Correspondance, t. XV, p. 102, n
2. D'ailleurs Napoléon, dans la même note, parle avec quelque dédain de cet enseignement : « Le professeur de
rien qui soit - réellement positif, et, quant à ce qui est susceptiblii d'être enseigné, Corneille et Racine n'en savaient pas plus qu'un bon écolier de rhétorique; le goût et le génie ne peuvent s'apprendre ». « On comprend un cercle, un salon, même une académie, où quelqu'un professe ou disserte. Tout cela s'applique, non à l'instruction proprement dite et à l'exercice d'un état spécial, mais à l'agrément de la société. » Mais on ne conçoit pas ce que c'est qu'une école spéciale de littérature.
A la rigueur, rsapoléon admettrait une école spéciale de grammaire : « Il y a là un fonds plus abondant d'observations, de comparaison: elle (la grammaire) tient à l'origine des sensations, car la manière de parler vient de la manière de sentir; mais cette science, qui se confond avec l'idéologie, est encore dans une si grande obscurité, que la seule application utile qui en ait été faite est relativement aux sourdsmuets : dans cet établissement consiste la véritable école spéciale de grammaire ».
Pour la géographie et l'histoire, c'est une autre affaire.
« La géographie, soit naturelle, soit politique, a plusieurs des caractères qui constituent les sciences exactes; les faits sont nombreux, les points de contestation multipliés, les changements fréquents; son domaine s'accroît à mesure que celui de l'esprit humain s'étend; il s'enrichit par les découvertes; elle est sujette aux changements par l'effet des révolutions politiques et physiques. Les premiers éléments qui
belles-lettres, dit-il, amuse, s'il a de l'esprit, intéresse, s'il a de l'art, mais ne développe pas un nouveau principe, pas une nouvelle idée ».
L ENSEIGNEMENT SUPERIEUR DE l'ÉTAT 125
peuvent s'apprendre dans linstruction ' ne sont rien en comparaison de la science. Si, dans un point central, tel que Paris, il existait plusieurs professeurs de géographie qui pussent rassembler les connaissances éparses, les comparer, les épurer, qu'on fût dans le cas de les consulter avec sécurité pour être mieux instruit des faits et des choses, ce serait une bonne et utile institution. »
Il y aurait une chaire de géographie pour chacune des quatre parties du monde : « Là, comme dans une sorte de bureau de l'Europe, de FAsic, de l'Afrique, de l'Amérique, on aurait sous la main les renseignements les plus exacts, les notions précises de découvertes nouvelles et des changements survenus. Chacun de ces professeurs serait, pour ainsi dire, un livre vivant... »
De même pour Ihistoire. << La manière de lire l'histoire est à elle seule une véritable science. Il y a tant d'histoires apocryphes, tant de différence de valeur entre les livres, selon les époques où ils ont été faits, qu'un homme qui est tout à coup placé dans une bibliothèque historique se trouve jeté dans un véritable dédale ». <■ J'ai beaucoup étudié l'histoire, et souvent, faute de guide, j'ai été induit à perdre un temps considérable dans des lectures inutiles. « « Si, dans une grande capitale comme Paris, il y avait une école spéciale d'histoire, et que l'on y fît d'abord un cours de bibliographie, un jeune homme, au lieu d'employer des mois à s'égarer dans des lectures insuffisantes ou dignes de peu de confiance, serait dirigé vers les meilleurs ouvrages, et arriverait plus