Il veut dire dans rinstruotion secondaire
facilement, plus promptement, à une meilleure instruction. »
Une école spéciale d'histoire serait particulièrement utile pour l'étude de l'histoire contemporaine, « qui ne peut s'apprendre dans les livres ». « Toute notre jeunesse trouve plus de facilité pour apprendre les guerres puniques que pour connaître la guerre d Amérique, qui a eu lieu en 1783. »
On objecte que <( les contemporains ne sont pas de bons historiens ». Napoléon partagerait cette opinion, « si l'histoire des événements presque présents devait en être la satire », ou (( s'il s'agissait d"un homme vivant, ou qui aurait vécu sous les yeux de l'historien, car il ne faut pas transformer l'histoire en panégyrique ». « Mais une année, comme cent ans, après l'événement, on peut dire qu'à telle époque ou dans telle circonstance l'État a été forcé de courir aux armes; qu'à cette époque il a forcé l'ennemi à la paix; que, dans tel mois, telle flotte a mis à la voile pour telle expédition, qu'elle a eu tel revers ou tel succès. Peu importe que l'historien soit plus ou moins éloigné du fait : s'il ne dit réellement que des faits, il sera d'autant plus véridique que tous ses lecteurs, étant contemporains, peuvent être juges. Ici l'inconvénient est nul, tandis que l'avantage est réel, surtout pour la jeunesse, qui, lorsqu'elle veut apprendre les faits qui remontent à quelques lustres ne trouve aucune instruction. »
Napoléon est particulièrement sensible à l'utilité de l'enseignement supérieur de l'histoire contemporaine militaire, qui donnera « le moyen d'apprendre à profiter des fautes qui ont causé les revers et à apprécier les dispositions qui les auraient prévenus ». « Toute
L ENSEIGiXEMENT SUPERIEUR DE L ETAT 127
la guerre de la Révolution pourrait être fertile en leçons, et pour les recueillir il faut souvent employer en vain une longue application et de longues recherches. Cela ne vient point de ce que les faits en détail n'ont pas été écrits, puisqu'ils l'ont été de toute manière et partout, mais de ce que personne ne s'occupe à en rendre la recherche facile et à donner la direction nécessaire pour la faire avec discernement. »
Après tout, on pourrait s'occuper « de l'organisation d'une sorte d'Université de littérature », à condition d'y comprendre non seulement les belles-lettres, mais l'histoire et la géographie. « Cette Université pourrait être le Collège de France, puisqu'il existe; mais il faudrait quelle fût composée d'une trentaine de chaires, si bien liées entre elles qu'elle présentât comme une sorte de bureau vivant d'instruction et de direction, où quiconque voudrait connaître à fond tel siècle pût demander quels sont les ouvrages qu'il doit ou ne doit pas lire, quels sont les mémoires, les chroniques qu'il doit consulter; où tout homme qui voudrait parcourir une contrée pût trouver une instruction positive, soit sur la direction qu'il doit donnera son voyage, soit sur le gouvernement qui régit telle ou telle partie où il voudrait porter ses recherches. »
Les principales chaires auraient pour objet l'histoire romaine, l'histoire grecque, l'histoire du Bas-Empire, l'histoire ecclésiastique, l'histoire de l'Amérique, l'histoire de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne, l'histoire de la législation, l'histoire de l'art militaire français.
Le ministre de l'Intérieur proposa un projet pour former, au Collège de France, cette école spéciale d'histoire et de géographie. 11 y aurait eu quatre
chaires de géographie : 1'' maritime; 2° continentale (Europe); 3" continentale (autres parties du monde); 4*^ commerciale et statistique; et dix chaires d'histoire : i° chaire dhistoire littéraire et de critique; 2° militaire; 3° religieuse; 4^ de législation; 5° ancienne; 6° moyen âge; 7° de France; 8° moderne septentrionale; 9"^ moderne méridionale: 10° biographie.
Aucune suite ne fut donnée à ce projet. On ne créa pas les autres écoles spéciales que la loi du 11 floréal an X avait promises', à Texception de l'École spéciale militaire, qui lut placée à Fontainebleau, par arrêté du 8 pluviôse an XI. Pour y être admis, il fallait avoir seize ans au moins et dix-huit au plus, avoir fait sa troisième, savoir Tarithmétique et la géométrie, écrire et parler correctement sa langue, être d'une bonne constitution. Il y avait des pensionnaii'es non payants, anciens élèves boursiers des lycées de l'État, et des pensionnaires qui payaient 1 200 francs. L'instruction comprenait l'école du bataillon, les mathématiques, le dessin de la carte, le plan de la fortification et les applications de ces parties sur le terrain, la géographie, l'histoire, les belles-lettres et l'administration militaire. Les élèves étaient encore exercés aux manœuvres d'artillerie, au tir des armes à feu, à l'équitation, à la gymnastique et à la natation -. L'École
1. Cependant la Gazette de France du 11 fructidor an XI avait publié cette note : •< Tous les lycées seront organisés a Touverture prochaine des classes. Immédiatement après cette opération, le gouvernement s'occupera de la formation des écoles spéciales. » {Paris sous le Consulat, par Aulard, t. IV, p. 342).
2. On travaillait beaucoup à l'École de Fontainebleau : « Nous nous levons à cinq heures du matin, écrivait un des élèves, lo 21 décembre 180.5, nous travaillons jusqu'à dix. A dix, nous dînons, puis nous travaillons jusqu'à quatre. A cette heure nous soupons, nous avons une demi-heure de récréation, puis nous
l'enseignement SLI'ÉIUEUII DE l'ÉTAT 129
mililaire eut [)our g-ouvenicur ]<> prince Louis ci pour commandant le général Bcllevènc ".
Des cours théoriques et pratiques lurent ouverts auprès des hôpitaux dans les villes d'Angers, do Caen, Marseille, Nantes, Bordeaux, Reims et Dijon. « Les officiers de santé et les sages-femmes y puiseront, disait le gouvernement, une instruction d'autant plus solide et d'autant plus sûre que les uns et les autres sont tenus à en pratiquer les leçons au service des hôpitaux-. »
Les établissements d'enseignement su[)éricur fondés au temps de la Révolution subsistèrent, entre autres le cours d'antiquités, que la loi du 20 prairial an III avait établi dans l'enceinte de la Bibliothèque nationale. Millin faisait ce cours public et gratuit : nous voyons qu'il le rouvrit le 6 floréal an XI ^. Ces établissements continuèrent à prospérer, surtout l'École polytechnique'% dont le régime intérieur fut modifié. Elle devint un internat avec la discipline des lycées. Peutêtre espérait-on, avec cette discipline, mater l'esprit républicain et opposant des élèves ^ On ajouta le latin
étudions jusqu'à neuf heures. Cette vie est assez ennuyeuse, vous voyez, mais je la supporte très patiemment, quand je songe que je sortirai d'ici officier sous quelque temps. •> (Lettre de Charles de Morell, publiée par le journal Lyon Universitaire, n» du 2 sept. 1910.)