DE LA MARINE
(Campagnes de 1808. — 14-BB^-275. — Bâtiments isolés.
— Missions particulières.)
Rapport du lieutenant Dauriac au ministre de la. marine, sur le voyage du Consolateur de Bayonne au Rio de ta PLata,
20 juillet 1810.
Monseigneur,
Je partis du port de Bayonne le 30 de mai 1808, commandant le brick de S. M. I. et R. /a Consolateur. Ma destination fut de conduire à Montevideo, rivière de la Plata, M. B**. Sassenay, chargé d'une mission près du vice- roi de ce royaume.
Je parvins, le 9 août 1808, à débarquer au port de Maldonado, rivière de la Plata, M. de Sassenay avec ses dépêches, comme Son Excellence le verra
par le procès-verbal de la perte du bâtiment que je commandais que j'ai l'honneur d'adresser à votre Excellence, ayant resté cinq jours dans la rivière sans avoir pu atteindre le port de Montevideo par la contrariété du temps.
Je fus forcé de perdre mon bâtiment le 10 août, qui fut crevé un instant après avoir fait côte. Je n'y mis pas le feu dans l'espoir de sauver les fusils que j'avais pour cette colonie qui s'en trouvait totalement dépourvue. Je parvins d'en sauver 400 sur 600, car les Anglais n'ont rien enlevé, quand ils sont allés à bord, que la boisson.
Le 11 août, M. le gouverneur de Montevideo m'expédia un aide de camp pour m'offrir ses services en m'ençageant à me rendre à Montevideo, ce que je n'ai fait que neuf jours après, ayant occupé mon équipage et des corvées espagnoles au sauvetage des effets et armes du Con^o/afeur; des charrettes me furent fournies pour conduire à Montevideo tout ce que nous parviendrions à sauver. Le 18 août, je me mis en marche pour Montevideo avec mon équipage qui s'était en partie blessé au sauvetage et que la fatigue avait rendu malade, mon second resta à continuer le sauvetage avec des corvées espagnoles.
Le 19 août, arrivé à la Guadia, sous les murs de Montevideo, je fus conduit dans une maison particulière par un adjudant de la place, où il établit une garde de douze soldats, sans me dire quel en était
le sujet. Un instant après on conduisit M. de Sassenay qui revenait de Buenos- Ayres pour conférer avec moi. Il m'annonça que le 18 qu'une goélette arrivée de Cadix avait annoncé la guerre entre la France et l'Espagne, et que nous étions considérés, à compter de ce jour, comme prisonniers de guerre; le même jour on conduisît M. de Sassenay à la citadelle de Montevideo, où il fut renfermé et incommuniquable.
Mon équipage qui arriva le lendemain fut conduit dans une maison d'arrêt, hors la ville, où ils furent maltraités ; mon état-major vint me trouver dans la maison où on m'avait conduit où nous restâmes jusqu'au 25 septembre qu'on nous envoya à vingt lieues dans les terres et quinze jours après cent lieues plus loin, jusqu'au moment où on nous renvoya à Montevideo pour y être embarqués pour l'Espagne avec M. de Sassenay et mon état-major. Le 6 décembre dernier, M. de Sassenay et mon second partirent pour Cadix, et le 18 janvier, M. Alexandre Castagnier et moi furent embarqués sur une goélette qui y arriva le 1" mai. Le 2, nous fûmes conduits à bord du ponton la CastiUe sur la rade de Cadix qui, le 15 du même mois, fut enlevé par les prisonniers comme j'ai eu l'honneur de vous en instruire le 17 mai dernier du port Sainte-Marie.
Dans le courant de la traversée, j'ai eu le malheur de perdre mon maître d'équipage.
Je désire, Monseigneur, que mon rapport puisse vous être açréable.
J'ai l'honneur d'être de V. E., Monseigneur, etc.
Dauriag,
Lieutenant de vaisseau.
Extrait du procès-verbal de la perte du brick
le Consolateur.
Nous, capitaine et officiers, composant l'état-major, chargés du brick de S. M. I et R. fe Consolateur^ armé d'une pièce de 16 en bronze sur pivot, deux canons de 4, quatre pierriers, fusils, sabres, haches d'armes et pistolets.
Certifions qu'étant partis du port de Bayonnc le 30 mai 1808, pour Montevideo, rivière de la Plata, y conduire M. de Sassenay chargé des dépêches pour le Gouvernement espagnol; que nous parvînmes le 9 août à huit heures et demie du matin avec les vents de la partie de l'ouest, au mouillage de Maldonado, à la demande de M. de Sassenay (que le capitaine avait ordre de consentir à son débarquement conformément à ses instructions), après avoir été retenus pendant cinq jours dans la rivière de la Plata, sans avoir pu gagner le port de Monté-
video, qu'à l'instant où on levait les voiles sur les fils de carrets, on aperçut deux bâtiments dans l'est-sud-est du compas, distance environ quatre lieues tenant le vent, mis le canot à la mer et fait déjeuner le monde.
A neuf heures et demie, fait mettre à terre M. de Sassenay et envoyé M. Castagnier, ensei(];ne de vaisseau, au vil]a(][e de Maldonado, qui est à une demi-lieue du rivage, pour demander au commandant un pratique de la côte pour nous conduire à Montevideo... afin de mieux naviguer...
...Â. midi, nous réconnûmes les voiles aperçues pour deux bâtiments de guerre au moins frégates, courant bord sur bord, travaillé à force à nous mettre en appareillajge. A une heure, M. Gastagnier est revenu à bord avec un pratique de la côte. Il prévint le capitaine que le commandant de Maldonado lui avait dit que les voiliers en vue étaient deux vaisseaux anglais, un de quatre-vingts, l'autre de soixante-quatorze canons, qui étaient à la recherche d'un bâtiment français qu'ils savaient venir porter des armes aux Espagnols d'après le rapport d'un Portugais...