Voir plus haut, p
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Par simple arrêté consulaire, Napoléon Bonaparte ôta à la loi son caractère laïque. L'article 28 deTarrêté du 19 frimaire est ainsi conçu : << Il y aura un aumônier dans chaque lycée ». Et le règlement du 21 prairial suivant porte que les élèves feront une prière en commun, le matin et le soir, et que, le dimanche, ils se rendront aux offices. Ce n'est point par zèle religieux que le premier Consul altéra ainsi une loi dont son gouvernement était l'auteur : c'était pour que l'État laïque, comme nous dirions, pût surveiller renseignement religieux donné aux élèves. En donnant un aumônier à chaque lycée, aumônier choisi par luimême, le gouvernement du premier Consul évitait, ou voulait éviter, que les enfants fussent remis aux mains de prêtres fanatiques ou royalistes.
On était déjà si habitué à tenir pour loi la volonté du maître qu'après coup, de bonne foi, Fourcroy luimême simagina que ces dispositions se trouvaient dans la loi du 11 floréal an XI. Il écrivit en effet, dans l'exposé des motifs de la loi qui créa lUniversité, en réponse à ceux qui reprochaient aux lycées de ne point admettre la religion : « Qu'ils ouvrent la loi sur les lycées, et ils verront que les devoirs religieux y sont prescrits d'une manière spéciale; que les exercices religieux, recommandés par les règlements, sont confiés au soin d'un aumônier attaché à chacun de ces établissements* ». Arrêté et loi se confondaient dans son esprit.
Pour l'enseignement, cette diversité selon les régions, que Fourcroy avait annoncée, ne fut pas établie. Cet 1. Recueil de lois et règlements, t. III, p. 151.
enseignement fut moins moderne qu'il ne lavait fait prévoir, en ce que la partie des sciences ne reçut pas le même développement que la partie des lettres, et toutefois celle-ci fut restreinte, en ce qu'au lieu d"y enseigner « les langues anciennes », c'est-à-dire le grec et le latin, comme le voulait la loi, on n'y enseigna dabord que le latin. L'article l'^'" de l'arrêté du 19 frimaire an XI réduisait à ceci tout le programme : « On enseignera essentiellement dans les lycées le latin et les mathématiques ». Cependant Rœderer avait dit, dans son discours devant le Corps législatif, que l'enseignement des lycées comprendrait la langue grecque, « si nécessaire pour entendre la langue latine ' ». Si cette promesse ne put être réalisée d'abord, c'est que, l'ancienne Université ayant négligé l'enseignement du grec, les professeurs compétents manquaient. Toutefois, à Paris, il y avait, depuis l'an VII, une chaire de grec au Prytanée, une autre à l'école centrale du Panthéon, et, depuis l'an IX, le grec était enseigné avec succès dans un établissement privé, le collège Sainte- Barbe 2. Le grec fut enseigné également dans les lycées de Paris, qui furent créés assez tard 3, mais non, au début, dans les lycées des départements.
Sur deux points cependant, on fit plus que la loi n'avait promis.
1. Recueil de lois et règlements, p. 252. — Voir ce que dit l'exconstituant Mounicr sur l'utilité de l'enseiguement du grec dans le discours cité plus haut, p. 30.
2. J. Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe t. 111, p. 50 et suiv. On enseignait aussi le grec dans d'autres institutions particulières. Ainsi, on lit dans le Journal des défenseurs de la Patrie, du T' jour complémentaire an XII : « Les élèves de M. Planche, maître do pension à la montagne Sainte-Geneviève, ont donné, jeudi dernier, la représentation engrec d'une tragédie de Sophocle ».
'^. Voir plus haut. p. 85.
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Quoique Rœderer eût déclaré que ce n'était pas la peine d'enseigner l'histoire, cet enseignement fut organisé par l'arrêté du 19 frimaire an XI, et il n'eut pas seulement pour objet l'histoire ancienne, mais l'histoire de France. 11 est probable que cela fut dû à l'influence personnelle du premier Consul, grand partisan des études historiques, comme on le verra.
L'autre nouveauté, c'est qu'on n'enseigna pas seulement ce qu'on appelait la mythologie, mais aussi « la croyance de différents peuples dans les différents âges du monde >'. Cet enseignement comparé des religions eût contrebalancé, pour ainsi dire, l'institution des aumôniers : mais rien ne montre qu'il ait été réellement donné.
Il y avait, dans chaque lycée, deux sections, lune de latin, l'autre de mathématiques, divisées chacune en six classes, ainsi dénommées, en commençant par le plus jeune âge : sixième, cinquième, quatrième, troisième, seconde, première. Les élèves « d'un talent et d'une application ordinaires » faisaient deux classes en un an, si bien que, normalement, dans chacune des deux sections, le cours durait trois ans. Mais nul élève ne pouvait entrer dans la classe de mathématiques s'il n'avait fait la cinquième de latin, de sorte que, dans la section scientifique, l'enseignement ne pouvait pas durer moins de quatre ans.
Un même professeur faisait deux classes par jour, c'est-à-dire que, par exemple, il faisait le matin la sixième et le soir la cinquième.
En sixième, on commençait le latin et on enseignait à chiffrer; en cinquième, le latin et les quatre règles de l'arithmétique; en quatrième, le latin et la géographie; en troisième, le latin, la géographie, les éléments
de la chronologie et de Ihistoire ancienne; en seconde, le latin, la géographie et l'histoire « jusqu'à la fondation de l'empire français », la mythologie et <^ la croyance des différents peuples »; en première, le latin, l'histoire et la géographie de la France. Dans les quatre dernières classes de latin, les élèves devaient apprendre par cœur « les plus beaux endroits des auteurs qu'ils auront expliqués, ainsi que les passages des bons auteurs français qui auront traduit ou imité ces mêmes morceaux », et on les formait à Tart d'écrire « en leur dictant des morceaux à traduire par écrit, de français en latin et de latin en français », de sorte que le français ne devait être enseigné qu'en complément et au profit du latin.
Le programme ne prévoyait ni enseignement de la philosophie ni enseignement officiel des langues vivantes.
Au sortir de cette section latine, une élite d"élèves suivait pendant deux ans un cours « de belles-lettres latines et françaises », fait par un même professeur.
Dans la section scientifique, on enseignait, outre les mathématiques : en sixième, « les premières leçons d'histoire naturelle »; en cinquième, « les éléments de la sphère »; en quatrième, « les principaux phénomènes de la physique » : en troisième, « les éléments de l'astronomie »; en seconde, « les principes de la chimie »; en première, « les notions de minéralogie nécessaires pour connaître les minéraux sous le rapport de leur utilité dans les arts et dans les usages de la vie )).
Au sortir de cette section, une élite d'élèves suivait pendant deux ans un cours de <■ mathématiques transcendantes », où un même professeur, faisant deux
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classes par jour, enseignait dans la première « l'application du calcul différentiel à la mécanique et à la théorie des fluides », et « l'application de la géométrie à la levée des plans et des cartes géographiques »; dans la seconde, « les principes généraux de la haute physique, spécialement de l'électricité et de l'optique ».
11 devait y avoir, dans chaque lycée, un maître d'écriture, un maître de dessin et un maître de danse, payés par le lycée. Il pourrait y avoir des maîtres de musique, mais payés par les élèves. Toutefois tout élève qui avait obtenu un prix pouvait « recevoir gratuitement des leçons de musique ».
Pour que les classes ne fussent pas trop nombreuses, il fut prescrit de partager en deux divisions tout lycée ayant plus de 400 élèves.
Le même arrêté du 19 frimaire an XI porta qu'il y aurait, dans chaque lycée, une bibliothèque de 1 oOO volumes, que ces ouvrages seraient les mêmes dans toutes les bibliothèques, qu'on prêterait aux élèves ceux qu'ils demanderaient, que le bibliothécaire serait un élève avec deux adjoints.
Deux commissions furent nommées, l'une pour le latin, Tautre pour les mathématiques, afin de préparer l'application de ces mesures et de dresser la liste des livres classiques.
La Commission du latin, dont les membres furent Fontanes, Champagne' et Domairon, fit son rapport le 25 floréal an XI, et commença par définir, en ces termes curieux et significatifs, l'esprit littéraire classique et les principes immuables où elle l'appuyait : « Les principes des belles-lettres ne sont pas sujets aux mêmes révolutions que ceux des sciences : ils sont