AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Décret du 5 février 1810, accordant à M, de Sassenay un traitement de 6,000 francs^ à partir du 1" mai 1808. —(Espagne, t. DCLXXXI,fol. 119.)
Au palais des Tuileries, le 5 février 1810.
Napoléon, etc.
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Art. P'. II est accordé au sieur Bernard de Sassenay, chargé de mission à Buenos-Ayres, un traitement annuel de 6,000 francs. — Art. 2. Ce traitement commencera à courir à dater du 1*' mai 1808. — Art. 3. Notre ministre des relations extérieures est chargé de l'exécution du présent décret.
Signé : Napoléon.
Par l'Empereur :
Le Ministre, secrétaire d'État.
Signé : Le duc de Bassano.
Lettre du ministre des relations extérieures du 8 février 1810, annonçant à madame de Sassenay que l'Empereur a accordé à son mari un traitement de 6^000 francs et à elle-même une gratification de ^{^fi^S^ francs pour son voyage, — (Espagne, t. DCLXXXI, fol. 128.)
Madame,
S. M. l'Empereur et Roi a daigné avoir égarJ aux demandes que vous lui avez adressées. Elle a accordé à M. de Sassenay, votre mari, chargé de mission à Buenos-Ayres, un traitement annuel de 6,000 francs, à compter du l*"" mai 1808, et elle vous a accordé. Madame, une gratification de 20,000 francs qui vous sera remise sur les fonds de mon ministère.
Ce témoignage des bontés de Sa Majesté sera^ pour M. de Sassenay, un adoucissement à sa position; je désire qu'il puisse bientôt jouir de vos soins et que le voyage que vous vous proposez de faire pour aller partager son sort ou pour le changer soit complètement heureux.
Agréez, Madame, les assurances de mon respect.
Rapport de M. de Sassenay au ministre des relations extérieures sur sa mission à Buenos-Ayres, en date du 23 mai 1810. — (Espag^ne, t. DCLXXXII, fol. 213.)
Séville, le 23 mai 1810.
Enfin, après ving^t et un mois d'une dure captivité, je puis annoncer à Votre Excellence que j'ai eu le bonheur d'échapper le 16 de ce mois, des mains barbares entre lesquelles j'avais eu le malheur de tomber.
Le ponton la Castille sur lequel j'ai été conduit, après une longue suite de mauvais traitements en Amérique, dont je supprime, pour le moment, les détails, a été, après avoir coupé ses câbles, s'échouer sous les batteries du Matta-Gorda, dans la baie de Cadix, d'où, avec leur protection et à l'aide des barques envoyées par les Français, tous les prisonniers, à un très petit nombre près, ont été sauvés.
Je n'entre dans aucuns détails sur cet heureux événement, parce que la relation exacte en sera publiée et envoyée à S. M. l'Empereur et qu'ainsi «lie vous sera communiquée.
Je vais maintenant, ce qui m'a été impossible
jusqu'à ce moment, rendre compte à Votre Excellence de la mission dont elle m'a chargée au nom de S. M. l'Empereur.
Je me suis embarqué à Bayonne, comme Votre Excellence peut s'en rappeler, le 30 de mai 1808, et, quoique le Consolateur marchât assez bien, ayant eu des vents contraires dans la baie de Biscaye et ayant surtout rencontré des vents du sud par les neuf degrés et demi nord, notre traversée jusqu'à Maldonado a été de soixante-dix jours *, c'est le 9 d'août 1808 que j'ai été mis à terre; le brick ayant remis à la voile pour se rendre à Montevideo, a été poursuivi par deux vaisseaux an(;Iais et par ses chaloupes, ce qui a obligée le commandant à s'échouer entre Maldonado et Montevideo pour éviter de tomber entre les mains des Angolais; l'équipag^e a été sauvé et le bâtiment inutilisé; le commandant, qui est aussi du nombre des sauvés du ponton, en a fait dresser un procès-verbal qu'il aura l'honneur de communiquer à Votre Excellence ainsi qu'au ministre de la marine.
Ayant donc été débarqué le 9 août 1808, à Maldonado, j'en partis le même jour, à cheval, pour me rendre à Montevideo où j'arrivais le lendemain, il y a trente lieues de pays. J'y fus reçu par le gouverneur avec assez d'égards, quoiqu'il ne me dissimulât cependant point combien il était affligé des événements passés à Bayonne. Quelque chose
qui me donna d'abord mauvaise opinion du succès de ma mission, fut de trouver tout disposé pour prêter le serment de fidélité à Ferdinand, et observant au gouverneur qu'il devrait trouver le moyen de suspendre cette fonction jusqu'à ce qu'il connût la détermination du ^gouvernement de Buenos- Ayres relativement aux dépêches dont j'étais chargée et dont j'ig^norais le contenu, mais qui, suivant ce que je supposais, devaient porter des ordres relatifs à ces mêmes événements et, par conséquent, rendre le serment inutile; il me répondit qu'il n'en était pas le maître, que cela causerait une fermentation dangereuse, et me donna à entendre que je ferais mieux de ne pas continuer ma route jusqu'à Buenos-Ayres, où le général Linicrs, qui n'était environné que de troupes des gens du pays, n'avait que peu d'influence et ne pourrait me protéger au cas que la nouvelle que j'apportais excitât un soulèvement. Je lui observai que mes ordres étaient de remettre mes dépêches au vice-roi, que je ne pouvais m'en dispenser et que je le priais de me donner les moyens de m'y transporter, ce à quoi il consentit, et je partis de Montevideo le 11 août, escorté d'un officier, et j'arrivai le lendemain au soir à la colonie du Saint-Sacrement, distante de quarante-quatre lieues de Montevideo; je m'y embarquai immédiatement et le lendemain matin j'étais rendu à Buenos-Ayres. Le vice-roi, par des
mesures de prudence et pour éviter toute apparence de connivence avec le g^ouvernement français, ne me reçut pas seul, et fit venir, pour l'ouverture des dépêches, les membres de la Junta supérieure, et ce fut en leur présence qu'elles furent lues. Quand ils en eurent pris connaissance, il me fut répondu qu'on ne voulait point absolument d'autre roi que Fernando sepv. Plusieurs d'entre les membres étaient d'avis qu'on prît des mesures violentes contre moi et qu'on s'assurât de ma personne, mais enfin la détermination qui prévalut fut de ino faire embarquer immédiatement pour Montevideo où l'on m'enverrait la contestation officielle et où l'on me procurerait le plus tôt possible un bâtiment pour retourner en Europe avec les officiers du bâtiment qui m'avait apporté, et que je devais Icni donner ma parole d'honneur de ne rien dire des événements qui avaient été le sujet de ma mission. Avant de m'embarquer j'eus cependant occasion de voir en particulier M. de Liniers ; il s'excusa (je crois sincèrement) sur la manière dont il m'avait reçu, me disant que sa position l'exig^eait, qu'il n'avait point de troupes réglées, que son autorité ne consistait que dans l'opinion et que tout l'attachement qu'on avait pour lui tomberait du moment qu'il s'écarterait de ce qui semblait le vœu général. Ce qui me convainquit encore plus de cette assertion fut la dépendance dans laquelle je vis qu'il était du cabildo ou
corps iiiuaîcipal, pour avoir deTarg^eat pour payer ses troupes. Il m'assura qu'il ne demandait pas mieux que de voir chang^er un ^gouvernement qui n'avait pas été reconnaissant envers lui pour les services qu'il lui avait rendus, puisqu'on l'avait laissé vice-roi par intérim au lieu de lui en confirmer la propriété, mais qu'il fallait ag^ir avec prudence et attendre que les circonstances lui permissent de se prononcer; que jusque-là il temporiserait ; qu'il me procurerait les moyens de m'en retourner immédiatement afin de rendre compte de sa situation et taire en sorte qu'on lui envoyât quelque secours diiommes et d'armes dont il manquait, et qu'alors il pourrait réussir dans ce qu'il désirait ; que son intérêt et la haute estime qu'il avait pour l'Empereur l'attachait davantag^e à la nouvelle dynastie avec laquelle son sort serait fixé, au lieu de l'état d'incertitude dans laquelle il vivait. Je suis donc persuadé que s'il avait eu des moyens ou peut-être plus d'audace, et que j'eusse pu retourner en Europe, les événements eussent pris un autre cours. La proclamation qu'il fit après mon arrivée où il eng;ag^eait les peuples à la tranquillité et à attendre, comme dans la (j^uerre de Succession, la suite des événements, prouve d'une manière irrévocable que ses intentions étaient de servir l'Empereur, mais qu'il en a été empêché par les circonstances.
Je passai toute la nuit avec lui et le lendemain, 14 août, je m'embarquai pour Montevideo où j'arrivai le 19 au soir; une goélette arrivée de Cadix en cinquante jours venait d'y mouiller et portait, avec la nouvelle de la guerre entre l'Espagne et la France, l'ordre d'arrêter tous les Français. Je fus, en coriséquence, mis à la citadelle seul et sans communication, dans une espèce de cachot, où je suis resté, abreuvé de toutes les amertumes possibles. J'y ai été en tout seize mois; mais voyant au bout de dix que j'étais sans espoir de sortir de ma prison, je cherchai les moyens de m'évader et j'y parvins; malheureusement je fus repris, mis aux fers que j'ai gardés cinq mois et j'ai été traité avec toute la barbarie qui appartient sans partage à la nation espagnole et dont le gouverneur de Montevideo est un digne chef. Je fus dépouillé de tout l'argent que j'avais, et ayant été conduit à Buenos- Ayres pour le conseil de guerre qui fut tenu au sujet de mon évasion, je trouvai le moyen de me procurer 400 piastres que je tirai sur les États-Unis et que j'ai aussi perdues.
Ainsi, comme peut le voir V. E., ma mission a été sans succès et j'ai fait pour moi de mauvaises affaires. Cela n'a pas été de ma faute et j'espère en convaincre encore mieux Votre Excellence lorsque j'aurai l'honneur de la voir.
Je vais m'acheminer vers la France, satisfait de
quitter un pays que j'ai en horreur ainsi que ses habitants. Si V. E. avait quelques ordres à me donner, elle pourrait me les transmettre à Bayonne où, suivant toutes les apparences, je ne pourrai guères ariver que dans deux mois parce qu'il faut marcher en convoi.
Ma femme a été en Ang^leterre pour trouver le moyen de me faire échang^er; comme elle n'aura pu y aller sans votre protection, je vous supplie de lui faire parvenir la lettre ci-incluse, ainsi que les passeports nécessaires pour son retour. V. E. concevra facilement combien je désire retrouver une compagne aussi digne d'attachement, après une aussi longue et cruelle séparation.
Je prie Votre Excellence d'agréer les assurances des sentiments d'estime et d'affection avec lesquels j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le très humble et très obéFssant serviteur.
Signé : Sassenay.
Lettre du ministre des relations extérieures à M. de Moustier^ commissaire français chargé de négocier, avec M. Mackenzie, commissaire anglais^ un échange général de prisonniers de guerre^ pour faire parvenir à madame de Sasseriay une lettre
de son mari et faciliter son retour en France, — (Espagne, t. DGLXXXII, fol. 349.)
27 juin 1810.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous envoyer une lettre adressée à Mme de Sassenay à Londres, par son mari qui se trouve actuellement à Scville.
M. de Sassenay était parti de Bayonne le 30 mai 1808 avec une mission pour Buenos-Ayres. Après l'avoir remplie, il se disposait à s'embarquer à Montevideo pour retourner en Europe, lorsqu'il fut arrêté et constitué prisonnier. Sa détention y a duré seize mois. On le transféra ensuite dans la baie de Cadix et on l'y garda avec d'autres prisonniers français à bord du ponton la Castllle. Vous connaissez de quelle manière les prisonniers détenus sur ce ponton ont recouvré leur liberté le 16 mai dernier. M. de Sassenay sauvé avec eux se propose de revenir incessamment en France.
Quelques mois avant cet événement, Mme de Sassenay ne recevant de son mari aucune nouvelle et le croyant toujours détenu à Montevideo, avait formé le touchant projet d'aller solliciter elle-même sa mise en liberté ou de partager son sort. Elle obtint, pour-son voyage, l'autorisation du gouvernement français, et elle s'embarqua pour l'Angle-
terre d'où elle se proposait de passer en Amérique, mais il y a lieu de croire qu'elle est encore à Londres.
Je vous prie, Monsieur, de lui faire parvenir la lettre qui lui est adressée et de demander à M. Mackenzie qu'il lui soit donné des facilités pour revenir en France. On pourrait profiter, pour son retour, de l'expédition du premier bâtiment parlementaire.
J'ai cru devoir. Monsieur, vous donner tous ces détails parce qu'en faisant mieux connaître la situation de Mme de Sassenay, ils sont propres à inspirer plus d'intérêt en sa faveur.
Agréez, Monsieur, les assurances de ma parfaite considération.
Lettre du ministre des relations extérieures à M, de Sassenay^ du 3 juillet 1810. — (Espagne, t. DGLXXXIII, fol. 7.)
Monsieur,
La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser de Séville le 23 mai dernier, a mis un terme à mes vives inquiétudes sur votre position, et elle m'a fait espérer que nous vous re verrions
bientôt. Je me suis empressé d'envoyer au commissaire français la lettre que vous m'avez adressée pour Mme de Sassenay, et je l'ai invité à faire des démarches pour lui procurer la facilité de revenir d'Angleterre en France.
Vous êtes, sans doute, informé de tout l'intérêt que le gouvernement avait pris à votre sort longtemps avant qu'il apprit votre retour en Europe. 11 vous avait accordé, à dater du !•' mai 1808, époque de la mission que vous alliez remplir à Buenos- Ayres, un traitement annuel de 6,000 francs, et il avait fait remettre à Mme de Sassenay d'autres témoignages de sa bienveillance, afin de lui procurer les moyens de se rendre auprès de vous suivant le projet que sa tendresse et son courage lui avaient inspiré.
J'ai lu, avec intérêt, les touchants détails que vous m'avez adressés sur les circonstances de votre mission; si elle n'a pas été plus heureuse, vous avez du moins pu être soutenu par l'idée que votre dévouement était remarqué de Sa Majesté; qu'il pouvait être utile à son service; que Sa Majesté vous avait honoré de sa confiance.
Agréez, Monsieur, les assurances de ma parfaite considération.
Lettre en date du hjidllet 1810 c/d M, de Moitstier au ministre des relations extérieures. — (Angleterre, t. DGIV, fol. 121.)
Monseigneur,
J'ai remis à M. Mackenzie la lettre pour Mme de Sasseiiay qui était jointe à celle que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 27 juin.
Cette lettre est partie hier pour Londres par un parlementaire que M. Mackenzie a réexpédié, car d'après la manière dont il m'a paru touché de la situation intéressante de Mme de Sassenay, je ne puis douter qu'il n'ait fait, à ma demande, les démarches nécessaires pour obtenir son passage sur le prochain parlementaire qui, suivant toute apparence, sera ici dans une quinzaine de jours.
Je suis, avec un respectueux dévouement. Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
Signé : Moustier.
Lettre du ministre des relations extérieures au directeur de la poste à Bayonne. — (Espagne, t. DCLXXXIII, fol. 10.)
4 juillet 1810.
Le ministre des relations extérieures a rhonneur d'envoyer à M. le directeur de la poste à Bayonne, une lettre qu'il adresse à M. de Sassenay, l'un des prisonniers français qui étaient détenus sur le ponton la Castille et quisont parvenus à recouvrer leur liberté. M. de Sassenay a dû partir de Séville il y a quelque temps, et il est probablement arrivé à Bayonne.
Le ministre prie monsieur le directeur de vouloir bien lui faire remettre cette lettre ou de la renvoyer au ministère dans le cas où il serait déjà parti de cette ville pour se rendre à Paris.
Il le prie d'ag^réer les assurances de sa parfaite considération.
Reçu la lettre ci-dessus mentionnée,
B. DE Sassenay.
Le 21 juillet.