‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 107 sur 221 · LE CHANCELIER · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER

bien que le grand-maître de son Université servait une autre politique que la sienne. Pourquoi donc supportat-il cette défection? Pourquoi ne révoqua-t-il pas Fontanes de ses fonctions? Peut-être répugna-t-il à avouer ainsi publiquement qu'il s'était trompé sur l'homme en qui il avait mis toute sa confiance, à qui, seul dans l'empire, il avait confié un pouvoir presque indépendant. Il est plus probable quil chercha à s'illusionner, tant Fontanes lui plaisait par son esprit et sa grâce. Il se dit peut-être qu'en le surveillant il le rendrait inoffensif; il se dit peut-être qu'il le ramènerait par son amitié, ses coquetteries, sa gloire. Il semble qu'il aimât Fontanes, qu'avec lui, malgré quelques accès de colère, il fût en état de débonnaireté. 11 fallait que Fontanes eût vraiment beaucoup d'art et beaucoup de charme pour maintenir Napoléon, déçu, contrarié, à demi trahi, dans un Ici état. 11 fallait que Nai)oléon, tout rude qu'on le montre, eût une sensibilité plus délicate, des goûts plus raffinés qu'on ne le dit pour qu'il prît un tel plaisir au manège et au jeu de ce virtuose équivoque, au point de ne pouvoir plus se passer de sa société. En tout cas, c'est sa complaisance pour Fontanes qui fut en partie cause que l'Université impériale ne réussit pas tout à fait selon son dessein.

En même temps quil nomma le grand-maître, le même jour, Napoléon nomma le chancelier et le trésorier de l'Université.

Le chancelier fut un prêtre, M. de Villaret, ancien constituant (député du clergé de la sénéchaussée de Clermont), qui avait refusé de prêter le serment, et

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qui, après le concordat, fut nommé à Tévêché d'Amiens, d'où il passa au siège de Casai, département de Marengo. Il fut créé baron de TEmpire le 28 mai 1809. Comment s"acquitta-t-il de ses fonctions, purement honorifiques? Je n'ai trouvé aucun renseignement à ce sujet. On voit seulement, par VAlmanacIi de VUniversilé, que ses bureaux étaient ainsi composés : « M. de Saint- Geyrat, secrétaire de la chancellerie et garde du sceau; M. de Renty, garde des archives ; M. Ducler, secrétaireadjoint ». Ce qu'on peut supposer, c'est que, placé à côté de Fontanes, cet ex-réfractaire, comme on disait alors (qui cependant ne semble pas avoir émigré), ne put que l'encourager dans son zèle pour l'Église catholique et dans son indulgence pour l'enseignement privé. II y a cependant une circonstance où on le voit jouer, à propos des rapports de l'Université et du clergé, mais en dehors de ses attributions, un rôle assez important. C'est quand, aux premiers temps du régime, il fut chargé de demander aux évéques des renseignements sur les professeurs. Au début de sa circulaire, il leur lit remarquer que « Sa Majesté, en confiant à un évèque la place de chancelier de l'Université, a eu principalement en vue la fidèle exécution de l'article du décret qui donne pour première base à l'enseignement public les préceptes de la religion catholique, et qui prescrit aux membres de l'Université l'obéissance aux statuts qui tendent à former pour 1 État des citoyens attachés à leur religion, h. leur prince, à leur famille ». Et il leur demanda de le mettre à môme « de donner des renseignements exacts à M. le grand-maître de l'Université sur le mérite des sujets qui sont chargés des diverses parties de l'instruction publique ' ». 1. Amhroisc Rendu, par Eugène Rendu, p. 38.

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