Ex-bénédictin, directeur du Prytanée
puisés dans l'imitation d'un modèle qui ne change point. Ils peuvent être souvent négligés par la paresse, méconnus par l'ignorance, insultés par l'orgueil et l'envie ; mais la raison les remet en honneur dès qu'elle a le droit de se faire entendre : en les oubliant, on ne les a pas détruits; en les attaquant, on leur a préféré de nouveaux triomphes, et leur plus beau privilège même est de se fortifier par leur vieillesse. L'enseignement de ces arts, dont l'essence est invariable, a donc pu dès longtemps être soumis à des règles certaines, tandis que les sciences, au contraire, sont forcées d'abandonner tous les jours leurs anciens systèmes pour les observations nouvelles qu'amène le temps ou le hasard. Il serait ridicule aujourd'hui de citer à l'astronomie et à la physique l'autorité de Ptolémée et d'Épicure : mais les principes d'Aristote et d'Horace n'ont point changé ; l'éloquence et la poésie les suivent encore i. »
Puisqu'il en est ainsi, puisque « les vrais principes sont publiés d'avance par la voix de vingt siècles », on n'a plus besoin que de rétablir les bonnes traditions et de rendre hommage à l'expérience. Il faut imiter en tout la sagesse du gouvernement : « c'est dans les ruines des anciennes écoles qu'il a retrouvé les matériaux des nouvelles ».
La Commission déclarait, en conséquence, que « la connaissance de la langue latine sera toujours la principale partie de l'enseignement ». Mais, s'inspirant de l'exemple qu'avaient déjà donné les Doctrinaires, ces
1. Recueil de lois et règlements, t. II, p. 379. 11 est fort probable que ce passage fut rédigé par Fontancs; car dans son discours à l'inauguration des Facultés de Paris, en 1811, il exprima les mêmes idées, plus brièvement, mais en termes analogues.
LES LYCERS : ENSEIGXEMEXT 101
novateurs en matière d'enseignement, elle faisait aux auteurs français une plus grande place que ne le promettait larrêté du 19 frimaire an XI, inscrivant au programme, non seulement Bossuet, La Bruyère, M"^e de Sévigné, Boileau, mais aussi Fénelon, Télémaqiie; Voltaire, Histoire de Charles XII et la Henriade; Rousseau, « le lyrique »; Buffon, morceaux choisis; Delille, traduction des Géorgiques (avec cette mention spéciale : à lire et à apprendre par cœur).
Le choix d'auteurs latins était à peu près le même qu'au temps de Tancionne L^niversité, Virgile. Horace, Cicéron, Tite-Live gardant la place d'honneur.
Pour l'histoire, la Commission n'avait guère de choix : elle inscrivit les Rudiments d'histoire par Domairon, un de ses membres', et les Tablettes clironohgiques à Vusage du Prytanée- ou le Tableau historique de Le Prévost d'Iray^.
1. D'après Quérard {La France liuéraire, t. II, p. 571), la première édition de cet ouvrage parut en 1801, 4 vul. in-12. Mais je n'ai pu me la procurer, et elle manque à la Bibliothèque nationale, qui ne possède (sous la cote G 13 loi à 13 153) que l'édition intitulée : « Les Rudiments de lldstoire en trois parties scolasliqiies, adoptés par la Commission des livres classiques, pour l'usage des lycées et des écoles secondaires, par M. Domairon, ancien professeur de belles-lettres à l'École militaire de Paris, inspecteur général de l'instruction publique. Nouvelle édition, retouchée avec soin. » Paris, Deterville, an XI1I-18Û4, 3 vol. in-12. — L'histoire moderne s'y termine à la fin du règne de Louis XV. Il n'y est guère question que des rois et des batailles. C'est sec, rebutant, insignifiant.
2. Je n'ai pas pu me procurer cet ouvrage, qui manque à la Bibliothèque nationale.
3. Gh.-S. Le Prévost d'Iray publia deux Tableaux comparatifs, l'un de l'histoire ancienne, l'autre de l'histoire moderne. Celui-ci n'est représenté à la Bibliothèque nationale que par un exemplaire de l'édition de l'an XIII-18ii4 (sous la cote G 184, in-folio). Voici comment y sont racontés les règnes de Louis XV, de Louis XVI, la Révolution française et le Consulat : « Mort de
Cette Commission fut aussi chargée, en brumaire an XII, par arrêté du ministre de l'Intérieur, de surveiller limpression ou la réimpression des livres classiques. '( En conséquence du même arrêté, dit la Gazette de France du 8 brumaire an XII, les citoyens Arnault, Dumouchel, Roger et de Wailly sont nommés éditeurs adjoints à la Commission. Ces éditeurs réunis s'occuperont sans délai de tout le travail relatif au choix des excerpta et à la réimpression des livres. Aucun ouvrage ne pourra être admis dans les écoles publiques, ni porter le titre à V usage des lycées ou des écoles secondaires, si l'édition n'en a été faite ou adoptée parles commissaires éditeurs. Il sera à cet effet apposé de suite sur tous les livres classiques une estampille, sans laquelle lesdites éditions ne pourront être mises en circulation et reçues dans les écoles'. »
C'est sans doute la même Commission qui dressa le catalogue des bibliothèques des lycées, conformément à farticle 27 de larrêté du dO frimaire an XI. .J'y vois de nombreux ouvrages de science; parmi les livres
Louis XIV en 1713, deux ans après le Irailé d'Utrecht. Le siècle à jamais célèbre de 1648 à 1748, marqué presque toujours, de dix ans en dix ans, par des époques mémorables. La France prend part à la guerre contre Marie-Thérèse (Voy. Hongrie). En 1748, sous Louis XV, traité d'Aix-la-Chapelle, illusoire pour l'Angleterre et la France. La guerre de 1754 (sic), suite des hostilités antérieures {Voy. Angleterre). La France est assaillie au dedans, et puise dans la guerre impolitique de l'Amérique des principes d'insurrection sous Louis XVI. En 1789, la Révolution, commencée par la faiblesse d'un monaniue qui eut toutes les vertus d'un particulier, continua par des crimes, et se termina par de grandes actions; maux au dedans, gloire au dehors. En 1800, la France agrandie termine la guerre, donne la paix. (Hostilités postérieures au traité d'Amiens. Voy. Angleterre.) Bonaparte, consul à la fin de 1799 (décembre), est proclamé empereur des Français en mai 1804. »