‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 187 sur 221 · Cil. Jourdain, p · texte numérisé non relu

Cil. Jourdain, p

lycées, 1200 000 francs; subvention aux Frères des écoles chrétiennes, 4 250 francs. Total : 1 504 250 francs. (C'est seulement en 1835, sur le rapport de Guizot, que le budget de TUniversité fut réuni à celui de l'État.)

Le budget total des dépenses de l'Université était donc, en 1812, de 3 862 578 francs.

Cela ne représente pas toutes les dépenses de Tinstruction publique, puisque divers établissements, laissés en dehors de l'Université, étaient entretenus aux frais du ministère de Tlntérieur, à savoir : en 1812 : Institut, 440000 francs, Collège de France, 128000 francs ; Muséum, 300 000 francs; Bureau des longitudes, 120 000 francs; Bibliothèque impériale, 200 000 francs; Bibliothèque Mazarine, 28 000 francs; Bibliothèque de l'Arsenal, 49 000 francs; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 26000 francs ; École des langues orientales, 40000 francs ; encouragements aux beaux-arts et aux sciences, 150 000 francs; souscriptions, 120 000 francs; indemnités de logement à des artistes, 370 000 francs. Total : 1 638 000 francs. Total de toutes les dépenses du ministère de l'Intérieur pour l'instruction publique : 3 142 250 francs.

Pour avoir le total général de toutes les dépenses publiques en 1812, relatives à l'instruction publique, il faudrait ajouter les dépenses pour les écoles qui, comme 1 École polytechnique, ne dépendaient pas du ministère de l'Instruction publique. On atteindrait ainsi un chiffre d'environ six millions.

Je n'entends tirer de cette étude aucune conclusion sur les avantages ou les désavantages du monopole universitaire, ni sur la question de savoir s'il convient de rétablir aujourd'hui ce monopole. Je voudrais seulement résumer, en ne me plaçant qu'au point de vue historique, les principales réflexions que m'inspirent les faits dont on vient de lire l'exposé.

Et d'abord, on voit que l'idée même de l'Université impériale, l'idée même du monopole, n'est pas sortie tout d'un coup du cerveau de Napoléon. Ce n'est pas une invention soudaine de son génie despotique. Il a longtemps tâtonné, hésité, consulté les faits, consulté son entourage, avant que cette idée se formât dans son esprit, et, une fois formée, il a attendu des mois et des années pour la réaliser.

Il s'est inspiré de son expérience personnelle, c'està-dire de ce qu'il avait sous les yeux, de cette tendance générale à charger 1 État de toute la direction de l'instruction publique, mais aussi des traditions de l'ancien régime, des privilèges ou prétentions de l'ancienne Université de Paris, des vues des parlementaires, de l'idée ancienne que l'éducation nationale était une fonction et un privilège de l'État.

Il n a point, d'ailleurs, comme on l'a cru ou dit. créé

de toutes pièces une institution nouvelle : il s'est borné à mieux lier entre elles les diverses parties de l'instruction publique établies par la loi du 11 floréal an X, à hiérarchiser les fonctionnaires et à placer à leur tête un chef revêtu de pouvoirs étendus, à demi indépendant, mais dont il se croyait sûr et par qui il espérait de napoléoniser, si je puis dire, maîtres et élèves dans toute la France. Autrement dit, il a voulu se faire aimer et obéir dans toutes les écoles et s'y faire préparer des sujets dévoués. En faisant fUniversité impériale, il n"a rien ou presque rien créé, si ce n'est les Facultés.

L'établissement de l'Université ne fut pas un coup de théâtre : ce fut comme le perfectionnement des institutions scolaires existantes.

Quant au monopole, si Napoléon le proclama, ce fut moins pour appliquer un vieux principe ou prétendu tel, que dans une vue pratique et pour un but immédiat. Voyant que les lycées périclitaient à cause de la concurrence des écoles privées, il voulut ruiner ou du moins affaiblir cette concurrence.

Nous avons cité le mot de Rœderer, que Napoléon ne s'intéressait à l'instruction publique que comme à une source de pouvoir '. Oui et non. Oui, en ce sens qu'il voulait fonder son despotisme sur les âmes et qu'une instruction publique fortement centralisée et donnée par l'État, ou sous la surveillance de l'État, lui parut le plus efficace moyen pour façonner les âmes. Non, en ce sens qu'homme du xviii'^ siècle, nullement mystique, et de qui on peut même dire qu'il était personnellement impénétrable à la foi religieuse, il avait

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