‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 16 sur 221 · Chabot et Charlély, p · texte numérisé non relu

Chabot et Charlély, p

et déjà illustres. U*y avait aussi trois écoles de santé, Tune à Paris, l'autre à Montpellier, la troisième à Strasbourg. L'enseignement scientifique de la médecine était fondé, surtout à Paris i. Mais, la profession de médecin étant devenue libre comme les autres, il y avait des abus et des doléances.

En dehors de ces écoles spéciales ou de service public il existait plusieurs établissements d'enseignement supérieur, placés sous l'autorité du ministre de l'Intérieur : les Universités de Turin et de Gênes, qui avaient conservé, ou à peu près, leur ancienne constitution, les écoles de pharmacie de Paris, Montpellier et Strasbourg, le Bureau des longitudes, l'Observatoire, l'école de peinture, sculpture et architecture, enfin le Collège de France, où s'était trouvée appliquée depuis longtemps l'idée des universités encyclopédiques.

Pendant toute la durée de la Révolution, le Collège de France, dont les professeurs étaient payés par la nation (loi du 8 mars 1793), n'avait cessé de fonctionner, avec la faveur marquée du gouvernement et aussi de l'opinion; mais il n'avait pas d'étudiants, et "ses cours n'étaient guère suivis que par des gens du monde et des étrangers.

11 comptait, sous le Consulat, dix-sept chaires, représentant les principales parties du savoir. C'étaient des professeurs distingués. Ainsi [Almanach national de l'an IX) Lalande y professait l'astronomie; Cuvier, l'histoire naturelle; Corvisart, la médecine pratique;

1. Pour cette question et pour tout ce qui concerne l'tiistoire de l'enseignement supérieur en Franco, voir le livre si intéressant de M. Ijiard, L'Enseignement supérieur en France, Paris, 1888-18!)i, 2 vol. in-8.

1 ex-conventionnel Dupuis, l'éloquence latine; Texalibé de Cournand, la littérature française.

Voilà l'enseignement d'État.

Il y avait aussi deux établissements d'enseignement supérieur privé, sortes d'universités li!)res, le lycée de Paris et le lycée des x\.rts.

Le lycée de Paris, fondé en i781 par Pilâtre de Piozier, sous le patronage du roi et du comte de Provence, rue Sainte-Avoye, s'était appelé d'abord Musée de Monsieur. C'était, à l'origine, une espèce d'écolo pratique des sciences ou de conservatoire des arts et métiers, selon les idées de Diderot et de l'Encyclopédie. En 1785, à la mort de son fondateur, il prit le nom de lycée, se transporta rue de Valois et s'adjoignit un cours d'histoire fait par Garât et un cours de littérature fait par La Harpe. Au début de la Révolution, il y avait là un enseignement encyclopédique, dont les professeurs étaient La Harpe, Garât, Sue, Fourcroy, Deparcieux, Delacroix. Condorcet et l'abbé Delille y faisaient des lectures. En 1792, ce fut le Lycée républicain, et La Harpe y professa, coifîé, dit-on, du bonnet rouge. Plus tard, en l'an III et en l'an IV, converti, il y attaqua furieusement la philosophie et la Révolution. Mais, au même moment, deux hommes qui avaient joué un rôle dans la république démocratique, Hassenfratz et Fourcroy, y professaient. En l'an X, au moment de la création des lycées, il dut changer son nom en celui d'Athénée, devint l'Athénée royal après 1814 et subsista jusqu'en 1849. C'était une société payante (quatre louis par an), à la fois club et université.

Le lycée des Arts, fondé en 1792 par Désaudrai, dans le cirque du Palais-Royal (gratuit d'abord, il ne

devint payant qiren l'an III), avait le même programme encyclopédique et en partie les mêmes professeurs, mais, en plus, des savants comme Berlhollet, Daubenton, Jussieu, Vicq-d'Azyr. Il différait du lycée de Paris en ce qu'il était surtout une école d'application, avec des cours dialogues, sortes de conférences d'exercices pratiques, et des bourses de voyage aux étudiants. En l'an VII, après lincendie du cirque, le lycée des Arts disparut, puis reparut amoindri sous le Consulat, prit le nom dWthénée des Arts en Tan X, et survécut, obscur, changeant, et sous des formes qui n'avaient plus rien de scientifique, jusqu'en 1869 '.

Au-dessus de tous les établissements d'instruction publique, la loi du 3 brumaire an IV avait placé un « Institut national des sciences et des arts », dont le nom rappelait les idées de Condorcet. Cet Institut semblait devoir être le cadre même de l'éducation nationale, où se seraient fondues les anciennes universités, de même que les provinces avaient disparu dans la France.

Dans le plan de Condorcet, la « Société nationale des sciences et des arts » était l'établissement d'instruction publique auquel aboutissaient et duquel dépendaient tous les autres. Cette société enseignait elle-même par la diffusion des découvertes, et elle dirigeait tout l'enseignement national, en nommant les professeurs, en approuvant les programmes, etc. Cétait bien l'Encyclopédie vivante, la science organisée en son unité et sa diversité.

1. M. Cil. Dpjob a raconté en détail l'histoire de ces deux lycées dans son livre : L'instruction publique en France et en halle, Paris, s. d., in-18.

Ce caractère se retrouva en partie dans Tlnstitut, tel qu'il fut créé.

Dans son rapport du 27 vendémiaire an IV, Daunou disait : « Cet Institut raccordera toutes les branches de l'instruction; il leur imprimera la seule unité qui ne contrisle pas le génie, et qui n'en ralentisse pas lessor; il manifestera toutes les découvertes... Là. (les mains habiles diviseront, répandi'ont, renverront partout ces trésors de science, de lumière... » Oui, mais Daunou disait aussi qu'il s'agissait (' d'effacer en splendeurs toutes les académies des rois ». " Ce sera en quelque sorte l'abrégé du monde savant, le Corps représentatif de la république des lettres, l'honorable but de toutes les ambitions de la science ou du talent, la plus magnifique récompense des grands efforts et des grands succès; les portes, toujours fermées à l'intrigue, ne s'ouvriront qu'au bruit d'une juste renommée. ')

École ou salon? Les deux à la fois, au début. Mais le salon l'emporta bientôt sur l'école et finit par l'absorber. L'activité de l'Institut se dépensa surtout en séances d'apparat, en distribution de couronnes, en discours, en scrutins, Il sortit de là des travaux, des mémoires utiles; mais ce ne furent pas, en général, œuvres collectives.

Le nouvel Institut fut, au début, très national, en ce qu'il réunit vraiment tous les Français d'alors distingués par leur savoir et leur mérite. Au début aussi il fut animé d'un esprit à la fois républicain et philosophique. Peu à peu l'ancien esprit académique, antidémocratique, catholique s'y éveilla, mais seulement ou surtout dans la classe de littérature et beaux-arts,

avec une tendance à reconstituer lancienne Académie française i.

Tout au contraire, la classe des sciences morales et politiques forma un groupe d"hommes animés de la pensée du siècle, libres penseurs, républicains libéraux, « idéologues », et, en l'an X, on voyait parmi eux Volney, Garât, Gingucné, Destutt de Tracy, Cabanis, Naigeon, Sieyès.

Favorables d'abord au coup dÉtat du 18 brumaire, ils se tournèrent contre Bonaparte à l'occasion du Concordat et du Consulat à la vie. Cette classe des sciences morales et politiques fui dès lors un salon d'opposition. Bonaparte le fermera bienttM.

Sous le Consulat, comme sous le Directoire, les divers établissements d'instruction étaient, plus ou moins formellement, placés sous l'autorité du ministre de l'Intérieur. Cette autorité s'était exercée, de l'an IV à l'an VI, par l'intermédiaire d'un directeur général, qui fut Ginguené. En l'an VII, Jacquemont succéda à Ginguené, mais sans avoir le titre de directeur général ^. En l'an IX, à la place de Jacquemont, c'est l'ex-abbé Dumouchel, ancien recteur de l'Université de Paris, ancien constituant, ancien évéque constitutionnel du Gard, avec le titre de chef de bureau. Dans YAlmanach national de l'an X, l'instruction publique forme, avec les beaux-arts et les

1. Sur ces projets, voir surtout Ainbroise Rendu cl l'Université de France, par Eugène Rendu, p. 9.

2. Dans rAlmanacli de l'an Vlll, il a le litre de elief du bureau de l'instruction publique.

théàlres ', la quatrième division de Fliitérieur, avec le poète Ariiault pour chel' (Dumouchel reste chef de bureau et garde cette Ibnction jusqu'en 1814). Le 21 ventôse an X, le conseiller d'Etat Rcederer est chargé de diriger l'instruction publique, et, le 27 fructidor suivant, Fourcroy le remplace-, Arnault restant chef de division sous Fourcroy comme sous Rœderer.

Quel était, sous le Consulat, avant la loi du 11 tloréal an X, le budget de l'instruction publique?

En l'an VIII, en l'an IV et en lan X les budgets sont encore incertains et n'ont laissé que des traces confuses. Voici un « tableau de la dépense de l'instruction publique ^ », sans date, mais probablement de l'an X, qui, pour toutes les dépenses de Tinstruction publique (y compris les écoles centrales, dépense départementale), donne un total de 6 120 332 francs. Mais on s'aperçoit, à y regarder de près, que ce n'est là qu'un projet.

La seule indication d'ensemble que nous ayons est dans le premier discours que Fourcroy prononça devant le Corps législatif pour défendre, en l'an X, le nouveau projet de loi. Évaluant à 7 310 000 francs les dépenses futures de l'instruction publique, il dit qu'elles excéderont « de près de deux millions les dépenses attribuées à cette partie de l'administration dans les dernières années ♦ '>.

Environ cinq millions et demi, voilà donc à quoi se montaient, dans le budget de l'État, les dépenses pour l'instruction publique vers 1802.

1. Amaury Duval était ctief du bureau des beaux-arls; Campenon, chef du bureau des théàlres.

2. Il a « la direction et surveillance de toute la partie d'instruction publique ». (Almanach national de l'an XI.)

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