produira dans l'opinion l'annonce que les contributions sont acquittées est incalculable. Un événement aussi heureux et aussi inattendu, vu la position financière de ce

Beguelin à Maret, la septembre 1811.

Hardenberg à Maret, 18 août 1811.

Saint-Marsan à Maret, 26 novembre 1811.

Note adressée à Saint-Marsan et signée par Hardenberg et par Goltz, 29 janvier 181a.

LA CONVENTION BEGUELIN

pays, donnerait le coup cle grâce à toutes les intrigues des malveillants, et le gros de la nation, que le bon sens porte déjà à désirer TaHiance avec la France, apprendrait sa conclusion avec enthousiasme ^^^n.

Beguelin , qui sans aucun doute n'ignore rien de ce que Saint- Marsan vient d'écrire à Paris, presse Maret de lui dire s'il peut enfin espérer que sa proposition sera acceptée Il ne reçoit pas de réponse précise h son message qui est daté du i5 février 1812. Mais, neuf jours plus tard, le il appose, en même temps que le Ministre des Relations extérieures, sa signature au bas d'un arrangement politique qui va résoudre définitivement et dans son ensemble le problème des contributions. Voici les dispositions principales de cet acte considérable :

Tant que les troupes françaises seront en Prusse, et tant que durera la guerre avec la Russie ç^si elle vient à avoir lieu??, le payement en argent des contributions sera suspendu; cependant les intérêts continueront de courir (art. 1*''^). Les cinq actes de garantie fournis le 5 novembre 1808 par les Etats des provinces pour sûreté de la remise à Napoléon de 70 millions en lettres foncières seront restitués au Roi, en échange d'une obligation pure et simple du Gouvernement prussien (art. 19). Ainsi donc, le payement en argent de la contribution va être suspendu et aucune garantie spéciale n'en assurera plus l'acquittement.

Mais cet abandon des prérogatives pécuniaires de Napoléon n'est pas fait sans compensation. En effet, les autres articles de la convention obligent Frédéric-Guillaume à fournir en Prusse, à l'armée française, pendant la campagne de Russie, des denrées, munitions et moyens de transport, dont le prix sera imputé sur le reliquat de la contribution. Les quantités maxima, lesquelles étaient expressément fixées, en étaient considérables et les délais de livraison assez courts; les transports devaient être effectués par

Saint-Marsan à Maret, 29 janvier 1822.

Begueiin à Maret, t5 février 181 a.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

radmiiiistration prussienne. ^At\n de constater les époques du remboursement à compte des contributions et la portion d'intérêts qui cessera de courir tous les trois mois, l'Intendant général devait établir le compte général des prestations de services et de fournitures effectuées par la Prusse (art. lo).

D'autre part, en vertu d'une autre convention signée le même jour, si les trois places de l'Oder restaient entre les mains de l'Empereur en exécution d'un plan d'opérations militaires accepté par la Prusse, comme la moitié de la contribution est acquittée les frais d'entretien, d'approvisioiuiement de siège, etc., de Glogau seraient dorénavant à la charge de la France; quant à ceux qu'il y aurait lieu de faire à Stettin et à Kûstrin , ils seraient également a la charge de la France, mais seulement ce du jour où Sa Majesté le roi de Prusse aura(it) rempli les engagements contractés par la convention sur l'acquittement de la contribution c'est-à-dire la convention Beguelin

Enhn, il fut prévu qu'ç^ aussitôt que les versements et livraisons à faire, en exécution de la présente convention, auront été effectués en totalité, le conqjte général de leur (pianlité et valeur sera arrêté, ainsi ([ue le compte définitif en capital et intérêts des contributions dues par Sa Majesté le roi de Prusse, il sera pris alors de nouveaux arrangements entre les deux Hautes Parties contractantes pour l'acquittement du solde qui résultera desdits comptes à la charge de Tune ou de l'autre?? (art. i 3),

Comment expliquer la lenteur des négociations de Beguelin qui durèrent près de dix-sept mois et la brusquerie avec laquelle elles se terminèrent?

D'après les écritures du Domaine Extraordinaire, la dette de la Prusse qui était de 120 millions, d'après la convention du 8 septembre 1808 modifiée par les arrangements d'Erfurt, s'élevait au 90 février 1813, à 68,268,620 fr. 5/i, soit à moins de la moitié.

^"^^ Convention, signée à Paris, le 2^ février 1812, pour préciser et régler le concours de la Prusse dans le cas d'une guerre contre la Russie (art. 16).

LA CONVENTION BEGUELIN

La marche de cette tractation particulière fut lente, parce c|u<3, à la vérité, Napoléon ne tenait pas beaucoup, quels que fussent ses besoins d'argent, à ce que la Prusse s'acquittât entièrement envers lui; car, si elle se fût libérée de la contribution, les troupes françaises auraient dû évacuer les places de l'Oder et il aurait perdu la base des opérations militaires qu'il projetait contre la Russie.

D'autre part, il faut rappeler que la convention Beguelin fait partie d'un vaste arrangement politique entre la France et la Prusse, comprenant quatre pactes, tous signés le même jour, et dont il suffit de dire les titres pour expliquer le but : l'un est un traité d'alliance offensive et défensive entre la France et la Prusse; l'autre est une convention pour préciser et régler le concours de la Prusse dans la guerre contre la Russie; le troisième est une convention pour régler le concours de la Prusse dans la guerre contre l'Angleterre; le dernier est la convention Beguelin; au fond, ces quatre documents ont un objet unique : déterminer le rôle de la Prusse dans la guerre qui va être faite à la Russie et dans celle qui continue avec l'Angleterre. Or, l'élaboration de ceux de ces accords qui étaient plus spécialement politiques, fut longue et loborieuse. Elle exigea près d'une année (mars 1 8 1 i- février 1812); tout naturellement , la marche de l'accord que devait signer Beguelin se trouva ralentie par la difficulté de conclure les autres.

Pour comprendre ces retards renouvelés, il faut se rappeler la position géographique de la Prusse entre l'Empire français et l'Empire russe, dont elle était devenue en quelque sorte le mur mitoyen.

Tant que Napoléon eut foi dans Talliance russe, il eut avec la Prusse les relations qu'a un créancier exigeant avec un débiteur qui se dérobe. Mais, bientôt, Napoléon s'aperçoit que le traité de Tilsit, loin d'ouvrir une ère d'amicale entente avec la Russie, est le point de départ d'une hostilité croissante entre elle et lui : Alexandre P% en effet, veut la Pologne et Napoléon, qui vient de lui rendre la vie n'admet point qu'il la prenne et l'asservisse; une

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

guerre entre les deux Empereurs apparaît à tous les yeux comme inévitable et prochaine.

La situation de la Prusse étant telle, Frédéric-GuiHaume se demande si, dans le grand conflit ([ui va éclater, son intérêt est de s'allier avec Alexandre ou avec Napoléon. En mars 1811, il croit la guerre inévitable et revient à son ancienne idée de conclure une alliance avec celui des deux adversaires qui semble le plus puissant et qui a déjà une forte emprise sur son royaume; en conséquence, il envoie, en mai, à Paris le texte d'un projet d'alliance offensive et défensive. Mais, Napoléon n'est pas encore décidé à signer : la guerre ne lui paraît pas imminente; d'ailleurs, il se défie toujours de la Prusse et ne veut pas conclure un traité qui le priverait (bi contnMe (pi'il a encore sur elle.

Cependant, la Prusse prend aussi des précautions. Toul en insistant pour s'allier avec la France contre la Russie, elle négocie et signe un traité d'alliance avec la Russie contre la France. Puis, elle fait des préparatifs de guerre. Le 1 3 septembre 1811, la situation est devenue telle ([ue Maret donne Tordre à Saint-Marsan crde quitter Rerlin si, sur ses représentations, les armements (de la Prusse) ne sont pas révoqués dans le délai de trois jours La Prusse ayant promis ce (|u'on lui demandait, le 22 octobre, Maret envoie à Saint-Marsan les pouvoirs et instructions nécessaires pour négocier le traite^ d'alliance* que sollicite la Prusse, «quoique celle-ci ne cesse de violer les traités et ne mérite aucune confiance On négocie donc pendant l'biver; mais voici que le printemps approche. Napoléon qui, au milieu de novembre, a dit à Davout les précautions militaires à prendre dans le cas ou la Prusse se déclarerait contre lui, donne l'ordre à La Riboisière de préparer secrètement des équipages pour le siège éventuel de Spandau, de Kolberg et de Graudenz, afin de contenir à la fois les Prussiens et les Russes.

LeUre confidenliene de Maret k Saint-Marsan.. i3 septembr 181t.

306 LA CONVENTION BEGUELIN

Cet ordre est daté du 6 février 1812. Les armées françaises en marche vers TEst vont entrer en Prusse, li faut que tout soit conciu avant qu'elles n'en franchissent la frontière Le 2/1, tout est signé, les trois conventions politiques et la convention Beguelin.

Celle-ci malgré son apparence financière n'était-elle pas, elle aussi, une convention politique? Sans doute, en un sens, elle est le résultat des négociations financières commencées en octobre 1810 à Fontainebleau par Beguelin et ïreskow dont la mission avait pour objet de fciire approuver, d'une part, une opération de crédit hypothécaire et, d'autre part, le payement en nature d'une forte partie de la contribution. L'opération de crédit, prônée jusqu'à la dernière heure par Saint-Marsan ^-^ et par Beguelin lui-même fut rejetée par Napoléon Mais le payement en nature fut accepté, et même imposé dans la convention. Ce ne fut pas sans doute exactement sous la forme vraiment commerciale proposée, au début, par les agents de la Prusse, lesquels ne prévoyaient que le temps de paix, puisque ce fut, au contraire, sous une modalité de temps de guerre, c'est-à-dire sous l'apparence de ré(juisitions militaires; mais si le principe adopté fut celui dont Beguelin et Treskow avaient dès l'origine proposé l'approbation, d'une part, les objets à li>rer ou les services à exécuter, et d'autre part, les conditions dans lesquelles ces prestations devaient être faites furent tout autres que ceux qu'avaient indiqués les envoyés de Prusse , et c'est à cause de cette diflérence qu'on est fondé à dire qu'au fond la convention Beguelin est moins commerciale et financière que politique et militaire.

En envoyant à Saint-Marsan les quatre conventions, Maret lui dit expressément qu^une des raisons qui rendaient urji;entes les signatures était qu'il fallait que tout fut réglé avant que les troupes de l'Empereur franchissent la frontière de Prusse. (Maret à Saint-Marsan, 96 février 1812.)

Saint-Marsan à Champigny, a g janvier 1813.

Beguelin à Maret, i5 février 181a.

Maret n'en fait pas état dans le rapport qu'il adressa à TEmpereur, le ao février, sur les projets de convention*

ET LES PAVEMENTS EN NATLRE. 307

Les grandes difllcullés politiques et Hnancières ainsi résolues, les petits dissentiments^ se dissipèrent vite.

Tout d'abord, le 26 février, le baron de la Bouillerie, trésorier général du Domaine extraordinaire, prescrit à son caissier de porter en sortie, dans ses écritures, les S,^ 00,000 francs d'obligations de la Marche Electorale qui y figurent depuis plusieurs années. On se rappelle (pi'au cours de sa mission à Paris, en 1810-1811, L Abaye avait contesté vivement la validité de la créance (jue représentaient ces titres. xNéanmoins rAdministration du Domaine extraordinaire n'avait cessé de les comprendre dans son actif, et en février 1819 ils figuraient encore dans les situations quotidiennes de son portefeuille. Mais la convention est signée le 2 4 ; quarante-huit heures après, la lîouillerie donne Tordre de déduire les 0,700,000 francs du passif de la Prusse. En conséquence, la créance de la France qui, le dernier jour de février, figurait pour b8,îîG8,B20 fr. 54 dans la comptabilité du Domaine extraordiiuiire, dut y être portée pour 34,568,(]2() fr. bà le i*" mars.

D'autre part, aussitôt le pacte d'alliance conclu, lieguelin, se fondant sur Tarticle 1 li de la convention qu'il vient de signer, sollicite de Maret Tautorisation de disposer des lettres foncièrc^s déposées à la banque Uberfeld et Serrurier à Amsterdam, en gage de l'emprunt de Prusse. Dans sa demande, Beguelin fait observer., d'abord, que la France, d'après l'article 19 de la convention, se

Cette somme se décomposait ainsi :

Dette en capital 55,869,734*^/19"

Detle en intérêts, échéance du 3o juin 1811 1,266,458*^ 22°

Detleeninlércts, échéance du 3 1 décembre 181 1 i,i3i,427 83 2.398,886 o5

ao .

308 LA CONVENTION BEGUELlN

contentant, comme garantie de sa créance, d'une obligation pure et simple du gouvernement prussien doit désormais demeurer indifférente à l'iMiiploi qui sera fait des lettres foncières. Il ajoute qu'il n'y a d'ailleurs guère d'intérêt pour la Prusse à les laisser a Amsterdam, attendu que les souscriptions à l'emprunt qu'elles devaient garantir sont et resteront à peu près nulles Une semaine s'est à peine écoulée que Maret répond à Beguelin que la cour de Prusse est tout à fait libre de disposer des lettres foncières, sur lesquelles rtle gouvernement français n'a aucune prétention à élever '^^K v

L'autorisation d'ouvrir à Amsterdam un emprunt de la Nouvelle Marche de Brand(^bourg, sollicitée depuis longtemps, fut donnée avec un égal empressement.

C'était une vieille alfaire.

Les conditions de souscription à cet emprunt avaient été exposées, trois ans auparavant, dans un prospectus lancé en janvier 1809 par la banque Halmaël et Hagedoorn, d'Amsterdam, chargée de l'émission : l'intérêt offert était de 6 i/fx p. 0/0, la prime de remboursement de a 5 0/0; une moitié des titres devait être remboursée au bout de quatre ans, l'autre au bout de six. A cette époque, l'emprunt n'avait pas été ouvert, parce que le Gouvernement prussif'n avait craint qu il ne portât atteinte au succès de celui que négociait Niebuhr. L'atfaire fut bien reprise en 1810 et proposée avec des conditions un peu différentes, mais la mise en souscription fut encore une fois ajournée.

Les 3i juillet et 6 août 1811, Krusemarck rappela à Maret la demande d'autorisation; mais, quoique le plénipotentiaire de Prusse eût eu soin de dire, tout au moins, de vive voix, que le produit de l'emprunt servirait à payer la contribution, il ne reçut aucune réponse.

Il renouvela sa demande quelques semaines plus tard, à la

Bfeguelin à Maret, 39 février 1812.

^'LMaret à Beguelin, 6 mars 1813.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE. 309

prière d'un certain Cohen , de BeHin , qu'Hardonberg avait autorisé à suivre Taffaire. Napoléon élait, à celte époque, très mécontent de ]a Prusse qui, malgré les injonctions qui lui étaient adn^ssées, continuait de faire des préparatifs militaires assez inquiétants; néanmoins, il autorisa l'emprunt et Mollien chargea Voûte, le Directeur de la Caisse centrale à Amsterdam, d'en informer la maison Halmael et Hagedoorn Mais Voiite ne fit pas la notification qui lui était ordonnée. Sachant, en effet, que les banquiers avaient décidé d'introduire des modifications assez profondes dans le prosp(M*tus. au vu du([uel l'Empereur avait pris sa décision, il avait estimé qu'en droit l'autorisation n'était pas donnée Mollien inclinait à penser' connue son subordonné, c'esta-dire qu'imc^ autorisation nouv(4le l'Empereur était nécessaire. Krusemarck. sur les instances des bancpners, la sollicita deux fois en décembre, faisant remanjuer à Maret que le nouveau prospectus était identique à celui de 1809, sauf sur un point peu important : on avait, en effet, reculé les termes fixés pour le remboursement, à raison du temps écoulé depuis cette date f/année 1811 finit sans que l'affaire fut terminée.

Mais les traités étant signés, tout s'arrang(» : le 3 mars, Krusemarck réclame encore une fois à Maret l'autorisation si souvent sollicitée; le /i , Maret écrit à sujet à Mollien; le 6, celui-ci invite Voûte à dire à la banque (jue Tautorisation est donnée; le 9,

la banque (»n est informée.

Maret à Saint-Marsan, ai octobre 1811.

MoUien à Maret, 6 novembre 1811.

ïfUne loi du 1^'^ juiilet i8of^ avait interdit à tout Hollandais la faculté d'ouvrir aucun emprunt pour l'étranger sans la permission du souverain. Un décret royal du 17 avril 1809, en confirmant cette disposition, déclara, en outre, que celui qui aurait obtenu Tagrément du souverain pour ouvrir un emprunt ne pourrait se permettre, sans ime nouvelle autorisation royale, de faire aucun changement dans les conditions primitivement réglées pour les hypothèques, les intérêts et les termes du remboursement de i'empruntw (Mollien à Maret, 1 6 novembre i8ti).

Krusemarck à Maret, i5 et 3o décembre 1811.

310 LA CONVENTION BEGUELIN

Los quatre traités et conventions signés le gZi févri(U' furent ratifiés le 5 mars.

A Berlin, le Gouvernement prussien n'en fit connaître que ce (|ui intéressait le plus Topinion publique, c'est-à-dire les dispositions financières. trNos relations avec la France, dit une note officielle de la Gazette de Berlin ^ sont maintenant fixées, et le plus parfait accord a lieu sous tous les rapports. Tous les payements en argent comptant sur le restant de la contrilnition de la dernière guerre cessent dès à présent. Les frais d'entretien de la forteresse de Glogau et de sa garnison sont désormais au compte de la France, v

En même temps que cette notification à la population prussienne, le cabinet de Berlin en faisait une tout autre au Gouvernement français.

Le lendcMuain du jour où les ratifications furent échangées, Hardenberg et Goltz, en effet, signèrent tous deux une lettre adressée à Maret, dans laquelle ils lui disaient, d'abord, combien ils se félicitaient de la conclusion de l'alliance, puis, que le roi, en témoignage de sa satisfiiction , lui envoyait les «marques^ de l'Aigle Noir et voulait offrir à Saint-Marsan une boîte avec son portrait. Leur message se terminait ainsi : tt Dès le jour même de l'arrivée du premier courrier, on a mis, de toutes parts, la main à Tœuvre pour préparer et prendre les mesures qui découlent de nos engagements. Nous y répondrons avec autant de sincérité que d'exactitude, quoique nous ne puissions pas nous cacher qu'au nombre des stipulations arrêtées, et nommément parmi celles du traité signé par M. de Beguelin. il y en a plus d'une qui est hérissée de difficultés effrayantes. Rien ne sera négligé pour les surmonter; mais si l'événement venait à prouver que la charge excédât parfois notre bonne volonté et nos facultés physiques, le roi s'en remettrait à l'équité indulgente de son puissant allié, et les moyens conciliatoires se trouveraient d'eux-mêmes, v

On ne se contenta point d'envoyer cette lettre officielle. Vingt-

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

(juatre heures après, Hardenberg écrit personnellement c\ Maret un billet dont voici la dernière phrase : J'avoue que celles (les obligations des traités) qui sont à notre cliarge, en vertu de la convention signée par M. de Beguelin, nrc^ffrayent ; mais, lorsque nous ferons tout ce qui est possible , on n'exigera point ce qui sera prouvé ne pas l'être n

La France est ainsi bien avertie que le Gouvernement prussien, dans la convention Beguelin, n'exécutera les obligations mises à sa charge que dans la mesure où il le pourra. On refaisait, ainsi, à Berlin, au lendemain de la convention du 2 4 février 181 â exactement les mêmes réticences que celles qu'on avait faites, à Kônigsberg, au lendemain de la convention du 8 septembre i8o8('^).

Le ik mars, l'Autriche signe un traité d'alliance qui l'oblige à donner à la France un secours de 3 0,0 00 hommes en cas de guerre avec la Russie; elle s'engage même à mettre en marcbe et à cantonner tout de suite les régiments qui doivent le former, çtde manière qu'à dater du i*'^ mai ils puissent, en moins de quinze jours, être réunis sur Lemberg ??. Le concours militaire de la Prusse et de l'Autriche étant ainsi assuré, on peut dire que la guerre avec la Russie a commencé.

Hardenberg à Maret , 7 mars 181 a.

Dix-huit mois après la convention du 8 septembre, Goltz, dans une note à Saint-Marsan, écrivit: w Jamais ce prince (Guillaume) n'eût signé le traité en question sans la ferme confiance que devaient lui inspirer les assurances réitérées et positives qu'il obtint que des facilités de toute espèce seraient apportées au mode de payement. Le même motif a seul pu décider le roi à une ratification illimitée.?' (Goltz à Saint-Marsan, 21 mars 1810). Ce qui signifie à peu près : si on a signé, c'est qu'on pensait ne pas exécuter.

Article 3 du Traité d'alliauce du ih mars 1812 entre la France et l'Autriche et article 9 des Articles séparés et secrets.

LA CONVENTION BEGUELIN

Tandis que Napoléon dispose ses forces militaires en territoire prussien, invite Frédéric-Guillaume à armer et approvisionner Memel, ordonne à Davout et a Oudinot de laisser des forces suffisantes à Berlin et à Magdebourg, prescrit de faire occuper Pillau par une garnison française, nomme le maréchal Victor gouverneur de Berlin, etc., les difficultés qu'annonçaient Hardenberg et Goltz s'élèvent entre l'intendance française et le gouvernement prussien au sujet de la livraison des denrées et fournitures.

Napoléon, se rendant en Russie, en fut saisi à son arrivée à Dres(l(» (17 mai 1819). Il trouve là, en effet, une lettre de Frédérir-Guillaume , avec un mémoire tendant à prouver çtque les sacrifices qu'on demande à la Prusse surpassent de beaucoup ses moyens et ses ressources», que les prétentions des autorités françaises en Prusse sont ^en opposition des traités et réduisent les habitants la famine et au désespoir ?5 Sans entrer dans les détails du mémoire, il suffit de dire que le cabinet prussien s'y plaignait de rintendant général Mathieu-Dumas pour deux raisons : la première^ c'est que celui-ci entendait bien comprendre, dans ses comptes, les fournitures extraites des magasins prussiens et les payer à la fin de la campagne', si leur valeur n'avait pas été imputée par compensation sur le reliquat de la contribution: mais il n'admettait pas que les quantités ainsi réquisitionnées vinssent en diminution des quantités à fournir par .la Prusse en vertu de la convention Beguelin. La divergence de vues portait donc ici, non sur les sommes à payer, mais sur l'importance des prestations à fournir. Le second motif de plainte était tout différent. Les fournitures dont la valeur, d'après ces traités, était imputable sur la contribution étaient celles qui avaient fait l'objet de réquisitions régulières et celles que la Prusse devait livrer en exécution de la convention; pour les autres, et en fait elles devaient être importantes, rien n'était prévu. L'administration prussienne voulait

Frédéric-Guillaume à Napoléon, 10 mai 1819.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE. 313

qu'on ies prît on compte et les payât, puisqu'elles étaient consommées par Tarmée; l'administration française, au contraire, sV opposait parce qu'aucun texte ne Ty obli^jeait. Le difï'érend entre les deux administrations portait donc ici non sur les quantités a fournir, mais sur ies sommes à payer. Tout cela rappelle les discussions entre Sack et Daru durant l'automne 1807.

Ces discussions n'étaient pas sans gravité; car, si elles avaient l'apparence de chicanes sur des textes ou sur des colonnes de chiflFres, elles portaient, au fond, sur la livraison même des subsistances indispensables à une immense armée en campagne.

Beguelin fut rendu responsable de toutes ces difficultés par son gouvernement, qui Taccusa de l'avoir induit en erreur sur la portée réelle de la convention. 11 se défendit comme il put, c'est-àdire assez maladroitement se bornant à déclarer que le soldat français n'avait le droit de ne rien prendre lui-même, qu'il devait tout recevoir des autorités prussiennes, et que tout devait être pris en compte, en vue du payement ou de l'imputation sur la contribution.

Frédéric-Guillaume qui s'en vint à Dresde, en même temps que l'Empereur d'Autriche et les rois et princes vassaux d'Allemagne^ pour saluer Napoléon, saisit l'occasion de cette rencontre poiu' faire part à celui-ci de l'interprétation abusive donnée par les autorités françaises aux traités. L'Empereur répondit par des paroles bienveillantes, mais vraisemblablement un peu vagues; d'ailleurs, si les protestations de la Prusse étaient vives, l'expression n'en

Beguelin à Hardenberg, 11 mai 1819. (Celle date me paraît douteuse; je <^ois que la date réelle est antérieure au 10 mai; Cf. Mémoire adressé, ie 10 mai, par le roi de Prusse à Napoléon , in fine).

L'Intendant général baron Mathieu Dumas a écrit dans ses Souvenirs (tome III, page : crArmé du traité relatif aux prestations exigées de la Prusse, traité que le premier ministre baron de Hardenberg trouvait inexécutable, et dont il fit devant moi de vifs reproches au commissaire prussien qui Tavait signé, j'en poursuivis l'exécution r» ' -

LA CONVENTION BEGUELIN

était pas siifïisammont précise. En vue de circonscrire ie différend, Hardenberg rédigea pour Napoléon un mémorandum où étaient rappelés les desiderata de la Prusse En tête, figurait une demande d'argent, fondée sur ce fait que, au i^** mai, son gouvernement avait déjà donné i y millions pour les dépenses faites en Prusse au profit de Tarmée française; puis, Hardenberg priait l'Empereur de favoriser les emprunts prussiens à Amsterdam, Genève, Francfort et surtout Hambourg; enfin, il sollicitait des licences d'importation. Telles étaient les trois principales demandes de la Prusse; les autres, secondaires, n'avaient pas un rapport aussi direct avec les finances du royaume

La France donna satisfaction sans délai sur le point le moins important, celui qui se rapportait aux emprunts de la Prusse à l'étranger Les recommandations nécesssaires furent faites aux agents français. Elles n'étaient d'ailleurs point indispensables. En effet, de Hambourg, l'Intendant général des Finances, (^haban, écrivit qu'il n'avait pas connaissance de l'ouverture d'un emprunt prussien sur cette place; il savait seidement que des maisons de la ville venaient d'accepter un million de marcs banco en traites tirées solidairement sur eux-mêmes par vingt négociants de Kônigsberg Le préfet du Léman répondit qu'il n'était point question d'émettre un emprunt à Genève De Francfort, d'Hédouville envoya, en ce qui concernait cette ville, pareille information. Quant à l'emprunt de Prusse et l'emprunt de la Nouvelle Marche, autorisés expressément parla France, ils étaient les seids dont on eût entendu parler a Amsterdam. D'ailleurs, ce que

Ce mémoire est daté à Dresde du mai 1813.

Ces autres demandes étaient : 1** que Napoléon donne des ordres aux généraux pour qu'ils ne gênent ni le commerce intérieur ni la navigation non prohibée; a° qu*il assure le libre commerce avec le duché de Varsovie; 3* qu'il permette de rendre publique la protection bienveillante qu'il accorde à la Prusse. W Maret à Mollien, 3o mai 1812.

(*) Ghaban à Mollien, 3 juillet 1812.

Le Préfet du Léman à Mollien, 26 juin 1812.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

Voûte, le directeur de la Caisse centrale, dit à Molli(*n de run et de l'autre, ne laissait pas beaucoup dVspoir que la Prusse trouverait de Targent dans la vieille cité hollandaise» : en effet, en ce qui concerne» l'emprunt de Prusse, au témoignage de Valckenaer, 6 à fi millions et demi de florins étaient souscrits seulement sur Sa millions offerts; or, la souscription était ouverte depuis plus de deux ans; quanta l'emprunt de la Nouvelle Marche, la banque Van Halmaël et Hagedoorn, croyait bien que ce petit emprunt provincial serait préféré par le public au gros emprunt d*Etat; mais, en attendant que cette espérance se réalisât, personne n'y souscrivait

A Dresde, Maret ne s'était pas seulement engagé vis-à-vis de la. Prusse à prôner ses emprunts, il lui avait aussi promis des licences et de Targent.

Hardenberg attendit un grand mois l'effet de cette double promesse. Ne recevant rien , il réclama a Maret, au commencement de juillet, les licences dont il avait grand besoin et l'argent auquel il avait droit Ces licences que demandait la Prusse avaient pour objet à la fois l'importation de denrées coloniales, indispensables à la consommation intérieure, et l'exportation de produits nationaux, dont la vente était nécessaire à l'acquittement des marchandises importées ; elles étaient présentées comme un remède , au moins partiel , à la détresse économique du pays. Quant aux fonds que réclamait la Prusse, c'étaient un à compte de lo millions sur le prix des fournitures de toutes sortes faites à Tarmée française, en sus de celles qui, stipulées dans la convention du 2/1 février, devaient être imputées sur la contribution. Voici d'ailleurs, en ce qui con-

Voûte à Mollien, 27 juin 1812.

^-^ Hardenberg ne se faisait pas beaucoup d'illusion sur la productivité de ces opérations de crédit : trJe tâche de faire des emprunts au dehors, écrivait-il à Maret le h juillet 1812; mais je doute que le résultat soit favorable et, dans tous les cas, que les effets en soient aussi prompts que les circonstances l'exigent.

Hardenberg à Maret, 3 et 6 juillet 1812.

LA CONVENTION BEGUELIN

cerne les prestations et fournitures , un résumé des divers états qu'Hardenberg avait annc^xé à sa demande :

1° Les fournitures prescrites par la convention du 9.4 février valaient 35,644,58i francs.

' 9" Les fournitures non stipulées étaient évaluées 5 1 ,89^^,1 10

3** Les fournitures faites en vertu de la convention du 5 novembre 1808 relative à l'entretien des routes militaires avaient déjà été admises en déduction de la contribution pour la somme de 8.000,000

I/aeompt<» de 10 millions (l(»\ail donc porter sui* les 5 1 ,899,1 t o francs de fournitures livrées directement par des particuliers aux troupes françaises, c'est-à-dire sans réquisition régulière. Hardenberg laissait, d'ailleurs, entendre, que Tépuisement des finances de la Prusse était si complet quVlb» ne pourrait plus désormais rien livrer sans argent comptant^^^

En vue d'expliquer et d(» soutenir la double demande de la Prusse relative aux licences et à l'acompte de 10 millions, Krusemarck et Beguelin furent envoyés à Wihia, où TEnq^ereur avait son quartier général. Krusemarck, qui avait aussi à surveiller l'Empereur et son entourage, partit en juillet. Beguelin n'arriva qu'en septembre; il était chargé d'exposer à \laret tout un plan de payement dont l'élément essentiel était les licences. En même temps que son plan , Beguelin apportait une lettre de Frédéric-Guillaume poiu^ Napoléon et une autre pour Maret , lequel devait en recevoir une à peu près en même temps de Krusemarck.

Je ne crois pas que la référence soit exacte; elle doit se rapporter non à la convention du o novembre 1808, mais à la convention d'*étapes du 9 a février 1809 sur les chemins militaires entre les places occupées par TEmpereur.

(2) Voir au sujet des difTicultés soulevées à propos de l'approvisionnement de Spandau deux lettres de Klewitz à l'ordonnateur Lambert et i3 juillet), une lettre de Lambert à Saint-Marsan ( 1 ^1 juillet) , enfin une lettre de Hardenberg à Saint-Marsan ( 1 7 juillet).

ET LES PAYEMENTS EN NATURE. 317

Ces trois messages sont rédiges dans le style habituel de la chancellerie prussienne, c'est-à-dire en termes un peu vagues, parmi lesquels reviennent sans cesse les mots de détresse et de fidélité ^^K Le langage de Beguchn était singulièrement plus précis. C'est seulement le 12 octobre, tandis que TEmpereur se dirigeait sur Moscou, qu'il remit son plan à Maret. Il était net. D'abord il demande un acompte, non plus de 10 millions, mais de 4o,cçvu que la contribution est acquittée en fournitures et que nous pouvons prouver qu'en outre l'entretien de l'armée française et les ré(juisitions sans nombre nous ont coûté, au plus bas prix, 60 millions??. Si Napoléon n'accepte pas de verser ces ^10 millions, Beguehn propose, suivant son hal)itude, une opération de crédit et quelques payements en nature. L'opération de crédit aurait été fort sinq3le : Napoléon aurait délivré à la Prusse des assignations sur le Trésor impérial, payabh^s en -j , ^i, (> ou 8 mois, qu'cîHe aurait fait escompter; d'autre part, en cas de besoin, la France Hin*ait remis aussi du sel et d'autres marchandises en payement. Heguelin insistait naturellement sur l'urgence d'une solution : «Je vous conjure, disait-il à Maret, de supplier Sa Majesté de nous sauver bientôt de la ruine, car il ne s'agit plus de mois, mais il s'agit dans ce besoin pressant, de jours et d'heures. S'il se trouve qu(* j'en impose à Votre Excelh^icfr, je suis prêt à perdre la \w v. Si Beguelin montrait tant d'insistance, c'était parce que le Gouvernement le lui avait recommandé, parce que sans aucun doute les finances prussiennes étaient dans une mauvaise situation, mais aussi parce que Beguelin se sentait détesté. 11 parlait même de la haine de la nation contre lui. D'après lui-même, cette haine provenait des exactions commises par les armées françaises et dont on le rendait responsable. A la vérité, on ne connaissait pas, en Prusse, les termes de la convention, et on attribuait tous les maux ([ui en découlaient ou semblaient en découler à celui qui

Frédéric-GuiJlaume II à Napoléon, a3 septembre 181a; Hardenberg à Maret, a3 septembre 1812; Krusemarck à Maret, 2g septembre 181a.

318 LA CONVENTION BEGUELIN

ravait signée. — Begueliii faisait encore deux autres demandes : d'abord, puisque la contribution était payée, que ies frais d'entretien des forteresses de l'Oder fussent à la charge de la France , ainsi qu'il avait été prévu dans la convention du fàU février; ensuite, que les routes militaires fussent détournées, car les habitants étaient dans l'impuissance de rien fournir aux troupes qui les utilisaient. En terminant, Beguelin envisageait la gravité des

conséquences qui en résulterait pour l'Etat prussien, si la France à l'avenir ne payait pas comptant ce qui lui serait livré.

Cinq jours plus tard, le 17 octobre, Beguelin renouvela ses instances auprès de îMaret. Il lui dit que la Prusse avait maintenant une créance de 6 6,813 3, 106 francs sur la France, sans compter les chevaux enlevés; que la Prusse pouvait, à la rigueur, continuer de fournir des grains, de la paille , du foin, des légumes, etc. , mais rien de ce qu'elle était obligée de payer elle-même en numéraire.

Le II novembre, Beguelin constate qu'il est toujours sans réponse et disculpe, par avance, son gouvernement, si celui-ci cesse de remplir ses engagements, à un moment où les armées françaises n'ont pas de succès : on venait d'apprendre à Wilna l'évacuation de Moscou

Maret ayant demandé à Beguelin de modifier ses propositions au sujet des licences, l'agent de la Prusse lui remit à Wilna, un nouveau mémoire, le décembre. Beguelin y maintenait sa demande d'un acompte de ào millions sur les avances faites par la Prusse, ajoutant sans, d'ailleurs, rien préciser, qu'çtune partie. . . de ces avances pourrait être compensée par les licences qu'on nous accorderait pour ce printemps prochaine. Puis il exposait quelles licences il convenait d'accorder et à quelles conditions,

De Wilna, Maret écrit à Saint-Marsan, le i3 novembre : rrJ'ai des molirb particuliers pour vous engager à user d'une grande surveillance à l'égard du gouvernement auprès duquel vous résidez. 11 est vraisemblable que de divers côtés, on se propose de faire auprès de lui des démarches sur lesquelles il convient que vous aye^ les yeux ouverts 55.

ET LES PAVEMENTS EN NATURE. 319

spécifianl tiotammenl que, sur toutes les marchandises, la Prusse prélèverait les droits continentaux suivant le tarif de Trianon, que la moitié de ces droits serait perçue pour le compte de Napoléon, mais reversée à la Prusse, à titre d'acompte sur les avances^^^

Les réclamations du Gouvernement prussien auprès du Gouvernement français étaient, en générai, immédiatement suivies par une plaidoirie, un peu vague, mais assez adroite de Saint-Marsan. Le y décembre, il écrivait à Maret : et La masse de la nation n'a pas changé d'opinion sur ies véritables intérêts du pays, mais il n'est pas douteux qu'elle est dans un état de pénurie et de souffrance et que le Gouvernement même est toujours à la veille de suspendre ses payements. On ne manquer pas de nous imput<»r cet état de choses et les malveillants en profitent pour nourrir la disposition qu'il y aurait à faire naître des mouvements, si nous

venions à essuyer des revers Quant à ce dernier objet

(l'approvisionnement), il (Hardenberg) craint les réquisitions forcées dans les Etats prussiens; il ne craint pas que les denrées manquent; mais il redoute l'exaspération publique, si on était forcé à enlever, sans payement, la seule ressource qui reste aux propriétaires . . .

Beguelin après avoir fait ces propositions, avertissait Maret (|ue inacceptation de celles qui concernaient les droits d'entrée étaient une condition sine qua non : rr Votre Excellence, écrivait-il dans son mémoire, a paru a>]^réer à Dresde ces propositions en y faisant néanmoins la restriction que la moitié du droit continental serait perçu pour le compte do la France à Té^jard des marchandises qui resteraient dans la Prusse, mais que S. M. l'Empereur retirerait le droit en entier sur les marchandises qui se rendraient en Allemagne, dont la Prusse ne percevrait qu'un droit de transit de 5 p. loo. — Or, cette condition, annulerait non seulement tout avantage, mais nous ruinerait entièrement, puisque au lieu de faire rentrer de l'argent dans notre pays, il en ferait encore sortir le peu qui y est; car, quand même S. M. l'Empereur nous laisserait sa part en compensation de nos avances, il nous la faut employer pour payer les fournisseurs et créanciers à l'étranger. Cette seule condition nous obligerait donc à renoncer à une opération qui, sans cela, pourrait nous être utile îî.

Saint-Marsan à Maret, 7 décembre 1819.

Saint-Marsan à Maret, 11 décembre 181a. -

LA GONVEISTION BEGUELIN

Pendant i[uv Beguelin chtu'chait à faire accepter par la France les réclamations de la Prusse, on apprenait le q8 octobre Tevacuation de Moscou, un mois plus tard, le désastre de la Béresina, puis commençait Thorrible et héroïque retraite de la Grande Armée.

L'heure de Néniésis avait sonné.

Le li janvier 18 i 3, le duc de Castiglion<' , ([ui résidait à Berlin, avait à dîn(*r Hardenberg, le comte de Narbonne, qui venait de recevoir Tordre de rentrera Paris , Saint-Marsan et le prince de Hatzfeld. Pendant le repas, arrive un aide-de-camp de Macdonald, envoyé par Berthier. On prend en hâte conmiunication du message qu'il apporte. Hardenberg en paraît atterré ^ dit Saint-Marsan quant aux autres convives, on imaginera leur émotion quand on saura ce qu'ils venaient d'apprendre.

Macdonald, qui connnandait Textrême gauche de la Grande Armée en marche vers l'Est, occupait la Courlande, quand le 18 décembre il reçut de Berthier l'ordre d'évacuer cette province et de se replier sur Tilsit. Cet ordre était daté h Wilna du 9 ; mais on avait eu Tinq^rudence de le confiiM* à un oUicier prussien qui avait intentionnellement i-etardé sa marche. Le maréchal commença immédiatement sa retraite sur Tilsit.

Il laissait à Tarrière-garde , pour protégef son mouvement, le général prussien Yorck, qui commandait le corps de troupe mis à la disposition de la France par la Prusse, en vertu des traités du 2/1 février 1812. Yorck se mit en marche le âo, avançant lentement vers Tauroggen, où Macdonald lui avait doiuié rendezvous.

Saint-Marsan à Maret , h janvier i8i3-^

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

Le 'j5, un petit détachement russe, commande par le général Diebitscli, s'interpose entre Macdonald et le contingent prussien. Il est aisé à Yorck d'écarter ce léger obstacle. Mais, depuis quelques semaines, le général prussien a avec les Russes on ne sait quelles communications secrètes, que Macdonald ne soupçonne point; le voici maintenant tout près d'eux et délibérant avec eux, et puisqu'il délibère, il a déjà trahi : nam qui délibérant, jam desciverunt, a écrit l'historien des bassesses de l'Empire romain

Le 3o décembre, au matin, six Allemands, dont trois n^présentent la Prusse (Yorck, Rôder et Seydlilz) et dont les trois autres représentent la Russie (Diebilsch, Glausewitz et Dolma) sont réunis dans une pièce du moulin de Poscherun, près de Tauroggen; ils n'ont point à délibérer longue?n(*nt sur l'objet de leur rencontre : tout est conv(»nu depuis la veille. Quand ils se séparent, Yorck, au nom de la Prusse, Diebilsch au nom de la Russie, ont signé une convention qui, si elle ne livre pas le contingent prussien à la Russie, le détache de l'armée française. La petite armée d'Yorck, en effet, devient neutre d'après cet arrangement; elle doit demeurer sur une portion du territoire de Prusse en attendant les instructions de Frédéric-Guillaume; en aucun cas, elle ne peut agir contre les Russes avant l'expiration d'un délai de deux mois. Si ce n'était pas une trahison, c'était une défection devant l'ennemi.

La défection d'Yorck était un événement sérieux en lui-même; comme symptôme, il était très grave, et un historien a pu, sans exagération, en dire ce que Gœthe, au soir de Valmy, dit de l'issue de la bataille dont il avait été le témoin : ce C'est une ère nouvelle qui commence??. Et, en effet, un mois plus tard (3o janvier i 8 1 3), un armistice qui ressemble beaucoup à la convention de Tauroggen, est signé à Zeycz par Anstett, pour la Russie, et par le commandant du corps autrichien, le général Schvvarzenberg, qui,

Tacite, Histoires, livre ii , chap. 77.

LA CONVENTION BEGUELIN

de même que Yorck, abandonne les armées françaises devant Tennemi; — puis, le 98 février, ie traité de Kalisch assure la coopération des armées russes et prussiennes contre Napoléon et invite l'Autriche à joindre ses forces à 'cette coalition nouvelle. — Enfin, pour en finir avec les hypocrisies qui ont duré tant d'années, la Prusse, le 16 mars, déclare la guerre k Napoléon; le principal grief qu'elle invoque est que l'Empereur ne s'acquitte point de ses dettes envers elle.

Quelle que fût la défiance que Napoléon nourrît à Tégard de la Prusse, il ne croyait point, en ces premièr(»s semaines de 181 3, a une déclaration de» grn^rre de sa part. La preuve en est que le 17 janvier, malgré la défection d'Yorck, qu'il qualifia de trahison il autorisa Valckenaer à négocier à Paris les obligations de l'emprunt de Prusse, (|ui n'avaient pas trouvé acquéreur à Amsterdam^^^. Deux mois plus tard, au milieu de mars, iVlaret et Krusemarck disputent encore sur Tapprovisionnement des places de TOder^^^ Bien mieux, la Prusse a déclaré la

10 janvier 1 8 1 3.

Au printemps 1810, c'esl-à-dire iors de l'oiiverlure de cet emprunt, Valckenaer avait demandé la permission d'en publier le propectus et d'en négocier des titres sur la place de Paris. Sa demande était demeurée sans réponse.

La France et la Prusse étant devenues alliées (février 1813) et l'Empereur ayant donné Tordre en mai suivant de protéger les emprunts prussiens émis sur le territoire de l'Empire, Valckenaer renouvela sa proposition. Mollien, en sollicitant les ordres de l'Empereur (3o septembre 1812) lui dit qu'il ne voyait aucun inconvénient à redouter dans les négociations que Valckenaer tenterait à Paris; il lui fit d'ailleurs remarquer que j)areille faveur venait d'être accordée à un emprunt du roi de Saxe. Cependant, à l'époque, aucune décision ne fut prise; Napoléon, alors en Russie, avait évidemment d'autres soucis (Mollien à Maret, 28 janvier i8i3).

C'est très probablement à la suite des conversations que Krusemarck et Hatzfeld curent à Paris avec l'Empereur, que celui-ci voulant être agréable à la Prusse , ou tout au moins lui enlever un petit grief, accorda à Valckenaer l'autorisation qu'il avait sollicitée près de trois ans plus tôt.

Krusemarck à Maret, ta mats i8i3; Maret à Krusemaick , 18 mars i8i3.

ET LES PAYEMENTS EN NATURE

guerre, et Maret, ([iii Tigiiore, prend ia peine de détailler dans une lettre à Saint-Marsan, les diverses lignes de conduite qu'elle peut suivre et les conséquences financières de son choix : alliance avec la France, neutralité, alliance avec Tennemi. Maret, naturellement, ne reconimand(» pas à Saint-Marsan, comme Champagny avait fait au début de la guerre avec TAutriche, de montrer extrêinemmt couhnit et doux envers la Prusse; mais il promet un prompt règlement de ses compti^s à condition qu'elh» demeure fidèle. Si la Prusse persistait dans Talliance, écrit-il, et si elle fournissait le contingent qu'elle doit donner en exécution des traités «S. M. ne ferait aucune difficulté d'entrer immédiatement en règlement des comptes, (jui ne devraient être faits qu'après la campagne, et de payer à la Prusse les sommes dont elle aurait besoin pour l'entretien du corps prussien. Jusque-là, il y avuait plus (jue de la simplicité à donner de l'argent à une puissance (jui fait des armements dont le motif (»t Tobjet sont douteux??. Si la Prusse, continuait Maret, optait pour la neutralité, ses n intérêts pécuniaires . . . seraient réglés après la campagne, et des commissaires seraient dès à présent nommés de part et d'autre pour en préparer le règlement ^^^?. Ces vaines considérations durent parvenir à Saint-Marsan au moment précis oii, la guerre étant déclarée, Hardenberg lui envoyait ses passeports

L'état de gu(»rre ne mit pas (in aux discussions d'argent entre la France et la Prusse; il ne fit qu'en suspendre le cours.

Pour qu'(dles fussent reprises, — et elles ne le furent (|ue treize mois plus tard, — il fallait, d'abord, que l'Europe toute entière, coalisée contre la France, effaçât à Leipzig (i 6-1 9 octobre 181 3) l'effet des défaites c[u'elle venait de subir à Weissenfels et

Maret à Saint-Marsan , 18 mars i8i3.

Hardenberg Kemit à Saint-Marsan ses passeports le 7 mars.

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