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340 ENSEIGNEMENT STPERIEUR
la géographie ancienne et la géographie moderne.
A Paris, établies près du lycée Impérial (Louis-le- Grand), c"est seulement le 17 avril 1811 que les nouvelles facultés : théologie, sciences, lettres, furent installées, toutes trois dans les salles de l'ancien collège du Plessis, rue Saint-Jacques. On a le procès verbal de cette cérémonie dans VAlmanach de l'Université de 1812. On y voit que « les Facultés de droit et de médecine assistèrent, par députation, à cette cérémonie, pour laquelle étaient rassemblés les élèves des classes supérieures des lycées, les élèves de TÉcoIe normale et plusieurs élèves en théologie ». Étaient présents, outre les hauts fonctionnaires de l'Université, le cardinal Maury et le préfet de la Seine.
Fontanes prononça un discours fort intéressant, oîi, tout en plaçant la Faculté de théologie au premier rang, pour faire à la science religieuse un honneur qui lui était dû, « puisqu'il est reconnu qu'en tous les temps et dans tous les lieux la religion fut le fondements des sociétés», il fit des études théologiques un éloge assez libre, presque philosophique. Il rappela en effet qu'on avait mêlé à ces études « de vaines subtilités et d'imprudentes controverses )>, mais qui « ont donné peut-être aux esprits plus d'audace, de souplesse et de vigueur ». « C'est dans ces disputes de l'école que la raison moderne, en s'égarant trop de fois, apprit cependant à pénétrer le fond des choses avec des instruments plus fins, plus sûrs et plus tranchants. » D'ailleurs « le danger de ces disputes est bien loin de nous : la théologie, appuyée sur les principes (le l'Église gallicane et sur le génie de Bossuet, ne peut plus s'égarer ».
\ous avons vu l'isolement systématique des Facultés,
analogue à l'isolement des écoles spéciales. Cependant, pour les Facultés de Paris, y compris le droit et la médecine, Fontancs célébra leur <c réunion ». Loin de présenter la Faculté des sciences et la Faculté des lettres comme impénétrables Tune à l'autre, il dit que « toutes deux, en se rapprochant, feront un échange utile de leurs richesses ». Sans doute il comprend surtout cet échange comme un perfectionnement du goût des savants et de la curiosité des lettrés : « Le goût, dit-il, ne s'effarouchera plus à l'aspect du savoir, et le savoir, à son tour, empruntera quelques sages ornements à l'imagination. Ce philosophe éloquent, qui faisait écrire aux portes du lycée : On n'entre point ici sans géométrie, pourrait graver la mémo inscription aux portes de cette école, et, comme lui, nous désirons encore que les grâces y soient assises. » Si vagues que soient ces idées d" « échange » et de « réunion », cependant c'est comme un retour à la conception des Universités, conception qui plaisait à Fontanes, homme d'ancien régime, moins peut-être comme scientifique que comme ancienne. Mais enfin, à cette inauguration d'un régime qui consacra le morcellement de l'enseignement supérieur, le grandmaître rappela l'idée et posa le germe d où devaient sortir nos Universités actuelles.
Très classi(iues d'ailleurs sont les théories de Fontanes sur la différence de principes et de but qu'il voyait entre les sciences et les lettres : « Les sciences, dit-il, ont une marche progressive; elles s'avancent de découverte en découverte à l'aide des méthodes et de l'expérience perfectionnées; plus elles sont modernes, et plus elles ont de certitude et d'autorité. Il n'en est pas ainsi des doctrines littéraires. Ce qui est
nouveau est rarement solide. Le talent qui veut plaire doit vivre dans des siècles reculés. Un air antique est sa première beauté ^ »>
Fontanes rappela ensuite et définit Tesprit, le but de l'Université impériale : « Un grand monarque, ditil, a formé des débris des universités et des congrégations anciennes un seul corps enseignant. Il a voulu que ce corps donnât à tous les établissements d'instruction un même esprit, une marche uniforme et des règles invariables. Pour arriver à ce but, il a fondé lÉcole normale. » Mais nous parlerons tout h l'heure de l'École normale.
Après le discours de Fontanes, les doyens des Facultés de théologie, des sciences et des lettres lurent le pi^ogramme des cours de leurs facultés respectives. « M. Lemaire, professeur de la Faculté des lettres, a donné aussitôt après sa première leçon de poésie latine, qui a été entendue avec beaucoup dintérêt. »
Nous avons peu de renseignements sur la manière dont se firent les cours et sur le succès qu'ils obtinrent. Nous savons seulement que, la première année, le cours de philosophie de Millon dut être interrompu faute d'auditeurs 2. La célébrité de plusieurs profes-
1. Le goût de roulanes était oxclusivoiiicnt et étroitement français. Causant avec Guizot, il se montrait « plein d'humeur contre la lillérature allemande, en général, philosophes, poètes, historiens ou philologues, et décidé à ne pas les croire dignes de son attention ». (Guizot, Mémoires, t. I, p. 16.)
2. Nous le savons par une lettre de Hoyer-Collard du 17 juillet 1811 (dans Amhroisc Henda, par Eugène Rendu, p. 52). « On m'écrit que le cours d'histoire de la philosophie a fini, faute (/<■ combattants. Je ne sais si je dois me flatter d'être plus heureux que M. Millon... » Et il dit tju'il prépare son cours pour le mois de novembre 1811 (il ne le commen(,'a donc pas dès la première année).
seiirs, dont les noms, dit Fontanes, « font l'honneur de la France et lenvie de l'Europe », attira sans doute le public de curieux qu'on voyait aussi au Collège de France. Mais ce qui distingua la Faculté des lettres de Paris, comme celle des sciences, c'est qu'elle eut, on va le voir, des étudiants, de vrais étudiants : les élèves de l'École normale.
Ce n'est pas un esprit de bonapartisme qui s'exprima à cette Faculté. Il y eut au moins un professeur qui, dans sa chaire, fît de l'opposition à Napoléon : c'est Guizot. Fontanes l'avait nommé d'abord professeur adjoint à la chaire d'histoire de Lacretelle; puis, avant même qu'il eût commencé son enseignement, il divisa la chaire en deux, et le nomma professeur titulaire d'histoire moderne, avec dispense d'âge, car Guizot n'avait pas encore vingt-cinq ans. Le grand-maître lui insinua de mettre dans son discours d'ouverture une ou deux phrases d'éloge à l'adresse de l'empereur. Le jeune professeur refusa, et Fontanes n'insista pas. Guizot fît ce discours d'ouverture le H décembre 1812. « J'ouvris mon cours, dit-il, au collège du Plessis, en présence des élèves de l'École normale et d'un public peu nombreux, mais avide d'étude, de mouvement intellectuel, et pour qui l'histoire moderne, même remontant à ses plus lointaines sources, aux Barbares conquérants de l'empire romain, semblait avoir un intérêt pressant et presque contemporain K » En réalité, sous prétexte de caractériser la domination romaine, Guizot fît, dans cette leçon, les plus claires allusions épigrammatiques au despotisme et à l'ambition conquérante de Napoléon. Par exemple : « Mais,